00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Bonjour Bruno Bouygues.
00:05Bonjour Sandra.
00:06Président de GIS, rappelez-nous très vite les quatre métiers principaux de cette entreprise.
00:12GIS, on est un équipementier, on fabrique des chargeurs de batterie, du matériel de soudage,
00:17des matériels de chauffe par induction et des matériels pour réparer la carrosserie des véhicules.
00:22Deux sites de production, cinq filiales, des produits distribués dans 132 pays.
00:27C'est très intéressant de parler de cette entreprise en ce moment parce que c'est de l'industrie, c
00:33'est de l'électronique, c'est du logiciel.
00:37C'est tout un tas de métiers à la fois.
00:39Vous dites qu'en 22 ans, à la direction de cette entreprise, vous avez changé trois fois de métier.
00:44C'est vrai. On est passé de l'électrotechnique à l'électronique passive, à l'électronique avancée, à maintenant le
00:50monde du logiciel.
00:52En fait, ce qui n'est pas très bien compris en France, c'est qu'on arrive dans l'ère
00:56des machines.
00:57L'industrie basique arrive dans l'ère des machines et du logiciel.
01:01En fait, la bureautique est arrivée dans l'ère des logiciels.
01:05Et aujourd'hui, dans l'industrie, l'ère des machines commence, des machines intelligentes, sophistiquées, connectées.
01:12Et c'est le secteur dans lequel GIS veut être un des acteurs leaders mondiaux dans chacun de ces domaines.
01:16Donc, on développe des plateformes intelligentes de plus en plus sophistiquées.
01:19C'est intéressant, finalement, cette position d'observatoire, d'observateur que vous avez sur l'évolution de ces secteurs,
01:27qui sont, voilà, les frontières sont poreuses, vous le dites vous-même.
01:31Cette activité touche à tout, est-ce que c'est du coup un atout, là où tout est interconnecté,
01:37ou actuellement, en pleine transition, c'est plus une faiblesse ?
01:41Je pense que c'est un atout parce que ça nous permet de comprendre, premièrement, ce qui se passe.
01:47Je vous rappelle qu'on est verticalement intégré, donc on fabrique tous nos semi-ouvrés par nous-mêmes.
01:51Par exemple, en ce moment, il y a d'énormes problèmes de logistique dans tout ce qui est composants électroniques,
01:56cartes électroniques.
01:58Et donc, le fait d'être verticalement intégré, on a pu un peu les anticiper, on a pu faire des
02:02stocks de sécurité.
02:03Et en même temps, grâce à l'intelligence artificielle, il y a une accélération des semi-conducteurs industriels
02:09qui nous permettent de proposer des produits extraordinairement plus intelligents à nos clients.
02:14Et en fait, en ce moment, dans notre secteur, on voit bien qu'il y a quelques maisons dans le
02:19monde
02:19qui sont en train de prendre le leadership technologique mondial, on en fait partie.
02:23Et on prend des risques importants, justement, pour construire ces plateformes de demain.
02:27Puisque, je le répète, l'ère des machines commence.
02:30C'est intéressant parce qu'il y a l'innovation qu'on met dans tout cela, l'intention.
02:35Et parallèlement, il y a aussi la lourdeur de certains process,
02:37dû notamment au contexte géopolitique, les crises en Ukraine, les crises au Moyen-Orient, l'approvisionnement.
02:45Qu'est-ce qui est aujourd'hui le plus compliqué à gérer quand on est dans une industrie comme la
02:50vôtre ?
02:50Je pense qu'on a beaucoup de chances d'être une entreprise familiale
02:54puisque le grand changement entre il y a 12 mois et aujourd'hui, c'est la supply chain.
03:00Je vais vous donner un exemple.
03:01Si je prends des semi-conducteurs avancés, on avait des délais de livraison il y a un an à 12
03:06semaines.
03:06Aujourd'hui, j'ai des délais de livraison à 68 semaines.
03:10Donc, en fait, il a fallu passer nos stocks de sécurité de 15 semaines à 75 semaines.
03:15Si vous avez une société familiale avec des capitaux à temps long,
03:18vous prenez la décision de passer à 70 semaines de stock.
03:20Encore faut-il pouvoir le faire.
03:23Quand vous avez une société familiale, vos fournisseurs aussi vous font confiance sur le temps long
03:28et donc s'associent avec vous pour mettre en place les stocks, les stratégies.
03:33Ils vous alertent en avance.
03:35Et donc, c'est dans ce dialogue, dans ce partenariat finalement qu'on avance.
03:38D'ailleurs, on va faire une très bonne année cette année.
03:40Est-ce que cette expérience, le fait, comme vous dites, d'avoir ces fournisseurs,
03:46cet écosystème depuis très longtemps, vous protège malgré tout de ce monde qui va de plus en plus vite,
03:51de la concurrence chinoise, de la concurrence des États-Unis,
03:54qui aujourd'hui, il n'y a plus tellement de règles en termes de, finalement, de règles commerciales.
04:00Est-ce que ça vous protège néanmoins, cette situation que vous avez ?
04:04Personne n'est protégé, mais par contre, avoir eu des relations apaisées sur le temps long
04:10permet en fait de construire autour de soi un écosystème bienveillant.
04:15Et je crois que je dois remercier l'ensemble de nos fournisseurs qui nous ont prévenus.
04:21Ce qui nous a permis d'anticiper.
04:22Donc aujourd'hui, je pense que si vous avez bien traité vos fournisseurs,
04:26si vous êtes un partenaire d'innovation avec eux,
04:28eh bien, ils vont avoir tendance à vous privilégier.
04:30Et je pense que ça a été le cas jusqu'à aujourd'hui.
04:32Quel est le contexte, la crise en tout cas, qui vous inquiète le plus ?
04:38Là, vous dites que, finalement, les difficultés d'approvisionnement, on s'adapte.
04:43Bien sûr, on s'adapte.
04:44Mais c'est quoi ? Justement, ce sont ces blocs, Chine et États-Unis, c'est la dette française.
04:50C'est quoi qui est problématique aujourd'hui pour l'industrie ?
04:53Alors, je pense que le sujet numéro un, c'est le retour de l'inflation.
04:58En fait, on a eu un post-Covid, une vague d'inflation qui s'est calmée relativement vite.
05:03Et en fait, on est en train de préparer nos listes de prix pour le 1er janvier 2027.
05:08Et en fait, on voit le retour de l'inflation avec plusieurs phénomènes.
05:11D'abord, l'inversion de l'euro-yuan, donc le yuan qui a pris par rapport à l'euro presque
05:1810% sur un an.
05:20La montée des matières premières, le cuivre, par exemple, qu'on utilise beaucoup,
05:24puisqu'on est dans l'électronique de puissance, qui a pris presque 30% depuis le début de l'année.
05:29On a les semi-conducteurs qui ont pris 25%.
05:32Donc, en fait, on est dans un contexte très inflationniste dans notre secteur,
05:36à un moment où on voit une tension sur le pouvoir d'achat.
05:39Et on sait très bien que ce n'est pas bon pour l'industrie.
05:43Et donc, pour se différencier, il va falloir apporter des services, de la productivité.
05:48Il va falloir aussi prendre sur sa marge pour ne pas transmettre toute cette inflation aux clients.
05:53Il y a aussi, et on en parlait juste avant cette émission,
05:56une question de recrutement, de nouveaux profils, de finalement...
06:01Aujourd'hui, vous êtes 900 collaborateurs remplacés au fur et à mesure,
06:06ces collaborateurs, par des ingénieurs, des mécaniciens, des électroniciens,
06:10en fonction des besoins.
06:12Et ce recrutement, à l'heure de l'intelligence artificielle,
06:16vous me disiez qu'il change complètement, que les profils changent.
06:19Aujourd'hui, entre deux personnes qui ont très peu de différence d'âge,
06:26finalement, ils n'ont pas le même profil.
06:27C'est très intéressant de voir aussi quelles stratégies on adopte
06:33pour recruter les bonnes personnes dans cette ère d'évolution terrible.
06:38Alors, le premier sujet plutôt positif, c'est que l'industrie, je pense,
06:44en Europe, va beaucoup recruter dans les 20 prochaines années,
06:47puisqu'on va réimporter une partie de la fabrication qui n'était pas faite en Europe.
06:53Donc, ça, c'est le premier point, c'est que l'industrie va beaucoup recruter.
06:56Donc, j'encourage les jeunes à nous envoyer leur CV.
06:59Deuxièmement, et on en parlait juste avant, ce qui est frappant aujourd'hui,
07:02c'est de voir des jeunes de moins de 18 ans qui ont travaillé sur des ordinateurs
07:07depuis 4-5 ans à l'école, qui travaillent avec de l'intelligence artificielle
07:10depuis 2-3 ans et qui, à 18 ans, arrivent et ont à peu près les mêmes formations,
07:17les mêmes compétences, en tout cas, qu'un jeune qui a fait un bac plus 2,
07:21bac plus 3 dans des métiers, finalement, de bureau.
07:25Et donc, ça interroge, bien sûr, cette jeunesse qui se manifeste.
07:30Moi, je suis d'un naturel très optimiste.
07:32On est dans une phase de transition.
07:34Et donc, tout ça va se mettre en place calmement.
07:36Et je pense que dans 5-6 ans, les programmes se seront réadaptés.
07:40Et donc, il ne faut pas que les gens aient peur.
07:41Ça veut dire que, potentiellement, à un jeune aujourd'hui,
07:44on pourrait lui conseiller de faire un peu moins d'études
07:46et de se lancer peut-être un petit peu plus vite directement dans le monde du travail
07:49pour être opérationnel, plus vite ?
07:52Moi, quand je regarde les pénuries dans les recrutements,
07:55on voit bien qu'on manque de tous les métiers techniques.
07:58Donc, ce que je dis très souvent, c'est n'ayez pas seulement la main sur le clavier,
08:03ayez aussi une deuxième main dans la boîte à outils.
08:06Donc, développer des compétences techniques, développer des compétences commerciales
08:10à tous les métiers manuels, vont retrouver une certaine forme de noblaise.
08:14Et là, c'est pour ça que je pense qu'il va y avoir un renouveau de l'industrie.
08:17J'ai une très, très rapide question, évidemment, en année présidentielle.
08:21Qu'est-ce que vous attendez de ce scrutin qui aura lieu ?
08:23Certes, dans 6 mois, il peut se passer beaucoup de choses.
08:26Et vraiment, on ne peut pas savoir sur quoi ça va tomber.
08:29Mais vous, en tant qu'industriel français, vous attendez quoi de cette année-là ?
08:35Alors, ce qu'on attend, c'est une forme de stabilité fiscale.
08:39Je pense que c'est déjà beaucoup demandé parce que le budget n'est pas évident.
08:42Je pense qu'on a des impôts de production parmi les plus élevés du monde.
08:46On avait commencé une trajectoire de descente progressive.
08:49Je pense qu'il faut continuer.
08:51Voilà.
08:52Donc, une forme de stabilité pour permettre aux industriels d'investir beaucoup,
08:55parce qu'il va falloir beaucoup investir.
08:57J'estime que l'industrie va devoir recruter énormément.
09:02Donc, pour recruter, il faut des usines, il faut des machines.
09:05Donc, en fait, donnez-nous les moyens de nous projeter dans l'avenir, dans le calme.
09:09Faites-nous confiance.
09:09Merci Bruno Bouygues d'être revenu sur ce plateau ce matin,
09:12président de GIS dans la matinale de l'économie.