00:07C'est votre nouveau rendez-vous. Ce matin, le panier RTL, c'est notre baromètre pour surveiller le pouvoir d
00:13'achat.
00:13Ce sont 13 produits du quotidien que tout le monde achète en faisant ses courses.
00:17Des fruits et légumes, des pâtes, un tube de dentifrice, de l'huile.
00:20Ces 13 produits nous donnent le tout premier panier RTL à 23,62 euros.
00:26C'est 7 sommes que l'on va surveiller tous les mois.
00:28Eh oui, c'était le 27 octobre 2021, création du panier RTL.
00:32C'est dans le journal d'Alexandre de Saint-Aignan.
00:35Dans le panier RTL, il y a des pommes, des pâtes, du café, du sucre, de l'huile, des steaks
00:38hachés.
00:39À la caisse, il vous en coûtera 33 euros maintenant.
00:42Alors, est-ce que c'est cher ? C'est 9 euros de plus qu'il y a 5 ans,
00:46soit une hausse de 40%.
00:47Vous n'avez pas rêvé.
00:48Les prix alimentaires ont considérablement augmenté depuis 2021.
00:53Pourquoi ? Est-ce que ça va continuer ?
00:55Et qui sont les premières victimes de cette inflation ?
00:58C'est la question de la preuve par 3.
01:00D'abord, on se penche sur notre panier de course, notre panier RTL.
01:03Il existe donc depuis 5 ans, depuis 2021.
01:05Bonsoir Pierre Bulot.
01:07Bonsoir.
01:07Chef du service éco de RTL.
01:09En 5 ans, le bon est donc spectaculaire.
01:1240% ?
01:13Oui, ça veut dire que le même panier de course avec les mêmes produits est passé de 24 euros en
01:182021 à 33 euros aujourd'hui.
01:20Le résultat de 37 relevés de prix à Paris, Marseille, Lille et Tours.
01:25Un prix moyen tiré vers le haut par le café ou le sucre dans le panier.
01:29111% de hausse pour le premier, 60% pour le deuxième.
01:33Autant de produits dans le panier donc, mais beaucoup moins de sous dans le portefeuille après le passage en caisse.
01:39Alors c'est beaucoup plus que l'inflation générale selon l'INSEE qui était de 24% sur ces 5
01:43années.
01:43On fait mal nos courses.
01:45Pourquoi notre panier est aussi cher ?
01:47Parce qu'il est restreint, 13 articles, et donc plus sensible aux fluctuations de prix.
01:51On a fait le choix de ne prendre que des produits que tout le monde achète ou presque pour être
01:55représentatif.
01:57C'est moins que l'INSEE qui fait un travail plus exhaustif sur des achats de courses toute l'année.
02:01Mais notre panier montre du coup que certains produits augmentent beaucoup plus vite que l'inflation.
02:06Je parlais du café et du sucre tout à l'heure.
02:08J'aurais pu citer la viande hachée ou le soda qui augmente davantage que la moyenne aussi.
02:12Et encore, le résultat est pondéré par certains produits qui progressent moins vite, comme les pâtes ou les conserves.
02:18J'imagine que le prix de notre panier n'a pas augmenté aussi fortement chaque année.
02:21Quelle est la pire période ?
02:232021-2023, les trois premières années de relevé du panier cumulent 30% de la hausse de prix.
02:29La reprise économique mondiale post-Covid a entamé un premier cycle d'inflation.
02:33Tout le monde s'arrachait les matériaux, les emballages, ce qui a mécaniquement fait monter les prix.
02:38C'est là-dessus qu'arrive la guerre en Ukraine et sa crise énergétique, avec des tarifs qui doublent, voire
02:43plus pour le gaz,
02:44et des coûts de transport qui s'envolent à cause du carburant.
02:47Ce n'est que l'an dernier que la situation a commencé à se stabiliser.
02:51Or, quelques produits touchés par le réchauffement climatique.
02:54Je reviens au café, mais c'est vrai aussi pour le chocolat.
02:56Et c'est donc dans ce contexte que la guerre en Iran intervient, avec sa nouvelle crise énergétique,
03:01qui devrait, à nouveau, faire grimper les tarifs en rayon dans les prochains mois.
03:05Merci Pierre Herbulot.
03:06Alors, Philippe Götzmann est avec nous, expert en consommation et filière alimentaire.
03:10Bonsoir.
03:12Oui, bonsoir.
03:12Alors, on va voir comment font les Français.
03:14Qu'est-ce qui a changé dans leur façon de faire leurs courses ?
03:20Très clairement, quand les Français qui sont à 80% avec des budgets assez contraints,
03:25quand les prix augmentent, ils ont des choix assez simples.
03:29Soit ils consomment moins, soit ils consomment moins cher,
03:31soit plutôt en mode alimentaire, ils vont reporter des achats d'équipements ou autres plus tard.
03:36Et c'est ce qu'on a observé, notamment Pierre Herbulot l'a signalé au moment de la guerre en
03:41Ukraine,
03:42où il y a eu une forte inflation, et on le revoit depuis un an.
03:45Eh bien, quand vous avez des hausses de prix, ou quand vous avez la contrainte du prix du carburant
03:49qui pèse sur le budget des ménages, vous avez une augmentation de la consommation des produits
03:54de marques distributeurs au redistribuant des produits de grandes marques, par exemple.
03:58Et puis, on sent dans les magasins que les consommateurs sont plus attentifs aux quantités qu'ils achètent,
04:03des plus petits volumes, pour rester dans le budget.
04:06Et est-ce qu'on change de magasin ?
04:08Alors, on le voit aussi.
04:11Alors, je distinguerais l'alimentaire à le non-alimentaire.
04:13Dans l'alimentaire, on voit très bien que les enseignes qui sont les plus présentes
04:18sur le territoire du prix, évidemment, gagnent des parts de marché.
04:23Et les enseignes qui étaient les moins disantes en prix, elles en ont beaucoup perdues,
04:26et parfois, elles se sont retrouvées en de grandes difficultés financières.
04:29Donc, c'est la prime à ceux qui sont les meilleurs en prix.
04:31Et en non-alimentaire, on l'a vu très fortement, le développement effréné
04:36des enseignes de bazar discount, qui n'existaient pas en France il y a 10 ans,
04:40et qui ont aujourd'hui 900 magasins pour la principale.
04:45On a entendu tout à l'heure Pierre Herbulot nous expliquer que la hausse,
04:48elle n'est pas la même pour le café ou pour les steaks hachés.
04:51Les prix du café et du sucre se sont envolés.
04:53Est-ce qu'on sacrifie, dans ces cas-là, le café et le sucre ?
04:57Alors, là, on est sur des produits particulièrement basiques.
05:01On continuera à consommer du sucre, mais ça presse une contrainte.
05:03En revanche, vous avez raison, quand on a un besoin qu'on peut adresser
05:06de différentes façons, on va descendre.
05:08Le truc le plus simple, c'est la viande.
05:10Quand vous avez le prix du bœuf qui augmente très fortement,
05:14on va se reporter éventuellement sur du porc.
05:16Et s'il augmente aussi, on va se reporter sur du poulet.
05:19Le poulet est une viande qui est très consommée en France,
05:21qui est vraiment à le vent en poupe,
05:23et qui, en plus, voit ses prix également augmenter.
05:25Mais il n'empêche que c'est une des protéines les moins chères.
05:29Et donc, on a, au-delà de la mode côté nutritionnel
05:33qui porte cette consommation,
05:35le prix soutient également la croissance de ces produits-là.
05:40Clairement, on va vers les réponses à nos besoins
05:43qui sont les moins chères.
05:43Et ça peut passer par un sacrifice de la qualité aussi ?
05:49Alors, je ne le dirais pas comme ça,
05:50parce qu'on a vu, notamment au moment du Covid,
05:53d'une envolée des produits basiques dits premiers prix.
05:57Mais ça représente toujours une part extrêmement faible de la consommation.
06:00Et les produits de marques distributeurs en France
06:03sont des produits qui sont tout à fait bons d'un point de vue de la qualité.
06:07Parce que quand on parle de qualité,
06:08souvent on se demande la qualité organoleptique,
06:11est-ce que les produits sont aussi bons ?
06:12Ils sont aussi bons, ils n'ont pas nécessairement le même goût,
06:15ils ne sont pas nécessairement aussi innovants,
06:16mais ils sont tout aussi qualitatifs d'un point de vue technique.
06:20Et le report des grandes marques vers les produits de marques distributeurs
06:24n'est pas en soi une descente en qualité.
06:27C'est une descente en gamme, ce n'est pas une descente en qualité.
06:29Merci beaucoup Philippe Götzmann.
06:31Alors, l'inflation ne touche pas tout le monde de la même manière.
06:33On va voir qui subit le plus cette inflation.
06:35Bonsoir Pascal et Belle.
06:38Bonsoir.
06:38Vous êtes directrice associée Siouez, experte en consommation.
06:42Qui sont les principales victimes de la hausse ?
06:46Alors, on a vraiment observé notamment une hausse
06:49de ce qu'on appelle l'insécurité alimentaire,
06:51c'est-à-dire des gens qui n'arrivent pas à boucler
06:54leur budget alimentaire en milieu de mois,
06:56qui sont obligés de sauter des repas.
06:58Et ce qu'on constate, c'est que ceux qui sont le plus en insécurité alimentaire,
07:02c'est avant tout les familles.
07:03C'est-à-dire que dans un foyer,
07:05le fait que le prix de l'alimentation augmente de 40%
07:09ou un peu moins selon l'INSEE,
07:12eh bien, ça va toucher ceux qui ont des enfants.
07:13Et ceux qui sont les plus touchés,
07:15c'est avant tout les familles monoparentales
07:16parce qu'il n'y a qu'un revenu.
07:18Et la deuxième partie de la population qui est très, très touchée,
07:21ce sont les 18-24 ans.
07:23On observe, par exemple, en septembre 2026,
07:27qu'ils sont 72% les 18-24 ans
07:31à nous dire qu'ils n'arrivent pas
07:32à manger au moins deux fois par semaine
07:35ou de la viande, ou de la volaille, ou du poisson.
07:38Donc, il y a vraiment une restriction chez les jeunes.
07:40Alors, chez les jeunes,
07:41ce n'est pas parce qu'ils ont un nombre dans le foyer,
07:44mais c'est surtout parce que dans cette catégorie de population,
07:47le poids du logement est très, très fort.
07:49Ils sont plutôt en ville,
07:51dans des zones où ils ne peuvent pas.
07:52Ils ont des dépenses contraintes très importantes.
07:54Est-ce que les retraités sont plus ou moins touchés que les actifs ?
07:59Alors, quand on regarde par âge,
08:01c'est plutôt vraiment les jeunes,
08:04plus que plus que les retraités,
08:06parce qu'il y a, en effet,
08:07des dépenses autres
08:09qui vont peser sur les plus jeunes.
08:12Ce qu'on observe,
08:13c'est que c'est, par contre,
08:15des populations qui, par exemple,
08:17vivent seules,
08:19plutôt des hommes, d'ailleurs,
08:21notamment retraités,
08:22parce qu'ils ont moins de facilité
08:24à trouver dans leur entourage
08:28des gens qui les aident
08:30à trouver d'autres astuces.
08:31En fait, il y a beaucoup,
08:32beaucoup d'entraides sur l'alimentation.
08:34Il y a des gens qui préparent à manger pour les autres
08:36dans les quartiers les plus modestes,
08:38puisque c'est évidemment aussi les plus modestes
08:40qui sont les plus touchés.
08:41C'est un petit peu...
08:42Ça sort un peu des radars,
08:43mais cette entraide,
08:45elle ne va pas être toujours présente.
08:48Et donc, les hommes qui divorcent
08:50et qui sont seuls
08:50ont beaucoup plus de difficultés.
08:52Est-ce qu'on s'attend
08:53à ce que l'inflation continue
08:55dans les mois
08:56et voire les années à venir ?
08:57Oui, bien sûr.
08:59Avec le changement climatique,
09:00ça fait des années
09:01qu'on sait qu'il y aura des pénuries.
09:03On se souvient des pénuries
09:04qu'on a eues
09:05juste au moment du démarrage
09:06de la guerre en Ukraine
09:07et juste après le Covid.
09:09Donc, il y a évidemment des récoltes
09:11qui ont beaucoup baissé cet été.
09:13Donc, notamment en ce moment,
09:15les prix des légumes,
09:16les prix des fruits
09:17augmentent de 9% en un an.
09:19Et donc, bien sûr,
09:20sur le début de l'année 2027,
09:22au moment où il y aura
09:23des négociations,
09:24on pense que les prix alimentaires
09:26vont augmenter
09:27parce que l'alimentation
09:28est aussi un secteur
09:29où il y a un peu un effet retard
09:31avec le prix de l'énergie.
09:32Le prix du pétrole augmentant,
09:34le prix du plastique augmente,
09:36le prix de la logistique.
09:37Et donc, il y aura
09:37des hausses de prix en 2027.
09:39Merci beaucoup,
09:41Pascal et Belle,
09:42vous l'avez compris.
09:43Donc, ce sont souvent
09:44les plus fragiles,
09:44les familles,
09:45les familles monoparentales
09:46et les jeunes
09:47qui sont les plus touchés
09:48par cette inflation
09:49qui, hélas,
09:50n'est pas prêt de s'arrêter.
09:51C'était la preuve par trois.