00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h10, Maxime Liedot.
00:06Il est 7h14 sur Sud Radio et à la 1 ce matin, est-ce que la canicule transforme notamment nos
00:11services d'urgence dans les hôpitaux en véritable enfer ?
00:14Bonjour Dr Vincent Escudier.
00:16Bonjour Maxime Liedot.
00:17Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, vous êtes le chef du service des urgences de l'hôpital de
00:21Langres,
00:21ça fait plusieurs heures que la santé est au cœur quand même de toutes les préoccupations.
00:25Vous, de votre côté, simplement pour commencer un peu notre discussion, comment ça se passe, le point sur la situation
00:30?
00:32Alors juste une petite modification, je ne suis plus chef de service, j'ai démissionné suite à des conflits avec
00:36la direction,
00:37avec laquelle on avait beaucoup de mal à développer un peu des projets.
00:40Pour ce qui est de l'épisode actuel, c'est vrai que c'est une véritable fournaise,
00:51je travaille dans un territoire qui est plutôt très rural et hyper rural,
00:55et alors paradoxalement à ce qu'on entend, on n'a pas une explosion d'activité sur les services des
00:59urgences,
01:00on a un petit peu, je trouve, enfin personnellement j'ai l'impression qu'on revit un peu le même
01:05modèle
01:05qu'on a vécu pendant la période Covid, et les personnes qui sont sensibles aux messages gouvernementaux
01:11qui disent de ne pas venir consulter sur les urgences, pour ne pas saturer, faire attention de ne pas saturer
01:15les services d'urgence,
01:16s'auto-censure un petit peu quelque part et restent à domicile.
01:19Voilà, donc pour l'activité des urgences, en tout cas de Langres, on a un volume d'activité qui a
01:26diminué,
01:26une répartition qui a un petit peu changé avec des consultations qui arrivent plus en fin de soirée, voire la
01:33nuit,
01:34et globalement on a une activité diminuée.
01:36Mais c'est intéressant aussi ce que vous dites sur les effets de la canicule, ceux qui décideraient parce qu
01:40'ils écoutent les recommandations,
01:42les messages diffusés ici et là, avec les conséquences que ça a, c'est-à-dire beaucoup en parlent depuis
01:46quelques heures,
01:47un risque en réalité qu'on ait des conséquences à J plus 5, J plus 6, J plus 7, c
01:52'est-à-dire que ce qu'on voit comme pic pourrait durer.
01:58Oui, ça va durer, c'est sûr.
02:00Enfin, nous, notre ressenti, il n'y a pas moins de malades, si vous voulez,
02:04mais on a l'impression que les malades viennent moins consulter et qu'on risque d'avoir un effet rebond,
02:09retard,
02:10avec des personnes qui vont venir consulter, qui vont trop attendre et qui vont arriver dans des états un petit
02:14peu plus aggravés.
02:15On a entendu aussi le mot, hier, qui frappe toujours les esprits, qui est le mot de surmortalité.
02:21On a entendu des médecins, des professionnels de santé, divers et variés, alerter aussi sur un contexte brouillon
02:26qui empêchait d'avoir un contenu réaliste aussi de la situation entre la difficulté pour les patients,
02:32la température dans les chambres et aussi la situation de vous, professionnels de santé, au cœur de la fournaise.
02:37Tout ça, ça complique aussi forcément le rapport précis de la situation, non ?
02:42Nous, sur les urgences, on a des boxes d'examens qui sont climatisées,
02:46donc on arrive à travailler dans les conditions à peu près correctes.
02:48Par contre, c'est vrai que quand on est obligé d'hospitaliser des patients,
02:52d'ailleurs qui viennent souvent, ils viennent moins souvent,
02:56mais quand ils arrivent, ils arrivent dans les états un peu plus préoccupants de l'hydratation,
03:00et quand on est obligé de les prendre en charge et de les hospitaliser dans les services de médecine dessus,
03:07ils ne sont pas climatisés.
03:08Il était choquant de voir un petit peu finalement que tous les hôpitaux avaient le même système D
03:13à mettre des couvertures de survie sur les fenêtres et tout,
03:16mais ne permettent pas de réguler la température.
03:19Et quand je suis intervenu plusieurs fois pour les interventions urgentes dans les services,
03:25auprès de patients qui souffraient de cette chaleur, justement,
03:28j'étais quand même choqué de voir des températures qui dépassaient les 33 degrés dans les services de soins,
03:32dans la salle de soins, et quasiment 36 degrés dans certaines chambres de hospitalisation.
03:37Vous, en revanche, docteur Vincent Escudier,
03:39même si on entend bien quand même que dans l'hôpital, en l'occurrence ici,
03:43la température a un effet évidemment sur les patients et leurs maladies,
03:47vous n'avez pas encore eu de mort dans votre hôpital uniquement due à la canicule ?
03:53C'est très difficile à dire.
03:54Pour le moment, moi, j'ai qu'une vision très personnelle.
03:57Il va falloir prendre le temps après de pouvoir revoir un petit peu les statistiques,
04:01les registres et voir un petit peu la surmortalité qu'il y a pu y avoir aussi bien à l
04:05'extérieur de l'hôpital
04:06qu'à l'hôpital ou dans les EHPAD dans lesquels on intervient.
04:09Hier, personnellement, j'ai eu affaire qu'il y a trois décès très suspects.
04:18Trois décès très suspects.
04:20Docteur Vincent Escudier, l'État a débloqué aussi 100 millions d'euros puisés dans un fonds dit de modernisation
04:24pour équiper dès cet été des établissements de santé, notamment en climatiseurs d'appoint.
04:28Est-ce que vous, vous allez être concerné par cette annonce du côté de langue ?
04:31Est-ce que surtout, cela va suffire éventuellement à pallier les manques que vous connaissez déjà ?
04:37Alors, il y a un programme actuellement sur le territoire du centre et sud Haute-Marne,
04:42entre Chaumont, Langres et Bourbonne, de restructuration des hôpitaux avec des constructions d'hôpitaux neufs.
04:48C'était un des sujets de Discord qui faisait partie un peu aussi de ma démission.
04:54Je te demandais dans les nouveaux bâtiments, est-ce qu'il y aurait une climatisation
04:58qui nous paraissait un petit peu essentielle, justement par rapport à ce qu'on avait vécu des années précédentes.
05:02Il m'était répondu que ce n'était pas la peine qu'avant, on n'avait que quelques jours de
05:07chaleur,
05:07que ce n'était pas si grave que ça, et que les nouveaux matériaux des bâtiments suffiraient amplement
05:13pour pouvoir pallier ces problématiques.
05:15Donc, pardonnez-moi, la situation est quand même ironique, docteur Vincent Escudier,
05:19parce qu'on s'est beaucoup moqué ces derniers jours, par exemple, de l'hôpital de Nantes
05:22qui coûte un fric fou, un pognon dingue, comme dirait l'autre, construit sans climatisation.
05:26Vous aussi, du côté de l'An, quand vous avez mis l'idée quand même que la climatisation
05:30ne serait pas totalement inutile dans le contexte où nous traversons,
05:32on vous a regardé un peu goguenard.
05:36Oui, mais on est toujours un peu étonnés.
05:37Il y a quand même un regard qui est complètement différent entre les soignants du terrain
05:41qui connaissent un peu les situations, qui ont déjà vécu des situations similaires,
05:44et des personnes qui prennent des décisions et qui, malheureusement, ne l'entendent pas toujours.
05:51Donc, à l'heure où on se parle, toujours pas de climatisation prévue
05:54dans les nouveaux bâtiments, on va dire, qui vont accueillir du soin dans les prochaines années ?
05:58Alors, j'allais dire que j'espère et je regrette que cette situation puisse faire changer un petit peu les
06:05lignes,
06:05bouger les lignes, et que la direction va être un petit peu plus sensible
06:09avec une pression un petit peu extérieure, avec un focus sur cette situation qui est quand même dramatique.
06:14Espérons qu'on arrive à faire changer des choses.
06:16En quelques mots, notamment, docteur Vincent Escudier,
06:18on a l'impression quand même de revivre aussi les vieux débats actuellement,
06:21quand on voit la surcharge de certains services.
06:23Est-ce qu'il ne serait pas envisageable à nouveau,
06:25comme on a pu le voir dans les périodes de crise au moment du Covid, par exemple,
06:28de se répartir la masse de travail entre les hôpitaux publics et les hôpitaux privés ?
06:32Est-ce que ça se fait ? Est-ce que c'est envisageable ?
06:35Vraiment, je vous dis, en tout cas pour ce qui concerne notre établissement,
06:40et j'ai l'impression que c'est un petit peu partout pareil,
06:43le volume global de l'activité n'a pas explosé.
06:49Pour le moment, on arrive à s'en sortir.
06:51Je pense que c'est surtout un problème d'autocenture des patients.
06:54Ce que je crains, personnellement, c'est qu'on revive le même phénomène que pendant le Covid,
06:58et au contraire qu'on ait cet effet décalé.
06:59Mais pour le moment, on n'est pas submergé, on n'est pas saturé,
07:04comme on a pu l'être dans les périodes passées.
07:06Mais ce risque et cette angoisse du décalage,
07:09et ça, vous nous l'avez parfaitement expliqué.
07:10Merci beaucoup, docteur Vincent Escutier, d'avoir été avec nous,
07:12l'ancien chef du service des urgences de l'hôpital de Langres,
07:14avec là aussi cette situation qui nous fait nager en pleine absurdistante.
07:18Le fait que le nouveau bâtiment ne soit pas équipé d'une clim,
07:21mais quand vous soulevez problème,
07:22on vous regarde quand même de manière un peu ironique et de manière un peu cynique.
07:26Espérons que ça fasse changer les choses.
07:27Merci beaucoup d'avoir été avec nous dans le studio de Sud Radio ce matin.
07:30Il est 7h22.
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