00:00Le Grand Entretien, Judith Giguet, bonjour.
00:02Merci d'avoir accepté notre invitation, déléguée générale de la Fédération du Commerce
00:06et de la distribution qui regroupe des enseignes comme Carrefour, Auchan, Casino, Aldi, Picard,
00:11La Vie Claire, Action, Decathlon ou encore Fnac Darty.
00:13La France a connu des scènes de pillage sans précédent dans plusieurs villes de France ce samedi
00:18et encore ce dimanche.
00:20A combien estimez-vous les dégâts ?
00:22Le président de la CCI disait plus de 2000 commerçants certainement touchés.
00:28Oui, bonjour.
00:29D'abord, c'est quand même un grand choc.
00:32Nous sommes dans un état de désolation et de colère.
00:37Hier, effectivement, nous étions à 1500 commerces mais tout n'était pas recensé.
00:41Et surtout, la casse et le pillage ont continué.
00:46Il y avait encore des reprises hier.
00:48Donc, sans aucun doute, les chiffres qu'il a donnés ce matin de 2000 seront malheureusement atteints voire dépassés.
00:55Est-ce que vous avez des cas très importants qui vous sont remontés ?
00:59Il y en a de partout, toutes les enseignes, petits commerces, plus grandes surfaces.
01:06Ça va être de la destruction intégrale jusqu'à des incendies, du pillage, évidemment, en masse.
01:16C'est extrêmement varié, mais c'est très important au niveau de l'ensemble de tous les commerces touchés.
01:24Donc, il y a des grandes enseignes, il y a aussi des tout petits commerces.
01:30Ça dit quelque chose de la crise du pouvoir d'achat ou pas, selon vous ?
01:34Alors, ça dit surtout que le commerce est toujours en première ligne.
01:38C'est quand même ce qui apporte la vie dans les centres-villes et dans les territoires, la vitalité des
01:45territoires.
01:46Donc, ça veut dire que c'est vraiment cette vie-là qui est atteinte.
01:49Il y a un objectif, en fait, sans aucun doute, un objectif politique d'empêcher la vie dans les villes
01:56et dans les territoires,
01:58d'empêcher ces entrepreneurs de première ligne de faire leur travail auprès de l'ensemble des Français.
02:04Donc, oui, c'est extrêmement violent pour ce secteur qui a quand même une mission, quelque part, auprès de l
02:13'ensemble des Français.
02:14Et c'est un secteur qui est déjà très fragilisé et que l'on retrouve là encore plus fragilisé.
02:21Vous êtes attendu à Bercy à 9h par Serge Papin pour un bilan des dégâts matériels, l'impact aussi sur
02:28la vie économique,
02:29définir les actions possibles en soutien à la réparation, à la pérennité des entreprises touchées.
02:34Quel discours allez-vous tenir ?
02:36Alors, d'abord, on va porter la voix de ce secteur et surtout la voix des femmes et des hommes.
02:43Parce qu'on a vu, on a vu hier à quel point ils étaient touchés.
02:47On a des entrepreneurs qui ont expliqué qu'ils perdaient le travail d'une vie,
02:51que derrière, ils avaient des salariés, la préoccupation pour leurs salariés,
02:55les femmes et les hommes qui travaillent dans ce secteur.
02:58Donc, on va apporter cette voix-là, faire comprendre, en fait,
03:03que ce secteur très humain, eh bien, il souffre.
03:08Il est aussi mobilisé.
03:10On l'a vu, hein.
03:11On l'a vu dès samedi.
03:12On a vu des commerçants qui tentaient de se défendre.
03:15On a vu des commerçants, déjà, dès le samedi soir et tout dimanche,
03:19à pied d'œuvre pour déblayer, pour essayer de nettoyer leur commerce.
03:27Aujourd'hui, on a besoin de solidarité, d'unité et on a besoin aussi d'accélération,
03:33d'accélération des procédures pour pouvoir gérer le chômage partiel,
03:37pour le remboursement par les assurances.
03:40On a besoin d'aide.
03:42Est-ce que vous avez besoin de moratoires sur les dettes, sur les aides sociales,
03:47la réactivité aussi des assureurs ?
03:49Oui, on a vraiment besoin que tout le monde, enfin, que ce pays joue la solidarité
03:53avec ce secteur fragilisé de première ligne, essentiel à la vie.
03:57On a besoin, effectivement, de l'accélération de tous les processus
04:01de remboursement des assurances, bien sûr.
04:04Mais on a aussi un secteur qui est extrêmement grévé, en fait, fiscalement.
04:09C'est le secteur le plus imposé.
04:11Eh bien, peut-être qu'il y a à réfléchir, effectivement, sur un moratoire,
04:15notamment pour ces commerces touchés.
04:16Ça va entraîner des faillites ?
04:19Sans aucun doute.
04:20Et c'est ce qui est vraiment la colère profonde.
04:23Ça veut dire que c'est des vies entières qui ont été balayées en quelques heures,
04:28quelques minutes, et certains ne pourront pas se relever, c'est sûr.
04:31Il y avait combien de faillites estimées ?
04:34À date...
04:35Ça pourrait monter à combien ?
04:36À date, c'est vraiment impossible de quantifier.
04:40C'est certain, quand on voit à quel point certains sont détruits,
04:44certains étaient fragiles, avec des emprunts.
04:48Donc, difficile de quantifier.
04:50Mais dans les jours prochains, on aura effectivement des chiffres plus précis.
04:54Et puis, il y a un conseil exceptionnel des entreprises
04:56qui sera réuni demain matin par les ministres du Travail, des Finances et des PME.
05:00Qu'est-ce qu'on peut en attendre ?
05:02Eh bien, c'est ce que je vous disais.
05:04D'abord, soutenir tout ce secteur qui a quand même une réactivité,
05:10une mobilisation, parce qu'il est fait de femmes et d'hommes.
05:13Ensuite, vraiment l'aider, d'un point de vue administratif,
05:18d'accélération de tous les process et procédures.
05:21Et puis, réfléchir aux conditions pour que ceci ne se déroule plus.
05:27Dans le reste de l'actualité, il y a une cyberattaque
05:30qui a affecté, il y a une semaine, des frigos dans 700 magasins en France.
05:34Quelles conséquences pour les distributeurs et quelle prise en charge ?
05:37Alors en fait, vous voyez, c'est dans la même semaine quand même.
05:40Du dimanche au lundi et du lundi au mardi,
05:42il y a à peu près 700 magasins qui ont subi une cyberattaque
05:46sur leurs meubles froids, leurs chambres froides.
05:48Et le samedi, ils vivent ça.
05:51Donc on voit à quel point ce secteur est exposé,
05:53à quel point il est vulnérable.
05:55Cette cyberattaque, elle renvoie là encore à cette vulnérabilité
06:00de cette chaîne, de ce secteur du commerce.
06:04Mais elle a aussi montré une mobilisation, une réactivité très grande.
06:08Parce que certains ont réussi à couper l'attaque pendant la nuit.
06:14D'autres ont montré la mobilisation dès les premières heures
06:18pour évacuer tous les produits alimentaires qui étaient fichus.
06:23parce que la sécurité alimentaire des consommateurs primait surtout.
06:27Donc le grand nettoyage.
06:29Et puis la mobilisation pour le retour à la normale.
06:32On a vu des magasins qui, malgré ce qu'ils vivaient,
06:36pouvaient rouvrir dès le lendemain ou le surlendemain.
06:39Il y avait vraiment cette mobilisation.
06:41Mais tout ne peut pas dépendre des commerces.
06:44On a vu aussi la dépendance sur une chaîne
06:46parce qu'il y a beaucoup d'opérateurs
06:48entre le fournisseur du mobilier de froid,
06:51les frigoristes.
06:53Et donc il y a tout un travail sur la chaîne
06:55parce qu'on craint vraiment...
06:58Voilà, la vulnérabilité vienne de partout
07:00et sur d'autres matériaux.
07:02Le gouvernement a annoncé qu'il réunirait bientôt
07:04distributeurs et industriels en amont
07:06des négociations tarifaires annuelles.
07:08On le sait, c'est du 1er décembre au 1er mars.
07:10Est-ce que vous avez une date ?
07:11Et puis, à quoi faut-il s'attendre ?
07:14Parce qu'au ciel, les industriels,
07:17eux, ont dit qu'ils allaient demander
07:18une augmentation supérieure à 4%.
07:21Est-ce que ce sera répercuté, ça, sur le consommateur ?
07:25Alors, d'abord, il faut savoir que tout ne se négocie pas
07:28du 1er décembre au 1er mars.
07:30On n'a que 44% des produits qui sont négociés à ce moment-là,
07:3444% en chiffres et seulement 35% en volume.
07:38Parce qu'en fait, on achète en dehors de ces négociations,
07:41par exemple, les fruits et légumes,
07:42on les achète au gré à gré toute l'année.
07:44On a aussi toutes nos marques de distributeurs
07:46qui ne rentrent pas dans ces moments de négociation.
07:49Donc déjà, il faut relativiser.
07:51Tout ne va pas se jouer pour les Français
07:53pendant ces trois mois.
07:55Ça, c'est la première des choses qu'il faut répéter
07:57et rassurer les Français.
08:01Ensuite, pendant les années d'inflation,
08:03de 2022 à 2023,
08:05la grande distribution a vraiment joué
08:07un rôle d'amortisseur de l'inflation.
08:09C'est-à-dire que les prix avaient augmenté
08:11de 30% en agriculture,
08:1334% au niveau de l'industriel.
08:15Et en rayon, sur la période 2020 à 2025,
08:18ils n'ont augmenté que de 25%.
08:20Donc la distribution a joué son rôle d'amortisseur, en fait.
08:24Elle a pris sur ses marges.
08:26Et ce qu'on attend cette année, c'est ça.
08:28C'est que la solidarité,
08:30elle se joue sur toute la chaîne.
08:31On a des maillons plus fragiles sur cette chaîne.
08:35Mais là, vous parlez des industriels
08:36parce qu'en fait, les agriculteurs,
08:38ils sont à l'os.
08:38Voilà, on a des maillons plus fragiles.
08:40Ce sont les agriculteurs, les consommateurs.
08:43C'est vraiment les maillons
08:44qui doivent nous guider dans ces négociations.
08:46Et à l'intérieur du bloc industriel,
08:48ils ne sont pas tous égaux.
08:50On a des PME, beaucoup plus fragilisés.
08:53Et on a des grands groupes industriels,
08:55voire des multinationales,
08:56qui vont très bien,
08:58qui ont des résultats financiers positifs.
09:01Donc vous leur demandez de faire un effort.
09:02C'est à eux qu'on demande de faire un effort, effectivement.
09:05Merci à vous, Judy Djiguet,
09:07d'avoir été avec nous ce matin,
09:09déléguée générale de la Fédération du Commerce
09:10et de la Distribution.
09:12C'est une interview à retrouver en podcast et en replay
09:15sur l'application BFM Business
09:16et sur toutes nos plateformes.
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