00:008h44 sur BFM Business et c'est face à Fiorentuil aujourd'hui, ça y est, il a pris le pouvoir,
00:05Emmanuel Le Chiffre n'est pas là, on a remercisé la chronique pour vous.
00:09Et face à vous, Frédéric Simotel, bonjour à tous les deux.
00:12Bonjour Frédéric, j'ai de la peine pour lui par avance, j'ai préparé toutes mes notes.
00:16Oui, venez avec vos notes parce que là ça va être dur.
00:18Mais j'en ai aucune ça.
00:19Il est bien asserré.
00:21Et je suis très en forme.
00:22Oui, c'est ça le problème.
00:23L'intelligence artificielle génère énormément de capitaux, c'est un eldorado d'investissement.
00:27900 milliards prévus en 2026, 5500 d'ici 2030.
00:31Et quand on regarde en tropique par exemple, Maison-Mère de Claude, sa valorisation est estimée entre 965 et 2000
00:37milliards par auteurs pour une éventuelle entre-en-bourse.
00:39Mais son chiffre d'affaires n'est que de 9 milliards.
00:42Et sa perte tenette compta publiée hier, 80 milliards.
00:45Il y a un truc qui ne colle pas dans les chiffres.
00:47Alors, est-ce qu'on peut parler d'une bulle IA, Frédéric Simotel ?
00:51Qu'est-ce que vous en pensez ?
00:52Non, on ne peut pas parler d'une bulle IA.
00:54Il y a un excès spéculatif, évident, vous venez de citer tous ces chiffres.
00:58Il y aura certainement des corrections, des consolidations, il y aura peut-être même des faillites.
01:03Mais aujourd'hui, parler d'une bulle IA, non, parce qu'il y a trop de choses qui est en
01:05train de se construire derrière.
01:07Cédrico, qui était là à l'instant, disait que l'IA, c'est une des plus grandes révolutions, peut-être
01:11plus que l'électricité.
01:11Oui, il disait qu'il faut y aller, il faut investir.
01:12Et c'est ce que je pense aussi.
01:14Donc aujourd'hui, on ne va pas comparer à 2000, parce que déjà, c'était une autre époque, c'était
01:18un moyen,
01:19mais on est en train de construire des data centers.
01:21On génère 400 millions de teraoctets par jour de données.
01:26Il va falloir les stocker, les analyser, faire travailler l'IA dessus.
01:29Donc voilà, pour moi, oui, il y aura peut-être un effet correction, mais je ne peux pas promettre qu
01:36'une bulle ne va pas exploser.
01:37Mais pour moi, non, on n'est pas dans une bulle, on est vraiment dans un nouveau mouvement, un nouvel
01:41élan, en tout cas, autour de la société.
01:43Ce n'est pas uniquement de la tech, de l'IA, c'est vraiment...
01:45C'est une révolution technologique, on parle de quatrième révolution technologique.
01:48Bon, Marc, il y a quand même des chiffres qui sont un peu déroutants.
01:52Alors, ce n'est pas tellement les chiffres, en fait, il y a des théories.
01:55Ce n'est pas un feeling, le fait de déterminer une bulle, c'est scientifique.
01:58C'est-à-dire qu'on a suffisamment de recul depuis la bulle de la tulipe pour savoir quelles sont
02:02les caractéristiques d'une bulle.
02:04Il y a eu beaucoup de littérature très intéressante, de spécialistes des crises financières, Kindle Berger, Galbraith.
02:11Et ils ont défini, en fait, des critères qui permettent de définir si on est dans une bulle ou pas.
02:16D'accord ?
02:17Et je vais vous les donner très rapidement.
02:19Le premier critère, c'est qu'il y a des gens comme Frédéric Simotel qui disent « cette fois, c
02:22'est différent ».
02:23Ça, c'est le premier critère.
02:25Ça, c'est le critère absolu, c'est-à-dire que tout ce qu'il vient de dire...
02:27Il faut un Frédéric Simotel, quoi.
02:28Tout ce qu'il vient de dire, c'est exactement le premier critère de définition d'une bulle.
02:33C'est une nouvelle révolution.
02:34Il y a une révolution technologique.
02:36Elle va changer la vie des hommes.
02:37Ce n'est pas qu'une révolution technologique, c'est une révolution sociale.
02:40Ça, première définition qui permet de déterminer que c'est une bulle.
02:43La deuxième, c'est évidemment le niveau de dette et d'endettement.
02:47C'est-à-dire que là, on a basculé dans une spirale d'endettement qui fait un effet de levier,
02:55qui fait donc un risque financier qui est extrêmement fort et extrêmement puissant.
02:59Je vous rappelle qu'avant, on arrivait à financer sur fonds propres.
03:01On le voit très bien.
03:02Aujourd'hui, on n'y arrive plus.
03:04On voit le CDS d'Oracle.
03:06On voit tout ça.
03:06Ça, c'est le deuxième critère.
03:08Le troisième critère, c'est des valorisations qui sont justifiées par des valorisations.
03:12C'est-à-dire des valorisations qui ne sont pas justifiées par des valorisations économiques.
03:16C'est X fois les résultats.
03:17On ne peut pas faire X fois les résultats puisqu'on a des pertes.
03:19Et donc, on a des valorisations qui consistent à dire, puisque Nvidia vaut plus de 5 000 milliards, c'est
03:25normal que OpenAI vaille 1 200 milliards.
03:29Ça, c'est le troisième critère.
03:30Le quatrième critère, c'est l'engouement et l'excitation des particuliers sur les investissements.
03:36Quand on voit ce qui se passe sur les plateformes, sur le pré-IPO, des gens qui spéculent sur la
03:41valorisation d'Entropique, la valorisation d'OpenAI.
03:44Ça, c'est le quatrième critère.
03:45Donc, aujourd'hui...
03:46Donc, tous les critères sont réunis pour vous pour dire qu'on est dans une bulle.
03:49Tous les critères sont réunis.
03:50Ensuite, là où Frédéric a raison, il faut bien qu'il ait raison sur un truc, c'est qu'il
03:55y a une différence entre l'identification d'une bulle et l'explosion d'une bulle.
04:00Donc, il n'y a absolument...
04:01On pourrait prévoir, c'est ça facile.
04:02Donc, il n'y a aucune...
04:04Alors, il y a une certitude sur le fait qu'on soit sur une bulle.
04:08Ça, c'est une certitude.
04:09Maintenant, la question de savoir quand est-ce qu'elle va éclater.
04:12Et généralement, il y a d'abord des premiers signes avant-coureurs.
04:16Les premiers signes avant-coureurs, on les a.
04:18On a eu CoreWeave, c'est-à-dire un fournisseur de plateformes, un loueur de capacités qui a des difficultés
04:25et qui est quasiment en faillite.
04:26On a une société comme Aura, qui est un acteur majeur, qui voit son CDS.
04:31Donc, CDS, je rappelle pour les gens qui nous écoutent, c'est le coût d'assurance contre une faillite.
04:36Coût d'assurance contre une faillite, contre un défaut, qui est passé de 0,50%, c'est-à-dire quasiment
04:41rien, à plus de 3% aujourd'hui en moins d'un an.
04:45Ça, c'est des premiers signes.
04:47Alors, c'est des premiers signes.
04:48Je rappelle toujours ça, et j'ai fini, je laisserai la parole à Frédéric.
04:51C'est qu'on a eu, je rappelle toujours que dans la crise Internet et la bulle Internet, elle a
04:56été identifiée par le patron de la Banque Centrale Américaine lui-même.
05:00En décembre 1996, il dit, nous sommes dans une exubérance irrationnelle.
05:07La bulle, elle a explosé en mars 2000, décembre 1996, mars 2000.
05:12Donc, on est aujourd'hui très clairement dans une bulle.
05:16Je pense qu'il n'y a absolument aucun doute.
05:17Maintenant, quand est-ce qu'elle va éclater ?
05:19Ça, c'est impossible à dire.
05:19Mais on commence à avoir, et on l'a vu avec la journée d'hier sur le Nasdaq, on commence
05:24à avoir des petits craquements.
05:26Donc, ça veut dire que ça ne sera pas dans 4 ans, ça sera plus tôt.
05:31On a vu en tropique aussi des résultats qui ralentissent.
05:36C'est académique ce que je dis, Frédéric.
05:41C'est prouvé.
05:44On est dans une vraie révolution.
05:46Oui, il y a des investissements démesurés, mais on est obligé d'avoir ces investissements-là,
05:49aujourd'hui, parce que construire un data center, ça coûte cher, parce qu'aller chercher de la puissance de calcul,
05:54parce que les processeurs coûtent cher, parce qu'on l'a vu, la mémoire, les terrains,
05:57enfin, toute la chaîne logistique, aujourd'hui, coûte de plus en plus cher, parce qu'il y a un effet
06:00pénurie.
06:01Et parce qu'on voit les États-Unis, on voit la Chine aussi.
06:03On parle de DeepSync, par exemple, qui est un des grands moteurs d'un concurrent d'OpenAI,
06:09qui vient de lever 15 milliards.
06:10Ils comptent élever 7 milliards, ils lèvent 15 milliards, parce qu'on a besoin de cet argent-là.
06:14Mais comparé à 2000, là, on bâtit quand même des choses.
06:17On bâtit des data centers, on va bâtir de la puissance de calcul.
06:20Mais en 2000, on a construit énormément de choses, on a investi des montants colossaux.
06:31Est-ce que tu sais, Frédéric, que sur l'IA, aujourd'hui, le montant des investissements qui est prévu
06:36est la somme des investissements de toutes les révolutions technologiques passées ?
06:42On est dans l'une des plus grandes révolutions technologiques aujourd'hui,
06:46ça va changer notre façon de travailler.
06:48Je pense que ce n'est pas le sujet.
06:50C'est irrationnel, quoi.
06:51Non, ce n'est pas ça, ce n'est pas le sujet.
06:53Le sujet, ce n'est pas de savoir si on est dans une révolution.
06:55Personne ne nie la révolution, comme personne n'a nié la révolution des chemins de fer.
06:59C'était en 1840, il y avait des gens qui disaient exactement la même chose.
07:03Ils ont eu raison.
07:04Le problème, ce n'est pas de savoir si c'est une révolution technologique.
07:07Le problème, c'est de savoir si le montant des investissements qui sont faits aujourd'hui
07:14sera rentable.
07:15Et aujourd'hui, tu ne peux pas me démontrer qu'il y a un business model aujourd'hui pour l
07:21'IA.
07:21Et l'inquiétude des marchés en ce moment, c'est de dire, mais tout le monde est d'accord avec
07:24toi.
07:25C'est une révolution technologique majeure.
07:27C'est peut-être la plus grande des révolutions technologiques qu'on a connues depuis les chemins de fer.
07:31La question, c'est comment on rentabilise tous ces dizaines de milliards.
07:35Parce que tu ne parles que d'investissement.
07:38Il ne parle pas de rentabilisation des investissements.
07:41Pour l'instant, la productivité, on la voit à titre individuel.
07:45On utilise tous ces outils-là et on voit ce qu'on gagne.
07:47Le business model.
07:49C'est vrai qu'on n'arrive pas à la retraduire à un niveau collaboration.
07:53On peut être 10 employés, on fait chacun 30% de productivité.
07:55Sauf que l'IA va faire gagner des gains de productivité, on en est sûr.
07:57Et on n'arrive pas à retraduire ces 30% de productivité que je gagne au niveau de l'entreprise.
08:01Ce n'est pas pour ça que l'entreprise fait 30% de chiffre d'affaires en plus.
08:03Mais parce que tout ça, ça va être long terme.
08:05Parce qu'on est encore à utiliser l'IA par rapport à ce que l'on fait aujourd'hui.
08:09Mais quand on va commencer à travailler vraiment sur l'IA natif, c'est-à-dire à transformer l'organisation...
08:14Le business model, ce qu'on est en train de démontrer, c'est que c'est une révolution technologique
08:19et qu'elle va modifier notre vie, elle va changer notre vie.
08:21Ce que je suis en train de te dire, c'est les 1000 milliards par exemple qui sont prévus.
08:25Où est la rentabilité ? C'est ça qui définit le bull.
08:28La rentabilité va arriver, alors ce n'est pas sur les abonnements à 200 dollars, je suis d'accord.
08:32Mais ça va être dans ce que les entreprises vont commencer à avoir comme économie.
08:35Ça va être dans la santé connectée, on va commencer à travailler beaucoup mieux.
08:39Tu parles de gain de productivité, ça c'est une révolution technologique, la rentabilité.
08:43C'est-à-dire que pour investir, on va investir 1000 milliards, il faudrait avoir des revenus qui soient à
08:50la hauteur.
08:50C'est des abonnements à titre personnel, JP Morgan a chiffré ça.
08:53Il faudrait qu'on soit capable aujourd'hui de payer entre 500 et 1000 euros ou 1000 dollars par mois
08:59pour rentabiliser les investissements. Personne ne va les payer.
09:03En revanche, l'IA deviendra payante forcément de plus en plus.
09:07Elle est déjà payante et on voit ce qu'on appelle les tokens.
09:11Ça coûte de plus en plus cher aux entreprises qui sont des obligés de revoir un peu leurs dépenses.
09:16Mais c'est parce qu'on est vraiment au début, il faut que les entreprises réorganisent aussi tout leur process.
09:21C'est le principe d'une bulle, c'est-à-dire qu'il y a trop d'investissements qui sont
09:24nécessaires par rapport à un business model
09:26qui n'est pas encore trouvé et une rentabilité future qu'on n'aura pas.
09:30C'est une révolution technologique, Frédéric a raison, mais est-ce que c'est une bulle ?
09:35Vous avez tous les deux raisons alors.
09:37Merci Frédéric.
09:37Investissez dans les puces.
09:39Merci Marc Ferrotino.
09:41Il revient le chiffre ?
09:43On ne peut pas le...
09:45Non, il revient.
09:46Mais vous revenez aussi ?
09:48Allez, à vendredi prochain.