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  • il y a 5 semaines
Avec Gérald Kierzek, médecin urgentiste et directeur médical de Doctissimo

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##C_EST_A_LA_UNE-2026-07-23##

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Transcription
00:00Avant de revenir sur ces incendies, on parle de la canicule, c'est lié également.
00:04La surmortalité, est-ce qu'on a tiré les enseignements de 2003 ?
00:09Je vous disais, on a les derniers chiffres, ils sont officiels, ça y est, publiés par Santé Publique France.
00:13Entre la mi-juin et le 2 juillet, les vagues de chaleur qui ont déjà provoqué plus de 5700 décès
00:19supplémentaires.
00:20Et ce qui marque un petit peu aussi dans ces chiffres, c'est que les jeunes ne sont pas épargnés
00:24par cette surmortalité 0826-300-300.
00:27Avant de vous entendre, nous sommes avec le docteur Gérald Kirzek. Bonjour docteur.
00:31Bonjour.
00:32Et merci d'être avec nous ce matin sur Sud Radio.
00:33Médecin urgentiste, directeur médical de Doctissimo sur le terrain.
00:37Docteur, est-ce que vous avez vous-même constaté ces dernières semaines une augmentation des admissions aux urgences
00:43et puis une hausse de la mortalité globalement depuis le début de l'été ?
00:46Alors c'est clair que les admissions aux urgences ont augmenté, même si ça a été rapidement pris en charge
00:51par les plans blancs
00:52qui ont permis d'ouvrir des lits, etc.
00:53Mais il y a eu effectivement beaucoup de personnes âgées aux urgences.
00:57C'était surtout des personnes âgées qui venaient, moi je suis à l'hôpital Hôtel-Dieu,
01:00qui est le groupe hospitalier Hôtel-Dieu-Cochin, avec des personnes qui étaient déshydratées,
01:05qui aggravaient une pathologie sous-jacente.
01:07En fait, la caractéristique de la canicule, c'est qu'on ne meurt pas tellement de la canicule,
01:12mais on meurt de la canicule qui a un effet sur le cœur, sur les poumons, sur le rein,
01:17et donc sur des gens qui sont extrêmement fragilisés.
01:19Donc voilà pourquoi c'est les plus de 75 ans qui sont les premiers frappés,
01:22même s'il y a eu des coups de chaleur, même s'il y a des jeunes qui ont été
01:26victimes de la chaleur,
01:27mais pas jusqu'au décès, heureusement, parce que l'organisme peut compenser.
01:32Comment on sait d'ailleurs, comment on fait la différence entre une mort qui est causée par les fortes chaleurs
01:37et puis une autre mort qui n'est pas la conséquence de ces fortes chaleurs ?
01:40C'est toute la question et c'est toute la difficulté des statistiques qui remontent déjà petit à petit à
01:46la mortalité en ville.
01:48Les certificats ne sont pas tous électroniques, donc il faut un temps de délai.
01:51Voilà pourquoi les chiffres que vous donniez, on peut les rappeler,
01:54il y a 3719 morts en excès sur la canicule, la deuxième vague de canicule,
01:59c'est-à-dire la période de juin.
02:01Et c'est uniquement, vous voyez, le 22-23 juillet qu'on arrive à avoir ces chiffres-là.
02:06Ce qui veut dire que la canicule de juillet, on va avoir ces chiffres-là au mois d'août.
02:10Mais toute la difficulté, c'est comment sont répertoriés les décès.
02:15Or, vous avez des collègues médecins qui ne vont pas marquer directement la cause de la mort,
02:20c'est-à-dire qu'ils ne vont pas forcément marquer hyperternie ou canicule,
02:23mais ils vont mettre arrêt cardiaque ou ils vont mettre décompensation respiratoire,
02:28par exemple insuffisance respiratoire et décès par la suite.
02:32Alors après, là, les chiffres de santé publique, c'est toutes morts confondus.
02:36On regarde en fait le nombre, la quantité de décès.
02:39Et donc là, il y a un bond, parfois même de 55% en plus, de mortalité, toutes causes confondues.
02:47Ce chiffre-là, en tout cas, est-ce qu'il vous surprend ? Est-ce qu'il vous étonne ?
02:50On pensait que la canicule de 2003 nous avait permis de tirer les enseignements
02:55et peut-être d'être davantage préparé à ces canicules qui se multiplient,
03:00qui sont de plus en plus intenses.
03:01Quel regard vous portez sur ce chiffre, docteur ?
03:04Alors, on a tiré les leçons dans le sens où il n'y avait rien avant 2003.
03:07Maintenant, on sait que les services sociaux, les mairies, il y a beaucoup de prévention
03:10pour donner, hydrater, donner des conseils, jouer la solidarité avant que les gens n'arrivent à l'hôpital.
03:17Après, vous savez, il y a trois choses qui se sont aggravées.
03:20La première chose, c'est que le tissu hospitalier ne permet pas d'accueillir tout le monde.
03:24Et ça, on l'a vu avec la grippe, on l'a vu avec le Covid.
03:27Malheureusement, il y a un problème structurel et tout le monde ferme les yeux.
03:30Tout le monde se dit, finalement, ce n'est pas grave qu'on ferme des services d'urgence, de réanimation,
03:35etc.
03:35Tout le monde, c'est-à-dire qui ?
03:36Tout le monde ?
03:37Les politiques.
03:38C'est-à-dire que globalement, les politiques, mais même vous, journalistes.
03:40On s'étonne et on voit à chaque fois l'épidémie de grippe, 15 000 morts par an, la canicule,
03:45plus 5 000.
03:46Sur Sud Radio, on en parle tout au long de l'année, effectivement, avec différents intervenants, vous-même, vous-même,
03:52parce qu'effectivement, on le constate, la situation, elle se dégrane dans les hôpitaux.
03:56Mais de manière générale, il n'y a pas de scandale, en fait.
04:00Or, c'est un scandale quasi, c'est un scandale d'État.
04:03Vous savez, Simone de Beauvoir disait, ce qui est scandaleux dans le scandale, c'est qu'on s'y habitue.
04:06Et en fait, on s'y habitue.
04:08Donc, notre tissu sanitaire n'est plus en capacité d'absorber des crises à impact sanitaire, comme une grippe, comme
04:15un virus, comme le Covid, comme la canicule.
04:18Ça, c'est la première chose qui s'aggrave.
04:20La deuxième chose qui s'aggrave, et ça, c'est malheureusement normal, c'est que la population vieillit.
04:24Ce qui n'est pas normal, c'est qu'on n'ait pas dimensionné notre système social et sanitaire pour
04:30prendre en charge les personnes âgées.
04:31Les personnes âgées, elles sont fragiles, on aura besoin de plus de moyens, de plus d'aide à domicile, des
04:38EHPAD qui accueillent les gens décemment, et ça, ce n'est pas le cas.
04:40Donc, ça, c'est quand même un deuxième scandale, et ça, c'est totalement anticipable.
04:44La troisième chose, c'est que, est-ce que c'est normal d'avoir quasiment 4000 morts parce que les
04:49gens crèvent de chaud chez eux ?
04:51Non, on devrait adapter notre habitat, notre environnement, enfin, il y a les moyens technologiques pour refroidir.
04:57Or, on voit bien que la ville, les villes ne sont pas du tout adaptées à ce qui est en
05:01train d'arriver.
05:02Donc, voilà, c'est les trois points sur lesquels on n'a rien, j'allais dire, rien compris de la
05:08canicule de 2003.
05:09Et tout le monde fait, alors je vois que le cabinet de la ministre se félicite.
05:13Je ne suis pas sûr que le mot soit le bon mot, mais je lis leur communiqué.
05:17Ils se félicitent de ces chiffres en disant, nous, on a bien fait notre travail.
05:20Pardon, mais non.
05:21Non, Gérald Kierzek, on est au standard 0826 300 300, ça appelle, on est avec Gérald, lui, qui partage.
05:29Gérald, vous êtes dans Lyon, qui partage ce que vous avez entendu à l'instant, le docteur Gérald Kierzek, vous
05:34partagez son constat, en tout cas.
05:35Bonjour Gérald.
05:36Bonjour à vous, bonjour Sud, bonjour docteur.
05:39Je suis totalement d'accord avec ce que dit le docteur, mais c'est scandaleux ce qui se passe en
05:43France.
05:44C'est-à-dire que là, on va pleurer, en 2003, on a pleuré, on a dit, oh là là,
05:47on va prendre les moyens de mer.
05:48D'ailleurs, on a pris une journée de solidarité, si je ne me trompe pas, pour justement donner des moyens,
05:53ce qui n'a pas du tout été fait.
05:56Arrive 2026, 6000 morts.
05:58On vous dit, ah ouais, mais en gros, c'est moins pire que 2003.
06:02Mais la période, elle a duré trois semaines de porte-chaleur.
06:08En 2003, ça a été bien plus important dans la durée, mais on ne donne pas de moyens.
06:13Moi, je suis confronté, je l'ai expliqué au standard, ma femme, là, a été hospitalisée.
06:19Je donne un exemple concret, 40 dans les chambres, 40 !
06:23Comment on peut les faire ?
06:24Ils faisaient 40 degrés.
06:26Je ne parle même pas dans les campagnes où vous avez des villages totalement isolés, où il n'y a
06:32aucun moyen.
06:33C'est-à-dire que les mairies, parfois, elles n'ont pas toujours les moyens d'envoyer une petite équipe
06:38pour faire le tour du village, voir si le pépé ou la mémé, ils sont en état de déshydratation.
06:44Mais ça, c'est notre responsabilité à tous, également, d'être vigilants à nos aînés, la famille, les voisins, également.
06:50C'est peut-être aussi de notre responsabilité, non, Gérald ?
06:54Je suis d'accord avec vous, mais la responsabilité, ça fait longtemps que moi, je la donne et je la
06:59veux.
07:00C'est-à-dire que la solidarité n'existe plus.
07:03C'est-à-dire qu'on se fiche du voisin qui est en train de mourir d'asphyxie ou de
07:09déshydratation,
07:10et puis quand on s'aperçoit qu'il est mort, on dit « Ah oui, si on avait su, c
07:14'est comme dit, avec des fies, on ne met pas la bouteille ».
07:16Maintenant, moi, je pense que le gouvernement se fiche totalement du monde, je suis désolé de dire le mot fou,
07:23totalement, c'est-à-dire qu'on nous prend de l'argent, on devrait donner des moyens,
07:26il n'y a même pas de ventilo, il n'y a pas de clim, il n'y a pas
07:29tout ça, je veux dire que c'est ça.
07:30On rajoute, on envoie des clims mobiles dans les hôpitaux, on en est là, on en est là, Gérald.
07:35J'espère que votre femme, en tout cas, va mieux.
07:39Oui, oui, oui, je ne voulais pas donner cet exemple parce que c'est personnel.
07:43Oui, mais c'est ce qu'on vit aussi, donc bon, c'est... Voilà.
07:46Et tous les patients qui étaient dans le même service que ma femme, et à tous les étages,
07:51dans les couloirs, c'était une once, c'était 30-35 degrés,
07:54et dans les cendres, comme il n'y a pas de clim, c'était 40.
07:58Gérald, merci en tout cas pour ce témoignage, ce témoignage personnel.
08:01Gérald Kerzeg, peut-être en conclusion, effectivement, il y a une prise de conscience tout de même.
08:06Voilà.
08:06Non, mais votre auditeur a raison et tout le monde le constate,
08:08on est en train de se tiers-mondiser.
08:10On avait un système de santé qui était le meilleur au monde, soit-disant,
08:13je veux dire, ça fait 30 ans qu'on dégringole.
08:15La journée de solidarité dont parle votre auditeur, il a totalement raison,
08:18ça rapporte 3,3 milliards par an.
08:21C'est censé être injecté dans le système social, le système médical, etc.
08:25Où passent ces 3,3 milliards ?
08:27Donc on a une scloude et des décisions administratives,
08:30des strates d'administratifs qui ne servent à rien,
08:32alors qu'on a besoin, dans les hôpitaux, dans les services sociaux,
08:35de gens sur le terrain.
08:36En fait, qu'est-ce qu'on fait ?
08:38C'est la vision de la société.
08:39Qu'est-ce qu'on fait de nos anciens ?
08:40Qu'est-ce qu'on fait des plus fragiles ?
08:42Moi, je suis très inquiet quand je vois une loi sur la fin de vie,
08:45l'euthanasie qui est en train d'être votée,
08:46je suis en train de me dire, voilà ce qu'on fait de nos plus fragiles.
08:48En fait, on va les éliminer et ça va faire des économies.
08:51Il est là, le risque, quand même.
08:52C'est-à-dire que rien n'est fait, malheureusement,
08:54pour prendre en charge des plus fragiles.
08:55Ce n'est pas l'idée de cette loi pour le moment,
08:57mais c'est la crainte, effectivement, et votre crainte, du coup, Gérald Kerzak.
09:00C'est la crainte de beaucoup,
09:01parce qu'on voit bien, malheureusement,
09:03que le tissu social ou sanitaire n'est pas fait pour accueillir les gens,
09:07les services, et c'est le bien.
09:08Ce n'est pas uniquement quand il y a une canicule,
09:10c'est au quotidien.
09:11Merci beaucoup, Gérald Kerzak,
09:13et merci aussi à Gérald qui nous a appelé au 0826 300 300.
09:16Je vous souhaite une très belle journée, Gérald Kerzak.
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