00:00– Schenzer, les prochains jours, avec vous Damien Delceny, bonjour.
00:02– Bonjour.
00:02– Vous êtes rédacteur en chef adjoint parisien et chef du service police-justice.
00:07D'abord, on l'a appris il y a quelques minutes,
00:09Emmanuel Macron a refusé la démission du ministre de l'Intérieur, Laurent Nouniès.
00:12Il lui demande de nouveaux moyens d'action contre les casseurs.
00:16Déjà, ça veut dire quoi ?
00:17Et est-ce que, clairement, ça reste un avertissement pour le ministre de l'Intérieur ?
00:20Et il est sous pression aujourd'hui ?
00:21– Oui, oui, il est sous pression.
00:23Quand on a les événements qui se sont produits ce week-end,
00:25forcément, on se tourne vers lui,
00:26parce qu'on a l'habitude de dire que c'est le premier flic de France,
00:28donc c'est lui qui est responsable de, entre guillemets, ce qui a pu se passer.
00:33Effectivement, déjà, dans son allocution hier,
00:34il avait fait état, Emmanuel Macron, d'une défaillance des services de renseignement, etc.
00:39Donc, il était déjà visé indirectement.
00:41Donc, ce n'est pas vraiment étonnant qu'on ait cet aspect-là un peu plus politique,
00:45parce qu'une démission, c'est toujours un peu politique.
00:46Maintenant, techniquement, comment ça va se passer ?
00:50Les nouvelles techniques de maintien de l'ordre, moi, je ne les connais pas.
00:52Je pense qu'il va falloir effectivement s'adapter, en fait, surtout au public qu'on a en face.
00:56Ce qu'on a vu ce week-end et ce qu'on a vu notamment samedi,
00:59ce sont des gens qui sont particulièrement agiles
01:01et qui sont surtout agiles avec les réseaux sociaux,
01:04qui ont joué un très grand rôle en amont de la manifestation,
01:07sur la mobilisation qu'il y a pu y avoir.
01:09Et après, pendant même la manifestation,
01:11où les groupes se sont déplacés souvent de manière très rapide,
01:14en communiquant sur TikTok ou sur d'autres réseaux,
01:17pour se dire, tiens, à cet endroit-là, il y a une possibilité de pillage,
01:20et donc on se déplace très vite, on a des trottinettes, on a des vélos.
01:23Et c'est évidemment beaucoup plus agile que ne le sont des compagnies de CRS
01:27qui sont plus lourdes à bouger.
01:28On va y revenir sur le profil de ces casseurs,
01:30mais les forces de l'ordre, clairement, d'après ce que vous connaissez, que vous voyez,
01:35étaient quoi ? Sous-dimensionnées ?
01:36Ont sous-estimé le nombre de casseurs ?
01:40Alors, le nombre, très certainement.
01:42On a récupéré une note des renseignements territoriaux,
01:45qui sont les anciens renseignements généraux,
01:47qui s'occupent justement à chaque fois qu'il y a une manifestation comme ça,
01:49de rédiger en amont une note qui est destinée à évaluer le dispositif.
01:53C'est-à-dire, on leur dit, ça va être dangereux,
01:54il va y avoir tant de personnes dangereuses, etc.
01:56Cette note qui a été rédigée le jeudi,
01:59faisait état de manifestants autour de 100 000.
02:03Donc, on est très très loin des 550 000 ou des 800 000
02:06qu'on a vus ce week-end.
02:08Manifestants qui, par ailleurs, pour la plupart d'entre eux,
02:10ont manifesté pacifiquement.
02:12Oui, oui, il y a une grande partie qui a manifesté pacifiquement.
02:15Mais, effectivement, le nombre de casseurs
02:17ou de personnes à problème, comme on dit,
02:20était largement sous-estimé dans cette note.
02:22Alors, la note, elle parlait quand même de risque,
02:24de convergence entre des personnes d'ultra-gauche
02:28et d'autres profils.
02:29Mais, en revanche, elle s'était trompée sur le nombre,
02:31sur le volume.
02:32Et donc, forcément, le dispositif, il était adapté
02:34en fonction de cette note, en fait,
02:36comme on le fait à chaque fois.
02:38Donc, oui, il y avait une forme de sous-estimation de la menace.
02:40Donc, le dispositif était...
02:42Mais, donc, vraiment, pas assez de membres de forces de l'ordre.
02:44Alors, pas assez de membres de forces de l'ordre.
02:45Et ce qu'on a pu, nous, avoir comme remontée de terrain,
02:48c'était, autant les forces mobiles étaient relativement présentes,
02:51même si elles étaient moins nombreuses
02:52que certaines manifestations.
02:54Ce qui a posé problème, à un moment donné,
02:55c'est les autres policiers, en fait.
02:57Les policiers de terrain, les policiers de commissariat,
02:59les policiers de bac, etc.,
03:00qui étaient un peu moins nombreux que d'habitude
03:03pour venir en soutien.
03:04Et, justement, pour pouvoir, notamment à Paris,
03:06se déplacer sur ces petits groupes.
03:07Il y a autre chose qu'il faut quand même voir aussi sur Paris,
03:09c'est qu'il y a eu beaucoup de menaces,
03:11et il y en a eu partout, d'ailleurs, en France,
03:12sur des bâtiments publics,
03:14sur des bâtiments sensibles.
03:15On a parlé de l'Elysée, on a parlé de Matignon à Paris,
03:17qui ont été menacés toute la journée.
03:19La lanterne à Versailles.
03:20La lanterne à Versailles.
03:20Et, effectivement, ça, ça mobilise
03:22et ça immobilise des forces de police
03:24pendant toute une journée sur un secteur.
03:26Pendant ce temps-là, il y a des secteurs
03:27qui sont forcément un peu délaissés.
03:29Le profil, maintenant, de ces casseurs.
03:31Alors, on en saura peut-être plus
03:32avec les premières comparutions immédiates
03:33qui n'ont pas encore eu lieu.
03:35Mais, alors, hier, Emmanuel Macron
03:37parlait de factieux,
03:39et maintenant de l'ultra-gauche,
03:41et auxquels s'ajoutaient des délinquants.
03:43Ça veut dire quoi ?
03:44Ça veut dire qu'il y a eu, effectivement,
03:46à la fois deux groupes et deux phases,
03:47très tôt dans la journée,
03:48puisque c'est une des premières fois
03:50qu'on voit ça.
03:51La manifestation a été prévue à 14h,
03:52dès 8-9h du matin,
03:54il a commencé à y avoir des problèmes,
03:55des incidents avec des groupes
03:56très violents tout de suite,
03:57très organisés,
03:58qui sont, eux, plutôt liés à l'ultra-gauche,
04:00et qui ont eu pour presque mission,
04:02j'allais dire,
04:02d'agresser, de harceler les forces de l'or
04:05très longtemps et de manière continue,
04:07justement pour les immobiliser
04:09sur des points précis,
04:10et ce qui a ouvert la porte derrière
04:11à d'autres groupes,
04:12alors c'est pas forcément des gens
04:13qui font des réunions pour s'organiser avant,
04:15mais en revanche,
04:16il y a eu des contacts sur les réseaux sociaux,
04:18il y a des vidéos qui ont tourné
04:19très tôt dans la journée,
04:20et qui ont permis à des groupes de casseurs
04:22qui, eux, sont des groupes
04:23qu'on connaît aussi,
04:24qui sont plutôt issus
04:25des quartiers populaires,
04:26des quartiers sensibles,
04:27qui vont très vite,
04:28qui communiquent sur des téléphones,
04:30qui sont à portée de RER
04:31du centre de Paris,
04:32et qui ont profité,
04:33en quelque sorte,
04:34de ces premiers incidents
04:35pour venir se greffer l'après-midi,
04:37et eux, participer,
04:38non pas à de l'agression
04:40de force de l'ordre,
04:40mais à de la prédation pure,
04:42c'est-à-dire du pillage.
04:42Mais c'est le paradoxe,
04:44c'est ce que vous dites,
04:44à la fois,
04:45ils ne font pas des réunions,
04:46mais il y a quelque chose
04:46d'extrêmement méthodique,
04:50et à côté de ça,
04:51des pillages
04:52avec des personnes
04:53qui sont à peine masquées,
04:55et ça a l'air d'être
04:56un peu improvisé.
04:57Oui, il y a un peu de tout,
04:58il y a des gens
04:59qui étaient quand même équipés
05:00de manière assez,
05:02voilà,
05:02avec des cagoules,
05:03avec pas mal de choses,
05:04d'autres qui, effectivement,
05:04ont pillé à visage découvert.
05:05Moi, ce qui m'a frappé,
05:07je pense qu'il a frappé
05:07un peu tout le monde,
05:09c'est la tranquillité,
05:09je trouve,
05:10avec laquelle ils ont vidé
05:11des magasins,
05:11c'est-à-dire que normalement,
05:12quand il y a un pillage,
05:13vous savez que ça va durer
05:1425, 30 secondes
05:15avant que la police arrive,
05:16vous vous dépêchez,
05:17là, il y a des gens,
05:17on a vu des images
05:18dans un magasin de vêtements
05:19à Paris,
05:20où ils ont pris
05:20la préconce,
05:21on allait chercher
05:21des sacs en carton
05:23pour pouvoir ranger
05:23les vêtements qu'ils volaient.
05:25Donc, ça voulait dire
05:25qu'il y avait une forme
05:26effectivement de tranquillité
05:28dans le pillage
05:28que moi,
05:29j'avais assez rarement vu.
05:30Parce qu'ils ne se sentaient
05:31pas en danger ?
05:32Probablement parce qu'ils savaient,
05:33ou en tout cas,
05:34ils avaient repéré
05:35qu'à cet endroit-là,
05:36il n'y avait vraiment
05:36pas du tout de policiers.
05:39Est-ce que,
05:40de ce que vous avez
05:41de remontée de terrain,
05:42on peut espérer,
05:44après l'élocution
05:45d'Emmanuel Macron
05:46et les mesures annoncées,
05:47une accalmie ?
05:48Quelles sont
05:48les prochaines étapes ?
05:50Alors,
05:51c'est très difficile
05:51de lire ce type de mouvement
05:52parce qu'il y a beaucoup
05:53de choses qui sont spontanées.
05:54Hier, il y a eu de nouveau
05:55des incidents à République
05:56alors qu'il n'y avait pas
05:57de manifestation programmée.
05:58C'est une manifestation sauvage
05:59qui a, ensuite,
06:00il y a eu des incidents
06:01sur Châtelet,
06:02des pillages sur Châtelet
06:02hier soir.
06:04Donc, prévoir ce qui va se passer,
06:05c'est assez compliqué.
06:06La prochaine date,
06:07normalement,
06:08c'est le 5 novembre
06:08où il y a une nouvelle manifestation
06:09qui a été cette fois-ci
06:10dûment déposée.
06:12Évidemment qu'elle va être
06:13préparée d'une autre manière
06:14et scrutée d'une autre manière.
06:15Mais d'ici là,
06:16il peut y avoir,
06:16c'est les vacances en plus.
06:17Donc, il y a tout un tas de jeunes
06:18qui sont libres de leur soirée.
06:22Donc, on peut avoir de nouveau
06:23des pics à certains endroits,
06:25pas forcément qu'à Paris d'ailleurs.
06:26Merci beaucoup, Damien Dessigny,
06:28pour cet éclairage
06:29et d'acteur-chef adjoint
06:30aux Parisiens
06:30aujourd'hui en France.
06:31Merci.