00:003 questions pour comprendre. C'est la journée mondiale du don d'organes. 3 français sur 4 y sont favorables
00:05et pourtant plus de 23 000 malades attendent toujours une greffe.
00:10Alors comment expliquer ce qu'on peut juger être une contradiction ? Bonjour docteur Julien Charpentier.
00:17Vous êtes médecin réanimateur, responsable des prélèvements d'organes à l'hôpital Cochin à Paris.
00:22Alors première question pour commencer docteur, est-ce qu'on peut tous donner ces organes même après 70 ans, 80
00:29ans ?
00:30Tout le monde peut donner ces organes. L'âge n'est pas du tout une contre-indication au don et
00:35on peut justement jusqu'à un âge très avancé de la vie.
00:38En fonction de son état général bien sûr mais on peut donner à n'importe quel âge de la vie
00:43et on prélève parfois au-delà de 80 ans de manière assez régulière en France.
00:48Pas de contre-indication concernant l'âge, concernant la maladie. Est-ce que si on est malade, on ne peut
00:53pas être un bon donneur ?
00:54Alors je pense qu'il faut se dire que nous ne sommes pas les propres juges de nos prélevabilités et
01:00donc demander l'avis d'un médecin me semble essentiel.
01:04Et en tout cas à chaque donneur qui est proposé, il y a une réflexion médicale qui se met en
01:09place.
01:10L'idée étant évidemment de proposer aux receveurs, au pluriel derrière, des organes de très haute qualité et donc de
01:17ne pas transporter de maladie du donneur vers le receveur.
01:20Mais la maladie n'est pas, même le cancer parfois est une capacité à donner ces organes.
01:25Et on peut donner tout type d'organes, parce qu'on entend souvent parler du cœur, du foie, mais ça
01:30peut être tous les organes qu'on a dans le corps ?
01:33Alors bien sûr, on entend souvent parler du cœur, parce que c'est l'organe qui véhicule l'imaginaire de
01:39vie le plus évident et une symbolique importante.
01:43Mais on donne évidemment le cœur, les poumons, le foie, les deux reins, le pancréas, parfois l'intestin.
01:49Chez des enfants qui ont des gros besoins, donc on peut donner beaucoup de choses et après on s'oriente
01:54vers des greffes beaucoup plus rares.
01:56Les segments de membres, la face, beaucoup d'autres choses.
02:00Deuxième question pour comprendre maintenant, comment ça se passe techniquement un don d'organes ?
02:04Parce que là aussi, il y a pas mal d'inquiétudes, d'idées reçues, voire de fantasmes.
02:08Il faut déjà poser le cadre en disant que c'est une intervention chirurgicale.
02:13Donc ça a la même rigueur que quand on se fait opérer dans un hôpital, dans une clinique française,
02:18avec les mêmes règles de propreté, les mêmes règles de respect et évidemment avec un très haut niveau de technicité.
02:24Parce que vous imaginez aisément que pour pouvoir greffer de manière efficace,
02:29il faut qu'on soit capable de prélever de manière efficace des greffons d'une très très haute qualité technique.
02:35Mais c'est forcément sur une personne décédée ?
02:37Alors c'est toujours sur une personne décédée, sauf dans le cas du don du vivant,
02:41où on peut éventuellement donner son rein, un segment de foie éventuellement.
02:48Ça va surtout des parents vers les enfants.
02:51Mais c'est avant tout le don prélevé chez des personnes décédées.
02:56Et si on donne de notre vivant, est-ce que ça représente des risques pour notre santé ?
03:00Il y a toujours une part de risque.
03:02Le risque zéro n'existe pas, mais c'est un risque qui est parfaitement calculé,
03:05qui est très expliqué, qui est maîtrisé et surtout qui nécessite que le donneur ou la donneuse
03:10soit consentant et bien compris ce à quoi il s'engage.
03:15Une question concernant la communication entre celui qui donne et celui qui reçoit.
03:19Est-ce qu'on peut connaître la personne qui a reçu nos organes
03:22et savoir si par exemple la greffe a réussi ?
03:25Ou est-ce que la famille peut connaître si on est mort ?
03:27Alors la règle en France, c'est l'anonymat strict.
03:31On comprend aisément le pourquoi.
03:32C'est qu'il faut permettre aux receveurs de vivre pleinement avec l'organe qui lui a été greffé.
03:39Et à l'inverse, il faut donner la possibilité aux familles de donneurs de faire leur deuil
03:43et de travailler cette période de deuil.
03:47Donc cet anonymat est strict.
03:49En revanche, ce que l'on fait, c'est que l'on donne éventuellement,
03:52et lorsque les familles de donneurs le demandent, des nouvelles des greffées.
03:56C'est-à-dire, va bien, le greffon est fonctionnel, on leur explique.
04:01Et il y a des familles qui, souvent à l'anniversaire de la mort de leurs proches,
04:06reviennent vers la coordination hospitalière dans l'hôpital où ça a été prélevé
04:09et demandent des nouvelles.
04:11C'est l'objet d'un film d'Almodovar.
04:13C'est tout son amère.
04:14C'est exactement ce sujet.
04:15Ce chef d'heure, en effet.
04:17Troisième question.
04:18Qui décide ?
04:19Parce qu'en France, en fait, je crois que la loi est très claire.
04:22On est tous finalement considérés comme donneurs,
04:25sauf si on a exprimé clairement son refus.
04:28Absolument.
04:29C'est le consentement présumé depuis 1976.
04:31C'est donc pas d'hier.
04:33Qui est en vigueur en France.
04:35C'est-à-dire que nous sommes tous donneurs.
04:37Il faut exprimer son opposition si on ne veut pas être donneurs.
04:41Et c'est un droit, d'ailleurs.
04:41Il faut le respecter.
04:43Et donc, l'important, c'est d'en parler.
04:45Parce que vous le disiez en introduction du sujet,
04:48trois Français sur quatre sont d'accord quand on les interroge.
04:51Et c'est quelque chose de très stable depuis des années.
04:53Mais en revanche, seulement un sur deux, un petit peu moins même,
04:57le disent à leurs proches.
04:58C'est-à-dire autour de moi, mes proches, dans mon cercle restreint,
05:02mes enfants, mes parents, les amis.
05:04L'idée, c'est de transmettre sa position.
05:06Parce que le jour où ça se produit, c'est tellement plus simple.
05:10Justement, j'aimerais rentrer dans un cas concret.
05:12Quand une famille vous dit non,
05:13alors que la personne décédée n'avait jamais exprimé son refus.
05:17C'est extrêmement compliqué d'aller contre.
05:19Il se passe la plupart du temps, on ne prélève pas.
05:22Parce que c'est extrêmement compliqué.
05:24Il faut entendre la période pour les proches.
05:27C'est très violent.
05:29C'est une mort brutale.
05:30C'est une mort qui était totalement inattendue la plupart du temps.
05:33Et donc, on se trouve dans une situation
05:35où ils sont complètement sidérés.
05:36Parfois, on n'arrive même pas à faire comprendre aux gens
05:39ce que l'on leur demande,
05:40tellement ils sont dans un moment de sidération.
05:43Donc, il y a aussi, derrière ce besoin des organes,
05:46il y a aussi le respect des proches.
05:48Et c'est très important de le faire.
05:50Donc, la plupart du temps, les personnels sont très formés
05:53pour amener les gens à comprendre
05:54et à prendre la position qui était celle de celui
05:59ou de celle qui est décédée.
06:00Mais parfois, il arrive qu'on ne soit pas en capacité de prélever.
06:03Et à la fois, je trouve qu'il y a quelque chose de très beau
06:06dans l'idée que son proche décédé continue à vivre
06:08à travers quelqu'un d'autre.
06:09C'est aussi ma vision,
06:10mais ce n'est pas forcément la vision partagée.
06:13Et il y a parfois des gens
06:14qui ne parviennent pas à nous comprendre
06:16et qui, quelques jours après, rappellent en disant
06:18« Mais bien sûr, j'aurais dû dire oui ».
06:20Donc, il y a souvent cette position.
06:23Ce moment de sidération,
06:25de petit deuil avant de rentrer dans le grand deuil
06:27et d'accepter.
06:28Donc, il faut en parler.
06:29C'est trop tard au bout de quelques jours.
06:30C'est trop tard, c'est trop tard, oui.
06:32Ah oui, donc c'est dans les jours très proches.
06:35Ah non, c'est une affaire d'heure.
06:36Ah, c'est une affaire d'heure, ok.
06:37Bon ben voilà, donc conseil très pratique
06:39pour ceux qui souhaitent donner.
06:40Peut-être le faire savoir très officiellement.
06:41Là, on le dit à la télé.
06:43Moi, je veux bien donner si je meurs demain.
06:45Et puis, voilà, autour de nous et à nos proches.
06:48Merci beaucoup.
06:49Merci beaucoup, docteur.
06:51Une précision pour aller un peu plus loin sur le sujet.
06:54Un très beau documentaire émouvant et plein d'espoir
06:56qui va être diffusé à 13h15 aujourd'hui,
06:59présenté par Laurent Delahousse.
07:02Merci à vous.
07:03Merci à vous.