00:02On aura passé une heure à écouter Sophia, et je rappelle que si vous nous rejoignez à l'instant,
00:07elle est étudiante en sciences politiques à Paris 13, elle est porte-parole actuelle de la génération EDR.
00:15C'est intéressant également d'écouter son itinéraire personnel.
00:18Vous avez grandi à Sevran, si j'ai bien compris, vous êtes dans une fratrie de 7 frères et sœurs,
00:23et on peut imaginer que vous étiez dans cette fratrie un des membres importants, influents,
00:30parce qu'on vous écoute et on sent le caractère que vous avez, qui est fort,
00:36et qui va vous permettre justement dans la vie de résister, d'être solide, d'avancer.
00:42Moi je ne m'en fais pas beaucoup pour vous, parce que vous avez effectivement du caractère et de l
00:47'intelligence, bien évidemment.
00:48Vous avez parlé de votre mère qui vous a élevé, si j'ai bien compris, elle vous a élevé seule.
00:53Sans votre père, et ça n'a pas dû être facile pour elle, avec 7 enfants,
00:57j'imagine que tout cela est forcément à influencer sur votre...
01:02Vous avez vu votre mère, et ça a influencé votre caractère, votre psychisme, ce que vous pensez de la vie.
01:08Je comprends tellement ça, et chacun peut le comprendre d'ailleurs.
01:11Et c'est pour ça que votre témoignage est intéressant à écouter.
01:14Alors là, nous sommes avec Adèle, qui nous écoute peut-être, et qui a peut-être une question à vous
01:18poser.
01:18Bonjour Adèle, vous avez quel âge ?
01:20Alors, moi je suis maman de 51 ans, et je voulais intervenir parce que j'ai écouté votre mission,
01:27et votre invité qui disait que tout le monde peut faire des études supérieures intellectuelles.
01:35Moi, je ne suis pas du tout d'accord avec elle, parce que j'ai 4 enfants HP, très intelligents,
01:40et pourtant, j'ai un enfant qui m'a clairement dit que je ne ferai pas d'études supérieures,
01:45parce que ça ne l'intéresse pas.
01:47Donc il fera un métier manuel.
01:49Très bien, moi je suis d'accord avec lui, il sait ce qu'il veut, c'est génial.
01:52Donc voilà, et ensuite, concernant aussi l'école, moi je suis dans une école Z,
01:59mes enfants étaient dans une école Z, avec d'énormes moyens, des classes à 12,
02:03dès la grande section, un prof en plus que le nombre de classes dans l'école,
02:09et pourtant, malgré tout ça, en CM2, on avait des enfants qui ne savaient ni lire,
02:15ni comptaient, et qui ne connaissaient pas, qui n'avaient aucune culture générale.
02:20Et je peux vous dire, il y avait bien au moins 10% des élèves.
02:23Donc je suis désolée, mais moi je peux témoigner dans mon quotidien
02:27qu'on n'est pas tous faits pour faire des études,
02:30et c'est comme ça aussi la beauté de notre société.
02:33On n'est pas tous faits pour faire des études.
02:35Il ne faut pas pousser les enfants à faire des études s'ils n'en ont pas envie,
02:39et puis aussi, il faut accepter que certains soient bons dans un domaine,
02:42et pas dans d'autres.
02:44Et faire un métier manuel, c'est pas grave, c'est très bien, je trouve.
02:48Non, bien sûr, mais je pense qu'on s'est mal compris,
02:49parce que je disais que je conçois ce que vous dites,
02:53et même je suis en plus temps d'accord avec ce que vous dites en réalité.
02:55Mais ce que je voulais dire, c'était qu'on donne la possibilité à chacun et chacune
02:59de pouvoir, s'ils le souhaitent, faire des études supérieures.
03:02Et bien évidemment qu'aujourd'hui, je vous le dis, je le pense sincèrement,
03:05on a tellement dévalorisé la voie professionnelle,
03:07on l'a tellement saccagée avec les réformes qui sont passées,
03:10que bien sûr qu'on voit ça comme une voie poubelle finalement.
03:14Et aujourd'hui, moi je suis très heureuse pour vous,
03:16que vos enfants ont trouvé la voie qui leur plaît.
03:18Malheureusement, on est tellement mal orientés,
03:20qu'en fait souvent, quand on n'a pas de professeur
03:26dès le plus jeune âge devant nos classes,
03:28donc forcément l'écart se creuse de plus en plus,
03:30et forcément, si on souhaite faire des études supérieures,
03:33ça va être beaucoup plus compliqué.
03:33Donc qu'est-ce qu'on fait,
03:34vu qu'on n'a pas le niveau en maths, en français, etc.,
03:36pour aller dans des universités plutôt littéraires,
03:39il faut se le dire, ou de maths,
03:40et bien on nous envoie vers la voie professionnelle,
03:41alors que c'est peut-être pas ce qui nous aurait été destiné
03:43si on avait eu un professeur dès le plus jeune âge.
03:45Mais vous, par exemple, vous êtes l'exemple contraire.
03:48C'est-à-dire ?
03:49C'est-à-dire que vous avez réussi ce que vous vouliez faire ?
03:53Non, en fait non, en réalité.
03:55C'est pas tant ce que je voulais faire à la base.
03:57Pour être honnête, j'avais demandé Sciences Po,
04:00l'école Sciences Po.
04:01Mais vous avez eu le bac avec sans doute une mention,
04:04vous êtes sans doute une bonne élève.
04:05Alors je l'ai eu sans mention, pour le coup, je t'ai pas...
04:06Mais vous êtes sans doute une bonne élève.
04:08Pour le coup, ça serait mentir que j'étais une bonne élève,
04:10j'ai eu le bac à 11.
04:11Bah c'est...
04:12C'est juste au-dessus de 10, quoi.
04:14Oui, mais vous montrez par l'exemple
04:16que malgré peut-être une situation plus difficile que d'autres,
04:21Sevran, une famille telle que vous nous l'avez racontée,
04:25mais c'est possible puisque vous êtes là ?
04:28Mais bien sûr, mais ce que je veux dire, c'est à quel prix ?
04:30C'est que j'ai laissé des plumes pour en arriver là où je suis.
04:34Et quelles plumes vous avez laissées ?
04:35Plumes de la santé mentale.
04:36Franchement, il y a des moments où c'était vraiment pas simple.
04:38Mais quand est-ce que ce n'était pas simple ?
04:40Eh bien, à la période du baccalauréat.
04:41Mais ça se traduisait comment ?
04:43Par des crises d'angoisse.
04:45Je faisais des crises d'angoisse.
04:46Mais à cause de quoi ?
04:47Mais à cause de la pression de ne même pas être sûre d'avoir un avenir sur Parcoursup.
04:52Parce que je n'avais pas des notes de ouf.
04:54Donc il faut se le dire.
04:54Et en plus, Parcoursup, ce n'est pas qu'une question de notes.
04:56Mais bon.
04:57Donc je n'avais pas forcément le niveau, entre guillemets,
05:00pour demander une licence aussi sélective que ma licence actuellement.
05:03Donc il y avait cette angoisse-là.
05:05Et ensuite, il y avait l'angoisse aussi des épreuves qui arrivaient.
05:08Mais ça, l'angoisse, elle peut...
05:10Oui, mais de là à faire des crises d'angoisse...
05:11Elle peut faire partie de la vie.
05:13Tout le monde peut être angoissé.
05:15Ce n'est pas la question.
05:15C'est de là à se mettre mal.
05:17Et à la limite faire de la phobie scolaire, ce n'est pas normal.
05:19Et aujourd'hui, le nombre de cas de phobie scolaire qui augmente,
05:22notamment à cause de Parcoursup, je suis déconnée, mais ce n'est pas entendable.
05:26Bon.
05:26Il est 17h54.
05:28Chacun sera son avis.
05:29Moi, j'ai essayé d'écouter Sophia, étudiant en...
05:31Moi aussi, j'ai essayé de vous écouter.
05:33Exactement, de sciences politiques, à Paris 13.
05:36Et puis, l'important, c'est que ces jeunes-là, surtout, puissent réussir
05:42et puis vivre le mieux possible dans une société française qu'on espère apaiser.
05:4817h55, Pierre Devine-nous dans une seconde.
05:50Pour Europe 1 soir, 18h20, c'était Pascal Prodeau.
05:53Retour demain de 9h à 11h et 16h à 18h sur Europe 1.