00:04Stéphane Pedrazi, votre invité, c'est le président de la CPME.
00:06Avec le crédit coopératif, banque coopérative et engagée.
00:10Donnez du sens à votre argent.
00:11Désormais, rebaptisez les entrepreneurs.
00:14Bonjour Amir Reza Tofighi.
00:15Bonjour.
00:16Merci d'avoir choisi Radio Classique pour lancer aujourd'hui votre grande consultation des entrepreneurs
00:20dont l'objectif est de recueillir des propositions pour la prochaine élection présidentielle.
00:25Avant d'expliquer le fonctionnement de cette consultation, quel est l'état d'esprit ?
00:29Vous dites, nous sommes candidats à l'élection présidentielle.
00:32C'est une image. J'imagine que vous n'avez pas l'intention de vous présenter.
00:36Non, bien sûr.
00:37Ça veut dire qu'en fait, les entrepreneurs vont peser dans le débat public pour l'élection présidentielle.
00:42On va porter des idées.
00:44La voix des entrepreneurs doit être entendue.
00:47Parce qu'on voit aujourd'hui qu'à quelques mois d'une élection présidentielle,
00:51à un moment de gravité pour le pays, ce qui doit être dit aux Français,
00:55les mesures courageuses qui doivent être portées ne sont pas dites actuellement.
00:57Et donc, il faut que les entrepreneurs soient écoutés.
00:59Et donc, notre objectif, c'est qu'on puisse, sur les prochains mois, porter des idées,
01:04porter les idées des entrepreneurs.
01:05Mais pourquoi lancer une consultation au lieu de proposer directement des idées ?
01:09Parce que justement, il faut qu'on puisse faire ce débat avec tous les entrepreneurs,
01:14mais on va aussi y associer les salariés, on va y associer les économistes.
01:18Parce qu'on voit qu'aujourd'hui, dans le moment de gravité que vit le pays,
01:21il faut des solutions courageuses, mais aussi des solutions qu'on n'a pas encore trouvées.
01:24Et donc, c'est l'objectif de cette grande consultation, c'est d'aller dans tous les territoires.
01:27Donc, on va avoir 110 réunions.
01:29C'est d'associer également les salariés, les économistes, pour avoir justement ces nouvelles idées.
01:33Alors, vous allez organiser des réunions dans toute la France,
01:36mais aussi, je crois, dans les territoires d'outre-mer,
01:38pour recueillir des propositions.
01:40Qui va pouvoir y participer ?
01:41Tout le monde. Nos adhérents, mais aussi tous les entrepreneurs,
01:44tous les chefs d'entreprise qui ne sont pas forcément adhérents chez nous.
01:48Également, tous les Français qui peuvent donner des idées
01:51sur les grands enjeux qu'on va porter durant cette grande consultation.
01:54Donc, c'est vraiment une plateforme qui est ouverte à tout le monde.
01:57Une plateforme sur Internet, mais également des réunions dans chaque territoire.
02:00Alors, c'est une consultation qui est organisée autour de 5 thématiques.
02:04Croissance, finance publique, rémunération du travail,
02:07grande transition des entreprises et souveraineté.
02:10Pourquoi est-ce que vous avez choisi ces 5 thématiques ?
02:12La première thématique, la croissance, c'est que
02:15si on veut pouvoir redistribuer la richesse,
02:17il faut d'abord créer la croissance.
02:19Et moi, je suis très inquiet aujourd'hui qu'aucun candidat,
02:22ou très peu de candidats en tout cas,
02:24parle de croissance.
02:25Alors que c'est le premier, c'est le plus celui-là de départ.
02:28Ensuite, le deuxième sujet, c'est comment on permet d'augmenter les salaires nets.
02:32Comment on permet justement de redonner du pouvoir d'achat aux salariés.
02:35Parce qu'aujourd'hui, les dirigeants,
02:36ils sont nombreux à voir que ça leur coûte de plus en plus cher
02:38de payer leurs salariés,
02:39et que ça rapporte de moins en moins aux salariés.
02:41Mais est-ce que les entreprises ont les moyens d'augmenter les salaires ?
02:43Eh bien justement, en fait,
02:44l'augmentation des salaires passera par une baisse massive du coût du travail.
02:47Et c'est ça qu'on va présenter,
02:49qu'on va travailler durant cette grande consultation.
02:51Ensuite, c'est le sujet du déficit de l'État.
02:53On voit aujourd'hui qu'on est à un moment qui est très très grave pour le pays.
02:57Et donc, nous porterons des mesures justement
02:58pour rétablir l'équilibre des finances publiques.
03:01Ensuite, vous l'avez dit, les grandes transitions.
03:03C'est un sujet majeur aujourd'hui.
03:04La transition écologique, la transition numérique,
03:06la transition démographique.
03:08Et donc, sur ces sujets,
03:09il faut en faire des opportunités pour les entreprises,
03:11et que nos entreprises soient acteurs de ces grandes transitions.
03:15Et enfin, c'est un sujet aujourd'hui qui percute toutes nos entreprises.
03:18C'est la concurrence des loyaux à la chinoise.
03:19C'est notre souveraineté économique.
03:21C'est comment on fait pour qu'on puisse produire en France,
03:23et ne plus importer uniquement des produits qui viennent de Chine.
03:26Alors, ces thématiques, en fait, sont des questions.
03:28Par exemple, comment est-ce qu'on rétablit les finances publiques
03:30tout en conservant notre modèle social ?
03:32Je vous pose la question.
03:34A titre personnel, quelle serait, vous, votre proposition
03:36pour répondre à cette question ?
03:39Aujourd'hui, on voit bien, par exemple, sur le système de retraite,
03:41si on veut pouvoir rendre notre modèle social soutenable,
03:43il faut travailler plus longtemps.
03:45Donc, un des sujets, c'est comment on fait pour que
03:47les Français travaillent plus longtemps,
03:48pour que, justement, notre système de retraite soit équilibré.
03:51Le système de retraite est un sujet majeur,
03:52puisque c'est 25% de la dépense publique.
03:54A quel âge vous seriez favorable pour partir à la retraite ?
03:56Moi, mon point, c'est que je pense qu'il faut que cet âge soit indexé
03:59sur l'espérance de vie.
04:00Il faut arrêter de toujours dire,
04:02tous les 10 ans, refaire une réforme,
04:04et dire la vérité aux Français.
04:05C'est que plus on va y vivre longtemps,
04:08plus il faudra travailler longtemps.
04:09C'est un sujet des mots.
04:10Mais certains pays européens sont déjà à 67 ans,
04:12vous y seriez favorable en France ?
04:14Pour ceux qui peuvent travailler, oui.
04:15En fait, la réalité, c'est qu'il y a des métiers
04:17pour lesquels on ne peut pas travailler, même jusqu'à 64 ans.
04:19Il y a des métiers sur lesquels on peut travailler jusqu'à 67 ans.
04:21Et donc, il faut augmenter l'âge légal très rapidement,
04:26peut-être déjà tout de suite 65 ans,
04:28mais permettre à des métiers
04:31ou à ceux qui ne peuvent pas travailler plus longtemps
04:32de partir avant.
04:34En pratique, il n'y aura pas que des réunions.
04:35Vous allez aussi lancer un laboratoire d'idées,
04:37vous allez consulter les fédérations,
04:39vous allez également lancer une plateforme en ligne
04:42où tout le monde va pouvoir participer.
04:43Ça veut dire que potentiellement,
04:44vous allez récupérer des milliers,
04:46peut-être même des dizaines de milliers de propositions.
04:48Comment est-ce que vous allez les traiter ?
04:50Alors, on a tout un outil d'intelligence artificielle
04:53qui va nous permettre de traiter de la masse
04:54des propositions qu'on va recevoir
04:57pour justement dégager les grandes tendances
04:58et pouvoir en sortir une dizaine ou une quinzaine
05:01de grandes propositions qu'on portera.
05:03Qu'on portera dans le débat public,
05:05qu'on portera auprès des Français,
05:06puisqu'on va parler aux Français,
05:07pas seulement aux candidats,
05:08et de pouvoir justement avoir ces grandes mesures.
05:11Vous avez prévu une première restitution globale,
05:13ce sera fin janvier.
05:14Vous dites que la démarche sera honnête et transparente.
05:17Alors, est-ce que ça veut dire
05:18que vous accepterez d'être challengé
05:20si, par exemple, il y a des propositions
05:21qui n'étaient pas exactement ce que vous attendiez ?
05:24Par exemple, le gouvernement vient d'annoncer
05:26que la fraude fiscale des entreprises
05:27coûte 6 milliards d'euros par an.
05:29S'il y a des propositions pour augmenter les contrôles,
05:32pour être plus sévères,
05:32est-ce que vous les soutiendrez ?
05:34Déjà, la fraude fiscale,
05:35c'est un sujet sur lequel on me dit toujours
05:37bien évidemment qu'il faut la résorber
05:41et aucune entreprise ne doit éviter l'impôt
05:43qu'il devrait payer.
05:44Bien sûr que toutes les mesures
05:46qui seront prises par nos adhérents,
05:49on les portera.
05:50Moi, je n'ai pas de sujet.
05:51Moi, je suis le porte-parole des entrepreneurs aujourd'hui.
05:53Donc, je n'ai pas d'avis préconçu.
05:55Et si, par exemple, il y a une proposition
05:56qui vise à réduire les aides aux entreprises ?
05:59On a eu le chiffre cette semaine,
06:00166 milliards d'euros en 2024,
06:02chiffre publié par Bercy.
06:04S'il y a une proposition
06:05pour diminuer ces aides aux entreprises,
06:07là encore, vous les soutiendrez.
06:09Moi, je sais ce que disent les entrepreneurs aujourd'hui.
06:11Ils disent qu'ils ne veulent pas vivre d'aide,
06:12qu'ils veulent juste avoir
06:13une charge fiscale plus basse,
06:15qu'ils veulent juste pouvoir faire leur métier simplement,
06:17qu'ils veulent avoir moins de normes.
06:19Donc, moi, je n'ai pas de crainte sur le fait que
06:23sûrement que les entrepreneurs vont dire
06:24qu'ils veulent moins d'aide,
06:25mais ils veulent surtout moins de contraintes,
06:26moins de fiscalité et être plus libres.
06:28Ensuite, il y aura une deuxième restitution
06:30que vous ferez.
06:31Cette fois-ci, les propositions seront triées
06:33par les entrepreneurs.
06:358, 10, 12, le nombre n'est pas arrêté.
06:38Elles seront chiffrées, expertisées.
06:40De quelle manière ?
06:41Notamment, à travers notre laboratoire d'idées
06:43avec des économistes.
06:44Et vous l'avez dit, vous parlez de contradictions.
06:46Dans ces laboratoires d'idées,
06:47on aura toutes les idées,
06:48de tous les courants politiques.
06:51Parce que, justement, on veut pouvoir être crédible,
06:55on veut pouvoir être sûr que ce qu'on va apporter
06:58sera expertisé, crédible
07:00et que les mesures seront chiffrées, comme vous le dites.
07:02Et là, on arrive à l'élection présidentielle,
07:04vous allez demander à chaque candidat
07:05de se positionner par rapport à ses propositions.
07:08S'il ou elle accepte de les inclure dans son programme,
07:11est-ce que ça veut dire que, potentiellement,
07:13vous seriez prêt à recommander un candidat ?
07:15Ou une candidate ?
07:16Ce n'est pas le rôle d'une organisation patronale
07:18de recommander un candidat.
07:19Mais de facto, ça revient à ça ?
07:20Non, par contre, ce qui se rassure,
07:23c'est que tous les candidats seront en effet questionnés,
07:27vous l'avez dit.
07:28Et bien sûr que nous, on sera très heureux de voir
07:31et de pouvoir dire que certains candidats
07:32ont repris nos propositions.
07:33On n'appellera pas à voter pour un candidat.
07:35Par contre, on s'assurera que nos propositions,
07:38notre parole, soient portées auprès de tous les candidats.
07:41Patrick Martin, le président du MEDEF,
07:43disait il y a quelques jours
07:43qu'il pourrait quitter la France
07:45si l'extrême-gauche arrivait au pouvoir.
07:49Ça fait partie d'une possibilité pour vous ?
07:52Moi, je suis très fier d'être français
07:53et je me battrai tous les jours dans ce pays
07:55pour m'assurer que notre économie se développe,
07:57pour défendre les entreprises
07:58et je serai là demain, quoi qu'il se passe,
08:01en défense de nos entreprises.
08:02Donc, je vous pose la question directement,
08:04si Jean-Luc Mélenchon arrive au pouvoir,
08:05vous resteriez en France ?
08:07Moi ?
08:07Oui, à titre personnel.
08:08Et je me battrai contre toutes les idées dangereuses
08:11que certains pourraient porter.
08:13Une dernière question sur la situation de la France.
08:15Le taux de la dette augmente,
08:18la pression, la défiance sur la France
08:20augmente de la part des marchés financiers.
08:22Est-ce qu'aujourd'hui, vous êtes inquiet de la situation ?
08:24Bien sûr, je suis très inquiet.
08:25Vous savez, ça fait des années qu'on alerte
08:28en disant que la situation est critique,
08:30en disant qu'il faut dire la vérité aux Français,
08:33il faut prendre des mesures courageuses
08:34et on en paye des prix aujourd'hui
08:35de ce manque de courage politique.
08:41David, vous avez une question ?
08:42Les lycéens sont encore dans la rue.
08:44Est-ce que vous devinez
08:46ou estimez qu'ils ont une attente
08:50vis-à-vis des entreprises ?
08:51Pas toujours bien formalisées,
08:53mais qui s'inquiètent tout simplement
08:54pour leur avenir,
08:55leur boulot de demain,
08:57parce qu'ils ne savent pas où ils vont atterrir
08:59à cause notamment de l'IA,
09:00mais tout un tas d'autres facteurs.
09:01Oui, c'est sûr.
09:02Aujourd'hui, on voit que l'entreprise
09:06est aimée par les Français.
09:07Les Français aiment l'entreprise.
09:08Les Français aiment les dirigeants de TPE, de PME.
09:10Mais on voit aussi que l'économie est en train de changer.
09:12On voit que l'IA change les métiers.
09:14On voit aussi que le taux de chômage augmente
09:16et qu'il y a beaucoup de défaillance.
09:18Donc, on est dans un moment où les Français ont peur.
09:20Et quand les Français ont peur,
09:21bien évidemment que la jeunesse a encore plus peur
09:22parce qu'elle se demande ce qui va se passer.
09:24Et donc, c'est justement ce que nous, on dit,
09:25c'est qu'il faut soutenir l'économie.
09:26Parce que soutenir l'économie,
09:27c'est de permettre aux entreprises d'investir,
09:29de recruter des jeunes demain,
09:31de pouvoir créer des emplois,
09:32de pouvoir justement créer les nouveaux métiers.
09:34Et donc, c'est pour ça que l'entreprise
09:36est un lieu de cohésion sociale,
09:38mais est un lieu de stabilité pour le pays.
09:39Donc, vous comprenez les lycéens ?
09:41Ils doivent reprendre les cours ou rester dans la rue ?
09:43Moi, je comprends les inquiétudes des Français, globalement,
09:46sur l'avenir de notre économie.
09:48Mais oui, moi, je pense qu'aujourd'hui,
09:49les lycéens doivent reprendre les cours
09:50parce qu'on est dans un moment d'instabilité pour le pays.
09:55Et il ne faut pas rajouter à l'instabilité financière,
09:58économique, politique,
09:59une instabilité en plus éducative.
10:01Merci beaucoup, Amir Reza Tofighi,
10:03président des entrepreneurs, anciennement CPME.
10:05Merci d'être venu ce matin nous présenter
10:07votre grande consultation
10:08qui démarre aujourd'hui
10:10et dont la restitution sera quelques mois
10:12avant l'élection présidentielle.
10:13Merci à tous les deux, Stéphane.
10:15A demain pour la matinale de l'économie.
10:16Dans trois minutes,
10:17les coulisses du Conseil des ministres d'hier.
10:18Le président de la République n'a pas mâché ses mots
10:20concernant justement la crise des lycées.
10:22Mais avant cela,
10:23et si on parlait français,