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  • il y a 8 heures
La mort, mardi 23 juin à Narbonne, d’un adolescent confié à l'ASE, au bout d’un « guet-apens » ultra-violent filmé par ses agresseurs présumés qui ont depuis été arrêtés, a servi de défouloir aux candidats déclarés ou subodorés à la présidentielle : Le Pen, Bardella, Zemmour, Attal et Retailleau. Décryptage avec Rachel Garrat-Valcarcel et Stéphane Guérard.

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Transcription
00:01Un adolescent de 17 ans, Louis, est mort cette semaine à Narbonne après avoir été lynché par plusieurs autres jeunes
00:10vendredi dernier.
00:12Depuis, les événements font évidemment polémique. On en parle aujourd'hui avec Stéphane Guérard du service Société. Salut Stéphane.
00:20Bonjour Rachel.
00:22Avant d'en venir à la polémique, d'abord faisons le point sur les faits. Qu'est-ce qui s
00:26'est passé vendredi lors de ce lynchage ?
00:30Alors, ce qu'on sait et ce que nous ont dit le procureur des mercredis, l'affaire avait d'abord
00:39été évoquée dans l'Indépendant.
00:41Le journal local.
00:42Le journal local. Ce qu'on sait, c'est que le jeune Louis, qui a 17 ans, a été retrouvé
00:50samedi dernier matin dans une cage d'escalier d'un immeuble en construction.
00:56C'est-à-dire, Sabdiva.
00:57Exactement. Donc, avec de multiples blessures, visiblement, il avait été tabassé.
01:09Ensuite, ces faits se sont passés la veille au soir.
01:13Le vendredi 19.
01:14Oui, tout à fait. En fait, ce que l'on sait, c'est qu'il a été victime d'un
01:18guet-apens.
01:18On peut le dire comme ça. Cinq personnes l'ont amené dans cet endroit-là pour le tabasser. On le
01:26sait d'autant mieux qu'il y a eu une vidéo qui a été filmée par ces agresseurs.
01:30Qui a été filmée sur les réseaux sociaux.
01:31Exactement. Et donc, c'est en partie grâce à cette vidéo que les agresseurs présumés ont été interpellés assez rapidement.
01:42Mais bon, donc, l'ouïe a été tabassé. Il a été laissé dans cet endroit-là. La vidéo a été
01:52postée dès le vendredi, vendredi soir.
01:56Un proche de l'un des agresseurs présumés a fait connaître cette vidéo aux autorités.
02:05Pendant toute la nuit, il y a eu une course contre l'amende pour essayer de voir où était la
02:10victime des coups.
02:11Sur la vidéo, on ne pouvait pas tout à fait reconnaître l'endroit.
02:14En plus, il s'était flouté. Et puis, de toute façon, c'était dans une cage d'escalier mal éclairée.
02:20Et malheureusement, c'est des ouvriers qui l'ont découvert le samedi matin en prenant leur travail.
02:27Il a été transporté tout de suite à l'hôpital où il a été traité pour ses blessures. Malheureusement, il
02:36est décédé mardi.
02:39Et voilà. Et donc, l'affaire est devenue nationale.
02:48Bon, alors l'indépendant a commencé à en parler et l'affaire est devenue vraiment nationale mercredi avec aussi la
02:56conférence du procureur qui répondait déjà à une campagne de presse hasardeuse au minimum sur les informations qui étaient divulguées.
03:07Alors évidemment, ce genre d'affaires, ça provoque des réactions politiques au niveau national.
03:15Exactement. Alors pendant que tout le pays était surchauffé par la canicule et ne pensait qu'à ça, il y
03:21a commencé à avoir des tweets de partout sur X et sur les réseaux sociaux.
03:27Ça a commencé avec de l'extrême droite qui s'en est saisie très, très, très, très rapidement parce que
03:34le média aussi d'extrême droite frontière avait récupéré les vidéos et voilà, commencé à les diffuser.
03:43Elles ont été diffusées aussi sur des chaînes d'info.
03:45Exactement. Oui, après, elles ont été reprises. Oui, de toute façon, c'était au vu et au su puisque c
03:50'était sur les réseaux sociaux.
03:52Mais le média frontière, on a fait quelque chose d'autre.
03:55Oui, bien sûr.
03:56Donc Marine Le Pen, elle, a pris la parole via les réseaux sociaux pour faire un amalgame entre le...
04:06Elle a fustigé la barbarie du quotidien dans son tweet, enfin dans son post sur X,
04:14en expliquant que tout ça a été dû à un laxisme du gouvernement qui était soutenu par la gauche et
04:23l'extrême gauche.
04:24Évidemment.
04:25Et que de toute façon, dans l'optique des présidentielles 2027...
04:28De la présidentielle.
04:29De la présidentielle et des législatives, c'est pour ça que je m'emballais.
04:34Tout ça pourrait changer si l'aventure à l'extrême droite arrivait au pouvoir.
04:41Jean-Bardella y allait aussi son tweet.
04:43Ah oui, voilà.
04:44A enchaîné lui aussi, en parlant d'en sauvagement.
04:48Éric Zemmour a lui aussi...
04:51Il y allait lui aussi de son outrance en parlant de francocytes,
04:55de ce qui n'a rien à voir avec les...
04:58Et c'est un terme qu'il essaye de populariser dans le débat depuis 2-3 ans...
05:03Exactement.
05:05Dans la foulée de ce qui s'est passé à Crépaule, si vous vous en souvenez, il y a déjà,
05:08maintenant quelques années.
05:09Oui, parce que tout ça est mélangé.
05:11Bien sûr, on reprend tous les faits divers en essayant de les mettre tous bout à bout
05:15pour arriver à la conclusion qu'il faut mettre l'extrême droite au pouvoir.
05:21Et les immigrés dehors aussi, au passage.
05:25Exactement.
05:25Même si là, a priori, les faits ne collent pas tout à fait au récit que l'extrême droite voudrait
05:33en faire.
05:34Non, le procureur a été très rapide.
05:39En fait, les conférences de presse qui se sont succédées sont venues justement pour infirmer toutes ces fake news
05:48toutes ces fake news qui ont été arrosées, enfin que le média frontière a arrosé.
05:54Vous pouvez regarder aussi les interventions dans l'émission de Pascal Praud sur Europe 1 et ces news.
06:02Bon voilà, tout ça a été mis en branle pour expliquer des choses qui ne sont pas fondées.
06:08Un mécanisme qu'on connaît bien.
06:10Oui, par l'enquête et les premières...
06:12Bruno Retailleau a aussi réagi, je crois.
06:14Oui, il a réagi.
06:16Quand il a l'air à la prise d'ancienne.
06:18Là, en reprenant sa loi qui avait été retoquée sur justement le... Comment on pourrait dire ça ?
06:27Le fait que les mineurs étaient protégés par la justice, voilà.
06:33Bon, sa loi a été retoquée par le Conseil constitutionnel, mais lui n'en démord pas.
06:38Lui dit qu'il faut que les mineurs soient frappés des mêmes peines que les adultes.
06:45Bon, en mélangeant aussi bien les...
06:47Ce n'est pas tout à fait le cas, mais...
06:48Non, non, tout à fait.
06:49Et en mélangeant bien les...
06:50Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de sanctions non plus, quoi.
06:51Ah ben non, non, justement.
06:52En mélangeant bien les degrés d'âge, parce qu'il y a les niveaux des moins de 13 ans...
06:58C'est pas la même chose quand on a 12 ans ou 17 ans.
07:00Exactement.
07:00Et puis, Gabriel Attal aussi a embrayé en lui, en parlant, lui reprenant aussi sa rengaine sur le choc d
07:08'autorité,
07:09en disant que lui n'était pas parmi les naïfs ou ceux qui essayaient d'expliquer l'inexplicable,
07:16et que lui allait agir si d'aventure il était porté au pouvoir.
07:21Parce que lui aussi est candidat à l'élection présidentielle pour Renaissance.
07:24Il faut noter qu'à Gabriel Attal, c'est un sujet récurrent chez lui aussi,
07:27parce qu'il a porté une loi dite « justice des mineurs » il y a quelques mois,
07:35dans le cadre d'autres faits divers qui ont mis aux prises des jeunes contre des jeunes.
07:42Des faits divers, c'est vrai, d'une grande violence,
07:44mais ce qui a durci encore les sanctions envers les jeunes.
07:51On avait d'autres réactions, non ? Je ne crois pas.
07:53Alors oui, après il y a des seconds couteaux, mais bon, on comprend la teneur.
08:00On a compris l'idée.
08:01Exactement. Ce qu'il faut voir, c'est qu'il n'y a pas de laxisme de la justice, de
08:05la police,
08:06parce que les interpellations étaient assez rapides, puisqu'il y avait la vidéo.
08:09Le lendemain, enfin dans le week-end.
08:11Et qu'il y avait des proches, des agresseurs présumés,
08:14qui se sont manifestés auprès de la police.
08:19Le procureur, lui aussi, a été très rapide.
08:22Donc on sait que parmi les agresseurs, il y a a priori trois mineurs et deux âgés de 19 ans.
08:31Et que le motif raciste n'est pas pour l'heure privilégié par l'enquête.
08:38Il s'agit purement et simplement d'un guet-apens en vue de régler un compte à ce jeune et
08:43malheureux Louis,
08:45qui avait déjà été pris à partie, il semble, par certains de ces jeunes agresseurs.
08:55Il faut dire aussi une chose qu'on n'a pas dite sur Louis,
08:58donc la victime, l'adolescent qui est mort après ce lynchage,
09:04c'est qu'il était à l'ASE, il bénéficiait de l'aide sociale à l'enfance.
09:10Ça, il y a beaucoup de choses à dire sur l'aide sociale à l'enfance,
09:12qui ne va pas très bien dans beaucoup d'endroits en France.
09:16Non, et en fait, contrairement à ce que laissent penser les médias d'extrême droite,
09:22ce n'est pas forcément du côté d'un laxisme de la justice ou de la police qu'il faudrait
09:26regarder,
09:27mais plus du côté des moyens ou du manque de moyens de l'aide sociale à l'enfance,
09:33qui est régulièrement dénoncé, malheureusement, à force de faits divers,
09:42et puis aussi de rapports qui s'empilent les uns sur les autres,
09:48pour dresser toujours le même constat, qui est que l'aide sociale à l'enfance
09:52est laissée en déshérence par l'État.
09:55Il faut dire aussi que c'est géré par les départements.
09:57Oui, c'est ça.
09:58Alors là, normalement, l'État doit assurer la sécurité, la sûreté de tous les jeunes citoyens,
10:05donc ça, mais comme des adultes aussi.
10:07Voilà.
10:08Voilà, ça, c'est la compétence régalienne.
10:11C'est lui qui a la haute main.
10:15Alors après, effectivement, dans les compétences qui ont été décentralisées,
10:18ce sont les départements qui ont récupéré cette compétence,
10:23mais alors pas forcément avec les moyens et les dotations de l'État.
10:26Non, pas les moyens et même pas les mêmes intentions politiques,
10:30parce qu'on sait aussi que d'un département à l'autre,
10:32et il faut bien le dire, d'un département de gauche à un département de droite,
10:35ce n'est pas du tout le même traitement pour l'ASE,
10:38même si, comment dire, les militants pour la réforme de l'ASE
10:44ne desservent de médailles vraiment à personne, entre guillemets,
10:47mais ils reconnaissent quand même une vraie différence entre les départements,
10:51une différence politique.
10:51Oui, parce que pour gérer toutes les pénuries qu'ont à gérer les départements,
10:56certains départements de droite vont plus aller vers telle politique publique,
11:01et puis les départements de gauche vers d'autres politiques publiques,
11:05plus sociales.
11:06Et de ce fait, oui, d'un département à l'autre,
11:09les jeunes qui sont sous la protection des services judiciaires, par exemple,
11:16qui sont placés, entre guillemets,
11:18selon qu'ils arrivent dans un département ou dans l'autre,
11:20ils seront plus ou moins bien lotis.
11:23Mais de toute façon, il y a un rapport du CESE qui expliquait en 2024
11:29qui manquait 38 000.
11:30Ah oui, Conseil économique et social et environnemental,
11:35c'est la troisième chambre parlementaire dans la Constitution.
11:39Elle n'a évidemment pas du tout le même pouvoir que les deux autres chambres.
11:41Non, c'est sûr.
11:41Mais en tout cas, elle a un devoir et un pouvoir de regarder comment ça se passe en France
11:47et comment ça se passe mal.
11:48Et donc, pour ce qui est de l'ASE, de l'aide sociale à l'enfance,
11:52il manquait en 2024 38 000 professionnels pour assurer le suivi des jeunes.
11:59Et depuis deux ans, ça n'a pas augmenté.
12:02Donc, on voit la déshérence de ces services, du coup,
12:07qui s'en remettent selon les départements,
12:10qui casent les jeunes, y compris mineurs, dans des hôtels sociaux,
12:13dits sociaux, en les laissant sans suivi.
12:17Voilà. Et puis, avec un...
12:18Alors, c'est là où il faut revenir à l'État.
12:20C'est-à-dire que ce sont les départements qui ont la compétence,
12:24mais il y a la protection judiciaire, il y a les associations,
12:27il y a les établissements médico-sociaux qui arrivent.
12:29Bref, il y a tout un tas d'acteurs qui interviennent dans ce secteur.
12:34Mais il n'y a personne pour faire le suivi,
12:38ou en tout cas le contrôle,
12:40et s'assurer qu'au niveau national, tout le monde est traité de la même manière.
12:44Et ça, c'est le rôle de l'État.
12:45Donc, depuis deux ans, la question est de dire à l'État
12:50de reprendre en main les choses,
12:52en s'appuyant toujours sur les départements,
12:54mais en s'assurant que le traitement soit équitable,
12:58enfin, égal au niveau national pour tous les enfants.
13:02Et ça, on en est aujourd'hui très, très loin.
13:05Très, très loin, oui.
13:06Peut-être que ça sera un des enjeux des prochaines élections.
13:11L'enfance, on a vu avec...
13:13Alors, c'est une toute autre affaire,
13:14mais l'affaire Liana remet en question,
13:19enfin, remet sur le haut de la pile
13:21et les droits à la sécurité des enfants.
13:23Là, on est aussi sur un autre volet.
13:26C'est pas une affaire ASEU, mais c'est un autre volet.
13:28Non, mais c'est un autre volet de la protection des enfants.
13:30Absolument.
13:31Est-ce qu'on a fait le tour, Stéphane ?
13:33Je le crois bien.
13:33Ok.
13:34En tout cas, pour aujourd'hui.
13:35Pour aujourd'hui.
13:36Sous-titrage Société Radio-Canada

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