00:007h10, Jacques Cardoze.
00:027h41, Sud Radio vous explique, soyez les bienvenus sur Sud Radio.
00:06C'est l'incertitude totale en Israël après ses premières élections législatives depuis le 7 octobre.
00:136 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes hier pour renouveler 120 sièges de la Knesset, c'est le Parlement
00:18israélien.
00:19Et ce scrutin est allé dans le sens de ce que les sondeurs prévoyaient,
00:27puisque Benyamin Netanyahou et le centriste Gadi Hazencott sont à égalité parfaite.
00:32Alors, tout est provisoire puisque pour le moment on donne 51 sièges à chacun des deux blocs.
00:39On va voir quelles sont les conséquences tout de suite avec vous,
00:42M. Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques, collaborateur scientifique à la CNAM de Paris
00:50et directeur de l'Institut géopolitique européen.
00:53Bonjour Sébastien Boussois.
00:54Bonjour.
00:55Alors, comment vous analysez d'abord ces résultats ?
01:00Écoutez, c'est le grand flou artistique, c'est le moins qu'on puisse dire.
01:03On savait évidemment que ces deux blocs feraient de la véritable résistance
01:08et on est dans un virage pour Benjamin Netanyahou
01:11où il joue, vous l'avez dit, effectivement sa survie politique
01:14et c'est peut-être la première fois depuis tant d'années
01:17qu'il a un rival politique aujourd'hui qui est extrêmement sérieux
01:21ou en tout cas qui peut véritablement le mettre en danger.
01:24Et je rappelle qu'il a quand même gouverné 16 ans de manière discontinue en Israël,
01:29qu'il est en réalité déjà entré dans l'histoire puisqu'il est le Premier ministre
01:32qui aura régné le plus longtemps en Israël.
01:34Mais il est aussi évidemment polémique, il est aussi évidemment problématique.
01:38Certains l'accusent d'avoir une part de responsabilité dans la fragilisation de la sécurité d'Israël
01:43à la veille du 7 octobre, d'avoir refusé une commission d'enquête indépendante
01:48sur ce qui s'était véritablement passé.
01:50Et là, on est dans un carrefour entre Benjamin Netanyahou qui probablement veut continuer la guerre
01:56pour essayer d'éradiquer le Hamas, le Hezbollah et l'Iran
01:58et puis Gadier Ainz-Ekot, son rival, ancien chef d'état-major, un militaire
02:03et qui lui, aujourd'hui, serait peut-être dans une stratégie, on va dire, de modération
02:08ou en tout cas avec des Israéliens qui ont envie de passer à autre chose.
02:12En tout cas, il est clair qu'avant le 4 novembre, la date officielle de l'annonce des résultats,
02:17il y a encore énormément de temps.
02:18Et vous l'avez dit, 51 sièges contre 51, c'est très long.
02:22Il en faut 61 pour la majorité absolue.
02:24Alors justement, Sébastien Boussois, rentrons dans le détail quelques secondes.
02:29On a deux blocs qui sont à peu près à 51 sièges, mais ça peut bouger encore d'un ou
02:34deux sièges, évidemment.
02:35Et on a les parties arabes qui comptent pour le moment une quinzaine de sièges
02:41avec qui ces parties-là peuvent former une alliance.
02:44Est-ce que c'est avec le bloc centriste ou avec le bloc Netanyahou ?
02:48Ça, c'est à peu près clair comme de l'ordre roche,
02:50puisque du coup, évidemment, Benjamin Netanyahou va s'accrocher à ses grands amis
02:55que l'on appelle souvent les ministres du chaos,
02:58Itamar Benvir et Benzalel Smotrich,
03:00qui ne sont pas réputés pour être prétendre avec les Palestiniens
03:03et encore moins avec les Arabes en général.
03:05Donc Benjamin Netanyahou, avec le Likoud,
03:07peut compter sur les partis ultra-nationalistes, suprémacistes de ces deux personnages.
03:12Et de l'autre côté, d'ailleurs, ce que certains israéliens,
03:15y compris ceux qui voulaient voter pour Gaïda Nzekot,
03:17ont reproché au candidat, c'est de vouloir s'acoquiner
03:20avec les listes des partis arabes.
03:23Tout ça est très sensible, évidemment, depuis le 7 octobre.
03:26Dans le même temps, on n'a pas beaucoup entendu les Arabes israéliens
03:30protester contre la politique de Netanyahou menée à Gaza.
03:33Donc en général, ils vont plutôt dans le sens du vent.
03:36Donc je dirais qu'effectivement, les partis arabes
03:38pourraient se joindre du côté de M. Nzekot,
03:41sans oublier par ailleurs que M. Nzekot
03:43est effectivement l'ancien chef d'état-major,
03:45qu'il est contre la création d'un État palestinien,
03:48contre Benjamin Netanyahou.
03:49Donc il n'est pas l'antithèse de Benjamin Netanyahou dans sa politique.
03:53Il fallait le préciser.
03:55Alors le centriste, Eisenkot, vous venez de le dire,
03:58dont le bloc arrive soit à égalité, soit légèrement en tête,
04:02selon que l'on prenne certains résultats,
04:05en tous les cas, a indiqué vouloir former un gouvernement
04:08et donc à s'opposer à l'organisation de nouvelles élections,
04:11parce que ça aurait pu être le cas également.
04:14Quelle peut être la réaction de Netanyahou face à cela ?
04:17Est-ce qu'il peut quelque part faire de la résistance ?
04:21Non mais là, on est dans le fantasme,
04:22puisque aucune victoire n'a été annoncée, premièrement.
04:25Deuxièmement, quand même un Premier ministre est élu,
04:27il faut qu'il constitue une majorité.
04:29Je rappelle qu'en 2022, Netanyahou avait mis 80 jours.
04:32Alors, c'est rien par rapport aux 600 ou 800 jours
04:34à l'époque qu'il y avait eu en Belgique pour constituer un gouvernement.
04:37Mais 80 jours, c'est quand même, effectivement, pratiquement 3 mois.
04:40Donc, ça veut dire qu'on a encore le temps de voir venir.
04:43Et si l'un des deux candidats, avant le 4 novembre, est déclaré élu,
04:46il va devoir, effectivement, former sa coalition.
04:50Et ça, ça peut prendre énormément de temps.
04:51Pendant ce laps de temps-là,
04:53évidemment, il n'y a pas forcément l'idée de reconvoquer des élections.
04:58Par contre, si, effectivement, c'est l'impasse totale,
05:01il est possible qu'on se retrouve à nouveau confronté à un nouveau scrutin.
05:04Mais on est encore très, très loin de ce scénario
05:07et encore très, très loin qu'un des deux candidats
05:10revendique unilatéralement la victoire,
05:12même si chacun fantasme à travers la presse,
05:14qui est de son côté, d'un côté et de l'autre, ce matin.
05:16Oui, c'est évidemment le jeu classique.
05:19Chacun revendique de pouvoir former une coalition.
05:22On verra bien ce que ça donne.
05:23Dernière question, Sébastien Boussois.
05:25Quelles conséquences, si c'est Gadi Heisenkot qui peut former un gouvernement ?
05:30Quelles conséquences pour les Palestiniens et pour Gaza en particulier ?
05:34Je crois que c'est difficile à savoir parce qu'il est contre l'État palestinien.
05:38Donc, de toute façon, la question de Gaza comme de la Cisjordanie,
05:42elle reste évidemment entière.
05:45Ce qui est clair, c'est qu'il en a marre de voir le glissement
05:48et l'évolution des colons israéliens en Cisjordanie,
05:52que beaucoup du côté du corps de Netanyahou refusent encore d'appeler la Cisjordanie
05:56et appellent désormais la Judée Samarie.
05:58Lui veut faire un peu de ménage sur la manière dont les colons se comportent
06:02du côté de la Cisjordanie.
06:04Je rappelle qu'il y a quand même des ratonnades
06:05et des batailles rangées de manière régulière.
06:10Les colons sont clairement décomplexés avec le soutien de la coalition de Netanyahou.
06:15Si c'est Heisenkot, il y aura clairement une manière de calmer d'un côté les colons,
06:20puis du côté de Gaza, la question de la sécurité,
06:24de toute façon, que ce soit l'un ou l'autre, elle reste évidemment prioritaire.
06:27La véritable question et la véritable interrogation, c'est quid de la guerre ?
06:31Parce que Netanyahou existe et a toujours réussi à ressusciter dans le combat,
06:36un peu comme Trump d'ailleurs, à l'intérieur comme à l'extérieur.
06:39Heisenkot ferait un véritable virage, évidemment,
06:42en engageant la tentative d'une solution politique
06:44ou en négociant avec Trump un moyen de réussir à essayer de sortir de cette guerre avec l'Iran
06:51et de continuer à essayer de maintenir des cessez-le-feu
06:54comme il y a plus ou moins effectif du côté du Liban Sud,
06:58avec le Hezbollah, et du côté de Gaza.
07:00Mais aucun des deux ne va résoudre la guerre
07:03et ne va voir l'État palestinien survenir demain.
07:05Ça, c'est clair et net.
07:06Merci Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques
07:09et collaborateur scientifique à la CNAM Paris,
07:11directeur de l'Institut Géopolitique Européen.
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