00:04BFM Business, 9h, 9h30, Good Morning Market, Etienne Braque.
00:11Avec Benoît Bejoque en plateau ce matin, stratégiste quantitatif chez ABN Amro IS.
00:16Bonjour Benoît, merci de nous accompagner ce matin.
00:18Dans un instant on fera un point très complet sur les GAFAM qui ont publié hier, en l'occurrence Alphabet
00:22et Microsoft.
00:23Ce soir ça sera au tour d'Amazon et puis en dernière partie de l'émission,
00:26nous serons avec Ahmed Ben Salem, analyste pétrole et gâche et Odo BHF pour revenir sur le cas de TotalEnergie.
00:32Juste avant quand même l'actualité de ces dernières heures, Benoît Bejoque, c'est la Fed, la banque centrale américaine,
00:37qui a tenu sa conférence de presse, alors comme en septembre, conférence de presse assez courte,
00:42un peu plus d'une demi-heure à peine, où Kevin Walsh n'a pas donné beaucoup d'éléments,
00:48toujours pas de détails sur une possible hausse de taux en décembre.
00:52Par contre un élément est sûr, il y aura moins de communication en 2027 et en 2028.
00:56Oui c'est ça, c'est-à-dire que Kevin Walsh et la Fed sont toujours dans cette idée de
01:01revenir
01:02et de complètement réformer la Fed vers toujours moins de communication.
01:06On a vu au début moins de guidage prospectif, les communiqués de presse post-réunion beaucoup plus courts,
01:12les conférences de presse beaucoup plus courtes,
01:14et maintenant cette volonté-là d'enlever deux réunions en 2028, une en 2027.
01:19Alors il a précisé que ce n'est pas réellement une suppression de réunion,
01:23c'est plus pour parler de stratégie, mais comme ça n'aboutira pas sur une décision politique monétaire,
01:28c'est à peu près l'équivalent.
01:30En soi, ce n'est pas une mauvaise chose, parce que c'est vrai que la Fed a une tendance
01:34à avoir une fonction de réaction plutôt court terme,
01:35donc le fait de rajouter des réunions pour avoir cette vision plus long terme,
01:40c'est assez intéressant.
01:41Néanmoins, il aurait pu rajouter des réunions plutôt qu'en supprimer.
01:44Donc ça, c'est une première chose.
01:45Il y a cette volonté de revenir en fait dans cette Fed, disons, pré-début Greenspan,
01:50avec de moins en moins de communication.
01:52Et peut-être le point là-dessus qui est assez intéressant,
01:55c'est que c'est vrai qu'il y avait ces dernières années,
01:57il y avait cette idée-là que la Fed était dans un guidage prospectif systématique.
02:01Elle communiquait toujours sur ces décisions qui allaient venir.
02:03Et donc c'est peut-être plutôt une bonne chose que la Fed la revienne là-dessus.
02:07Nous, ce qu'il nous interroge, c'est pourquoi ne pas se laisser la flexibilité ?
02:10Ça reste un outil monétaire comme un autre.
02:13Et Kevin Warch, à la place de le rejeter complètement,
02:16pourrait très bien dire, là on en a moins besoin compte tenu de la situation
02:19et compte tenu de l'incertitude,
02:20mais pourquoi pas utiliser la forward guidance plus tard ?
02:23Ça tombe bien, puisque aujourd'hui nous aurons des indicateurs importants aux États-Unis.
02:28La croissance, elle devrait être explosive.
02:30Le consensus attend plus de 3% de croissance au troisième trimestre aux États-Unis.
02:34L'inflation également sera publiée en début d'après-midi.
02:36Une inflation au-delà des 3%, 3,6%.
02:40Pourquoi ne pas remonter les taux alors qu'on a une inflation au-delà de 3%,
02:43c'est-à-dire largement au-delà de la cible ?
02:45C'était ce qui était vraiment étonnant dans le communiqué post-réunion.
02:50C'est-à-dire qu'on augmente le qualificatif qui parle de la croissance,
02:53le passant de solide à strong,
02:55indiquant ainsi qu'il y a une croissance qui est plus importante.
02:57On indique que la consommation tient bien,
02:59que le marché de l'emploi n'est pas un problème
03:01et que la productivité est là.
03:02Mais en parallèle, il y a trop d'inflation
03:04et on ne réagit pas à court terme.
03:06C'était les interrogations.
03:07Comme on vient de le dire,
03:08Kevin Noir, j'ai répondu presque à côté de toutes les questions
03:10et donc tu n'as pas réellement fourni d'explications.
03:13Néanmoins, le petit indicateur qu'on peut avoir
03:16entre les deux réunions,
03:17donc celles de septembre et octobre,
03:18c'est que les marchés ont fait un peu le travail d'eux-mêmes,
03:20c'est-à-dire que les conditions financières
03:22se sont légèrement durcies.
03:24Alors après, c'est toute proportion gardée
03:25parce qu'elles restent quand même très accommodantes,
03:28mais c'est vrai que si on regarde les spreads
03:29sur le high yield, sur l'investment grade,
03:31ça s'est légèrement écarté.
03:32Globalement, elle reste accommodante.
03:34Ce qu'on pense, c'est que la Fed s'est donné un peu de temps.
03:36Elle n'a pas voulu de rajouter de stress au stress.
03:38On a vu un peu de volatilité,
03:39notamment autour de l'IA et sur les taux longs.
03:41La Fed a décidé de rester en pause.
03:43On a une belle détente ce matin sur l'ensemble des taux,
03:46que ce soit en Europe mais aussi aux États-Unis.
03:48Le 10 ans américain perd 4 points de base,
03:494,99 sur le 2 ans, nous sommes à 4,67.
03:53Donc avant même ces hausses de taux,
03:55Infines a déjà été pricé, anticipé par le marché.
03:58C'est ça le message.
03:59Dans tous les cas, la posture de la Banque centrale
04:03était complètement anticipée par les marchés.
04:06Le point qui est quand même intéressant,
04:08c'est qu'on sait que la Fed va devoir,
04:11lors des prochaines réunions, monter les taux,
04:12au moins en décembre.
04:13Parce que, comme vous l'avez dit,
04:16il y a une croissance qui est très forte
04:17et une inflation qui est toujours au-dessus de la cible
04:19et qui ne va pas refluer d'ici là.
04:20C'est-à-dire que les drivers énergétiques
04:22de la demande de l'intelligence artificielle,
04:24des droits de douane, du prix de l'immobilier,
04:25tous ceux-ci sont encore là.
04:27On a une inflation qui est largement au-dessus de la cible
04:29et la Fed va devoir monter les taux en décembre.
04:31Prochaine réunion, le 9 décembre,
04:33en ce qui concerne la Banque centrale américaine.
04:37Le marché anticipe à ce stade une hausse de taux
04:39à hauteur de 80%.
04:41Banque centrale également aujourd'hui,
04:43du côté de Francfort, en Allemagne,
04:46la BCE.
04:47Alors là aussi, statu quo attendu par les économistes.
04:50Ça sera intéressant de voir la réponse de Christine Lagarde
04:53sur les tensions obligataires en Europe.
04:56Depuis la rentrée, le 10 ans français au-delà de 5%,
04:58le stress qu'il y a pu y avoir,
05:00l'écart de taux entre la France et l'Allemagne.
05:02Et puis aussi et surtout, des pressions inflationnistes
05:05qui vont encore s'accroître dans les prochaines semaines
05:08avec les prix du gaz hier.
05:10100 euros le mégawatt-heure.
05:11C'est une première depuis 2022.
05:13Ça pénalise tout le continent européen
05:15assez fortement, d'ailleurs, cette hausse du prix du gaz.
05:18Mais pour revenir sur la BCE,
05:21là, elle est dans une position plutôt confortable.
05:23Il y a eu énormément de stress
05:25sur la dette française et les taux longs.
05:27Donc c'est assez naturel pour elle de ne pas monter les taux,
05:30sachant qu'elle n'est pas tout à fait dans la même situation
05:31que la Fed et qu'aux États-Unis.
05:33La croissance est beaucoup moins importante.
05:35Il n'y a quand même pas du tout signe d'effet de second tour.
05:38Et le driver principal reste les prix à l'énergie.
05:41Pour autant, on ne pense pas du tout
05:43qu'il faut s'attendre cet après-midi
05:44à avoir ne serait-ce que des indices d'une BCE
05:47qui viendrait à intervenir sur les marchés
05:50pour sauver la France.
05:51On n'est pas du tout dans le cas
05:52d'utilisation de l'outil anti-fragmentation.
05:56On ne pense pas non plus
05:57que la fin du quantitative tightening
05:59soit appropriée dans ce cas-là.
06:01On pense plus qu'évidemment,
06:03il est impossible d'éviter le sujet.
06:05Mais ça va plutôt être
06:06la BCE dispose des outils nécessaires.
06:08Pour le moment, il n'y a pas de raison de les utiliser.
06:09On s'attend beaucoup plus à ce genre de message.
06:11Dans un instant, nous reviendrons sur le cas précis
06:13de la tech américaine
06:15avec le cas d'Alphabet et de Microsoft
06:17d'un point de vue général.
06:19Comment vous trouvez cette saison
06:21des résultats du troisième trimestre ?
06:23Il ne faut pas oublier qu'aux États-Unis,
06:24le consensus s'attend à une hausse
06:26des bénéfices par action de 30 %,
06:28au stock 600, plus 20 % quand même.
06:30L'Europe n'est pas morte.
06:31On le verra d'ailleurs dans 5 minutes
06:33avec les équipes d'Odo
06:34quand vous voyez les profits de Total
06:35qui ont été multipliés par deux.
06:36Forcément, ça dope la croissance moyenne
06:40des profils en Europe.
06:42Mais vous avez quand même une saison de résultats
06:43qui est plutôt favorable.
06:45Pour le moment, elle est même très bonne en agrégé.
06:47C'est-à-dire qu'on constate une croissance
06:49des résultats que de l'ordre de 26 %
06:51pour celles qui ont publié aux US.
06:53On n'est pas si loin en Europe.
06:56Néanmoins, quand on enlève l'énergie
06:58et l'intelligence artificielle,
06:59enfin les résultats de la tech,
07:00on reste sur une saison des résultats
07:02qui est quand même moins reluisante,
07:04disons surtout en Europe.
07:05En fait, les résultats sont surtout portés
07:07par le secteur de l'énergie.
07:08C'est-à-dire que si on enlève
07:09le secteur de l'énergie,
07:10avant la saison, on s'attendait
07:11à une croissance des résultats
07:12de l'ordre plutôt des 8 %.
07:14Donc c'est un petit peu le message principal.
07:15Effectivement, en agrégé,
07:16la saison des résultats est toujours très bonne,
07:18mais principalement aux États-Unis
07:19et principalement liée à l'énergie
07:21et à la tech.
07:22Donc sur la partie action,
07:23vous continuez de surpondérer
07:24la partie américaine,
07:26là où il y a des profits aujourd'hui ?
07:27Oui, on est toujours positif
07:28sur la partie américaine
07:30vis-à-vis de l'Europe.
07:31D'abord, parce qu'on vient de parler
07:33de croissance des résultats,
07:35ils sont meilleurs en Europe,
07:36même si les valorisations sont...
07:37Aux États-Unis ?
07:38Aux États-Unis, pardon.
07:39Ils sont meilleurs aux États-Unis.
07:41Même si les valorisations
07:41sont un tout petit peu plus attractives
07:43en Europe vis-à-vis des US,
07:45on reste pour le coup, pour nous,
07:46sur un niveau qui n'est pas encore
07:47suffisamment attractif, justement.
07:49Et un point plus macroéconomique,
07:51puisqu'on parlait des prix du gaz,
07:53justement, depuis le début,
07:55le problème de l'Europe
07:56sur les deux dernières années,
07:57c'est qu'elle a souffert fortement
07:58du choc énergétique
07:59et qu'elle n'est pas du tout
08:00bien positionnée
08:01pour profiter du choc
08:03de demandes d'intelligence artificielle.
08:05Et ce qui change maintenant,
08:06c'est que les marges de manœuvre
08:07se font de plus en plus fines
08:09et que les prix d'énergie
08:10ne baissent pas.
08:11On n'a pas de marge de manœuvre fiscale
08:12et les prix de l'énergie
08:13ne baissent pas
08:14dans une situation
08:15qui, en plus, au niveau européen,
08:16est assez compliquée
08:17avec des élections
08:18qui, on le sait,
08:18vont être principalement
08:19assez importantes.
08:2097 euros pour le mégawatt-heure
08:21de gaz ce matin
08:22quand le baril de Brent
08:23est à 114 dollars.
08:24Merci beaucoup, Benoît Bejoc,
08:25de nous avoir accompagné ce matin.
08:26Stratégiste quantitatif
08:27chez Abbé Namreau, ISA.