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Après le succès retentissant de "La France Orange mécanique" et de sa série "Guerilla", le journaliste et écrivain Laurent Obertone revient avec un nouvel ouvrage explosif : "La France Demolition Man", publié aux éditions Magnus. Le titre fait référence au célèbre film avec Sylvester Stallone, dans lequel une société aseptisée et pacifiée se révèle incapable d'affronter la violence. Et si cette fiction était devenue notre réalité ? À force de vouloir tout protéger, tout réglementer, tout interdire, aurions-nous fabriqué des individus dépendants, vulnérables et incapables de se défendre ?
Pour Laurent Obertone, l'État omniprésent aurait progressivement dépossédé les citoyens de leur autonomie, de leur responsabilité et jusqu'à leur instinct de survie. Le paradoxe est saisissant : jamais l'homme n'aurait été autant protégé, jamais il n'aurait été aussi désarmé face à ceux qui ne respectent aucune règle. Mais derrière ce constat implacable, l'auteur refuse le fatalisme et appelle à retrouver le courage, la liberté et le sens de la responsabilité individuelle.
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Source YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=ALqZJRlq4bE
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Pour Laurent Obertone, l'État omniprésent aurait progressivement dépossédé les citoyens de leur autonomie, de leur responsabilité et jusqu'à leur instinct de survie. Le paradoxe est saisissant : jamais l'homme n'aurait été autant protégé, jamais il n'aurait été aussi désarmé face à ceux qui ne respectent aucune règle. Mais derrière ce constat implacable, l'auteur refuse le fatalisme et appelle à retrouver le courage, la liberté et le sens de la responsabilité individuelle.
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NewsTranscription
00:00– Il est un auteur à succès, il s'appelle Laurent Berton.
00:08Bonjour Laurent Berton.
00:09– Et vous publiez aux éditions Magnus,
00:11les excellentes éditions Magnus, la France Demolition Man.
00:15En 2013, la France Orange Mécanique décrivait une France confrontée
00:19à une violence que médias et politiques refusaient de regarder.
00:2214 ans et 13 livres plus tard, je vous cite,
00:26« Aucun d'entre eux n'a réussi, dans mes livres, à sauver le pays
00:30ou à renverser l'univers. »
00:34Et pourtant, vous abordez à nouveau le thème de la démolition.
00:37Et pourquoi un pamphlet de plus ?
00:40– Justement parce que l'univers est toujours inchangé.
00:44Et le pamphlet, je crois que c'était Paul-Louis Courrier
00:47qui le définissait comme ça, qui était le grand maître pamphletaire,
00:49qui disait « On a une vérité qui nous brûle les doigts,
00:53qui nous brûle la cervelle, et on se dit qu'il faut la faire
00:55entrer de force dans ceux qui refusent de l'avoir. »
00:59Donc c'est un peu un pied de biche, ce livre.
01:01Il faut réinvestir les esprits qui ont cédé, je pense,
01:06à l'attentisme, au conditionnement,
01:10et les forcer à réinvestir le champ de la réalité,
01:13avant que la réalité leur rattrape,
01:15ce qui est en train de se produire, selon moi.
01:17Et c'est toujours bien d'anticiper les choses
01:19et de ne pas se contenter de les subir.
01:22– De la France Orange Mécanique à la France Demolition Man,
01:2613 livres, une oeuvre.
01:29S'il y avait un fil conducteur, quel serait-il ?
01:32– Je pense que c'est vrai que la violence,
01:35ou la réflexion autour de la violence,
01:37est quand même ce qui ressort le plus.
01:39Alors ce n'est pas quelque chose que j'ai étudié dans mon cursus,
01:46mais j'ai écrit sur la criminalité de mage,
01:50j'ai écrit sur l'ultra-violence,
01:51j'ai écrit sur le traitement médiatique de la violence.
01:55Là, la France Demolition Man,
01:57c'est justement une réflexion sur l'évolution de notre rapport à la violence.
02:02C'est-à-dire que la société française a toujours été extrêmement rude,
02:06on va dire,
02:07et elle l'est au fil du temps de moins en moins,
02:10comme toutes les sociétés développées.
02:13Et aujourd'hui, on a une telle crainte de cette violence
02:16qu'on est prêt à tous les désarmements,
02:18en imaginant qu'on va l'annuler, l'annihiler,
02:22un petit peu comme faisaient les Britanniques avant la Seconde Guerre mondiale,
02:25en se disant, on brûle tous nos vaisseaux,
02:27si on n'a pas d'armes, personne ne nous fera la guerre.
02:30Sauf que, justement, on se retrouve tout à fait dépourvus et démunis
02:33quand le vent souffle dans le mauvais sens.
02:36C'est ce qui se passe encore une fois,
02:38et j'essaie de comprendre cette évolution de notre état d'esprit,
02:42et ce qu'on peut faire maintenant,
02:44qu'on a tout délégué à l'État,
02:45et que l'État est défaillant en matière de gestion de notre sécurité.
02:502013, la France orange mécanique,
02:52c'est une référence implicite au film de Stanley Kubrick,
02:56avec, dans le rôle titre, Malcolm McDowell, je crois.
02:58Et la France Demolition Man, aujourd'hui,
03:00c'est une référence à un film qui date, lui, de 1993,
03:03vous remontez dans le temps, de Marco Brambilla,
03:06avec cette fois-ci Stallone dans le rôle de destructeur, de démolisseur,
03:09et qui était l'intérêt de prendre ce film,
03:11qui n'a pas été non plus un grand film américain.
03:16– C'est étonnant ce film,
03:17parce que ce n'est pas celui qu'on va retenir de Stallone en général,
03:22des années 90 non plus,
03:23la même année, il y a Un jour sans fin,
03:25il y a Jurassic Park,
03:26c'est des films qui sont restés beaucoup plus dans l'imaginaire collectif,
03:29mais celui-là avait un mérite qui est rare,
03:31c'est qu'il anticipait une situation future,
03:35et ça se passe en 2032 dans le film,
03:37et très rares sont les films qui ont réussi ça,
03:41qui peuvent être regardés aujourd'hui,
03:43et où on se dit, quand même, ils avaient vraiment tapé juste,
03:47parce qu'on est dans une société archi-aseptisée,
03:51tout ce qui nous fait du mal est interdit,
03:53donc les déviances du vocabulaire,
03:58le sexe, la sexualité, manger du sel, manger de la viande, etc.,
04:03les contacts physiques,
04:04les contacts physiques nous font du mal, ils sont interdits,
04:07et donc on a cette société hyper polissée, hyper fliquée,
04:11où on est sous surveillance totale,
04:12et on a un retour du fait barbare,
04:15qu'on croyait congelé, oublié au siècle précédent,
04:18et voilà que la barbarie est de retour dans les rues,
04:20et du coup cette société est complètement désarmée face à ça,
04:22et elle n'a plus le moyen de s'y adapter et d'y répondre.
04:27– Vous dites que c'est un tableau visionnaire d'une société castrée,
04:30livrée à la nouvelle barbarie, à la tyrannie de Big Brother,
04:33et on se dit qu'on est en plein dans l'actualité,
04:35est-ce que vous y voyez quand même une métaphore de la France de 2026,
04:38cette vision qu'avait ce film de 2032 ?
04:41– Ah oui, oui, pour moi,
04:43exactement ce même phénomène d'attentisme,
04:48d'injonction permanente à la docilité de la population,
04:51j'aime bien ce terme toujours, c'est la domestiquée, domestication,
04:55on a cette population qui est très réceptive à tous les messages,
04:58à tous les conditionnements, à tous les renoncements,
05:01qui s'en remet toujours au maître Big Brother,
05:03donc l'État, le chef, qui va agir à notre place,
05:06puisque nous, il est acquis que ce n'est pas à nous de faire ça,
05:09et donc on passe notre temps à râler après les approximations de ce fameux chef,
05:15sans voir que c'est une grande part du problème,
05:18si on estime que c'est lui qui doit régir nos vies,
05:21et qu'il se trouve défaillant, que fait-on derrière ?
05:26Et la barbarie, pour le coup, est massivement de retour dans nos rues,
05:29j'avais écrit là-dessus depuis 2013,
05:32les chiffres sont absolument éloquents sur l'augmentation,
05:36l'explosion vertigineuse des violences aux personnes,
05:38donc on est, en fait, il y a deux sociétés dans le même univers,
05:43qui sont en pleine confrontation,
05:45et nous, on regarde le match, on est un petit peu perplexe,
05:48sauf que là, on n'est pas dans un film, on n'est pas dans un jeu,
05:51on est dans le réel,
05:52et il serait bon d'en tirer les leçons rapidement,
05:57avant qu'il ne soit trop tard pour le faire.
05:59– Il y a une notion centrale dans le livre,
06:01ça a effleuré aussi dans d'autres ouvrages d'ailleurs,
06:04c'est de sa naissance à la date de sa mort,
06:06finalement, l'État réglemente, décide, interdit,
06:08mais aussi éduque et soigne la population,
06:11comme vous dites, au nom du soi-disant progrès.
06:14Est-ce que l'on appelle la protection,
06:16devient chez vous la notion de domestication,
06:19ou plutôt, dites-vous, non pas de déconstruction,
06:21vous avez un nouveau mot qui est la démasculinisation ?
06:25– Oui, c'est vraiment,
06:28je file cette métaphore de la domestication,
06:31la docilité tient à la masculinité,
06:34le masculin est un docile par définition,
06:37et il y a ce patient-travail des sociétés
06:41pour leur rendre le mal de plus en plus docile,
06:45de plus en plus manipulable,
06:48on peut le mener là où on a envie,
06:50c'est ce qu'on fait quand on veut domestiquer un cheptel,
06:52et c'est ce qui s'est passé avec nous, je pense,
06:59quand tout ce qui est associé à cette image
07:02de l'indocilité masculine, la violence, l'honneur,
07:06les conflits qui vont avec, la folie des grandeurs,
07:10enfin on peut tout mettre là-dedans,
07:12on en vient à cette société qui est une forme de tyrannie domestique,
07:17où le but est toujours de désarmer encore plus,
07:21et je pense que ça nous met vraiment en danger,
07:24puisque soit l'hyper-organisation Big Brother est intraitable,
07:30et fait de nous une sorte de termitière
07:32où rien ne dépasse et tout est sous contrôle,
07:35tout est cloisonné,
07:37soit on est complètement livré aux aléas du temps,
07:42c'est-à-dire qu'on le voit là avec les émeutes récentes,
07:45d'un coup quand police secours ne répond pas,
07:47quand les préfets vous disent finalement
07:49on ne va pas pouvoir venir, donc bonne chance,
07:52et bien là on sent vraiment passer
07:55la problématique de ce désarmement,
07:57le peuple français n'a jamais tout au long de son histoire
08:00été désarmé par ses dirigeants,
08:02à part dans des circonstances exceptionnelles
08:04comme sous le régime de Vichy,
08:06ou beaucoup plus récemment dans des circonstances
08:08qui ne sont pas exceptionnelles,
08:09on ne sait pas pourquoi le peuple français était désarmé,
08:12on ne lui fait plus confiance,
08:13on considère les citoyens honnêtes comme des enfants
08:15qui n'auraient plus le droit de faire ce que bon leur semble,
08:19donc à partir de là,
08:21l'ennemi principal commence à être celui
08:24qui nous empêche d'exercer nos libertés.
08:27– C'est-à-dire que l'État nous a privés,
08:30nous a désarmés, à la fois physiquement et moralement finalement.
08:34– C'est ça, le discours, les deux s'accompagnent,
08:36c'est-à-dire d'une part évidemment les armes à feu c'est très mal,
08:40avoir des armes chez soi, l'autodéfense c'est abominable,
08:43c'est horrible, pourtant c'est prévu par la loi,
08:46les cas de légitime défense existent parfaitement,
08:49dans un monde cohérent, les gens honnêtes
08:52ne font pas n'importe quoi avec leurs armes à feu,
08:54les Suisses par exemple, mes voisins sont quasiment tous armés
08:58et ils n'ont pas l'air de se comporter de façon plus étrange
09:02ou inquiétante que nous autres,
09:05simplement l'État est jaloux de ce monopole,
09:08il a ce pouvoir de régir notre sécurité,
09:11donc il va faire la chasse à tout ce qui pourrait y déroger,
09:15et en particulier aux citoyens dociles,
09:17parce que le barbare, le hors-la-loi, ça sort de son champ de compétences,
09:21il sait que lui il est récupérable,
09:24il est fort d'ailleurs, par ailleurs, il est dangereux, il est menaçant,
09:27par contre celui qui est docile, lui on peut lui demander beaucoup,
09:29toujours un peu plus,
09:30donc c'est sur lui qu'on va faire peser la pression de l'État,
09:33plutôt que sur celui qui est déjà dans une forme de sécession.
09:39– Et ce désarmement il va loin,
09:40parce que quand on prend des sociétés de protection,
09:42on va les donner aux miris, vérissures, etc.,
09:44finalement quand il n'y a pas de personne qui viendra vous aider,
09:48ça ne sert à rien d'avoir mis une alarme ?
09:50– C'est une longue marche vers l'Afrique du Sud,
09:54ça c'est aussi quelque chose que j'écris depuis pas mal d'années,
09:57c'est qu'on finit par se résigner à cette faiblesse de l'État
10:01sur ce plan de la sécurité,
10:04bon, nous sommes livrés à nous-mêmes,
10:05donc clusters sécurisés, des digicodes,
10:08des services de sécurité privés partout,
10:11chacun armé chez lui,
10:12et chaque déplacement est une entreprise périlleuse
10:17où il faut survivre avant toute chose,
10:20et c'est vers ça qu'on va,
10:21et l'État ne serait qu'un gang corrompu parmi beaucoup d'autres.
10:24– Alors, je veux bien vous poser la question,
10:26vous dites plus personne ne sait se défendre,
10:27car plus personne ne sait attaquer un jour-ci,
10:30et si les gardiens s'endorment,
10:32et s'ils décident de ne plus nous garder,
10:34la mesure la plus immédiate, on le voit actuellement,
10:36c'est de foncer dans les armuries
10:39pour tenter de se défendre, dans un cadre légal bien sûr,
10:41vous prenez, je le conçois bien,
10:43la réhabilitation de la force,
10:45ça c'est toujours été votre angle de combat,
10:49mais c'est quand même aussi au risque de réhabiliter
10:52quand même une forme de violence privée.
10:54– Mais je pense que si la société est si fragile aujourd'hui,
10:59si le capital social est à ce point effondré,
11:01c'est parce qu'on a renoncé à nos responsabilités élémentaires.
11:03On est des citoyens, on a le devoir de se défendre,
11:08d'incarner des personnalités respectables,
11:13capables, aptes à faire régner, à incarner un certain ordre social,
11:19le sens commun le plus élémentaire,
11:22et on a tous un petit peu négligé ce paramètre,
11:25en se disant de toute façon la police est là,
11:27la force publique fera ces choses à notre place,
11:30mais sauf que si une société ne tient plus que parce qu'il y a ça,
11:35elle n'est plus déjà, elle est déjà condamnée en quelque sorte.
11:39Donc c'est ça que je prône,
11:41je ne dis pas qu'il faut absolument recouvrer des appétits féroces et sanguinaires,
11:46pas du tout, mais une société, si on veut qu'elle soit pacifiée,
11:51ses citoyens doivent prendre cette responsabilité
11:54de pouvoir assumer leur propre défense,
11:59de pouvoir dire stop quand les choses se passent mal,
12:02de pouvoir défendre leurs commerçants, un certain ordre social.
12:05C'est-à-dire que comment concrètement, Laurent Berton,
12:09on remet en place notre système immunitaire,
12:12l'autocontrôle, dites-vous,
12:15on se forme à la fragilité, il faut donc décongeler le démolisseur.
12:18Ça, c'est son beau terme, décongeler le démolisseur.
12:20Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ?
12:22Est-ce que premièrement, c'est physique et moral,
12:24seulement moral, seulement physique,
12:27et comment on fait concrètement ?
12:30Pour remettre de la testostérone, si vous me permettez l'expression.
12:33Un homme, s'il veut mériter ce titre,
12:36doit pouvoir incarner un certain potentiel de dangerosité.
12:40Encore une fois, ça ne veut pas du tout dire
12:41que ce gars est dangereux parce qu'il va à la boulangerie,
12:44il va tirer sur n'importe qui,
12:45parce que sa tête ne lui revient pas,
12:46ce n'est pas du tout ça.
12:47Simplement, il doit pouvoir exercer une certaine forme de pression politique,
12:55notamment, pour faire respecter ses volontés.
12:58Parce que là, encore une fois,
13:00la politique a complètement phagocyté notre vie.
13:05Ceux qui sont nos responsables politiques font de nous ce qu'ils veulent,
13:08qu'on soit d'accord ou pas.
13:10Ce que j'écris aussi, c'est souvent l'histoire de cette grande dépossession.
13:14On a l'impression qu'on n'a plus aucune prise sur notre destin.
13:19Et c'est une énorme bêtise, selon moi,
13:22de nous en remettre à la politique
13:23en oubliant qu'il faut que la politique soit tenue en laisse.
13:26Qu'il y ait, pour le politique défaillant,
13:29un risque, un coût de voir une population se révolter
13:34contre une mauvaise gestion,
13:36contre des mesures calamiteuses, etc.
13:40Et on a perdu ça de vue.
13:42Et comme on n'incarne plus que cette attente,
13:44et cette passivité, et cette faiblesse,
13:46eh bien, ceux qui ont le pouvoir politique
13:47peuvent s'en donner à cœur joie sans la moindre conséquence.
13:50C'est exactement ce qu'on voit en ce moment.
13:51– Oui, vous leur dites,
13:52une société qui ménage et moralise l'antisocial,
13:54vous en prenez aux politiques,
13:55qui est intimide et incrimine que l'honnête homme,
13:58constitue une énorme invitation à se servir,
14:00à se défouler.
14:02J'ai noté tous les mots,
14:03parce que, bien évidemment,
14:03ils ont été écrits avant le 17 octobre,
14:05et pourtant, ils résonnent à partir du 17 octobre,
14:07un peu avant.
14:09De manière assez forte.
14:11Une invitation à se servir et à se défouler.
14:14Une fois la société désarmée,
14:15la crainte du chaos augmente.
14:17Donc, quand on désarme une population,
14:19vous dites, c'est le chaos qui arrive.
14:21– On se met à la place du délinquant
14:23d'opportunité habituelle.
14:24Il voit que la justice ne répond pas,
14:26ne répond plus.
14:27Peut-être sur 200 000 pilleurs,
14:29vous en avez 2 000 qui vont être en garde à vue,
14:30vous en avez peut-être 200 qui vont être condamnés
14:33à de la prise en ferme,
14:34avec les guillemets,
14:35parce que c'est presque toujours aménagé.
14:36Donc, on se dit, dans la balance,
14:39le risque est très faible.
14:41Le pays, la population générale ne va pas réagir
14:45parce qu'elle est conditionnée à ça,
14:46parce qu'elle est terrifiée,
14:47parce qu'elle est clôtrée chez elle.
14:49Elle attend…
14:49– Peut-être parce qu'elle n'a pas le droit de le faire.
14:51– Elle n'a pas le droit de le faire, évidemment.
14:52– Elle, elle sera extrêmement…
14:53– On voit des commerçants qui répondent.
14:54– Absolument.
14:56On a des cas très fréquents de propriétaires
15:00qui ont cherché à défendre leurs biens
15:02et qui ont été, eux, durement punis, poursuivis,
15:05parce qu'ils ont outrepassé ce fameux devoir d'attente
15:08et de soumission.
15:10Et, évidemment, c'est une invitation énorme
15:15qui est faite à la population habituée
15:19à être en marge de la loi.
15:22Donc, ce n'est pas du tout étonnant ce qui se passe.
15:24Elle est même…
15:25Cet État, quasiment, par son incurie,
15:27la protège et alimente ses déprédations.
15:32– Vous dites que la politique a phagocyté notre vie.
15:35Elle vous semble toujours, d'ailleurs,
15:37éprouvé une certaine défiance envers les politiques.
15:39Vous ne croyez pas à l'élection pour trouver un chef conséquent.
15:42Je vous cite à nouveau, page 151,
15:44un chef conséquent capable de dresser son peuple
15:46à ne plus jamais l'être.
15:49Dresser son peuple à ne plus jamais l'être.
15:51– Alors, il y a un bon exemple…
15:52– Oui, il y a un bon exemple dans le film Demolition Man,
15:54justement, d'un… ce qu'ils appellent les rebuts,
15:57donc les rebelles dans ce film-là,
15:58et qui explique que tout le monde le prend pour un chef
16:02parce qu'il veut ouvrir les yeux
16:05de cette population,
16:07disant vous êtes asservis par des tyrans,
16:09il faut vous libérer de ça,
16:10mais ils ne veulent pas être leur chef
16:11parce que ce serait encore échoué,
16:13parce que ce serait leur resservir ce mythe
16:16de l'homme providentiel, du Messie,
16:18de quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes.
16:20Et tant qu'on est dans cette attente
16:21d'une force extérieure à nous,
16:24on ne peut pas avoir d'issue heureuse.
16:27Il faut pouvoir avoir cette force,
16:29incarner cette pression,
16:31être cette minorité qui renversera l'histoire,
16:35mais elle ne peut l'être,
16:38elle ne peut avoir un chef digne d'elle
16:39que si elle-même est à la hauteur.
16:42C'est le mot de Clémenceau,
16:44la France sera ce que les Français auront mérité,
16:46eh bien, on a ce qu'on mérite aujourd'hui.
16:49– Alors, si l'élection,
16:51si les partis,
16:52si l'État ne constituent pas la solution,
16:54ne constituent plus la solution,
16:56qui peut encore changer la société ?
16:58– L'individu, la famille, la communauté,
17:01la société civile, je ne sais pas.
17:03– Je pense qu'il faut commencer par nous.
17:04C'est toujours plus pratique
17:05de se tourner vers le sommet de l'État,
17:07mais c'est aussi mon obsession,
17:10c'est nous, dans notre vie,
17:12on a plus d'action,
17:14on a plus de pouvoir,
17:15on a plus de résonance
17:16que l'action de je ne sais pas quelle collectivité.
17:19– C'est des résonances politiques.
17:20Est-ce qu'il faut défendre plus la famille ?
17:21Est-ce qu'il faut rétablir la famille traditionnelle ?
17:24Est-ce qu'il faut aider les petites patries ?
17:26– La vraie patrie ?
17:27– À tous les échelons en partant de soi.
17:30– Tous les échelons en partant de soi.
17:31Donc la famille, évidemment,
17:33le clan, ça c'est l'unité de base.
17:35Après, le réseau de voisinage,
17:38d'entraide, etc.
17:39Et on augmente comme ça,
17:41et c'est comme ça que les choses se passent le mieux.
17:44– Parce que là, les femmes ont un rôle dans la famille.
17:46C'est important, parce que dans votre ouvrage,
17:48et dans ce que vous me dites,
17:49on a l'impression que les femmes ont été effacées.
17:51Vous me dites, c'est l'homme qui est l'indocile par définition,
17:54c'est à l'homme de réagir.
17:57La femme, elle réagit, et quand elle réagit,
17:59Jeanne d'Arc, vous l'approuvez,
18:00elle peut réagir plus fort, et plus durement,
18:02et plus noblement, et plus dignement.
18:04– Oui, absolument, mais si Jeanne d'Arc
18:06n'avait pas eu sa petite équipe
18:10de matraqueurs assermentés,
18:11– Qui la suivait.
18:12– Qui la suivait.
18:13– Elle n'aurait pas pu faire ce qu'elle a fait.
18:15– Elle ne la devançait pas.
18:16– Elle ne la devançait pas,
18:17mais quand même, il y en avait certains
18:18qui étaient déjà là avant,
18:19qui étaient encore là après.
18:21Et donc, sans cet état d'esprit de ces hommes-là,
18:26à ce moment-là, elle n'aurait pas pu exister.
18:28C'est pour ça qu'attendre une Jeanne d'Arc aujourd'hui,
18:31désolé, mais non.
18:32Il faut d'abord préparer les esprits
18:36à l'avènement d'une personnalité de ce type.
18:39C'était valable aussi pour Versailles et Thorix,
18:41et ça le sera toujours.
18:43C'est pour ça qu'il faut absolument travailler à ça.
18:46Et j'avais consacré un livre raisonnablement sexiste,
18:48justement, aux femmes et aux rôles des femmes.
18:51Dans le film de Demolition Man, c'est intéressant,
18:53puisque une femme a un rôle très important.
18:55C'est elle qui va décider de décongeler le démolisseur.
18:59Et c'est elle qui va lui expliquer
19:00comment se comporter de façon un peu moins balourde
19:05dans le nouveau monde.
19:07Et finalement, elle a un rôle absolument vital.
19:11Parce que oui, il y a les hommes, il y a les femmes.
19:12Les hommes, ce qu'ils font, ils le font pour les femmes.
19:15Il ne faut jamais l'oublier.
19:16Et ce sont les femmes qui choisissent.
19:19En dernier recours, la sélection sexuelle,
19:21c'est le choix des femmes.
19:23En tout cas, en Occident.
19:24Et donc, c'est évidemment très important.
19:27On ne fera rien sans elles.
19:29Mais sans les hommes, ça ne marchera pas non plus.
19:31Donc, il faut que les deux soient solides sur leurs appuis.
19:34– Je ne sais pas si les féministes comprennent votre discours.
19:37– Je ne suis pas sûre, mais ce n'est pas très grave.
19:39– Faites avec.
19:40En lisant le livre, je me disais,
19:43et assez sérieusement d'ailleurs,
19:45pour avoir eu la capacité de lire l'ensemble de vos ouvrages,
19:49de vous suivre depuis 2013, c'est ça ?
19:53Est-ce qu'Oberton n'idéalise pas finalement l'homme d'hier,
19:56avant sa domestication ?
19:58Il y a toujours chez vous.
19:59C'est une part, je trouve, de nostalgie, cette Antienne.
20:02Alors, les jeunes disent, c'était mieux avant,
20:04au lieu de dire que ça sera mieux demain.
20:06– Simplement, c'est que se dire, moi, évidemment,
20:10je pense que je n'aurais peut-être pas été très fier,
20:12autant de Vercingétorique, justement, ou même de Jeanne d'Arc,
20:15quand on voit ce qu'ils ont surmonté avant,
20:18et notre résilience actuelle,
20:22nos capacités d'engagement,
20:24eu égard à ce qu'ont été même celles d'il y a un siècle,
20:28les Poilus, par exemple,
20:30j'ai l'impression qu'on n'est clairement plus du tout à la hauteur.
20:33Peut-être que je n'aurais pas du tout aimé vivre dans ces conditions-là,
20:36mais ce qui m'inquiète beaucoup plus,
20:39c'est que cette pente vers le désarmement,
20:42vers la domestication, vers la négation de l'homme,
20:45ne peut qu'avoir une issue très péjorative,
20:49puisque la force brute, justement, est toujours là,
20:52elle est dans notre société,
20:53c'est elle qui va gagner demain,
20:55et ceux qui se contentent, je ne sais pas,
20:58d'appeler de leurs voeux le pacifisme, etc.,
21:02l'amour, la tolérance, la fraternité,
21:05ils risquent très fort de perdre à la fin.
21:07C'est toujours bien les beaux discours,
21:09c'est moralement flatteur,
21:10mais dans la vraie vie, ça peut coûter très cher.
21:13Donc je suis très inquiet,
21:16plus encore que par la situation politique,
21:19mais par ce penchant profond pour la domestication,
21:23parce que souvent, ce sont encore une fois les individus
21:26qui sont demandeurs,
21:27qui veulent cet ordre absurde,
21:30cette administration partout.
21:31Oui, oui, bien sûr, mais…
21:32Comme en Chine.
21:33Je pense que les animaux domestiques sont très heureux
21:35d'avoir leur gamelle remplie, etc.,
21:37d'être dans leur petit cocon de sécurité,
21:39sauf qu'au moment où le maître n'est plus là,
21:42eh bien ça se complique,
21:43parce qu'on a perdu toute aptitude à affronter la vie réelle.
21:47Et c'est vraiment…
21:48On n'est pas loin d'être dans cette situation,
21:49ce que je disais déjà dans Guerilla,
21:51si d'un coup le maître s'effondre
21:54et qu'on est livré à nous-mêmes,
21:55cette fameuse terreur domestique de l'abandon,
21:59eh bien on a de bonnes raisons d'être tout à coup très inquiets
22:02et de se dire que peut-être on n'aurait pas dû à ce point
22:05renoncer à l'autonomie, à l'indépendance,
22:07à la prévoyance, à tout ce qui faisait de nous
22:10des êtres responsables.
22:11Donc finalement, vous êtes comme dans la fable de La Fontaine,
22:13vous considérez qu'il faut mieux être le loup maigre,
22:17squelettique, que le chien repu ?
22:20C'est certain, mais malheureusement, je suis…
22:24Beaucoup d'indécations pour cela.
22:25Oui, bien sûr.
22:26Force de caractère.
22:27La liberté, l'acceptation que la vie est aussi souffrance,
22:32et pas du tout la négation qu'on voit contemporaine.
22:34La vie, il ne faut pas qu'il y ait de souffrance,
22:35il ne faut pas qu'il y ait d'événements,
22:36il ne faut pas qu'il y ait d'imprévus.
22:37Ce n'est pas du tout ça.
22:38Si vous voulez avoir une chance de vous accomplir
22:41et de faire de grandes choses et de vous révéler,
22:44il faut espérer l'épreuve, il faut espérer la souffrance,
22:47il y aura des injustices, c'est très possible que ça vous emporte,
22:52que la vie gagne, de toute façon, il gagne toujours à la fin.
22:55Et c'est très bien comme ça.
22:56C'est ce qui fait sa valeur.
22:58C'est pour ça qu'il faut tout accepter dans le réel.
23:02Il ne faut pas chercher à être dans l'évitement ou la fuite en permanence.
23:05Sinon, on passe à côté de tout ce qu'elle est.
23:08Alors que nous avançons vers les ténèbres,
23:10tel qu'énoncé dans l'ouvrage.
23:12Alors, d'une manière un peu nouvelle,
23:14vous refusez finalement le défaitisme.
23:17C'est peut-être le paradoxe, d'ailleurs, du livre.
23:19Vous dites, je connais la situation, je sais qu'elle est critique,
23:22mais le défaitisme est tout sauf mobilisateur.
23:25Ne donnez pas cet exemple désastreux.
23:27Et je me suis dit, là, c'est un autre Oberton que je trouve,
23:29un Oberton sombre,
23:31qui annonce les ténèbres sans solution.
23:34Et là, d'un seul coup, il faut attendre la page 222.
23:36Vous allez me dire,
23:39il y a une lumière, un espoir.
23:42La lumière, je sais,
23:43vous l'interprétez-moi, mais comment vous l'interprétez-vous ?
23:46– J'ai toujours eu, moi, cette sensation,
23:48à chaque fois qu'on me dit que je suis très pessimiste,
23:49je ne le trouve pas, moi.
23:50Je trouve que mon écrit est plutôt raisonnable,
23:54en disant, oui, la situation est critique,
23:56archi-critique,
23:58mais c'est vraiment totalement absurde.
24:01– Je vais citer Charles Maurras,
24:02le désespoir en politique est une sottise absolue.
24:07C'est…
24:09Pourquoi ?
24:10Pourquoi ?
24:10Enfin, le désespoir, c'est ceux qui disent
24:13tout est foutu,
24:14qui prétendent avoir cette lucidité froide.
24:18Non, c'est…
24:19– Mais au bout du tunnel, il y a une lumière, d'accord.
24:21Je n'ai bien compris.
24:21Quelle est cette lumière ?
24:23C'est cette question-là que je vous pose.
24:24Certains vous diront, c'est la foi.
24:26D'autres, qu'est-ce que vous répondez à ça ?
24:27Pourquoi cette lumière ?
24:28C'est un homme providentiel, une femme providentielle ?
24:31C'est un changement de système total ?
24:35Marceau disait il y a quelques jours,
24:36il faut tout cramer,
24:38un peu de place,
24:39il faut tout cramer,
24:40et puis un nouveau monde naîtra, finalement.
24:43C'est quoi cette lumière ?
24:44– Moi, je pense que c'est le refus du renoncement
24:46et la foi en sa force,
24:47en se disant, on est là, on est lucide, on est conscient.
24:52Et d'autres ont surmonté des situations
24:54qui étaient bien plus compromises,
24:55bien plus douloureuses, bien plus difficiles.
24:58Nous, on est encore dans le commentaire,
25:00on est encore dans la réflexion,
25:02on imagine qu'on a le confort,
25:04qu'on a encore le temps,
25:05que ça ne nous est pas encore tombé dessus.
25:08C'est pour ça que je crois que ce peuple,
25:11je crois que les Européens en général
25:14ont déjà fait montre de grande résilience.
25:16Plus les situations étaient périlleuses et compromises,
25:19plus ils l'ont été.
25:21Donc, quelque part, la bonne nouvelle,
25:23c'est que si nous ne sommes pas à la hauteur,
25:25nous disparaîtrons,
25:25et ceux qui sont à la hauteur s'en sortiront.
25:27Donc, tant mieux, finalement.
25:29Voilà une façon de...
25:32Pas d'espérer, parce que je n'aime pas trop ce terme-là.
25:34Pour moi, il évoque trop l'attentisme
25:36et un refus de prendre sa part.
25:40Si chacun prend sa part,
25:42on a une énorme chance de surmonter les preuves.
25:45Si on continue à croire
25:47et à se réfugier dans l'espoir
25:49ou dans le désespoir ou dans la fuite,
25:51là, c'est sûr,
25:52on aura ce que le monde nous imposera.
25:54Mais on ne sera pas acteur de ça.
25:56Être acteur, au moins, c'est tenter quelque chose.
25:57Alors, même si ça se finit mal,
25:59on aura au moins eu le mérite
26:00d'avoir assumé notre rôle.
26:03On va poursuivre cette lecture
26:05de la France d'Edition Man,
26:06ce qu'il fallait démonter,
26:09et aujourd'hui, ensemble,
26:10ce qu'il fallait un peu démontrer.
26:11Je vous invite à lire cette suite
26:13et à lire ce nouvel envrage,
26:14cette enquête sur un sujet, finalement, tabou.
26:16C'est aux éditions Magnus, je vous l'ai dit.
26:18Et c'est en compte sur le site TVL.
26:19Vous allez sur la boutique tvl.fr.
26:21Vous savez, le chemin pour vous procurer cet ouvrage tout de suite.
26:24Merci, Laurent Berton.
26:25Merci à vous.
26:27Sous-titrage Société Radio-Canada
26:27Sous-titrage Société Radio-Canada