00:00L'élan de solidarité qui se maintient, qui ne faiblit pas en Gironde ce matin, nous sommes avec une infirmière
00:05libérale, Malorie Lail, bonjour.
00:08Bonjour.
00:09Et merci d'être avec nous ce matin, vous êtes du côté de Blanquefort, c'est juste à côté de
00:13Bordeaux,
00:14et vous avez décidé avec d'autres collègues de vous engager auprès des évacués.
00:18Comment cette mobilisation s'est organisée au sein de votre profession, Malorie ?
00:25Alors au sein de la profession, on a eu un recensement organisé par l'Ordre des Infirmiers
00:29qui permettait de s'inscrire sur des plages horaires pour intervenir dans les différents centres d'hébergement d'urgence.
00:36Et il y a eu une très forte mobilisation de la profession, comme souvent dans des événements comme ça,
00:41puisqu'il y a plus de 2200 infirmiers qui se sont portés volontaires.
00:45Et en fait, on est déclenché par l'Ordre des Infirmiers quand il y a des besoins sur tel ou
00:49tel centre d'hébergement.
00:50Vous concernant, comment ça se passe ? De quelle manière vous apportez votre aide justement aux évacués ?
00:55Où vous vous rendez pour aller à leur rencontre, pour les soutenir, les aider ?
01:00Alors il y a les évacués qui sont dans les centres d'hébergement dont je viens de vous parler.
01:04Et il y a ceux qui sont dans leur famille, qui sont partis dans leur famille ou chez des amis,
01:08et qui du coup se retrouvent sur les communes avoisinantes ou sur d'autres.
01:12Donc il s'agit d'assurer la continuité des soins mis en place par nos confrères et nos consoeurs
01:17qui sont eux-mêmes déplacés.
01:18Et donc il a fallu augmenter les amplitudes horaires de nos cabinets pour pouvoir assurer cette continuité de soins.
01:26Oui, puisque vous continuez bien sûr de faire vos tournées avec les patients que vous avez chaque jour à gérer.
01:33C'est une double journée finalement que vous faites à chaque fois ?
01:38Alors on ne va pas jusqu'à une double journée parce que les journées ne font que 24 heures.
01:41Donc on ne peut pas plus soigner les gens à toute heure.
01:46Mais il y a une répercussion aussi sur nos tournées habituelles,
01:48puisque les places en hôpital sont réservées pour pouvoir évacuer les personnes les plus fragiles des centres d'urgence.
01:55Donc on a des patients qui étaient par exemple en attente d'hospitalisation en soins palliatifs
01:59et qui du coup n'ont plus accès à ces soins-là, puisque les lits sont réservés.
02:04Donc il faut prendre en charge ces soins palliatifs au domicile alors que ce n'était pas le projet de
02:08vie des personnes.
02:09Il y a eu des fermetures de laboratoires, puisque les plateaux techniques où sont analysés les prélèvements
02:14étaient sur des communes évacuées.
02:17Voilà, il y a eu ces retentissements-là qui ont quand même impacté le suivi et la continuité des soins
02:23des personnes malades,
02:25même si elles n'étaient pas impactées par les évacuations.
02:27Et on a eu une montée en charge des crises d'angoisse, de l'angoisse notamment chez les personnes âgées,
02:33puisque c'est être en alerte, être prêt à évacuer, ça leur a rappelé des souvenirs,
02:39ça a déclenché, remobilisé des traumatismes anciens de l'enfance au regard de la guerre.
02:46Et on a une montée en charge aussi des détresses respiratoires et des traitements par inhalation,
02:51les aérosols, etc., à cause des fumées et des cendres.
02:55Et bien qu'on fasse aérer les gens à des heures où les poussières redescendent,
03:02tous les logements n'étant pas équipés de climatisation qui recyclent l'air intérieur,
03:06beaucoup de migraines.
03:07Maintenir la continuité des soins, vous l'avez dit,
03:11et puis j'imagine être aussi à l'écoute de ces personnes qui ont besoin de parler, pour certaines.
03:19À l'écoute des patients qui ont besoin de parler, de se confier,
03:22d'être rassurés plusieurs fois sur la façon dont leurs soins seront poursuivis s'ils étaient déplacés.
03:27Et aussi écouter et rassurer les confrères et les consoeurs
03:32qui sont dans l'incertitude de la reprise de leur activité
03:35et de la stabilité économique de leur entreprise.
03:38Vous regrettez, m'a-t-on dit, que les soignants libéraux
03:41ne soient pas assez intégrés aux dispositifs d'urgence.
03:45Expliquez-nous, qu'est-ce que vous entendez par là, Mallory ?
03:48Alors, les différents plans d'urgence qui existent en cas de catastrophe climatique
03:52ou catastrophe nucléaire ou guerre sont très hospitalo-centrés.
03:58Et ça a beau être hospitalo-centré, quand il y a des crises comme ça,
04:01on ne peut pas vider l'hôpital de ces soignants
04:04pour intervenir dans ces centres d'urgence
04:05puisqu'on en a encore plus besoin dans les établissements.
04:08Et le domicile, le libéral, est le plus grand hôpital de France.
04:13Et systématiquement, que ce soit pour le Covid ou pour les autres plans,
04:16la médecine libérale, les infirmiers libéraux, les kinés libéraux
04:19sont sollicités et fortement sollicités pour intervenir dans ces endroits-là,
04:23alors même qu'ils ne font pas partie de la planification initiale
04:27du déroulé de ces plans.
04:29Et ça se fait toujours plus ou moins dans l'urgence, dans la spontanéité,
04:31à croire qu'on compte vraiment sur notre réactivité,
04:34notre professionnalisme et nos compétences
04:36pour nous adapter à des protocoles desquels nous sommes exclus à la base.
04:39En tout cas, votre message est passé ce matin sur Sud Radio.
04:42Un grand merci, Mallory Lail, d'avoir été avec nous ce matin.
04:45Vous êtes infirmière libérale du côté de Blanquefort
04:47et donc pleinement mobilisée auprès des évacués.
04:50Merci à vous, Mallory, et bon courage à vous pour la suite.
04:53Merci beaucoup.