00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Et ce matin, nous allons parler de souveraineté industrielle avec notre invité qui vient de nous rejoindre, Jean Boer.
00:09Bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Président d'Ypsofen, on est dans l'industrie pharmaceutique.
00:14Vous êtes en train de préparer la construction d'une unité de production du principe actif du paracétamol à Toulouse,
00:21avec, on en avait parlé, des délais difficiles à tenir.
00:26Malgré tout, vous maintenez le cap, l'objectif c'est de lancer cette usine en 2028.
00:30C'est ça, production en 2028 et commercialisation en fin 2028.
00:34Donc, vous l'avez dit, du principe actif du paracétamol, qui est une molécule clé pour la souveraineté,
00:41plus que pour la souveraineté, pour les problématiques de santé publique.
00:44Il faut savoir quand même, je regardais encore ce matin les négociations que mène l'Europe avec la Chine actuellement.
00:50Ça se passe en ce moment, à Pékin.
00:51Exactement. Et on peut déjà penser que c'est la Chine qui va gagner,
00:56parce qu'elle a une arme entre les mains absolument énorme,
00:59c'est qu'elle produit plus de 80% des principes actifs que nous consommons en Europe et dans le
01:03monde.
01:04Et elle pourrait très bien décider de limiter ses exportations vers l'Europe,
01:09ce qui causerait une catastrophe sanitaire totale au niveau de l'Europe et de la France.
01:15Et d'où la nécessité réellement de penser à relocaliser nos productions de médicaments essentiels
01:21pour notre souveraineté, notre santé publique.
01:25Bien sûr, comment, par la mise en œuvre de procédés innovants, sans innovation de rupture,
01:29on ne peut pas, si c'est pour reproduire comme on produit le paracétamol en Chine,
01:33ça ne sert à rien de relocaliser.
01:35On va développer, mais je reste un instant sur la Chine que vous évoquez.
01:39Et justement, on a l'impression que c'est quand même un vrai problème,
01:41et pas uniquement pour votre industrie.
01:43On en parle aussi dans l'acier.
01:45Les industriels qui sont très préoccupés de voir que l'acier chinois se déverse sur le monde entier.
01:50Il est sursubventionné par l'État chinois.
01:54Qu'est-ce que vous attendez peut-être aussi de cette visite et ces négociations en cours
01:58entre les Européens et les Chinois ?
02:01Une prise de conscience globale, non seulement des politiques, mais aussi des consommateurs,
02:06que notre indépendance, notre industrie, dépendent de nos choix et de nos volontés.
02:14Mais aussi, notre impact environnemental dépend de nos choix.
02:19Parce que pourquoi est-ce qu'on produit moins cher en Asie ?
02:21C'est parce qu'on ne fait absolument pas attention à l'environnement.
02:24Aussi, il faut le savoir.
02:25Et c'est pour ça que c'est moins cher aussi.
02:27Donc aujourd'hui, si on veut avoir une industrie,
02:30quel que soit le domaine d'activité,
02:32il faut que nos États et nos systèmes et nos consommateurs nous aident à produire en France.
02:39Mais ça veut dire quoi, Jean Boer, qu'il faut instaurer un bonus pour les médicaments
02:42qui sont produits sur notre territoire pour aussi être plus forts face à cette concurrence chinoise ?
02:47Il faut absolument instaurer un malus sur l'impact environnemental.
02:51C'est facile à calculer l'impact environnemental.
02:53Nous, nous savons, par exemple, nous allons être minimum 30 fois inférieur à ce qui est produit en Chine,
02:5810 fois inférieur à tout ce qui pourrait être produit ailleurs qu'en Chine.
03:01Mais vous, votre promesse, c'est d'être 100% autonome,
03:03de ne plus avoir besoin du tout d'aucun produit qui vient de Chine ?
03:06100% de matières premières provenant de l'Union européenne et de France,
03:09de l'ensemble de l'Union européenne.
03:11Mais avec un objectif de production de 4 000 tonnes par an ?
03:14C'est ça, 4 000 tonnes, ça représente grosso modo 10% de la consommation,
03:17enfin moins de 8% à peu près de la consommation européenne,
03:19c'est 50 000 tonnes à peu près.
03:21Donc il en faudra quand même beaucoup plus pour arriver à une autonome.
03:23Il en faudra beaucoup plus, mais c'est un premier essai.
03:25Mais de toute façon, ça va permettre aux laboratoires d'avoir plusieurs sources d'approvisionnement.
03:33On n'envisage pas d'être le fournisseur unique de nos clients.
03:37On sera que sur une petite partie.
03:38J'imagine bien que vous suivez en ce moment un petit peu,
03:41même si c'est de loin, mais les débats parlementaires autour du budget.
03:44Oui.
03:45Parce que vous allez probablement être concerné,
03:48puisque le gouvernement veut faire 3 milliards d'euros d'économies
03:50sur les médicaments dans le PLFSS 2027 voudrait baisser peut-être de 13% aussi le prix du paracétamol.
03:57Est-ce que ces éléments politiques-là et cette année électorale qui arrivent vous inquiètent,
04:03vous obligent aussi à revoir peut-être vos plans de relocalisation ?
04:07Non, absolument pas.
04:09D'abord parce qu'il y a une volonté,
04:11derrière il y a une véritable volonté de réindustrialisation,
04:14de recréer une filière.
04:16Et donc en remettant le principe actif du paracétamol,
04:19mais nous avons un projet après d'avoir éventuellement d'autres molécules.
04:23C'est aussi créer une nouvelle filière.
04:26Là, actuellement, on a un gouvernement qui marche à l'envers.
04:29Ce n'est pas le premier, ce ne sera peut-être pas le dernier,
04:31mais en tout cas, d'un côté, on promeut la réindustrialisation
04:36et de l'autre côté, on taxe les produits qui vont être fabriqués.
04:39Mais justement, Jean-Belard, ma question,
04:42comment est-ce que vous pouvez vous dire à 100% que votre projet va aboutir
04:46si on fait monter le prix des médicaments
04:49et qu'on n'incite pas les laboratoires et in fine les Français
04:52à acheter les produits qui sont fabriqués sur le seul européen ?
04:56Le coût de l'impact environnemental plaidera en notre faveur.
04:58De toute manière, quel que soit le prix du médicament
05:02fixé par l'État,
05:04le coût environnemental est de toute façon,
05:07notre marché, il est européen.
05:08Et ça, c'est bien aussi le problème qu'il y a
05:10dans le monde de la santé globalement.
05:12Il faut que nos gouvernements arrêtent de taper sur le prix du médicament
05:16parce que ça n'incite pas les laboratoires à produire
05:20et surtout à vendre leurs produits en France.
05:22Il faut bien le savoir.
05:23Il y a des produits qui sont vendus dans d'autres pays
05:25qui ne sont pas vendus en France.
05:26Mais c'est bien ce que je dis.
05:28Après, le marché, il est européen.
05:30Mais ça n'empêche pas de produire en France.
05:32La France est un beau pays pour produire.
05:34Vous cherchez quand même encore des fonds en 25 millions
05:37auprès d'investisseurs pour pouvoir aller au bout de ce lancement.
05:40Oui, bien sûr.
05:41Est-ce que vous êtes confiant sur le fait que vous allez les obtenir
05:43malgré l'évolution du cadre réglementaire ?
05:45On voit qu'aujourd'hui, les investissements, quand même,
05:47et on sera à BIC dans un instant avec Brigitte Boucher
05:50et son invité à 7h45, Nicolas Dufourc, le patron de BPI France.
05:53Il en sera certainement question de savoir
05:55est-ce qu'on investit encore en France
05:57dans ce contexte économique et politique qui est quand même instable ?
06:02Il ne s'en fait que rajouter un élément de plus
06:04sur la problématique du financement de l'industrie en France.
06:07Il n'existe aucun système structuré pour permettre un financement global de l'industrie en France.
06:14Bien sûr, vous parlez de Nicolas Dufourc et de BPI,
06:16bien sûr que ça sert, que ça aide et ça nous aide, évidemment,
06:21mais ça ne finance pas 100% de l'industrie.
06:25Et il n'existe aujourd'hui en France aucun fonds dédié à l'investissement durable
06:29dans l'innovation dans l'industrie.
06:31Mais vous en êtes où alors de ce bouclage à ces 25 millions qui vous manquent ?
06:34On cherche.
06:35Nous sommes en discussion, nous sommes dans la phase de discussion.
06:38Mais vous êtes à zéro pour l'instant ?
06:39Non, on a déjà capté une petite partie de ces 25 millions.
06:46Nous sommes confiants parce que je pense que nous ne sommes pas les seuls
06:49frappés par cette envie de vraiment relocaliser et d'aider la France
06:55à retrouver une industrie souveraine, que ce soit dans la santé
06:59ou que ce soit dans d'autres domaines d'activité.
07:01C'est important.
07:02Merci beaucoup, Jean Boer, d'être venu ce matin dans notre rubrique Parole de patron.
07:06Je rappelle que vous êtes le président d'Ypsophène.
07:08Merci.