00:00Trop proche !
00:00Mais pour commencer, Bagesel, bonsoir !
00:02Bonsoir Anne-Sophie !
00:03Le petit phénomène ce soir, c'est un jeu en ligne qui est devenu absolument viral en quelques jours.
00:09Ça s'appelle One in 8 Billions, 1 sur 8 milliards.
00:13C'est un jeu généré par l'intelligence artificielle.
00:16Le principe est tout bête.
00:17Vous arrivez sur le site, vous cliquez sur l'icône « Naître » et vous voilà lancé.
00:21Vous êtes l'un des 4 bébés qui naissent toutes les secondes sur la planète.
00:25Un algorithme décide dans quel pays vous venez au monde, dans quelle famille vous grandissez.
00:29Et avec quelle chance dans la vie vous démarrez.
00:31Moi par exemple, la toute première fois que j'ai joué, je suis née au Mexique.
00:35J'étais un garçon et je m'appelais Luis González.
00:38Et pendant toute la partie, j'ai vu ma vie fictive défiler.
00:41J'ai grandi, je suis allée à l'école, j'ai traversé l'adolescence.
00:44Je suis devenue adulte, j'ai choisi un métier.
00:46Et à chaque grande étape, le jeu m'a proposé de prendre des décisions.
00:49Mais on peut aussi laisser le hasard décidé pour nous.
00:51Luis González, on lui a proposé différentes activités à l'école.
00:55Moi j'ai choisi de lui faire faire de la musique.
00:57Il a appris, comme c'est bizarre, il a appris à jouer de la guitare et à chanter.
01:01Dans ma tête, il était comme ça.
01:02On a chanté la Parisienne.
01:05Luis Mariano.
01:05Leur petit nez et leur chambre.
01:07Voilà, je suis très très ouverte d'esprit, c'est pour ça.
01:10Bref, mon Luis, il a fini par devenir aide-soignant.
01:14Rien à voir.
01:15Et évidemment, on peut recommencer autant de fois qu'on veut.
01:18A chaque fois, c'est une nouvelle vie.
01:19J'ai été électricien au Pakistan, pêcheur au Sénégal.
01:22Ou encore, institutrice au Japon.
01:24Et ce qui est assez troublant, c'est qu'on s'attache à son personnage.
01:27En tant que petit Luis, je cachais mes bulletins à 9 ans pour ne pas qu'on voit mes mauvaises
01:31notes.
01:32A 45 ans, mes frères et sœurs se sont relayés pour m'aider parce que j'étais malade.
01:35A 77, j'avais encore plein de projets en tête que je n'ai finalement jamais réalisés puisque je suis
01:41mort.
01:42A 78 ans, au bout de 6 minutes de partie.
01:45Chaine de vie.
01:46C'est quand même assez violent votre jeu.
01:48Alors, vu comme ça, oui, mais j'ai quand même vécu 5 ans de plus que l'espérance de vie
01:52moyenne d'un homme au Mexique.
01:53Qui est d'environ 73 ans.
01:55Je suis sûre que c'est les cours de musique.
01:56Ça l'a bien conservé notre petit Luis Gonzalez.
01:59Mais ce qui est bluffant, c'est que toutes ces petites vies inventées ne sortent pas de nulle part.
02:04L'intelligence artificielle utilisée a été nourrie par des millions de données, notamment celle de l'ONU et de l
02:09'UNICEF.
02:10Donc derrière les histoires de nos personnages, il y a des statistiques démographiques et sociales bien réelles.
02:14Par exemple, vous avez beaucoup plus de chances de naître en Inde qu'en Finlande, tout simplement parce que l
02:19'Inde est le pays le plus peuplé du monde.
02:20Et puis, vous pouvez naître dans une famille qui n'a pas les moyens de vous envoyer à l'école,
02:24être obligé de travailler très jeune pour aider vos parents ou bien grandir dans un pays en guerre.
02:29Et c'est là que ça devient quand même un peu plus profond parce que ça nous met face à
02:32une réalité.
02:33La vie, c'est aussi une immense loterie.
02:35Alors, c'est une grande philosophe qui l'a dit, une certaine Emma Guessel, je ne sais pas si elle
02:40a déjà entendu parler.
02:42On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus les trottoirs
02:47de Mani.
02:47C'est un vrai philosophe qui l'a dit.
02:50On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille.
02:57Être né quelque part, tout ça peut changer le cours d'une vie.
03:01Et c'est justement ce que ce jeu nous fait réaliser en nous faisant vivre quelques minutes dans la peau
03:05de quelqu'un d'autre.
03:06Et ça touche beaucoup de monde.
03:07Figurez-vous que sur les réseaux sociaux, certains joueurs racontent s'être retrouvés à pleurer devant leur ordinateur tellement le
03:13jeu les a pris aux tripes.
03:14Je ne vais pas vous dire que j'ai pleuré à la mort de Luis Gonzalez, mais ça m'a
03:19fait un petit quelque chose.
03:19Je voulais quand même de passer toute une vie avec lui et j'aimerais lui rendre hommage ce soir pour
03:24la peine un dernier petit coup de Luis Mariano.
03:25Parce que je continue à penser que Luis Gonzalez a raté une grande carrière dans la chanson.
03:31Mexico, Mexico.
03:37Carrément, ouais.
03:38C'est parti.
03:40Il fait chaud tout d'un coup dans ce studio.
03:42Merci beaucoup la grande philosophe.