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  • il y a 5 minutes
Tous les matins à 7h15, le parti pris argumenté d'un invité sur un sujet d'actualité, avec les témoignages et les réactions des auditeurs de RMC en direct au 3216.

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Transcription
00:007,25€ brut, frais de déprassement compris. Voilà ce que vous touchez pour une piqûre à domicile.
00:06Julie-Caëlle Feigneux, bonjour. Vous êtes toujours avec nous, infirmier libéral dans l'Oise, vice-président du syndicat Convergence Infirmière.
00:15Julie-Caëlle Feigneux, lorsque vous sortez pour faire un soin et pour faire votre tournée,
00:20quand vous vous dites « je vais être payé 7,25€ pour une piqûre », il vous reste combien là
00:24avec le plein que vous devez faire ?
00:27Julie-Caëlle Feigneux, lorsqu'on part pour 7,25€, pour la piqûre, il ne nous reste pas grand-chose.
00:32Si on regarde, si on fait les calculs, il va nous rester en gros 1,23€.
00:38Julie-Caëlle Feigneux, 1,23€ à la fin ? Donc effectivement, j'imagine qu'en ce moment, vous réfléchissez à
00:43deux fois ?
00:44Julie-Caëlle Feigneux, plus le patient est éloigné de notre lieu d'activité, plus justement la question se pose de
00:52le prendre en charge à terme.
00:54– Emmanuel, parce que travailler à perte…
00:58– Oui, mais Julie-Caëlle Feigneux, moi j'avais une question, une précision.
01:01Quand vous dites « on va devoir sélectionner les patients, ceux qui sont trop loin, etc. »,
01:05mais est-ce que vous allez sélectionner simplement en fonction de la distance,
01:09c'est-à-dire ne pas aller voir ceux qui sont loin,
01:10ou est-ce que vous allez arbitrer quand même entre ceux qui ont besoin de soins urgents, importants,
01:15ou ceux qui ont besoin de petits soins ?
01:16– Julie-Caëlle Feigneux.
01:17– Alors, l'arbitrage, nous sommes aussi les professionnels de santé,
01:23effectivement, si le soin est important et qu'il y a un risque vital pour le patient,
01:28effectivement, ça ne fera pas pencher la balance en faveur de la prise en charge,
01:32mais sur des petits soins, et notamment sur une petite injection à 7,25€,
01:36mais effectivement, si je dois faire 14 km à aller-retour pour aller voir un patient
01:44pour lui faire une injection, je vais éventuellement peut-être le réorienter si possible
01:51sur un collègue beaucoup plus près.
01:53– Mais dans ces cas-là, il faut que le territoire soit vraiment maillé le mieux possible.
01:57Julie-Caëlle Feigneux, vous restez avec nous, mais je voudrais qu'on accueille Mickaël
02:00qui est en direct avec nous et qui nous appelle du Gard.
02:03Bonjour Mickaël.
02:04– Oui, bonjour.
02:05– Vous êtes vous-même infirmier libéral, quelle est votre tournée
02:09et qu'est-ce que les prix du carburant ont changé très concrètement en termes de sous ?
02:12Qu'est-ce qui vous reste à la fin ? Qu'est-ce que vous avez perdu ?
02:15– Alors effectivement, j'ai beaucoup de soins chroniques,
02:18donc des patients que je vois tous les jours, donc là, ça n'a pas changé.
02:22Par contre, comme le disait votre intervenant, le tri se fait aujourd'hui dans les soins ponctuels,
02:26c'est-à-dire un pansement à 9,05€, si j'ai 10 minutes de route pour y aller, je
02:30ne vais pas y aller.
02:31Parce qu'il me reste 3€, grosso modo, entre 3 et 4€ net.
02:36Et malheureusement, c'est terrible de dire ça, mais financièrement, ça ne vaut pas le coup de faire 20 minutes
02:41de route pour 3€.
02:43Voilà, donc effectivement, on essaie de voir avec des collègues s'ils peuvent le prendre.
02:46– Voilà, si eux, ils peuvent le prendre, mais si ça n'est pas le cas.
02:49C'est vrai que là, on est aussi au cœur d'une question qui est la question de l'isolement.
02:52C'est-à-dire que la plupart de ceux qui finalement n'auront pas les soins,
02:56c'est aussi ceux qui sont au bout du chemin, si je puis me permettre.
02:59C'est aussi cette question-là, Michael, à laquelle vous êtes confronté ?
03:02– Oui, tout à fait. Et nous, encore, on a la chance d'être dans une zone semi-rurale,
03:05c'est-à-dire qu'on a quand même un certain nombre de cabinets sur les secteurs,
03:09mais effectivement, il y a des zones dans des départements complètement isolés,
03:13où là, la question va vraiment se poser,
03:16et les infirmiers qui vont devoir faire 20-30 km pour aller faire un soin,
03:19voilà, très concrètement, ce n'est pas possible.
03:21Donc comment vont faire ces gens ?
03:22Aujourd'hui, c'est des questions qui n'ont pas l'air d'être posées, en fait.
03:25– Mais justement, la question que je me pose, moi, Michael, bonjour,
03:28c'est que les malades, avant d'être vraiment très mal,
03:31ils ont l'instinct de survie, ils vont aller à l'hôpital.
03:32Donc en fait, est-ce que le deuxième mouvement qui ne va pas se produire,
03:35c'est un engorgement consécutif des hôpitaux, en fait ?
03:37– Tout à fait.
03:39– Et ça, c'est un peu à prévoir, ça.
03:40– Mais exactement, parce que quand vous avez des soins à faire,
03:43que les familles nous appellent, que ce n'est pas possible qu'elles appellent 2, 3, 4,
03:47j'ai une dame qui m'a appelée une fois, elle avait fait 40 cabinets
03:50avant de m'avoir et que je puisse venir.
03:53Donc, pour vous dire que ces familles vont amener leurs parents à l'hôpital.
03:58On parle de personnes âgées, là.
03:59On ne parle pas forcément de jeunes qui ont moyen, entre guillemets,
04:03de se faire un pansement seul.
04:04Parce qu'aujourd'hui, il faut savoir qu'à l'hôpital,
04:06on encourage aussi les gens à se faire leurs soins seuls
04:08et à nous appeler uniquement, par exemple, pour enlever les poings,
04:10pour enlever les agrafes.
04:11Mais les pansements, les gens se le font seuls quand ils le peuvent.
04:14Et par contre, les personnes âgées, quand il y a des signes d'infection, etc.,
04:16que vont faire les gens ?
04:17Que vont faire les familles ?
04:18Elles vont amener leurs parents à l'hôpital.
04:20Donc, l'hôpital va risquer d'être emborger.
04:22Michael, je reçois tout à l'heure la ministre de la Santé.
04:24Elle sera mon invitée sur RMC à 7h40.
04:26Qu'est-ce que vous avez à lui dire ?
04:30Tout simplement d'écouter ce que disent les gens qui sont sur le terrain.
04:33On ne pleure pas.
04:34À 2,75 euros de déplacement, j'estime qu'on ne pleure pas, en fait.
04:39On a un tarif de déplacement qui est totalement immonde.
04:44Est-ce que ce n'est pas ça le sujet, plutôt que les prix des carburants, finalement ?
04:47Parce qu'on voit bien que même quand les prix des carburants seront redescendus,
04:51est-ce que pour autant, ça résoudra vos difficultés ?
04:54Non, parce que je crois que tous les collectifs qui se sont mis en place ces dernières années,
04:59notamment après les Gilets jaunes, les collectifs des infirmiers libéraux en colère,
05:03parlaient de ça, parlaient de ce prix de base du déplacement qui n'était pas correct, en fait.
05:08– Mais les 500 millions de l'assurance maladie supplémentaire sur 2026-2029,
05:15qui sont censés revaloriser votre profession, vous trouvez quoi ?
05:18Que ce n'est pas assez ? Ce n'est pas adapté ?
05:22– Non, c'est dérisoire.
05:24C'est dérisoire.
05:25Honnêtement, quand je vois…
05:27Moi, j'encourage vraiment les gens à aller sur le terrain,
05:30aux personnes qui sont décisionnaires, à aller voir comment ça se passe
05:33quand vous voyez une personne trois fois par jour qui est gravataire,
05:35que vous y passez plus de demi-heure matin, midi et soir,
05:38pour au final gagner 15 euros à la journée.
05:41Voilà, je les encourage à aller voir ça
05:42et à aller voir si, pour eux, le travail d'infirmiers est bien payé.
05:45Je parle d'infirmiers, mais je parle aussi de toute la partie soignante,
05:49hôpital, etc. Je nous mets tous…
05:51Je vous enlève tous.
05:52– Je vous dirai, Mickaël, et par ailleurs, moi l'invitation, je l'ai reçue,
05:56en tout cas, je l'ai reçue 5 sur 5.
05:58L'un de vous m'a proposé de venir faire un Apolline chez vous.
06:02J'ai passé la journée à faire la tournée avec un infirmier en juin,
06:06juste avant l'été.
06:08Vous pourrez aussi découvrir ça dans Apolline chez vous,
06:10sur M.C. Story en janvier.
06:12Et vraiment, ça vaut la peine.
06:13Effectivement, j'ai vu votre quotidien et j'ai vu à quel point
06:15vous étiez indispensable, non seulement pour les soins,
06:17mais aussi tout simplement pour le lien social.
06:19C'est-à-dire que l'isolement et le lien ne fonctionnent aussi que par vous.
06:23Un dernier mot avec vous, Judith-Kaël Fégueux.
06:26On vous a promis des voitures électriques,
06:29on vous a promis éventuellement une file prioritaire.
06:32Est-ce que tout ça, ça peut vraiment répondre à vos demandes ?
06:38Ce n'est pas suffisant.
06:40Là, tout à l'heure, vous parliez des 500 millions,
06:42mais les 500 millions de l'avenant conventionnel qui étaient signés,
06:47déjà, ils sont lissés sur 4 ans.
06:49Et ils ne concernent absolument pas nos frais de déplacement.
06:53Et aujourd'hui, nous, on nous fait payer.
06:55On nous fait payer ce pour quoi on nous félicite.
06:58On dit que la profession infirmière,
07:00c'est celle qui permet le maintien au domicile
07:03et notamment des plus fragiles.
07:0490% de notre activité se réalise à domicile.
07:07Et donc, automatiquement, ça passe par les frais de déplacement.
07:11Nos frais de déplacement sont gelés depuis des années.
07:15Mais j'ai un de vos collègues qui met juste l'augmentation.
07:19Non mais attendez, si on a payé uniquement l'augmentation du carburant,
07:21vous êtes payés deux fois moins que les kinés
07:23et quatre fois moins que les médecins sur les déplacements.
07:25Ces questions-là, justement, on les posera,
07:27vous savez quoi, on les posera à la ministre de la Santé.
07:29Elle est notre invitée à 7h40.
07:31Promis, vous pouvez compter sur nous.
07:32Il est 7h21 sur RMC et RMC Story.
07:35Julie-Caëlle Fegue, donc infirmier libéral dans l'Oise.
07:37Et merci aussi à Mickaël pour son témoignage depuis le Gard.
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