00:00C'est dire, ordonner au public de ne pas oublier certains compositeurs, mais c'est aussi ma propre mémoire.
00:09Mais est-ce que chaque disque n'est pas la mémoire, les souvenirs, le parcours de l'interprète ?
00:19J'ai toujours l'impression d'enregistrer le même disque.
00:22J'en suis à 63 disques quand même, j'ai commencé tôt.
00:24Et beaucoup sont passés totalement inaperçus quand j'étais jeune, mais j'en ai enregistré beaucoup.
00:28Voilà, mais j'ai l'impression que c'est le même, le même disque, même si je passe de Mozart
00:34à Chopin à Rameau ou à François Couperin.
00:37Mais j'ai l'impression que je ronge mon os.
00:40J'avance comme ça de disque en disque.
00:42On ne sait pas vraiment où on va quand on est un artiste.
00:45On avance de jour en jour, en l'occurrence de disque en disque, je n'enregistre pas tous les jours,
00:50mais un ou deux par an.
00:51Et puis en essayant d'être le plus honnête possible avec l'auditeur, de lui chuchoter ce qu'on a
00:58de plus intime.
00:59Et pour ça, ça sort vraiment.
01:01C'est magique d'ailleurs l'enregistrement parce que cet intime-là avec un grand, un I capital, il ne
01:08sort pratiquement que dans des moments d'extrême fatigue.
01:11Pas les 7h du soir, on a enregistré toute la journée.
01:14Et puis tout d'un coup, je me dis, Olivier Rosset, mon directeur artistique, je lui dis, je vais reprendre
01:19cette pièce, mais je suis crevé.
01:20Je commence les premières mesures et je me rends compte que c'est une prise pas mal du tout.
01:26Alors je vais continuer et finalement je vais enregistrer toute la pièce alors que je n'y croyais pas.
01:31Vous voyez, c'est des choses qui sortent de nous sans qu'on le veuille vraiment.