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Aventurier, écrivain, aviateur et marin, Patrice Franceschi a vécu mille vies, des jungles africaines aux montagnes afghanes, des combats en Syrie aux grandes expéditions maritimes. Dans son dernier livre, "Tout surmonter", publié chez Albin Michel, il livre les leçons d’une existence hors du commun : comment vaincre la peur, résister au conformisme, affronter la mort et ne jamais céder à l’indifférence. De ses épreuves personnelles aux trahisons politiques, notamment celle de Jean-Louis Borloo, il défend une certaine idée de la liberté, fondée sur le courage et l’action. Mais après tant d’aventures, que lui reste-t-il à accomplir ?
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NewsTranscription
00:04Générique
00:05Et on se ouvre aujourd'hui avec un aventurier français, un vrai, Patrice Franceschi.
00:11Bonjour, monsieur.
00:12Bonjour.
00:13Patrice Franceschi, vous êtes écrivain, aviateur, marin, également président d'honneur de la Société des Explorateurs Français.
00:21Vous avez déjà publié une quarantaine de livres, dont plusieurs best-sellers.
00:25Par exemple, première personne du singulier, c'était le prix Goncourt de la Nouvelle, votre dernier ouvrage édité chez Albain
00:32Michel.
00:33Tout surmontait le récit de vos aventures en Guyane, en Afrique, en Nouvelle-Guinée, au cœur des guerres en Syrie
00:42et en Afghanistan.
00:43J'en passe et vous commencez cet ouvrage, Patrice Franceschi, avec une trahison, celle de Jean-Louis Borloo,
00:52quand il était ministre de Nicolas Sarkozy, qui vous a lâché en pleine mer, alors que vous dirigiez une mission
00:59pour son Grenelle de la mer.
01:01Est-ce que vous pouvez revenir sur cette trahison, cette mésaventure ?
01:05Alors, petite précision au départ par rapport au titre de livre.
01:08Le sous-titre importe énormément.
01:10La bande n'y est plus, là, dans ce que vous avez montré.
01:12C'est « ou du moins essayer ».
01:14Tout surmontait ou du moins essayer.
01:15C'est très important pour rester un petit peu modeste dans les difficultés de la vie.
01:19Après, je reviendrai à la trahison, mais « Tout surmontait ».
01:22C'est un petit livre d'apprentissage, d'abord écrit pour moi-même,
01:28et ensuite pour essayer de servir, le transformant de manière un peu universelle et intemporelle pour tout le monde.
01:32Parce qu'au final, la vie, qu'est-ce que c'est ?
01:34Si ce n'est une suite ininterrompue d'épreuves à surmonter,
01:39l'essentiel est de pouvoir dire à la fin « nous avons gagné ».
01:41C'est-à-dire qu'on a eu la vie que l'on voulait.
01:44Là, j'ai choisi dix thèmes surmontés.
01:47La trahison, on va en parler, la mort, la prison, tout cela.
01:51Et la toute première, effectivement, j'essaie dans ce livre aussi de montrer un peu le dessous des cartes.
02:01Ce qu'il y a derrière l'aventure, ce dont on n'a pas forcément tout le temps la place
02:05de parler.
02:06Il y a quelques années, je me suis dit un jour, je devais rassembler tout ce qui représente les échecs,
02:10les difficultés, etc., qu'il n'y a pas dans le livre.
02:12Pas parce qu'on ne voulait pas le faire, mais parce qu'il n'y avait pas la place.
02:14Et d'en faire un thème très précis, surtout dans notre époque de désarroi,
02:20et chacun le constate, dans la façon dont le monde marche et les orages de l'histoire qui se rapprochent.
02:26Et donc, je vais mettre sur ce thème de la possibilité de tout surmonter
02:30à travers des exemples personnels que je peux traduire pour le quotidien, pour tout le monde.
02:34La première, c'est la trahison.
02:36Qui n'a pas connu dans sa vie une trahison ?
02:38À peu près tout le monde.
02:40C'est la mienne que j'ai connue, c'était en 2009-2010, c'était terrible.
02:46Parce que le ministre de l'écologie de l'époque, souvenez-vous,
02:49fait le grenelle de la mer qui va être signé à bord de la boudeuse sur la Seine.
02:53La boudeuse, c'est votre navire.
02:55Le grand trois-mains à la boudeuse, qui avait déjà fait un grand tour du monde de trois années auparavant.
03:01Et je mets dans le livre, dès le départ, la lettre de mission de trois pas,
03:04et signée par tous les ministres, de cette mission du grenelle de la mer,
03:07qui devait servir à mettre en valeur quelque chose que tout le monde souhaitait,
03:12évidemment, la protection de l'environnement, la mer, la biodiversité.
03:15Et puis, évidemment, il y a une participation financière du gouvernement assez faible.
03:19500 000 euros.
03:20Voilà.
03:20Par rapport au million que ça coûtait, d'autres entreprises souhaitaient.
03:23Chacun faisait ça.
03:24Le scénar.
03:24Voilà.
03:25Et puis, le temps d'engager la mission que toute la presse a saluée.
03:30Je me souviens qu'à l'époque, c'était tellement souhaitable que même de libération de valeur actuelle,
03:37tout le monde disait, ce ministre-là, quelle que soit sa couleur politique, il fait quelque chose.
03:41Il était ravi, il vous prenait par l'épaule, tout va bien aller.
03:44Il y avait tout ce qu'il fallait.
03:44Et quand il voyait la presse le jour du départ, tout va bien.
03:47Et puis, entre-temps, le président de la République était Sarkozy à l'époque,
03:52il y a eu des changements de politique.
03:54C'est-à-dire qu'à un moment donné, Sarkozy avait dit, je crois que tout le monde s'en
03:56souvient.
03:57Moi, je n'étais pas là, mais on me l'a raconté.
03:58La biodiversité, tout ça, ça commence à bien faire.
04:00On va passer à l'énergie et tout.
04:02Et donc, en plein milieu de la mission, je me trouve au Venezuela à ce moment-là.
04:06Hop, terminé, on arrête la mission.
04:08Mais évidemment, pendant l'année qui avait précédé, il s'était bien gardé de mettre sa cote part financière.
04:14Donc, je me suis retrouvé à ce moment-là avec mon équipage, qui lui n'a pas trahi, ni la
04:17marine nationale,
04:21confronté à la conséquence de cette trahison qui était humaine, financière et tout ce qu'on veut.
04:27On s'en est tiré, évidemment.
04:29Effectivement, on l'a surmonté.
04:33Et de cette épreuve, j'avais connu déjà d'autres trahisons, mais celle-ci était monumentale,
04:40j'ai tiré la certitude une fois de plus que les épreuves, comme disaient nos braves stoïciens dans l'Antiqueté,
04:44finalement, il ne faut pas en avoir peur, ce sont celles qui nous construisent, qui nous apprennent,
04:48si on veut bien ne pas avoir peur de l'échec, qui nous apprennent finalement beaucoup de choses,
04:52nous rendent plus forts et nous permettent finalement de continuer à être féconds, à faire des choses,
04:57sans tenir compte finalement de ce caillou dans la chaussure qui nous a fait seulement trébucher et non pas tomber.
05:04Voilà.
05:05Et j'ai décidé, avec mon éditeur, avec Alma-Michel, quand on parlait de tout ça,
05:08il fallait raconter de temps en temps le dessous des cartes et montrer finalement la légèreté avec laquelle les politiques
05:16nous gouvernent.
05:17C'est très emblématique et symbolique pour moi, parce que quand je vois M. Borloo,
05:21qui maintenant dit qu'il faut les mécano de la République, je ne sais pas quoi,
05:24je vais lui dire, mais c'est toi qui l'as cassé, qu'est-ce que tu viens faire ?
05:28Voilà.
05:28Mais on peut passer à d'autres épreuves à surmonter, parce que celle-ci est claire, nette et précise.
05:35Vous l'aviez quand même confronté dans son bureau, vous étiez revenu exprès en prenant l'avion d'Amérique du
05:41Sud
05:41pour arriver à Paris et que vous dit-il dans son bureau, c'est l'avis, que voulez-vous ?
05:46Après que vous ayez constaté qu'il ne vous avait pas versé l'argent promis.
05:50Et alors, vous avez une formation en philosophie, je suis Patrice Franceschi,
05:54et donc vous organisez un peu votre ouvrage comme un manuel avec de grands thèmes,
05:57vous le disiez tout à l'heure, la peur, l'indifférence, la connerie d'ailleurs, on va y venir,
06:01et le conformisme, c'est apparent pour vous à une forme de maladie mentale.
06:06Alors, comment vous avez compris, très jeune, que votre vie ne serait pas celle de M. Tout-le-Monde,
06:12ce que vous appelez votre révolution personnelle ?
06:14Alors, le conformisme, donc surmonter le conformisme, un des dix thèmes.
06:19Lui, j'étais confronté bien avant la trahison, la mort et le reste, quand j'étais gamin.
06:23J'avais la chance, à l'âge de 12 ou 13 ans, de savoir très bien ce que je voulais.
06:26Je voulais vivre toutes les aventures possibles et imaginables,
06:30et écrire tous les livres possibles et imaginables, bref.
06:32Vous aviez un papa militaire déjà ?
06:34Oui, mais c'était l'encontre de tout ce qu'il pouvait penser.
06:37Donc moi, je savais très bien, en gros, je ne formulais pas ça comme ça à l'époque,
06:40mais être écrivain, aventurier.
06:41Et quand vous avez 15 ans et que vous dites ça, vous vous dites, non, tu suis les rails,
06:45il faut un métier, ça, ce n'est pas un métier, etc.
06:48Et à 18 ans, après le bac, soit vous acceptez ce conformisme,
06:52qui est une maladie spirituelle, fait comme tout le monde,
06:55je trouve un emploi, été-vocation, finalement, le conformisme, c'est l'été noir,
06:59l'été noir de nos rêves, de nos vocations, de nos pulsions de vie, etc.
07:03Donc j'ai dû faire une révolution personnelle, une fugue, à l'époque mineure,
07:06jusqu'à l'Amérique du Sud, je passe sur les détails,
07:09en me disant, si je ne m'extrais pas du conformisme,
07:12si je ne m'extrais pas, si je saute pas hors des rails,
07:15ma vie ne vaudra pas ce que je voulais qu'elle soit.
07:18Donc j'y vais.
07:19Et je me suis donc enfui, mineur, jusqu'au bout de l'Amérique du Sud,
07:24et je suis revenu en France uniquement une année à peu près plus tard,
07:28simplement parce qu'un autre président de l'Amérique,
07:29un jour je découvre dans un journal, du côté en Argentine,
07:32que je suis devenu majeur.
07:33– La minorité est passée de 18 à 21 sous Giscard.
07:37– Voilà, un type que je ne connaissais pas,
07:38qui venait de passer de 21 à 18,
07:40et je me suis dit, je suis majeur maintenant,
07:42je peux rentrer chez moi, je suis rentré sur un cargo brésilien, bref.
07:46– Tout est expliqué dans le livre.
07:47– Oui, et je raconte, et la leçon que j'en ai tirée,
07:51et j'ai continué après, j'étais vraiment sur ma voie,
07:54et que j'ai envie maintenant de transmettre aux jeunes,
07:57quand on leur dit, il y a 20 ans, dans les banques,
08:00préparez votre retraite, etc.,
08:02devenez fonctionnel ou quoi ?
08:03Si ce n'est pas votre truc, franchement non.
08:06Si vous avez des rêves, des vocations, des désirs,
08:09et surtout s'ils sont hors des sentiers battus,
08:11mais travail, allez-y à fond,
08:13il sera trop tard, plus tard,
08:14il vaut mieux avoir ni regret ni remords
08:16vers la fin de sa vie, quand on le soit tous,
08:17et tout ça pour ça.
08:19Donc je pense que la pulsion de vie qui peut nous habiter
08:22doit être en permanence,
08:24dans une époque où l'aversion au risque est devenue majoritaire,
08:27doit être au contraire renforcée,
08:28et dire, fais, deviens ce que tu veux être,
08:30et le reste, en acceptant d'en payer le prix,
08:33car la liberté coûte très cher.
08:34Mais il faut y aller, ça en vaut la peine.
08:36– Bravo, et alors, huit mois après votre fugue,
08:39c'était à Cayenne,
08:40on est donc en 75,
08:43et vous partez alors pour les jungles du Nord-Congo,
08:46avec trois amis à la recherche des pygmées Babinga,
08:50et vous affrontez, on l'imagine,
08:52des conditions épouvantables.
08:53Qu'est-ce que vous avez appris dans cette jungle ?
08:56– Ça, c'est surmonter l'adversité.
08:59On avait un an de plus, après cette fugue, 20 ans,
09:03et on s'engage dans le Nord du Congo,
09:05dans les zones les plus inconnues du Nord-Congo,
09:07c'est ce qui nous attirait, l'inconnu.
09:10Ce qui va nous procurer, finalement,
09:13toutes les découvertes que l'on souhaite,
09:16tout ce qui est neuf, tout ce qui n'est pas vieux, etc.
09:18Mais on est totalement inexpérimentés.
09:20Et la cuvette congolaise, dans le Nord, au pays des pygmées,
09:23après quelques mois de vie avec les pygmées,
09:24on voulait la traverser complètement,
09:25sans gaoumangui, un truc de dingue,
09:27en réalité, quand je le vois maintenant,
09:29et inexpérimentés comme nous l'étions,
09:30ça a failli très très mal se terminer,
09:32dans les mariquages du Nord-Congo,
09:34pendant des semaines et des semaines de survie,
09:36et là, on apprend plusieurs choses.
09:38D'abord, ce qui est vraiment la faim,
09:39quand on ne mange pas pendant des semaines.
09:41– Vous avez cru que vous alliez y passer, quand même ?
09:42– Oui, on s'en est tiré que par un miracle,
09:46sur un radeau de bambous à la fin,
09:47sauvé par des chasseurs d'éléphants bantou,
09:49enfin, c'est toute une histoire.
09:50J'ai écrit ça dans un autre livre à l'époque.
09:52Et on a surtout tiré un enseignement qui nous a marqués,
09:56c'est qu'on s'en était tiré que par une solidarité active.
09:59On aurait dû s'entretuer tous les quatre,
10:01pour les moindres insectes qu'on mangeait, etc.
10:03C'était l'inverse.
10:04Et cette découverte que, finalement,
10:06ce qui peut sauver un groupe, ce n'est pas,
10:08et c'est valable pour un pays, pour une nation,
10:10pour tout ce que l'on veut,
10:11ce n'est pas la lutte des uns contre les autres,
10:13mais au contraire, dans l'infortune et l'adversité,
10:16le resserrement du groupe,
10:17qui doit devenir un seul corps, un seul esprit,
10:19dont chaque membre est au profit de l'ensemble,
10:22ça, ça a été une leçon extraordinaire par la suite.
10:24Et je l'ai découverte après dans les engagements en Afghanistan,
10:27au Kurdistan, dans les guerres que j'ai menées, etc.
10:30Donc, on a surmonté l'adversité comme ça.
10:32– L'Afghanistan, vous entrez en résistance face à l'armée soviétique,
10:36on est en 82, vous êtes fait prisonnier par l'armée pakistanaise,
10:41alors que vous êtes près de la frontière,
10:44vous êtes fait une petite incursion côté pakistanais,
10:47là, vous découvrez la puissance de liberté de votre esprit,
10:52alors comment vous avez surmonté l'emprisonnement,
10:54puis la pression que les Pakistanais vous ont mise ?
10:56– Ça, c'est surmonter la prison.
10:59Pendant des études de philosophie,
11:01on parle de la liberté, qu'est-ce que c'est ?
11:04Depuis des millénaires, on en parle,
11:05le libre-arbitre, le déterminisme,
11:08et puis, tout ça reste assez théorique,
11:11et soudain, on découvre quand…
11:13Je me suis engagé aux côtés des Afghans contre l'armée rouge
11:15dès le début de la guerre, en 1979-80,
11:19ça a duré jusqu'à la libération de Kaboul, pas mal d'années,
11:22et on passait en permanence à la frontière clandestinement.
11:24Puis un jour, je me suis fait choper par les pakistanais,
11:29heureusement d'une bonne côté.
11:30Et l'enfermement physique,
11:32c'est qu'à un moment donné, on n'est plus soi-même.
11:34Le sujet en devient objet,
11:35c'est l'autre en face de vous qui peut tout décider à votre place.
11:39C'est une découverte incroyable,
11:41que la prison, ce n'est pas seulement un enfermement dans une cellule,
11:44c'est la dépossession de soi
11:46qui s'est transmet à quelqu'un qui vous possède entièrement.
11:49Il peut tout faire, vous ne pouvez rien faire.
11:51Waouh, quelle découverte !
11:52Et là, je retiens surtout de cela,
11:54grâce à Dieu, ça n'a pas duré trop longtemps,
11:56on m'a malmené, mais pas trop fort.
11:59Pour me faire parler,
12:00on a menacé de me remettre aux soviétiques,
12:02il y a eu tout un truc.
12:04Mais ce que j'ai redécouvert en réalité,
12:07c'est que finalement, la leçon de nos anciens stoïciens,
12:10encore une fois,
12:10est que la véritable liberté,
12:12elle ne pouvait être, pour être totale, qu'intérieur.
12:17Et que si on parvenait dans sa forteresse intérieure à être libre,
12:21c'est-à-dire en se dégageant des préjugés,
12:24de tout ce qu'on veut nous faire croire,
12:27et en pensant par soi-même,
12:29alors cette liberté intérieure peut vous sauver de la liberté extérieure
12:32que vous avez perdue, entre quatre murs.
12:35Et après, je me suis dit, je me souviens,
12:36quand je suis sorti,
12:38le jugement truqué,
12:40tout un truc de dingue,
12:41c'était cinématographique ou possible,
12:43on s'en sort,
12:45et on retournera,
12:46et on recontinuera pendant encore des années.
12:49Et après, je me suis dit, finalement,
12:50si on pose la question,
12:51si les philosophes posaient la question,
12:53un type derrière les barreaux,
12:54c'est quoi pour toi la liberté ?
12:55La réponse serait extrêmement simple, extrêmement claire.
12:58Enlève-moi mes barreaux,
12:58que je fasse,
12:59que je me déplace où je veux me déplacer.
13:01Liberté de base.
13:02Mais pour se libérer de la prison
13:04dans laquelle on peut être enfermé physiquement,
13:07notre corps,
13:07il faut que l'esprit soit libéré
13:08et qu'on travaille toute notre vie, finalement,
13:11à la conquête de cette liberté intérieure,
13:13surtout aujourd'hui avec l'IA générative,
13:15encore plus qu'avant.
13:16Alors, vous avez assisté à la mort
13:18de certains de vos compagnons.
13:20Ça, c'est surmonter la mort,
13:21c'est aussi notre découverte.
13:22Notamment celle de cette jeune yézidi
13:25lors de la bataille de Raqqa,
13:27c'était en Syrie en 2017,
13:29Révan ou Réwan.
13:30Réwan.
13:31Réwan.
13:32Et alors, vous avez découvert un moyen
13:34de surmonter la peur de la mort.
13:37Alors, la mort,
13:38j'étais confronté la première fois,
13:39j'en parle aussi avec un autre camarade,
13:41un jeune afghan, Fasaldine,
13:44qui est mort dans mes bras,
13:45au halo, après une embuscade.
13:46Enfin, je passe les détails.
13:47L'exemple de cette jeune femme
13:48est encore plus frappant.
13:49Il est encore plus frappant.
13:50Mais tous les deux, finalement,
13:51ce que j'ai découvert,
13:52ils sont morts jeunes,
13:55surtout Réwan et beaucoup d'autres.
13:56Je parle de eux deux,
13:57mais j'en ai vu tellement
13:59pendant toutes ces années de guerre,
14:01les guerres auxquelles j'ai participé,
14:04que je me suis dit, finalement,
14:06pourquoi sont-ils morts ?
14:07Est-ce que ça valait la peine ?
14:08Et pour ces deux-là,
14:09ces deux cas,
14:10oui, je suis sûr que là
14:12où ils se trouvent aujourd'hui,
14:13ils sont d'une certaine manière heureux.
14:15Non pas d'avoir perdu
14:15de nombreuses années de vie,
14:17mais pour le sens
14:18qu'il y a eu à leur mort.
14:20À mes yeux,
14:20il n'y a rien de plus terrible
14:21qu'une mort inutile.
14:22Il n'y a rien de plus grandiose
14:24qu'une mort utile.
14:25Et c'est parfois en mourant
14:26que l'on se sauve
14:28entre le corps et l'esprit.
14:30Donc, ce sont des gens
14:30qui sont morts très jeunes,
14:32mais qui savaient pourquoi
14:33ils s'avaient combattu,
14:34pourquoi ils avaient souffert
14:35et pourquoi ils étaient morts.
14:36Et d'une certaine manière,
14:37c'était des morts utiles,
14:38donc des morts heureuses.
14:39Et en découvrant ça,
14:41ça m'a rendu
14:42d'avoir très peur
14:43des accidents à la con.
14:45Et toujours la volonté,
14:46comme disait l'agré,
14:47de la belle mort qui est utile.
14:48Voilà.
14:49Et alors, pour continuer
14:50avec la Syrie,
14:50vous évoquez la connerie
14:52de la diplomatie française
14:53qui a lâché la résistance kurde
14:56entre les mains
14:57du président djihadiste,
14:59il faut bien le dire,
15:00Al-Shara,
15:01le président actuel de la Syrie,
15:03alors que la France
15:04avait soutenu
15:05cette résistance kurde
15:06pendant la guerre.
15:07Comment s'est opérée
15:09cette trahison ?
15:10Alors, c'est à la fois
15:11une trahison,
15:11une connerie.
15:12Je ne sais plus
15:14si c'est le huitième
15:14ou le neuvième chapitre,
15:15c'est sur les dix
15:16qui est surmontée la connerie.
15:19Parce que la sottise
15:20ou la stupidité
15:22ne provoque pas forcément
15:24la mort de beaucoup de gens.
15:26Si on a dit les mots
15:27qu'il faut,
15:28la connerie,
15:28elle,
15:29elle peut tuer.
15:30Pendant des années,
15:32j'étais dès le départ,
15:33dès le début de la guerre
15:34du côté des Kurdes de Syrie,
15:35dès 2012,
15:362013,
15:372014,
15:38avant que nous ne les aidions.
15:40Dès le début de la guerre,
15:42il était clair
15:43que les intérêts sécuritaires
15:44des Kurdes,
15:45de Syrie
15:46et les nôtres,
15:47étaient liés.
15:48Surtout après les attentats
15:50de 2015.
15:50C'est là qu'on s'est dit
15:51qu'il faut aider ces gens-là
15:52pour nous aider nous-mêmes.
15:53Nous avons le même ennemi commun,
15:56donc on les soutient.
15:57Une campagne militaire
15:58qui va durer 5 ans,
16:00exemplaire,
16:01un seul soldat français
16:02tué,
16:03la bataille de Raqqa,
16:0436 000 Kurdes
16:05tués et blessés
16:06pendant la même période.
16:07Ils ont fait vraiment
16:08le boule à notre place
16:08et on leur a promis.
16:09Et j'étais là
16:10et je l'ai entendu
16:11et je l'ai vu,
16:13tout.
16:13C'est-à-dire qu'une fois
16:14que le territoire
16:15du nord de la Syrie
16:16serait libéré
16:17de Darach,
16:18de tous les islamistes,
16:19ce qui a été fait
16:20à l'été 2019,
16:21eh bien évidemment
16:22que la France resterait
16:24parce qu'elle bénéficierait
16:25à ce moment-là
16:25sur un espace
16:26à peu près grand
16:27comme 4 fois le Liban
16:29d'un bouclier anti-islamiste
16:31extraordinaire
16:32qui tiendrait éloigner
16:33nos ennemis communs
16:34et qui en plus de ça
16:35serait démocratique
16:36avec l'égalité
16:37homme-femme,
16:37etc.
16:38Un truc vraiment fantastique.
16:40Les Kurdes,
16:40c'était,
16:41même d'un point de vue social
16:42et tout,
16:43tout à fait extraordinaire.
16:44Je l'ai vécu pendant des années.
16:46Bon,
16:47je peux en témoigner,
16:47etc.
16:48Et puis,
16:49nous avons cédé
16:51à la fois la pression
16:52des Américains,
16:53des Turcs
16:54et du Qatar
16:55qui ne voulaient évidemment
16:57pas d'un exemple politique
16:59de ce type
17:00dans cette région du monde
17:01qui aurait pu
17:03se propager
17:04comme par capillarité
17:05sur les autres nations
17:06et leur donner un exemple
17:07de liberté,
17:08de démocratie
17:08et de surcroît
17:10leurs affidés
17:11proxies islamistes
17:12avaient perdu.
17:13Donc,
17:13nous avons une première fois
17:14cédé en octobre 2019
17:16aux Turcs
17:17et ensuite,
17:18un enchaînement
17:19s'est produit
17:20jusqu'à la trahison finale.
17:22En fait,
17:22c'était au début
17:23de cette année
17:23où on a non seulement
17:25abandonné les Kurdes
17:26comme depuis 2019
17:27petit à petit,
17:27mais cette fois-ci
17:28complètement trahi.
17:29C'est-à-dire qu'on a
17:29changé d'alliance.
17:31Al-Shara,
17:32Al-Jolani,
17:33il faut l'appeler
17:33encore comme ça,
17:34moi je l'ai connu
17:34la bataille de Salekani
17:35en 2013,
17:36ce sont des égorgeurs,
17:37des pilleurs,
17:37des pilleurs,
17:37C'était le chef
17:38de Al-Nosra,
17:40la bande,
17:42les terroristes
17:42de Al-Qaïda.
17:44Ce n'est pas rien.
17:45Et avant,
17:46on était d'Aash.
17:48D'ailleurs,
17:49le ministre
17:50des Affaires étrangères
17:50de l'époque,
17:51M. Fabius,
17:51avait dit
17:52qu'Al-Nosra
17:53faisait du bon boulot
17:54sur le terrain.
17:56Des gens qui ne savent.
17:57Pardonnez-leur,
17:58ils ne savent pas
17:59ce qu'ils disent.
18:00Ils ne connaissent rien.
18:03Al-Jolani,
18:04c'était un islamiste,
18:06alors on aurait pu
18:06se contenter,
18:07je dirais,
18:08d'abandonner les Kurdes
18:09comme en 2019-2020,
18:11mais aller jusqu'à
18:11la trahison,
18:12c'est-à-dire faire alliance
18:14avec ceux qui les combattent
18:15et qui les ont tués.
18:16Alors là,
18:17franchement,
18:17c'est du grandiose.
18:18C'est la trahison absolue,
18:21donc la pire des conneries,
18:22parce que c'est une faute morale
18:23mais aussi une faute politique.
18:24Nos intérêts sécuritaires
18:25à nouveau sont menacés
18:26avec tous les djihadistes,
18:27notamment français,
18:29qu'Al-Chara a libéré.
18:31Donc,
18:31j'ai vécu ça
18:32de manière,
18:34je n'aurais jamais pu
18:35y croire
18:36que l'on puisse aller
18:37jusque-là
18:38dans la connerie,
18:39mais surtout
18:39dans la faute politique
18:40et morale.
18:41Et on est allé
18:41jusque-là.
18:42Et Macron,
18:43dans les tribunes
18:44que j'avais faites
18:44dans Le Point,
18:45j'ai parlé du voyage
18:46de la forfaiture,
18:47est allé jusqu'à serrer la main
18:49de ce qu'il pensait
18:50être un repenti
18:50qui a mis maintenant
18:51un costume et une cravate
18:52et qui s'est taillé la barbe
18:53et qui est vraiment lui-même.
18:54Ces gens-là,
18:55je les ai assez combattus
18:56et assez connus
18:57pendant des années
18:58pour savoir
18:59que quand on a
19:00un tel volume
19:02de convictions djihadistes,
19:04on n'en change jamais,
19:05surtout si on a gagné
19:06et qu'on a la démonstration
19:08que ce qu'on est
19:08est parfait.
19:10Donc nous sommes en face
19:11en ce moment
19:12et je peux vous assurer
19:12que les alaouites
19:13l'ont déjà vu massacrer,
19:14les drusques
19:15l'ont déjà vu massacrer,
19:16les chrétiens
19:16et toutes les autres minorités
19:18vont avoir à se faire
19:19beaucoup de soucis
19:19dans les années à venir.
19:20Oh, Al-Shara
19:21va y aller tout doucement.
19:22C'est quand même les Américains,
19:23les Français,
19:24les Turcs qui regardent.
19:25Mais il va faire son califat
19:26petit à petit,
19:27il va digérer tout cela
19:28et quand l'heure
19:29pour lui aura sonné
19:30de reprendre son combat,
19:32c'est-à-dire vraiment
19:35toute la région
19:35jusqu'en Israël,
19:36bien évidemment,
19:37doit devenir islamiste,
19:38vous verrez qu'on repartira
19:39sur de nouveaux problèmes.
19:41Vous pensez qu'il y a
19:41une réelle menace terroriste
19:43avec cet homme,
19:45Al-Shara,
19:45à la tête de la Syrie
19:46pour les intérêts français
19:47intérieurs ?
19:48Oui, pas tout de suite
19:49parce qu'il va s'y prendre
19:49comme il faut.
19:50Mais, bien sûr,
19:51ce sont nos ennemis.
19:54Au-delà de toute politique,
19:55ce sont des fêtes.
19:57Et ce n'est pas parce que
19:58je les ai vécues
19:59pendant des années
20:00dans le sang
20:01et tout ce qu'il y avait
20:02et tous ces camarades morts
20:03que je le dis simplement
20:04parce que c'était comme ça.
20:05Et dans le déni
20:06dans lequel on est souvent
20:07dans notre façon
20:08de faire la politique,
20:10c'est assez stupéfiant
20:11et on peut vraiment
20:12parler de connerie.
20:14Alors, vous évoquez aussi
20:16vos rêves déçus,
20:17celui de rallier New York
20:18avec une réplique
20:20Paris-New York
20:21avec une réplique
20:22de l'avion
20:23de Ningé-Serre et Colis.
20:24C'était en 1927,
20:25on passe
20:26parce que le temps nous manque
20:28et puis vous avez aussi écrit
20:30sur votre tour du monde
20:31en ULM,
20:32c'était en 1984,
20:34908 jours passés à bord
20:35d'un ULM
20:37et puis vous terminez
20:38votre ouvrage
20:39avec l'indifférence.
20:40Vous avez pu sauver,
20:41vous l'expliquer,
20:43dans le désert
20:44au sud de la Libye,
20:46un jeune enfant
20:47qui avait pris une balle
20:48et alors que le médecin
20:51qui est avec vous
20:51lui dit
20:52c'est terminé,
20:53laisse-le,
20:54il va mourir,
20:55vous prenez une décision ?
20:57L'indifférence
20:58est une autre épreuve
20:59à surmonter
21:00si on a un certain
21:01ordre éthique en soi
21:03dans les actions
21:03que l'on mène.
21:05À mes yeux,
21:07mais ça c'est
21:08à mes yeux de philosophe,
21:09le bonheur
21:10ne consiste pas
21:11dans la quête
21:12incessante et perpétuelle
21:13des biens matériels.
21:15Ça ne peut rendre
21:15que malheureux
21:16dès qu'on possède trop
21:17et n'a peur de perdre.
21:18Ça consiste à mettre
21:20tout le temps
21:21en permanence,
21:21en adéquation
21:22ce que l'on pense
21:23et ce que l'on fait
21:24et à n'être jamais indifférent
21:26à ce qui nous entoure.
21:27Alors on peut être indifférent
21:29et le justifier
21:29aux choses très lointaines
21:30qu'on ne voit pas,
21:31qu'on ne connaît pas
21:32ou juste à la télévision,
21:33pourquoi pas ?
21:34Mais être indifférent
21:35aux choses
21:36qui sont sous vos yeux
21:37dans le premier cercle,
21:38dans le cas de cet enfant
21:39qui avait pris une balle
21:40dans la tête,
21:41c'était pendant la guerre
21:42au Tchad
21:43pour reprendre le Tchad
21:44à la Libye
21:45par les Tchadiens,
21:45etc.
21:46Ou un peu plus tard
21:47dans la première guerre du Golfe
21:48en 1991,
21:50au Kurdistan d'Irak
21:51cette fois-ci
21:51un pauvre blessé,
21:52etc.
21:52L'indifférence
21:53à ce qui nous entoure
21:54immédiatement
21:55et que l'on voit,
21:56celle-ci,
21:56à mes yeux,
21:57est condamnable
21:58et on doit tout faire
21:58et je l'ai vu plein de fois
22:00cette indifférence
22:01qui est à la fois
22:02le manque d'empathie
22:03mais surtout
22:04simplement
22:05une non-conscience
22:07du monde dans son humanité
22:08dans ce qu'il doit être
22:09et des raisons pour lesquelles
22:10on doit s'engager,
22:11s'investir dans un certain nombre
22:12de batailles et de causes
22:13s'il le faut.
22:14Et parfois on sait
22:14qu'il n'y a de dignité
22:15que dans le combat.
22:16Et donc je donne
22:17deux petits exemples
22:17d'indifférence
22:19que l'on peut surmonter
22:21en finalement
22:21en disant
22:22« Niet,
22:23je veux
22:23et je fais
22:24et surtout
22:25quel qu'en soit le prix ».
22:26À chaque fois,
22:26la question n'est pas
22:27de calculer
22:28dans les actions
22:29que l'on mène.
22:30Si l'on calcule,
22:31en général on ne fait rien,
22:32il y a toujours trop à perdre.
22:33C'est de ne pas calculer,
22:35nous ne sommes pas des machines,
22:36de faire en se disant
22:37tout de suite
22:38« Le prix à payer
22:38peut-être très lourd ».
22:40Mais tu vois,
22:42on le paiera
22:43quand il faudra le payer.
22:44C'est le prix de la liberté
22:45la plupart du temps.
22:47Patrice Franceschi,
22:47je vous imagine
22:48assez mal partir
22:49en retraite,
22:50à la retraite.
22:51Est-ce que vous avez déjà…
22:53C'est un gros mot.
22:54C'est un gros mot.
22:55La retraite,
22:56ça veut dire retraiter.
22:56Quels sont vos projets alors ?
22:58L'avenir ?
22:58Vous savez,
23:00c'est quand on n'a plus de projet,
23:03qu'on devient vieux.
23:03On peut devenir vieux
23:04à 20 ans,
23:05à 30,
23:05à 100 ans,
23:06j'en sais rien.
23:06Est-ce que vous allez ressortir
23:07avec la boudeuse
23:08qui est actuellement
23:09au port du Havre ?
23:10Avec plein de difficultés
23:11dans l'âme.
23:13Un trois-mâts énorme
23:14en bois.
23:14En 46 mètres
23:15et tout ça.
23:16Mais il y a toujours
23:17les aventures maritimes.
23:18Je retourne en Arménie
23:19pour laquelle je me suis
23:20beaucoup engagé.
23:21En Syrie quand même
23:22encore auprès des Kurdes.
23:24Au moins pour être là
23:25présent et soutenir,
23:26etc.
23:26Et puis un tas d'autres expéditions,
23:28un tas d'autres choses
23:28et un tas d'autres livres.
23:29Donc le prochain roman
23:30est en train d'être finalisé
23:31pour la rentrée littéraire
23:32de 2027.
23:34Ce qui me manque à moi
23:35et ça,
23:35je n'arrive pas à le surmonter,
23:36c'est le manque de temps.
23:38Tout surmonté,
23:39Patrice Franceschi,
23:40c'est le titre
23:42de votre ouvrage magnifique
23:43que je recommande
23:45à tous nos téléspectateurs.
23:47Un ouvrage,
23:48l'ouvrage d'un aventurier philosophe.
23:51Merci à vous, monsieur.
23:52C'est pas qui vous remercie.