00:00L'enfant qui ne range pas de sa chambre, ce collègue, vous savez, qui fait des petits bruits de bouche.
00:04Si vous avez l'impression que ces petites contrariétés pourraient vous faire disjoncter ces jours-ci,
00:08eh bien, pas de panique.
00:10Bonjour, docteur Anne Sénéquier.
00:11Bonjour.
00:11Merci d'être avec nous.
00:12Vous êtes psychiatre et chercheuse, co-directrice de l'Observatoire de la Santé Mondiale à l'IRIS,
00:17l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques.
00:20Et vous avez publié cette réflexion cette semaine,
00:22« Pourquoi tout le monde nous agace quand il fait 38 degrés ? »
00:25Et c'est vrai qu'à la lecture de ce titre, on s'est dit « Mais oui ! »
00:29Oui, mais effectivement, c'est vrai que ces 38 degrés,
00:33on les a vus dans tous les reportages qui nous précèdent.
00:36Tout le monde dit « C'est insupportable, c'est intenable, on n'en peut plus. »
00:38Et effectivement, on n'en peut plus.
00:40Parce que le corps, on est homéotherme, c'est-à-dire qu'il faut maintenir ce 37,7.
00:44Et on a peu de latitude, puisque 40, 41, c'est déjà vraiment très problématique.
00:49On est plutôt bon sur l'hypothermie.
00:52On peut descendre assez bas sans trop d'inquiétude.
00:55Mais là, pour la chaleur, véritablement, c'est un no-go absolu.
01:00Donc toute cette énergie que notre corps dépense, justement, pour maintenir cette température,
01:03à travers la transpiration, à travers l'adaptation du système cardiovasculaire,
01:07eh bien, c'est une énergie qu'il n'aura plus pour gérer le quotidien.
01:10C'est une énergie, effectivement.
01:11Et ces émotions qui nous débordent parfois.
01:13Juste un petit sondage.
01:14Est-ce que vous vous êtes un peu agacée, vous, par les autres ?
01:16Oui, il m'agace même à 20 degrés.
01:19C'est vrai que moins de patience avec les enfants.
01:21D'un coup, ça prend des proportions.
01:22J'ai envie de vraiment détriper mes enfants de façon très violente.
01:26Alors que les pauvres...
01:27Alors qu'on les aime.
01:29Justement, effectivement, la chaleur ne nous rend pas violents.
01:33Ça va diminuer notre seuil de tolérance.
01:35et tout ce que l'on acceptait ou tolérait de manière correcte
01:39les jours où ça va bien.
01:41Eh bien, là, dans ces moments de chaleur,
01:43on a notre attention qui n'est pas bonne,
01:46notre prise de recul, prise de distance qui, là, est inexistante.
01:50Donc, effectivement, en fait, c'est souffler sur des braises qui sont déjà présentes.
01:54Donc, s'ils vous agacent déjà à 22 degrés,
01:56eh bien, les braises sont déjà là.
01:58Et du coup, la chaleur va être, du coup, vraiment...
02:00Et est-ce que le manque de sommeil, ça peut aussi entrer en ligne de compte ?
02:03Parce qu'on est plus irritable, on est...
02:05Effectivement, et on le disait, c'est la quatrième journée de planicule.
02:08Donc, trois nuits, et même un petit peu plus aussi,
02:10où on ne dort pas bien.
02:11Et le sommeil, c'est véritablement réparateur.
02:14C'est son objectif.
02:16Donc, le corps est fatigué, le psychisme tout autant.
02:19Et chaque jour qui passe, chaque nuit qui passe où on dort mal,
02:22va accumuler ces choses-là.
02:23Est-ce que, finalement, il n'y a pas aussi d'effet positif
02:26à être plus agacé et à l'exprimer ?
02:27Parce que, je ne sais pas, on fait sortir la chaleur
02:29qui s'emmagasine dans notre corps.
02:31Non, mais on se défoule, je ne sais pas si c'est...
02:32Alors, on se défoule, mais on ne va pas être très pertinent
02:35sur ce moment-là, parce que ça va être juste
02:37de l'émotion et du ressenti, et pas beaucoup de rationnel.
02:39Donc, c'est vrai qu'à 38, on a chaud,
02:42on a mal dormi, on ne réfléchit pas très bien.
02:44Ce n'est pas vraiment la recette
02:45du bonheur collectif, fondamentalement.
02:47Donc, on a cette problématique-là.
02:50Et il y a un truc assez simple,
02:51finalement, et c'est même dans la terminologie.
02:54Cette semaine, il va falloir faire simple.
02:56C'est-à-dire qu'on lâche l'affaire
02:57de la chambre par rangée.
03:00On lâche l'affaire de la thèse
03:02que l'on voulait reprendre
03:04avant d'aller voir son maître de thèse
03:08la semaine prochaine.
03:09Tous ces conflits que l'on a
03:10depuis six mois avec son manager,
03:12ce n'est pas la semaine non plus
03:13où on va les régler.
03:14On fait simple, on fait efficace.
03:16On essaye d'identifier
03:17deux, trois priorités de la semaine.
03:18Il faut nourrir les enfants,
03:20il faut qu'on se voit à l'heure.
03:21Et le reste, franchement,
03:23on fait de manière dégradée, efficace,
03:25pour rechercher de la chaleur
03:26et passer malgré tout
03:27des bons moments
03:27parce que c'est quand même ça
03:29qui va nous permettre
03:30d'avancer jour après jour.
03:31C'est ça, on ne se lance pas
03:32dans la grande discussion
03:34de couple
03:35ou des repas trop élaborés.
03:37Mais être agacé par les autres
03:39pendant la canicule,
03:40ce n'est pas très agréable,
03:41surtout pour les autres.
03:42Mais au-delà de ça,
03:44ça pose quand même la question
03:44de la santé mentale.
03:46Est-ce que la canicule
03:47peut accentuer
03:49les troubles mentaux ?
03:50Oui, la chaleur,
03:52la canicule,
03:52est véritablement problématique
03:54en termes de santé publique
03:55parce que tout risque
03:57de décompenser
03:57toutes les maladies chroniques,
03:59en fait,
03:59que ce soit physique
04:00ou que ce soit d'ordre
04:01de santé mentale.
04:02Et ce qu'il faut savoir aussi,
04:03c'est effectivement,
04:04on l'a vu,
04:04tous ces records montrent
04:06qu'on a plus de vagues
04:07de chaleur maintenant
04:08que dans les années 70,
04:09mais on a aussi plus
04:10de pathologies
04:12de maladies chroniques
04:13et de santé mentale
04:14puisqu'on a un quotidien
04:15plus pathogène,
04:16donc de l'anxiété,
04:17de la dépression.
04:18Il y avait un sondage
04:20en début d'année
04:21qui disait que 65%
04:23des Français
04:23avaient vécu
04:24des troubles de santé mentale
04:24au cours de leur vie
04:25et 45% au cours
04:26des deux dernières années.
04:27Donc véritablement,
04:28c'est un problème
04:29qui est très présent aujourd'hui
04:30et ces chaleurs,
04:31cette fatigue accumulée,
04:32ça va pouvoir décompenser ça,
04:34augmenter de l'anxiété,
04:36augmenter justement,
04:37appuyer sur cette dépression
04:38et décompenser
04:39la bipolarité
04:40et la schizophrénie.
04:41La problématique
04:42de ces troubles
04:43de santé mentale,
04:44les grosses pathologies,
04:46notre job
04:47en tant que soignant,
04:48c'est justement
04:49de faciliter la stabilité
04:52avec le patient.
04:53On va trouver
04:54le bon traitement,
04:55on va essayer
04:55d'ajuster un petit peu
04:57le quotidien
04:57pour que ça puisse
04:58être serein au quotidien
05:00et là,
05:01des événements comme ça,
05:02véritablement,
05:03c'est cataclysmique
05:05parce que ça peut justement
05:06entraîner
05:07une décompensation.
05:09Et avec des effets aussi,
05:10des traitements
05:11qui peuvent être
05:11soit décuplés,
05:13soit aggraver
05:15la sensation de chaleur,
05:16je pense aux bêtas bloquants
05:18ou aux psychotropes,
05:19est-ce qu'il faut arrêter
05:19son traitement ?
05:20Absolument pas.
05:21On va peut-être juste
05:22finir sur cet avertissement.
05:23On n'arrête absolument pas
05:24son traitement
05:25parce que c'est la décompensation
05:26souvent derrière assurée.
05:27C'est vrai qu'il y a
05:28des effets secondaires
05:29parfois problématiques
05:30tels que la sueur
05:30et c'est vrai qu'à 40 degrés,
05:32franchement,
05:32c'est très pénible.
05:34Mais non,
05:35malheureusement,
05:36ce n'est pas quelque chose
05:36que l'on peut
05:37et c'est peut-être
05:37quelque chose
05:38que l'on peut envoyer
05:39à l'industrie pharmaceutique,
05:40c'est de trouver nous
05:40en fin d'un médicament
05:42qui n'arrive pas
05:43une fois tous les 15 ans
05:44parce que c'est un peu
05:45ce qui se passe en fait
05:46aujourd'hui.
05:46On se terminera
05:47sur cet appel.
05:48Merci Dr Anne Sénéquier
05:49d'avoir été avec nous.
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