Retrouvez les émissions en intégralité sur https://www.france.tv/france-2/telematin/toutes-les-videos/ Pour l'ouverture du procès de Cédric Jubillar, Télématin reçoit Damien Delseny, rédacteur en chef adjoint et chef du service police-justice du Parisien.
00:00Un mois d'audience, 300 journalistes accrédités, c'est un procès hors normes qui s'ouvre aujourd'hui devant les assises du Tarn,
00:05celui de Cédric Jubilard accusé du meurtre de son épouse Delphine il y a près de 5 ans.
00:10Bonjour Damien Nelsenny.
00:11Bonjour.
00:11Merci d'être avec nous, vous êtes rédacteur en chef-adjoint du service police-justice du journal Le Parisien.
00:16Procès hors normes parce que dans cette affaire il y a un suspect, mais pas d'aveu, pas de corps, pas de preuves irréfutables.
00:24C'est ça, il y a beaucoup de choses dans le dossier.
00:27Les avocats de Cédric Jubilard disent depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, que le dossier est vite, c'est pas tout à fait exact.
00:32Le dossier il est rempli de plein de choses, mais effectivement il n'y a pas la preuve majeure, il y a un enchaînement,
00:39il y a ce qu'on appelle un faisceau d'indices, c'est-à-dire plein de petits éléments qui amènent vers Cédric Jubilard
00:45et qui amènent vers cette nuit, cette soirée où il s'est fatalement passé quelque chose.
00:50Vous avez suivi beaucoup d'affaires dans votre carrière, dont certaines parfois très médiatisées.
00:55D'après vous, pourquoi cette enquête, elle bouleverse autant la France ?
00:59Parce que comme le fait divers qui fonctionne en général, c'est l'événement exceptionnel qui arrive chez des gens ordinaires.
01:05Là on n'est pas du tout chez des marginaux, c'est un couple.
01:09Delphine ça peut être votre soeur, votre copine, votre collègue de travail.
01:12Et d'un seul coup, ces personnes basculent dans quelque chose de tout à fait exceptionnel au sens strict du terme.
01:19Et finalement il y a un phénomène d'identification qui se réalise et ce qui explique que le fait divers touche un peu tout le monde.
01:26C'est-à-dire que ce n'est pas quelque chose où on se dit non mais ça, ça ne peut pas m'arriver.
01:30Ça peut éventuellement arriver.
01:31Une disparition, un couple qui est en train de se séparer dans des conditions un peu compliquées, un mystère.
01:37Tout ça, ça amène aussi le feuilletonnage à amener à beaucoup s'intéresser parce qu'il y a eu plusieurs phases.
01:42Il y a eu une phase de on la cherche et il y a une phase de on se tourne un peu plus vers le mari parce qu'on trouve que son comportement et un certain nombre de faits sont étranges.
01:50Donc ça crée encore une fois quelque part un épisode de plus.
01:53Et puis il y a toujours ce mystère quand même.
01:55Il y a toujours beaucoup de questions qui se posent.
01:57Donc tout ça participe aussi entre guillemets au succès que peut avoir ce fait divers.
02:01En tout cas à l'intérêt qu'on peut porter à ce fait divers.
02:03On le disait tout à l'heure, c'est Valentina Rama qui nous le disait, il va y avoir le tirage au sort du juriste, un jury populaire qui va juger.
02:12En cinq ans, on a lu, on a entendu des témoignages, on a vu des PV d'audition parfois révélés dans la presse.
02:18Comment juger en ayant tous ces éléments en tête et peut-être déjà une intime conviction ?
02:24Alors c'est très difficile parce que la médiatisation des faits divers depuis quelques années fait que normalement on arrive au procès quand on est juré, on ne connaît pas l'affaire.
02:32On la découvre au moment ou pendant le procès.
02:35Là évidemment, à moins d'avoir vécu dans une caverne pendant cinq ans, les jurés qui vont être désignés aujourd'hui, ils ont une connaissance du dossier, ils en ont entendu parler, ils ont même peut-être déjà un avis.
02:44Simplement, la vertu d'un procès de cour d'assises en France, c'est de parfois redécouvrir un certain nombre de choses et puis aussi d'avoir quand même l'accusé en face de soi et tous les témoins qui vont venir déposer.
02:57Ça permet quand même une relecture, ça permet de peut-être se repositionner aussi et c'est tout l'intérêt d'un procès, sinon à la limite on n'aurait pas besoin de jurer, on ferait ça de manière un peu automatique.
03:08Là, il va forcément y avoir des moments importants, peut-être même des coups de théâtre, moi je pense qu'on n'est pas à l'abri d'un certain nombre de rebondissements et c'est justement la vertu de ces procès en France.
03:19C'est-à-dire de quel type d'aveux, de nouveaux témoignages, de choses comme ça ?
03:22Oui, ou de témoignages qui ont été faits il y a quelques mois, quelques années, qui pourraient avoir un tout petit peu évolué.
03:29On est aussi évidemment très attentifs au comportement que va avoir Cédric Jubilard qui est quand même le personnage central de ce procès et de cette affaire.
03:36Il a passé quand même quasiment plus de quatre ans en détention, il n'a pas vu grand monde en détention, ça peut aussi modifier un certain nombre de choses.
03:43Et puis, il va quand même revoir pas mal de monde dans cette salle, des témoins qu'ils vont venir déposer, des gens qui étaient des proches.
03:50Tout ça peut, au niveau émotionnel et au niveau de son comportement, changer un certain nombre de choses, mais voilà, ça sert aussi à ça.
03:56Sait-on dans quel état d'esprit il est, Cédric Jubilard ? Parce que sa maman essaie de le faire parler depuis quelques années, en vain pour l'instant.
04:02Cédric Jubilard, il est dans l'état d'esprit quelqu'un qui a passé pas mal d'années en prison là, assez isolé parce que d'abord isolé des autres détenus pour des raisons qu'on peut imaginer.
04:11Il a reçu des visites, mais finalement assez peu. Il n'a pas revu ses enfants depuis son incarcération.
04:17Quelques échanges de lettres, mais pas beaucoup plus. Effectivement, c'est un peu l'intérêt de cette première journée aussi,
04:24c'est-à-dire de voir dans quel état il est, dans quel état d'esprit aussi il est tout court. Après, je pense que s'il n'a pas cédé pendant tous ses mois,
04:34pendant tous ses interrogatoires, il y a une raison, c'est qu'il est assis sur cette position. Encore une fois, est-ce que l'audience,
04:40le poids de l'audience qui va pouvoir se passer dans la salle peut avoir une influence sur lui ? C'est toute la question, mais il n'y a franchement que lui qui a la réponse.
04:46Et dans un mois, le verdict. Et on sait que ce sera soit un manipulateur, auteur de féminicide, soit une victime d'une erreur judiciaire.
04:59Il n'y a pas de solution intermédiaire. Soit il est coupable et il sera condamné assez lourdement, soit il sera innocent et donc il aura fait 4 ans de prison pour rien.
05:09On peut juger sans aveu, sans corps ? Bien sûr, ça arrive. Ce n'est pas très commun, mais c'est déjà largement arrivé dans l'histoire criminelle,
05:18avec d'ailleurs des verdicts qui sont très différents. Des gens qui ont été condamnés sans corps, sans aveu, sans scène de crime.
05:23D'autres qui ont été au contraire acquittés. Donc la solution est possible. Ce n'est pas si rarissime que ça.
05:29Vous évoquiez les enfants de Cédric Jubilard. Il ne les a pas revus depuis qu'il a été placé en détention.
05:34Est-ce qu'ils vont témoigner, ces deux enfants, qui sont encore petits ?
05:37Alors, la petite Elia a déjà été beaucoup trop petite. Elle n'a même pas été entendue dans le cadre du dossier, parce que c'était vraiment un bébé.
05:44Louis, qui était l'enfant qui avait 6 ans à l'époque des faits, qui en a maintenant 11, il a été entendu à 3 reprises pendant l'enquête.
05:50Une fois très très proche de la disparition de sa maman, une autre fois quelques semaines plus tard et une troisième fois par les juges d'instruction.
05:57Ce sont ces dépositions qui seront lues à l'audience. Lui, à 11 ans, on considère que c'est beaucoup trop jeune pour venir déposer devant une cour d'assises,
06:04qui est quand même un endroit assez particulier.
06:05Donc, ces dépositions, elles vont être lues in extenso à l'audience.
06:08Elles sont évidemment cruciales, parce que c'est un personnage central de cette affaire et du dossier.
06:14C'est peut-être lui dont le témoignage, à un moment donné, fait basculer aussi les soupçons de plus en plus sur son propre père.
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