00:00J'ai recité Eve Wagerland, qui est professeure, agrégée, qui disait voilà,
00:05beaucoup de professeurs ne veulent plus enseigner parfois dans les quartiers, dans les banlieues,
00:09parce qu'il n'y a pas un état d'esprit pour apprendre,
00:12il y a une hostilité, c'était son expression, à l'enseignement,
00:15et parfois même une hostilité tout court à ceux qui représentent l'État, l'autorité ou la France.
00:21Alors est-ce que vous l'avez constaté ou pas ?
00:23Moi je pense qu'il faut comprendre en fait.
00:26Certes, je vous le dis, il y a une défiance des institutions à toutes les échelles en fait,
00:30de la part des jeunes, et encore plus de la jeunesse des quartiers populaires,
00:34parce qu'en fait, on est malmené et maltraité à longueur de journée.
00:37Quand vous voyez la manière dont on est traité, quand on est un lycéen du centre-ville de Paris,
00:41et un lycéen de banlieue, ce n'est pas la même chose.
00:43Par exemple, le cas des professeurs nous remplacés, ça arrive beaucoup plus fréquemment
00:47quand on vient d'un lycée de banlieue que quand on vient d'un lycée de centre-ville de Paris.
00:50Et c'est d'ailleurs pour ça, là où je salue aussi les lycéens qui n'ont pas forcément les
00:54mêmes problématiques que nous,
00:55et qui se soulèvent aussi dans la rue ces derniers jours, en solidarité avec ce qu'on vit nous.
01:02Et bien sûr que oui, aujourd'hui, il y a un gros problème, c'est qu'on nous envoie des
01:06profs de plus en plus jeunes,
01:07de plus en plus mal payés, en plus mal formés.
01:10Donc voilà, il y a toutes ces questions-là.
01:12Et comment voulez-vous qu'à un moment donné, quand on débute sa carrière de professeur,
01:15quand on nous met dans des établissements où effectivement, en fait, c'est des conditions très précaires,
01:21comment voulez-vous qu'on continue à exercer notre métier ?
01:23Il y a une forme de dégoût du métier avec tout ce qui s'ensuit.
01:27Et donc forcément, il y a beaucoup de réorientations professionnelles
01:30qui font que forcément, on ne veut plus enseigner.
01:34Sophia est avec nous.
01:35Si vous nous rejoignez sur l'antenne d'Europe 1, elle est étudiante en deuxième année de sciences politiques.
01:41Vous avez passé votre scolarité dans le même lycée, Blaise-Candrard, de la sixième à la terminale ?
01:47Alors non, il faut savoir que nous, moi j'ai passé toute ma scolarité à Sevran,
01:51mais c'est un secteur scolaire, c'est-à-dire qu'il y avait primaire, maternelle, collège et lycée-colée.
01:56Mais ce n'était pas un groupe scolaire.
01:58Donc le collège d'à côté, c'était Georges Brassens.
02:00Mais naturellement, on allait à côté.
02:01Comment se passaient les cours ?
02:03Quand il se passait, déjà.
02:05Oui, ça m'a dit.
02:07Et comment ça se passait dans la classe ?
02:09Est-ce qu'il y avait une atmosphère de travail ?
02:11Ou est-ce qu'il y avait une atmosphère de chahut ?
02:13Comment vous jugez cela avec le recul ?
02:16Honnêtement, j'ai une scolarité, entre guillemets, tout à fait normale.
02:19Si on enlève toutes les problématiques auxquelles je n'aurais pas dû faire face,
02:22il y avait une très bonne ambiance de travail.
02:24On n'a même pu avoir eu l'occasion de faire des voyages scolaires.
02:27Donc vraiment, on avait une très très bonne cohésion.
02:30Et honnêtement, c'était aussi plus simple.
02:32Parce qu'étant donné qu'on était tous de la même ville, pour la plupart,
02:34on se connaissait de la primaire, on se connaissait du collège, etc.
02:37Donc non, on s'est vu grandir et évoluer ensemble.
02:39Et ça, pour le coup, c'est très agréable.
02:41Vous diriez que vous avez eu des bons profs ?
02:43Oui, bien sûr. Dans la majorité des cas, c'était des excellents profs
02:46qui faisaient très bien leur travail.
02:48Encore une fois, quand ils étaient là.
02:49Parce qu'il y a des mois où on n'était pas assuré d'avoir un professeur.
02:53Et on se demandait quand est-ce qu'il reviendrait.
02:54C'est quand il s'y revenait.
02:57Et quand il revenait, forcément, c'était compliqué aussi de rattraper.
03:00Parce qu'en cours de programme...
03:01Pourquoi il y avait un temps d'absence ?
03:04Moi, mes profs n'étaient jamais absents il y a 40 ans.
03:07Pourquoi ils s'absentent pendant un mois ?
03:09Par exemple, ou deux mois, alors tous ne sont pas enceintes, j'imagine ?
03:12Non, bien sûr, mais je pense aussi qu'il y a un manque de recrutement
03:15quand on voit que l'éducation nationale coupe...
03:17font des coupes budgétaires à longueur de journée.
03:19Oui, mais ceux qui s'absententent, pourquoi un prof commence l'année ?
03:21Et quelles étaient les expériences ?
03:23On n'est pas malade.
03:24Les arrêts maladie.
03:25Oui, il peut y avoir...
03:25Les arrêts maladie, personne n'est malade.
03:27Un mois ou deux mois ?
03:28C'est le prof en app, aussi, parfois.
03:30Oui, voilà, c'est ça.
03:31Il y a plein de raisons, diverses et variées.
03:33On leur demande beaucoup, au prof.
03:35Oui, enfin, on demande beaucoup à tout le monde.
03:37Non, mais ça ne veut pas dire que c'est normal.
03:39On demande beaucoup à tout le monde, mais ça ne veut pas dire que c'est normal.
03:41Je ne réponds pas à Sophia, mais à vous, je réponds.
03:41Non, mais c'est vrai.
03:42On demande à tout le monde, tout le monde aujourd'hui, on demande.
03:44Pascal, j'ai été professeur, en plus, j'étais dans un lycée privilégié, collège.
03:48On m'en demandait beaucoup, en fait.
03:50Vous ne vous rendez pas compte ?
04:01Oui, enfin, vous traiez.
04:02Je faisais mes cours, je gérais les parents, bah si, si, mais excusez-moi, je l'ai vécu
04:07et j'étais dans un lycée privilégié.
04:10Écoutez, moi, je veux bien que tu prépares les cours d'histoire d'une année sur l'autre,
04:13mais François 1er, il a peu évolué d'une année sur l'autre.
04:16Non, mais écoutez, moi, si, si vous voulez, je refaisais mes cours.
04:20François 1er, j'avais 150 copies à corriger pendant les vacances.
04:24Oui, bien sûr, mais quand...
04:26J'avais les appréciations à l'écart dans les carnets.
04:28Non, mais c'est vrai, c'est pas...
04:30Bon, mais sûrement, sûrement, voilà, il n'y a pas de souci.
04:32Il est 16h56, on va marquer une pause.
04:37A tout de suite.
04:38Sophia est avec nous et on écoute Sophia.
04:40Oui, on écoute Sophia.
04:42Et vous pouvez échanger avec Sophia, 0182 39 21.
04:47A tout de suite avec Pascal Fros sur Arapin.