00:00RTL Matin, Olivier Bois.
00:03Et l'invité d'RTL Matin est le PDG de Coopérative U.
00:05Bonjour Dominique Schelcher.
00:07Bonjour.
00:07Alors que voyez-vous, vous, aujourd'hui dans vos 1600 magasins ?
00:11Est-ce que les prix en rayon flambent, évidemment, dans le sillage des cours du pétrole ?
00:15On a beaucoup de questions à vous poser, très concrètes, là-dessus.
00:18Mais d'abord, vous répondez ce matin sur RTL pour la première fois aux mots qu'on a lus,
00:22vous savez, dans ce rapport d'une commission sénatoriale,
00:25publié il y a moins de 15 jours.
00:27Or, je cite les mots qu'on lit, de la part pratique, prédatrice,
00:31méthode de négociation basée sur la menace, l'intimidation et la contrainte.
00:36Pardon pour l'expression, mais si on résume, il vous accuse de vous gaver sur le dos des Français.
00:40Vous les avez lus ces mots aussi ?
00:42J'ai évidemment lu ce rapport, je dirais un rapport de plus à charge,
00:47vraiment à charge, et surtout, ce que je regrette,
00:49c'est un rapport une fois de plus qui oppose sous les acteurs de cette chaîne alimentaire.
00:53Or, une chaîne, voilà, elle doit se serrer les coudes et elle doit travailler ensemble.
00:59Et voilà.
01:01Mais maintenant, très important, demain après-midi, mercredi après-midi,
01:05notre fédération, la fédération du commerce et de la distribution,
01:07va répondre point par point à l'ensemble des détails du rapport.
01:10S'il y a ces mots-là, donc, pratique prédatrice, par exemple,
01:14c'est parce qu'eux, ils ont fait les comptes, en tout cas, les sénateurs qui sont dans cette commission,
01:17ils disent que sur 100 euros de course qu'un Français vient dépenser chez vous,
01:20en général, dans toutes les grandes enseignes,
01:22il y en a 40, 40 euros sur 100 euros qui vont dans votre poche,
01:27bien au-delà, par exemple, de ce que ça rapporte aux agriculteurs,
01:308 euros sur des dépenses totales de 100 euros.
01:3240% de marge, c'est pour ça qu'ils...
01:35C'est totalement faux, je m'inscris totalement en faux contre cette présentation-là.
01:40C'est 40% de valeurs captées dans le commerce, la restauration,
01:46les grossistes et un peu les distributeurs.
01:49Si on regarde que les distributeurs, le chiffre est exactement de 9%,
01:52et encore, ce n'est pas de la marge nette.
01:55Quand un consommateur vient dépenser 100 euros dans un magasin U,
01:58il reste aux commerçants 2 euros, 2 euros.
02:01Ces sénateurs qui ont travaillé 6 mois, qui vous ont reçu, vous et les autres,
02:05ils se sont trompés de chiffres, ils se sont trompés de calculs.
02:08Tout est faux dans ce qui est écrit dans ce rapport.
02:10C'est de la valeur ajoutée de partage dans cette chaîne,
02:14ce n'est pas du résultat net.
02:15Et ça, je regrette qu'elles aient jeté ce chiffre en pâture
02:18qui ne représente pas la réalité.
02:21Et encore une fois, je le répète, sur 100 euros,
02:24c'est 2 euros qui restent aux commerçants.
02:25C'est le minimum aujourd'hui pour qu'ils s'en sortent.
02:28Ils donnent un exemple concret.
02:29boîte de 6 oeufs, ils disent 85% de marge sur une boîte d'oeufs,
02:35qui, on le rappelle, est un produit aujourd'hui dont les Français raffolent,
02:38parce que justement, ils arbitrent largement en faveur des oeufs
02:40par rapport à la viande.
02:41Donc les Français ont besoin d'oeufs.
02:42Vous en profitez pour augmenter les prix et augmenter vos marges.
02:44Là encore, c'est totalement faux ou pas ?
02:46C'est un chiffre sur, je crois, une boîte de bio, sans doute un cas particulier.
02:51Vous savez, quand vous prenez à gauche, à droite, que des cas particuliers...
02:55Donc ça existe ? Il y a parfois 85% de marge sur une boîte de 6 oeufs bio ?
02:58C'est pas chez nous.
02:59Ça peut sans doute arriver quelque part, mais c'est un cas extrême.
03:02Et donc, voilà, ce rapport a pointé des cas extrêmes,
03:05mais qui, pour moi, ne sont pas représentatifs du quotidien.
03:08Et vous savez, depuis une semaine, je ne fais que du service après-vente
03:12auprès de mes patrons de magasins, qui sont dans les territoires de France,
03:15qui ne comprennent pas, comment dire, ce rapport, une fois de plus à charge.
03:20On n'a pas senti la réalité de notre quotidien dans ce rapport.
03:23Et ce que je regrette le plus aussi, au bout du compte,
03:25c'est de ne pas avoir été écouté.
03:27On a l'impression que seuls les industriels, la partie adverse a été écoutée,
03:31et nos arguments n'ont pas été entendus.
03:33Alors évidemment, si le sujet est si important,
03:35c'est parce qu'on a peur que les prix montent aujourd'hui,
03:37boostés par la crise au Moyen-Orient,
03:39et par cette inflation, d'abord, des prix du carburant.
03:42Première question très concrète,
03:44est-ce que dans vos pompes, à vos pompes à essence, dans vos magasins,
03:46les Français achètent moins d'essence depuis 3 mois,
03:49depuis 2 mois, depuis 1 mois ?
03:50Quels sont les chiffres chez vous ?
03:51Je peux vous donner le chiffre de mai qui est tombé hier.
03:54C'est moins 18% de volume dans nos 1000 stations coopératives.
03:58Les gens se sont adaptés, circulent moins,
04:02se sont organisés pour faire du covoiturage,
04:04sont peut-être moins partis en week-end,
04:06dans les week-ends du mois de mai.
04:07Et donc, c'est une forte consommation en baisse, effectivement,
04:11parce que les gens s'adaptent, les gens arbitrent,
04:13les gens réduisent,
04:14les gens travaillent différemment leur budget.
04:18Est-ce que ça veut dire qu'il n'y a plus de risque de pénurie
04:20pour les semaines, pour les mois à venir,
04:21voire pour l'été à venir ?
04:22C'était une de vos inquiétudes le 2 avril dernier,
04:25sur RTL, vous aviez dit,
04:25si le conflit dure plus d'un mois et demi,
04:27on va rentrer dans le dur,
04:28ne serait-ce que pour approvisionner nos pompes.
04:31Est-ce que le risque est écarté ?
04:33Aujourd'hui, je n'ai aucun signe de pénurie,
04:36parce que la chaîne est résiliente,
04:38elle s'est réorganisée.
04:40D'ailleurs, le patron de Total Energy l'a dit,
04:42il fait tout pour que la France soit bien approvisionnée.
04:45Donc, moi, je n'ai aucun signe.
04:46Et en plus, je rajoute un point extrêmement important,
04:49on a des stocks stratégiques de sécurité en France
04:52qui feraient que,
04:53même s'il devait y avoir un problème ponctuel,
04:56le gouvernement pourrait décider
04:57de débloquer des stocks stratégiques
04:59qui permettraient de tenir plusieurs mois.
05:01Donc, pas d'alerte aujourd'hui sur ce point.
05:03Est-ce que le litre d'essence à 2 euros
05:06ou le litre de diesel autour des 2 euros, 2,10 euros,
05:08ce sera tout l'été comme ça ?
05:09Il n'y a pas d'espoir que ça rebaisse
05:11d'une vraie baisse de 20 à 30 centimes du litre.
05:14Qu'est-ce que vous voyez-vous ?
05:14Tant que le conflit durera,
05:16on restera à un prix relativement élevé.
05:18Il y a eu des bonnes nouvelles ces derniers jours.
05:20Le prix a baissé, le prix du baril.
05:22En conséquence, le prix des carburants
05:26a baissé sur plusieurs jours la semaine dernière.
05:29Malheureusement, avec les dernières nouvelles
05:31de non-règlement de ce conflit en Iran,
05:33c'est remonté un peu.
05:35Donc voilà, tant qu'il n'y aura pas
05:36de règlement clair, net et précis
05:38de la situation en Iran,
05:39on risque d'avoir des prix plus élevés
05:41que d'habitude.
05:42Encore une fois, nous, ce qu'on fait,
05:43on ne prend pas ou quasiment pas de marge
05:46sur ce produit-là.
05:47C'est un produit d'appel.
05:48Et vous ne pouvez pas faire moins ?
05:49Total, on le sait,
05:50réussit à plafonner ces prix
05:52à la fois sur le diesel et sur l'essence
05:54et pas vous.
05:55Pourquoi est-ce que vous n'y arrivez pas ?
05:56Mais parce qu'il est raffineur.
05:58Il maîtrise toute la chaîne de production.
06:00Nous, on ne fait qu'acheter et revendre
06:02en prenant une toute petite marge.
06:04Voilà, donc pas de possibilité
06:06de faire plus actuellement.
06:07La flambée des prix du carburant,
06:09on le constate pour le coup,
06:10c'est très concret.
06:11Et ce, depuis plusieurs mois maintenant.
06:12En revanche, on a cette question,
06:13savoir si ça va se répercuter
06:14sur les prix en rayon.
06:16Dans le journal de 7h30,
06:17on entend ces Français
06:18qui arbitrent sur certaines dépenses
06:20en particulier.
06:20Par exemple, l'ordinateur
06:21qui vaut presque 50% de plus
06:23par rapport à il y a quelques mois.
06:24Là encore, dans vos magasins,
06:26est-ce que des prix augmentent
06:28dans vos rayons ?
06:29Il n'y a aucune augmentation
06:31de prix aujourd'hui
06:32liée à la guerre en Iran.
06:34Aucune.
06:34Il y a plutôt,
06:35après les dernières négociations,
06:37des prix qui ont baissé.
06:38Quelques produits qui augmentent.
06:39La viande, les œufs,
06:40effectivement, c'est plus cher
06:42parce qu'il y a des difficultés
06:43d'approvisionnement.
06:44Mais les produits de droguerie,
06:46parfumerie,
06:47les produits à base de blé
06:48ont fortement baissé.
06:49Et ça va continuer ?
06:50Ça va rester ?
06:51Là encore, vous avez,
06:52à échéance d'un mois,
06:53deux mois,
06:53j'ai écouté Michel-Edouard Leclerc
06:55qui lui dit
06:56on sera peut-être à 4%
06:57en juillet ou en août.
06:58Il voyait lui une hausse.
07:00Alors là, je suis obligé
07:01de vous dire,
07:01je ne comprends pas
07:02la position de mon confrère
07:04Michel-Edouard Leclerc.
07:05Je ne vois pas ces chiffres-là.
07:07La seule question,
07:08c'est si le conflit dure,
07:09il peut y avoir,
07:11à terme,
07:11peut-être à l'horizon
07:12de la rentrée,
07:13une répercussion
07:14avec certains fournisseurs
07:16qui viennent actuellement
07:17nous voir
07:18pour rediscuter.
07:19Mais pour l'instant,
07:20certains industriels
07:21toquent à votre porte
07:21en disant
07:22les prix de février,
07:23on n'y arrive plus,
07:24il faut renégocier.
07:25Exactement.
07:25Quand il y a une grande part
07:27de transport,
07:28par exemple,
07:29quelques producteurs laitiers,
07:30mais quelques producteurs
07:31de soda
07:31sont déjà venus aussi.
07:33Donc pour l'instant,
07:33on discute,
07:34il n'y a pas encore
07:35d'impact concret
07:36de la guerre en lien.
07:37Moi, j'ai entendu
07:37que l'eau minérale,
07:38par exemple,
07:39toquait à votre porte
07:39parce qu'eux,
07:41ils transportent
07:41d'énormes volumes,
07:42assez peu de valeur
07:43dans des camions
07:44qui leur coûtent
07:44de plus en plus cher
07:45et que, pour l'instant,
07:47Crystalline,
07:47le groupe Danone,
07:48le groupe Nestlé
07:48pourraient venir rapidement
07:49toquer à votre porte
07:50pour augmenter les prix.
07:51Certains viennent à la porte
07:52parce que les bouteilles,
07:54c'est aussi du plastique
07:55et le plastique coûte
07:56un peu plus cher
07:56ces derniers temps.
07:57Donc voilà,
07:58encore une fois,
07:59si le conflit est dur,
08:00il pourra y avoir des impacts
08:01mais ce n'est pas encore le cas.
08:02Est-ce que les...
08:03On parlait des arbitrages.
08:05Le panier moyen chez vous,
08:07pour le coup,
08:07chez U,
08:08est-ce que vous voyez,
08:09vous avez commencé à évoquer
08:10les oeufs,
08:10la viande ?
08:10Est-ce qu'il y a quand même,
08:13à cause de ces contraintes budgétaires,
08:14des choses qui évoluent
08:15dans le panier des Français ?
08:16Les gens viennent un peu
08:17moins souvent
08:17parce que venir souvent,
08:19c'est utiliser du carburant
08:21donc ils viennent moins souvent
08:21et ça fait un panier
08:23un peu plus élevé.
08:23Par contre,
08:24on est vraiment
08:24dans les arbitrages.
08:26On réduit
08:27ou on repousse
08:28donc ça confirme
08:29votre enquête
08:29de tout à l'heure
08:31et notamment
08:31sur les gros achats.
08:32Les gros achats
08:34en non alimentaire
08:35sont vraiment boudés.
08:37Vendre un salon de jardin
08:38actuellement,
08:39c'est très difficile.
08:40Par contre,
08:41très bonne nouvelle
08:41la semaine dernière,
08:42avec la belle météo,
08:44avec la fête des mers
08:46qui est une fête
08:46qui vraiment rassemble
08:47les Français,
08:48la consommation était très forte
08:49la semaine dernière
08:50dans nos magasins.
08:50Sur quels produits par exemple
08:51pendant la canicule ?
08:52Sur les produits frais.
08:54On n'arrivait pas
08:55à suivre en livraison
08:56de fruits et légumes.
08:57On ne trouvait plus
08:58assez de camions
08:59pour faire face
08:59au volume supplémentaire.
09:00Les rayons surgelés
09:02ont été dévalisés
09:02du côté du sucré
09:03et des glaces
09:04bien évidemment.
09:05Et puis,
09:06tout ce qui était viande
09:07pour les barbecues,
09:09tout ça a eu
09:10beaucoup de succès
09:11la semaine dernière.
09:12C'est positif
09:13parce que la consommation
09:14permet de faire tenir
09:15l'économie française
09:16actuellement.
09:17Alors,
09:17Dominique Schellcher,
09:18si vous étiez aux commandes,
09:19si vous aviez
09:19des responsabilités politiques,
09:20on a toujours du mal
09:21à voir une mesure.
09:23On entend beaucoup
09:23de la part des politiques
09:24qu'on ne peut rien faire
09:24en ce moment
09:25à cause des marges budgétaires
09:26très faibles.
09:27Est-ce qu'il y a une mesure,
09:28pouvoir d'achat,
09:29qui serait vraiment efficace
09:30pour faire gagner
09:30concrètement aux Français
09:32des vrais pourcents
09:34de pouvoir d'achat
09:35sur le panier
09:36qu'ils vont acheter ?
09:37La mesure majeure
09:38pour moi,
09:38pour 2027,
09:39c'est de revaloriser
09:40le travail.
09:41Revaloriser le travail,
09:42ça veut dire quoi ?
09:43Ça veut dire qu'il y a 50 ans,
09:45les Français touchaient
09:4670% du super brut
09:48sur leur fiche de paye.
09:49C'est-à-dire,
09:49quand on enlevait
09:50toutes les charges,
09:51il restait 70%.
09:52Aujourd'hui,
09:53sur une fiche de paye,
09:54il ne reste plus
09:55que 52%.
09:56On fait trop porter
09:57au travail
09:58les charges,
09:59il faut les réduire
10:01pour augmenter
10:02les salaires
10:02et nous,
10:03on s'y engage
10:03et mesure majeure
10:05de 2027.
10:06Merci beaucoup Dominique Lecher
10:07de nous avoir expliqué
10:08tout cela ce matin.
10:09Évidemment,
10:09vous restez avec nous.
10:10– Sous-titrage FR 2021
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