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Avec Jean-Michel Karam (PDG de MEMSCAP et d'IEVA Group, et investisseur vedette de l'émission Qui veut être mon associé ?), Frédéric Michaud (Directeur général adjoint OpinionWay)

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##LE_NUMERIQUE_POUR_TOUS-2026-10-25##

Catégorie

🤖
Technologie
Transcription
00:00Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
00:04Bonjour et bienvenue dans le numérique pour tous, l'émission dédiée au numérique, à l'innovation et à la tech
00:08responsable.
00:09Et aujourd'hui, nous allons parler des attentes des entrepreneurs du numérique pour 2027.
00:13Et oui, à l'approche de l'élection présidentielle, trois grands enjeux et bien d'autres sont au cœur des
00:18préoccupations des entrepreneurs.
00:20La compétitivité pour rivaliser avec les géants mondiaux, la souveraineté pour faire émerger des champions français et européens
00:25et bien sûr, l'intelligence artificielle pour en faire un véritable moteur de croissance et d'emploi.
00:31Alors, comment donner aux entrepreneurs du numérique les moyens de leurs ambitions et surtout, qu'attendent-ils du prochain président
00:35de la République ?
00:36C'est ce que nous allons décrypter avec nos invités, le numérique pour tous spécial présidentiel 2027.
00:41C'est tout de suite et c'est sur Sud Radio.
00:43Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
00:46Et pour commencer cette émission, nous avons le plaisir d'accueillir Jean-Michel Karam.
00:50Alors, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Jean-Michel, vous êtes un multi-entrepreneur de la tech,
00:54PDG de Memscap et Dieva Group et vous êtes investisseur vedette de l'émission Qui veut être mon associé ?
01:00Alors, c'est important de le dire, Jean-Michel, vous êtes d'origine franco-libanaise et vous avez choisi la
01:05France pour entreprendre
01:06et vous souhaitez y rester. Enfin, jusqu'à présent, c'est ce que vous nous dites.
01:10Qu'est-ce que la France vous offre encore que vous ne trouvez pas ailleurs, Jean-Michel ?
01:14Bonjour, Vanessa. Enfin, moi, je pense qu'un pays, ce n'est pas un hôtel.
01:20On ne le quitte pas dès que la chambre n'est plus aérée ou je ne sais quoi.
01:27La France, quand je suis arrivé en France en 1990, j'avais 50 francs dans ma poche.
01:32J'ai fait mes études ici, j'ai grandi dans ce pays, j'ai entrepris, je me suis enrichi ici.
01:39Et je ne quitterai pas ce pays facilement.
01:47Les journalistes, parfois, ils disent qu'il a fui le Liban.
01:51Je n'ai jamais fui le Liban, j'ai résisté tant qu'il fallait résister.
01:55J'ai quitté le Liban quand il n'y en avait plus d'espoir.
01:58Je pense qu'en France, on est loin encore d'être dans une situation sans espoir.
02:03Et c'est pour cela que je fais tout pour que la France aille mieux et que ma maison soit
02:11bien.
02:11Alors, Jean-Michel, les images récentes que nous avons tous vues ont montré des jeunes qui crient un petit peu
02:15leur colère
02:16faute de pouvoir se projeter dans un futur prometteur.
02:18Vous qui les rencontrez, ces jeunes, en étant justement investisseurs et qui animez le casting de Qui veut être mon
02:24associé.
02:26Ces jeunes-là, ils sont particuliers, ils ont foi dans le futur. Qu'est-ce qui fait la différence ?
02:29Non, mais le problème, il faut se rappeler un peu, quand on avait 18-20 ans, c'est des périodes
02:35qui sont déjà très, très critiques.
02:37À 18 ans, moi, je me rappelle, je ne savais pas quel métier je voulais faire.
02:41Est-ce que je voulais faire médecine, ingénieur, avocat ? Je ne savais pas, en fait.
02:45J'ai même présenté tous les concours.
02:47Et pourtant, j'étais parmi les meilleurs de la classe.
02:50Donc, même ceux qui sont super bien à l'école, ils sont un peu perdus dans cette période-là.
02:55Donc, si on vient ajouter des périodes comme celles d'aujourd'hui, où on a un déploiement de l'IA
03:01qui est extraordinaire.
03:02Et l'IA, ce n'est pas une révolution comme celle du PC qu'on a pris, etc.
03:07Parce qu'il y a le facteur temps qui change dramatiquement.
03:10Ça veut dire que dans les années précédentes, les révolutions technologiques, etc.
03:14mettaient plusieurs décennies à s'installer.
03:16Là, en quelques années, ça change tout, ça s'installe.
03:19Donc, il y a un changement global.
03:21L'État n'arrive pas à suivre ce changement de l'IA.
03:23Les écoles non plus.
03:25Les élèves sont perdus.
03:27On ajoute à ça une situation financière de l'État français qui est un peu délétère, on va dire.
03:34Et qui, du coup, essaye de passer à travers tout ça.
03:39Et c'est très dur pour les élèves.
03:41C'est dur pour les élèves.
03:42Mais malgré tout, vous avez apparemment un casting de rêve cette année encore.
03:45C'est quoi les grandes tendances d'innovation et qu'est-ce qu'anime ces innovateurs ?
03:49Encore changer le monde ou qu'est-ce qu'il y a dans leur tête ?
03:51Franchement, on n'a jamais eu autant de bons entrepreneurs dans ce pays.
03:55C'est juste incroyable.
03:57Moi, je les vois venir pitcher devant nous sur qui veut être mon associé à l'extérieur.
04:02Ils sont meilleurs que nous.
04:04Ils ont appris de leur père.
04:07Ils croient.
04:08Ils rêvent plus.
04:10Ils sont plus nombreux.
04:11La seule chose, c'est qu'il faut un peu les alléger.
04:16C'est-à-dire qu'on vient les charger beaucoup.
04:19Mais là, aujourd'hui, les tendances, l'IA, tout ce qui est tech, deep tech,
04:24tout ce qui est métier de service, qui reviennent d'une manière très, très forte.
04:28Parce que les jeunes pensent qu'en effet, l'IA ne peut pas remplacer les manuels,
04:33en tout cas pas dans les premières années.
04:35Il y a des marques, une utilisation de l'IA d'une manière incroyable
04:42pour tout ce qui est commerce en ligne, des gens super brillants.
04:47J'ai vu des jeunes, en particulier femmes auxquelles je pense,
04:53qui m'ont juste impressionné de leur capacité à s'adapter à l'e-commerce
04:59qui varie chaque jour avec des algorithmes de plus en plus différents et variés.
05:04Alors, vous parlez de l'IA, on ne peut pas ne pas en parler.
05:06Effectivement, les médias aiment bien dire que ça va tuer des emplois.
05:09Mais comment vous voyez un petit peu cette mutation,
05:11puisqu'en fait, ils incarnent le futur qui va advenir dans 2-3 ans, on va dire.
05:15Comment vous voyez ce transfert ?
05:16Et est-ce qu'il y a effectivement un clivage entre les anciens et les modernes ?
05:19Ou alors, tout ça va pouvoir finalement trouver un équilibre ?
05:23L'IA, ce que j'ai dit l'autre jour, j'étais parrain d'une promotion d'une école.
05:30Je leur ai dit, l'IA ne remplacera pas l'humain, mais ce qui est certain,
05:34c'est que les humains qui utilisent l'IA remplaceront ceux qui ne les utilisent pas.
05:39Ce n'est pas une révolution légère, c'est une révolution très, très, très transformatrice.
05:45On ne peut pas dire, on ne va pas utiliser l'IA, etc.
05:49Et l'IA change beaucoup de choses.
05:50Par exemple, dans le temps, moi j'ai dit, c'est la vengeance des seniors.
05:55Parce que dans le temps, quand quelqu'un s'approchait de la retraite,
05:58on l'envoyait à la maison, on lui disait, bon, allez, pas en pré-retraite.
06:02Et on embauchait des jeunes, pourquoi ?
06:04Parce que les jeunes, c'est l'énergie, c'est machin, et c'est moins cher.
06:06C'est moins cher.
06:07Aujourd'hui, un senior avec de l'IA, c'est comme 5-6 jeunes.
06:12Donc les écoles, les entreprises préfèrent aujourd'hui embaucher des jeunes
06:17qui ont 3 ans d'expérience, sauf que, au moins.
06:20Sauf que 3 ans d'expérience, il faut les avoir.
06:22Donc si on ne commence pas, on ne les aura jamais.
06:25Donc il y a des changements, vraiment.
06:27D'habitude, les révolutions technologiques, taper les bleus.
06:33Là, ça tape les cols blancs d'abord.
06:36Donc c'est un changement majeur.
06:40Même cet IA qui part vers les humanoïdes à venir,
06:45il faut savoir une chose, c'est que même le système fiscal doit changer.
06:48Ça veut dire qu'aujourd'hui, notre État-providence, il est basé sur quoi ?
06:53Il est basé sur la taxation des salaires.
06:56Les gens ont beaucoup moins envie de travailler,
06:59donc on a dit qu'on va taxer la consommation.
07:01Donc on a viré sur la consommation.
07:03Mais quand on travaille moins, donc on a moins d'argent, on consomme moins.
07:06Et en fait, tout l'argent, il est parti où ?
07:07Il est parti dans le digital.
07:09C'est les Google et les compagnies qui ont pris tout l'argent de notre État-providence.
07:13Et aujourd'hui, ce que l'État doit se rendre compte,
07:17mais les choses vont très très vite,
07:19c'est que quand on remplace un salarié dans une usine par une humanoïde,
07:25non seulement ça va être plus rapide, plus efficace,
07:28enfin, tombe pas malade, etc.
07:30C'est quoi l'échéance ?
07:31Les échéances, Elon Musk parle de trois ans.
07:33Donc c'est très rapide.
07:35Mais le problème, c'est quoi ?
07:37C'est qu'une humanoïde, c'est une machine.
07:39Une machine, ça s'amortit.
07:41Et ça ne paye pas d'impôts.
07:42Alors que le salaire qu'on supprime, c'est là où l'État gagne.
07:47Donc l'État doit réfléchir, même dès maintenant.
07:50Moi, j'invite les élus, vraiment,
07:52parce qu'on a eu onze candidats qui sont passés devant le MEDEF,
07:54il n'y en a pas un qui n'a pas les dit,
07:56il n'y en a pas un qui a dit que ce n'est pas un problème.
07:58Mais la réalité, si, si,
07:59vous devez commencer à réfléchir à votre nouveau système de fiscalité,
08:03qui, lui, doit être basé sur ce genre de changement majeur.
08:07Vous ne pouvez pas continuer seulement à taxer les salaires,
08:11parce que bientôt, il n'y en aura plus.
08:13Mais très concrètement, justement, Jean-Michel,
08:14dans les programmes que vous êtes en train de voir,
08:16effectivement, vous avez le sentiment que l'intelligence artificielle
08:19et tous ces défis technologiques ne sont pas compris de l'intérieur.
08:21Est-ce que vous avez vu un programme qui émergeait davantage
08:23que les autres sur le sujet ?
08:24En fait, les Américains comprennent très, très bien.
08:27Les Chinois comprennent très, très, très bien.
08:29Nous, on a du mal à aller vite.
08:33C'est ça, notre problème.
08:34C'est que notre État a besoin de plus de temps, etc.
08:36Notre chance, vraiment, l'espoir, il est chez les entrepreneurs,
08:40qui sont le cœur vibrant de l'économie française aujourd'hui,
08:44parce que c'est des gens qui sont agiles.
08:46Un grand groupe met du temps à se structurer.
08:49Il y a 30 000 personnes qui vont vous dire,
08:51mais oui, mais si, au cas.
08:53Il y a tous les gens qui gèrent le risque, en fait, dans les grands groupes.
08:56Eux, ça freine les choses.
08:57Alors que dans les entrepreneurs, ils n'ont peur de rien,
09:00ils sont très agiles, prennent une décision très rapide.
09:02Et c'est eux qui ont compris que l'IA va très vite.
09:06Ils s'y adaptent, ils génèrent des richesses.
09:08Ils commencent à générer des richesses.
09:10Et on a toute notre chance.
09:12Pour moi, elle passe par eux.
09:14En même temps, les budgets de recherche et de développement des États-Unis
09:16sont à peu près mille fois plus chers que ceux qui sont déployés en Europe.
09:19Donc, vous y croyez encore ?
09:20Je pense qu'à un moment donné, il faut qu'on oublie qu'on était Louis XIV.
09:24C'est ça.
09:25C'est bon.
09:27Il faut accepter.
09:28On n'est pas les États-Unis.
09:29La France fait la taille du Texas.
09:32Et on a été très heureux que Mistral a levé 3 milliards.
09:363 milliards, c'est ce que dépensent les sociétés de l'IA américaine en une semaine.
09:41Donc, on n'est plus dans la course à ce niveau-là.
09:45Donc, on doit être très, très malin.
09:47L'État français doit faire des choix.
09:49Moi, je pense qu'il y a cinq, six domaines dans lesquels la France peut être numéro un.
09:55Et il faut qu'elle joue là-dessus.
09:57Elle ne peut pas jouer tout.
09:58On ne n'est pas les États-Unis.
10:00On ne peut pas continuer à courir tous les chevaux
10:03et mettre un tout petit peu d'argent sur chaque cheval.
10:07Et finalement, ça n'arrive pas.
10:09Et on a quelque chose en France qui est magique.
10:11Et je dois lui rendre honneur aujourd'hui.
10:13C'est la BPI.
10:14La BPI, le travail de Nicolas Dufourc et ses équipes est remarquable.
10:20Ce type a connu 12 premiers ministres.
10:23Il a vu des changements dans tous les sens.
10:26Et il est arrivé à faire une institution qui gagne de l'argent.
10:31Non, ce qui est dingue, c'est qu'il rend contribuable quasiment 6 milliards par an de profits.
10:36Mais en même temps, si on l'arrête, toute l'économie française s'effondre.
10:42Et ça, c'est le travail d'une équipe et une chance pour tous les entrepreneurs français.
10:46Jean-Michel, 30 secondes pour conclure.
10:48Trois mesures phares.
10:49Vous devenez ministre du numérique.
10:50Trois mesures phares quand vous arrivez.
10:51Moi, si on me pose la question, qu'est-ce qu'il faut faire ?
10:55La première chose, il faut injecter de l'argent.
10:58Comment on injecte de l'argent ?
10:59Nous avons des enveloppes d'assurance vie qu'il ne faut pas toucher.
11:03Il faut garder.
11:04Mais à condition que 5% de chaque enveloppe soit mise sur l'investissement dans les small et mid-cap
11:12sur la bourse parisienne.
11:13Ceux-ci injectent 100 milliards d'euros tout de suite dans l'économie et dans la bourse parisienne.
11:18Et on en a besoin.
11:19Donc ça, c'est un.
11:20Deux et trois, rapidement.
11:21Deux, on fait travailler les Français jusqu'à 67 ans.
11:24Je suis désolé.
11:25Tout le monde doit entendre cette vérité.
11:27Aujourd'hui, les élèves défilent dans les rues.
11:29Mais ils doivent savoir que 32% du budget de l'éducation nationale va à la retraite.
11:34Donc, il ne reste plus d'argent pour investir dans l'infrastructure et les profs.
11:39Et trois, il faut trouver le moyen d'augmenter les salaires.
11:42La France est à la ramasse.
11:44Un prof du primaire avec 10 ans d'expérience en Allemagne gagne deux fois plus, deux fois plus qu'un
11:51équivalent français.
11:52Ce n'est pas acceptable.
11:53Merci Jean-Michel Caram pour ces convictions que vous nous avez partagées aujourd'hui.
11:56Je rappelle que vous êtes multi-entrepreneur dans la tech et investisseur vedette de l'émission « Qui veut être
12:01mon associé ».
12:02Restez avec nous après le regard d'un entrepreneur de terrain place aux chiffres.
12:05Et dans quelques instants, nous décrypterons avec Frédéric Michaud d'Opinion Way les résultats de la consultation Medef Opinion Way
12:10sur les attentes des dirigeants pour 2027.
12:13Le numérique pour tous, spécial présidentiel et numérique 2027, ça continue dans quelques instants.
12:17Et c'est sur Sud Radio.
12:18Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Perez.
12:22Et pour continuer cette émission spéciale présidentielle et numérique, j'ai le plaisir d'accueillir Frédéric Michaud.
12:26Bonjour Frédéric.
12:27Bonjour.
12:28Vous êtes directeur général adjoint et directeur du pôle Opinion au sein de l'institut de sondage Opinion Way.
12:34Et vous avez lancé récemment une consultation auprès de 86 000 dirigeants et 82% d'entre eux se disent
12:41pessimistes quant aux effets de la politique économique.
12:44Comment expliquer un tel niveau de défiance avant même de connaître son programme ?
12:48Alors la défiance n'a pas pour objet le programme du futur président.
12:53Elle a pour objet l'expérience actuelle qui est vécue par les entrepreneurs et ce qu'ils vivent au quotidien
13:01à travers ce qu'ils nous restituent.
13:02Et tout de même stupéfiants, c'est vraiment quand on les interroge sur leurs principales difficultés, le niveau des impôts,
13:10le niveau des charges qui les étranglent,
13:14les changements fréquents de règles, l'instabilité normative et puis troisièmement le manque de visibilité sur la conjoncture.
13:21Là on a vraiment trois obstacles que rencontrent au quotidien les chefs d'entreprise.
13:28Ça nourrit, c'est vrai, chez eux, un pessimisme qui est très profond.
13:33La toile de fond est très noire d'ailleurs.
13:37D'ailleurs elle dépasse le cadre strictement français.
13:41On a aussi une inquiétude qui concerne les effets de la politique européenne.
13:49Mais voilà, au fond, ce qui est redouté par les chefs d'entreprise, c'est vraiment le niveau de la
13:56fiscalité, le niveau des charges.
13:57Et puis c'est une hausse.
14:00Oui parce qu'on n'a rien promis de radicalement différent en fait quand on écoute la réunion du MEDEF.
14:05Mais le niveau est déjà très élevé et ils craignent qu'ils s'accroissent encore après l'élection présidentielle.
14:12Mais est-ce qu'on peut dire que les entrepreneurs ont vraiment perdu confiance dans le modèle français ou alors
14:15il faut nuancer un peu cette lecture ?
14:17Non, je crois qu'il faut le nuancer un peu.
14:20D'ailleurs vous l'avez rappelé tout à l'heure, l'envie d'entreprendre reste majoritaire.
14:26On est vraiment là, on est vraiment face à une population qui est très spécifique, avec un état d'esprit
14:31volontariste qui est très particulier.
14:34Ce n'est pas leur état d'esprit qui est en cause.
14:36C'est l'environnement dans lequel ils agissent.
14:40On a une majorité qui recommande malgré tout de créer son entreprise à un jeune, mais il lui conseille surtout
14:50de partir à l'étranger.
14:51Et la France devient un peu répulsive pour la création d'entreprises.
14:59Frédéric, on en a parlé avec Jean-Michel, mais les impôts et les charges arrivent en tête des difficultés avec
15:0379% devant les démarches administratives d'ailleurs.
15:07Pourquoi selon vous les entrepreneurs ont le sentiment de subir toujours les mêmes obstacles ?
15:11On s'attaque aux symptômes, on ne s'attaque pas à la cause ?
15:14S'il y aurait vraiment une refonte structurelle abyssale à faire pour satisfaire cette nouvelle tendance ?
15:20Ah oui, sans doute. Là, on voit bien que, d'abord, ce n'est pas une nouveauté.
15:24Vous avez raison de le rappeler.
15:25Ça fait plusieurs années que ces problèmes sont évoqués par les chefs d'entreprise.
15:31C'est même quelque chose de très récurrent à chaque échéance, notamment à chaque échéance présidentielle.
15:38Mais je dirais que les choses s'aggravent.
15:40Le niveau de tracasserie, les procédures, la bureaucratie, d'une part, l'instabilité.
15:49Vous parliez d'un nombre de premiers ministres, mais évidemment, chaque premier ministre emporte avec lui des variations dans les
15:57règles, dans l'environnement.
15:58C'est tristement risible, oui.
15:59Tout ça devient, disons, un tissu de complexité proprement inextricable pour les chefs d'entreprise qui n'ont qu'une
16:09envie, c'est de continuer à entreprendre et qu'on les laisse faire.
16:13Vous avez le sentiment que l'intelligence artificielle et sa tendance est quelque chose qui fait peur, qui est désirable
16:21?
16:22Ou alors, quelle est la position, justement, des entrepreneurs par rapport à cette adhésion ?
16:25Parce qu'on en fait beaucoup de bruit aussi dans les milieux qui sont concernés.
16:28Mais aujourd'hui, un entrepreneur de PME en province, quelle est son appétence et sa sensibilité ?
16:34Alors, c'est très indexé, justement, sur la taille de l'entreprise.
16:37Pas vraiment sur les secteurs, c'est assez homogène selon les secteurs.
16:41Mais en revanche, on commence à voir un petit effet, un petit décalage entre les grandes entreprises, les ETI,
16:47qui comprennent bien le potentiel de l'intelligence artificielle,
16:51qui commencent à l'intégrer dans leur processus parce qu'elles ont les moyens humains pour le faire,
16:56parce qu'elles ont les moyens financiers aussi pour le faire.
16:59Et puis, les TPE, même les PME, qui, elles, sont un petit peu plus en retard,
17:04à la fois dans la compréhension de la révolution.
17:08Vous avez raison, ce n'est pas un mot galvaudé de parler de révolution en ce qui concerne l'intelligence
17:12artificielle.
17:15Et aussi, concrètement, ce qu'elles pourraient leur apporter.
17:18Donc, on commence à avoir un tissu économique à deux vitesses en matière d'intelligence artificielle.
17:24Mais tout le monde s'interroge sur les décisions à prendre,
17:28notamment les décisions d'un point de vue des ressources humaines.
17:32Est-ce que je dois continuer à embaucher ou pas ?
17:35Est-ce que je dois former mes salariés ?
17:37Est-ce que je dois changer le profil des salariés que je dois recruter ?
17:43Ce sont des questions qui sont vertigineuses.
17:45Et l'échéance, c'est aujourd'hui.
17:48Justement, vous parlez de recrutement.
17:50Est-ce que les chefs d'entreprise ont le sentiment que les profils qui sortent de l'école
17:54sont adaptés à une réalité pragmatique du marché ?
17:57Est-ce que là aussi, on n'est pas à un momentum où il y a une inadéquation, en fait,
18:00entre les jeunes qui sortent de l'école et les besoins des entreprises ?
18:05Oui, alors, même chose.
18:06C'est quelque chose qui est pointé par les chefs d'entreprise depuis longtemps.
18:10Il y a un effet retard entre la structure de formation française dans l'école, dans l'université,
18:17et puis les besoins des entreprises qui évoluent sur un rythme très rapide,
18:21tout simplement parce que l'économie est très mouvante et se réorganise en permanence.
18:27On n'a pas le même niveau d'agilité.
18:31Il faut dire aussi que former des jeunes, ça prend nécessairement plus de temps
18:34que la réorientation d'un an sur l'autre d'une politique RH.
18:40Et Jean-Michel parlait des seniors, justement, dans ce tissu économique.
18:44Quel est un peu leur rôle et leur perception ?
18:48Pour l'instant, la vraie difficulté des seniors, c'est d'abord de les maintenir en emploi.
18:52Parce que la difficulté provient évidemment de leur niveau de salaire.
18:56Mais je partage complètement l'avis qui a été évoqué.
18:59L'intelligence artificielle rebat absolument les cartes.
19:03Et ça fait partie aussi des interrogations des entreprises.
19:07Comment continuer à transmettre le savoir-faire ?
19:12Pourquoi continuer à former des jeunes alors qu'aujourd'hui,
19:16une intelligence artificielle est capable de faire aussi bien plus vite
19:21et évidemment beaucoup moins cher ?
19:24Donc ça, ce sont des vraies interrogations qui sont au cœur des décisions
19:30que doivent prendre les entreprises dans la manière de faire évoluer
19:33leurs équipes et leur masse salariale dans les mois qui viennent.
19:38Frédéric, on parle aussi beaucoup de l'injonction de souveraineté,
19:41quelque part, acheter français des logiciels et du matériel au niveau des PME.
19:46Là aussi, est-ce qu'il y a un décalage entre cet ordre et ce qu'ils vivent au quotidien
19:51avec des ressources américaines, appelons-le ainsi,
19:53qui sont parfois moins chères et plus fiables que les ressources françaises ?
19:56Alors il y a une dépendance qui est très nette et qui est de plus en plus perceptible
20:00et dont les entreprises ont conscience.
20:04Donc ça, cette idée-là, l'idée que cette dépendance est aussi une faiblesse,
20:09elle est en train de se répandre parmi les chefs d'entreprise
20:14qui cherchent les moyens de reconquérir une souveraineté,
20:20évidemment dans le domaine du numérique,
20:21mais dans toute une série d'autres domaines,
20:24pas forcément une souveraineté nationale.
20:25On voit bien que le bon échelon, c'est sans doute l'échelon européen.
20:29La difficulté, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas d'offres
20:33qui leur permettent de pouvoir effectuer ces choix,
20:38de se libérer de la contrainte et de la dépendance américaine
20:43pour choisir des solutions européennes ou des solutions françaises,
20:48hormis quelques cas particuliers.
20:50Mais d'une manière générale, il y a ce sentiment d'une extrême dépendance,
20:54alors même que la conscience du risque portée par cette dépendance
20:58est de plus en plus forte.
21:00Si vous deviez remettre votre rapport, on va dire,
21:03au prochain gouvernement sur trois actions clés à mener,
21:06vraiment pour le bien de la France et des entrepreneurs ?
21:08Alors, je n'ai pas de recommandation à faire,
21:11mais ce que nous disent les chefs d'entreprise,
21:13c'est évidemment d'abord de réduire le poids des prélèvements.
21:18On a un besoin de financement qui est criant dans l'économie française
21:23et le niveau des prélèvements sur les entreprises,
21:26quand on le compare à celui de nos voisins européens,
21:31évidemment, est très pénalisant pour les entreprises françaises.
21:34Pour une qualité de service qui n'est pas forcément à la hauteur de l'investissement.
21:37Absolument. D'abord, je dirais, l'urgence, c'est le poids des prélèvements.
21:41Ensuite, il y a cette question autour de la simplicité et de la stabilité des normes.
21:47Arrêter de tracasser les entreprises, d'ajouter des procédures,
21:52d'ajouter des normes, d'ajouter des formulaires.
21:55Simplifier l'action des entreprises.
21:58Et surtout, les entreprises ont besoin de visibilité,
22:01d'un cadre stable pour agir.
22:03Donc, si les règles qui sont prises au début du quinquennat
22:09sont immuables jusqu'à la fin,
22:11déjà, ce sera une bonne chose pour les entreprises.
22:16Et puis après, dernier point,
22:18puisque vous m'invitez à restituer trois mesures,
22:21je dirais peut-être la confiance.
22:24Les chefs d'entreprise ont besoin d'avoir la confiance
22:28des élites politiques pour pouvoir continuer à entreprendre.
22:32Ce n'est pas la confiance en eux-mêmes, ça, ils l'ont.
22:36À nouveau, on le sent dans leur réponse,
22:39une vraie envie d'agir, un vrai volontarisme,
22:42un enthousiasme aussi.
22:43C'est leur raison d'être.
22:44Mais on a besoin d'avoir cette confiance
22:49des élites politiques,
22:50quelles que soient leurs couleurs, d'ailleurs.
22:52Merci beaucoup, Frédéric Missio.
22:53Je rappelle que vous êtes directeur général adjoint
22:55et directeur du Pôle Opinion
22:56au sein de l'institut de sondage Opinion Way.
22:58Le numérique pour tous, c'est fini pour aujourd'hui.

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