00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:0419h16, entouré de Gilles William Goldadel. Bonsoir Maître.
00:07Bonsoir Pierre.
00:07Merci de nous accompagner jusqu'à 20h. Jean-Michel Salvatore est là. Bonsoir.
00:11Bonsoir Pierre.
00:12Et bonsoir à vous Emmanuel Morel.
00:13Bonsoir à vous.
00:14Merci d'être avec nous. Vous êtes député gauche républicaine et socialiste, candidat à la primaire de la gauche.
00:18On a vu aujourd'hui 256 000 manifestants dans toute la France, 4 selon le ministère de l'Intérieur, 450
00:25000 selon les organisateurs.
00:27C'est toujours pareil. C'est x2, x3, ça dépend.
00:3156 000 personnes à Paris, 300 personnes difficiles à contenir, nous a dit la préfecture de police.
00:38Les policiers qui ont du mal à contenir, le ministre de l'Intérieur et le prévu ministre qui aujourd'hui
00:46devant la représentation nationale ont dit que les policiers utilisaient des armes intermédiaires.
00:52un peu comme pour excuser les policiers de ce qu'une partie de la gauche et surtout l'ultra-gauche
00:58dénoncent comme étant des violences policières.
01:00Ma question Emmanuel Morel est, est-ce que vous, vous, j'allais dire vous saluez le travail des forces de
01:06l'ordre ?
01:07Ou est-ce que vous faites partie de cette gauche qui dit qu'aujourd'hui on résume les choses aux
01:14violences policières ?
01:15Non mais déjà je vais revenir sur l'événement du jour, c'est des manifestations d'ampleur dans le cadre
01:20d'un mouvement qui s'amplifie et qui dans sa grande majorité est pacifique et bon enfant.
01:26Moi je suis passé place de la République tout à l'heure, je peux vous assurer que...
01:29Vous n'êtes pas passé place de la Nation ?
01:31Non, parce qu'il y avait les questions au gouvernement, donc je suis retourné à l'Assemblée, mais...
01:37Parce que la Nation s'est finie plus tard, mais...
01:40C'est là où il y a eu les échauffoirés, c'est là où il y a eu des engins
01:43brûlés...
01:44Vous m'accorderez que, comme souvent, en fin de manif ces dernières années...
01:48Donc on doit s'habituer Emmanuel Morel ?
01:49Non, pas du tout, ça veut dire simplement qu'il n'y a rien de spécifiquement anormal à l'occasion...
01:56Bah non !
01:57Il n'y a rien d'anormal, le fait que des casseurs brûlent...
02:01Vous m'avez mal compris, vous m'avez mal compris.
02:04Dans l'immense majorité des cas, les manifestations se sont bien déroulées.
02:10A la fin, il y a généralement des gens qui sont extérieurs au mouvement, des casseurs, des provocateurs...
02:15Et ça reste la manifestation...
02:16Les voyous, et dans ce cas-là, évidemment, il faut que les forces de l'ordre fassent leur travail.
02:21Mais, pour autant, je vous ai vu dire, c'est l'ultra-gauche.
02:25Il y a un débat, à l'Assemblée nationale d'ailleurs, qui ne concerne pas que des gens de gauche,
02:29mais aussi des gens de droite, qui s'interrogent sur les techniques de maintien de l'ordre,
02:33et notamment ce qu'on appelle les armes dites mutilantes.
02:35C'est un débat qu'on va avoir, là, dans les semaines qui viennent.
02:38Les LBD ?
02:38Alors, par exemple, les LBD, ou les grenades...
02:42Le désencerclement.
02:42Le désencerclement pour les manifestations lycéennes.
02:45Oui, ça, c'est un débat qui est à court à l'Assemblée, et ce n'est pas que des
02:48trucs de gauchistes.
02:48Ça veut dire qu'on utilise quoi pour maintenir l'ordre ?
02:51Comme plein d'autres pays, vous savez, on n'est pas forcément obligé de recourir au LBD pour ce type
02:56de manifestations.
02:57Jean-Michel Salvatore.
02:57Oui, mais enfin, il n'empêche quand même que les manifestants n'arrivent pas désarmés.
03:01On les voit avec des cailloux, on les voit parfois avec des cocktails Molotov, avec des mortiers.
03:05Donc, il arrive un moment où il faut bien que la police se défende, quand même.
03:08Non, mais, attendez, il ne faut pas mélanger deux choses.
03:11C'est surtout que la police doit maintenir l'ordre public.
03:14Ce n'est pas qu'elle se défend d'elle-même, c'est qu'elle est là pour maintenir l
03:17'ordre.
03:17Ça, c'est son métier.
03:19On est totalement d'accord là-dessus.
03:20Après, on peut s'interroger quand même sur certaines méthodes qui sont utilisées.
03:24Vous avez, le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur a été interrogés là-dessus,
03:27notamment lors des questions.
03:29Et eux-mêmes ont reconnu qu'il y avait eu des actes manifestement disproportionnés de la part de la police.
03:37Donc ça, c'est une réalité.
03:38Il y a des violences de policiers.
03:40Il y a aussi des violences contre les policiers.
03:42Les deux sont condamnables.
03:43Voilà.
03:44Moi, je suis quelqu'un de républicain.
03:45Et là, je réprouve la violence d'où qu'elles viennent.
03:48Parce que là, il y a 715 gendarmes ou policiers blessés.
03:51Absolument.
03:51C'est pour ça que je vous dis, je condamne tout autant qu'un policier qui s'en prend à
03:56une gamine de 14 ans.
03:58D'ailleurs, là, je crois qu'il y a une enquête qui est ouverte sur ce fait.
04:02Ou alors, un gamin qui s'est pris un coup de LBD en pleine tête, qui a perdu ses dents.
04:06Voilà.
04:07Et c'est quand même des choses...
04:08On peut être équilibré.
04:10Et des policiers roués de coups, notamment...
04:12Je viens de vous le dire.
04:14Je condamne toutes les violences.
04:16Non, M. Morel, j'ai l'impression que vous condamnez d'abord les violences sur les manifestants
04:20avant de condamner les violences sur les policiers.
04:21Ça, c'est l'interprétation que vous faites, mais ce n'est pas ce que j'ai dit.
04:24J'ai vu deux exemples, et c'était deux exemples de lycéens et pas sur les policiers.
04:27Non, non, pas du tout. Je pourrais vous prendre un exemple.
04:29Il y a un professeur qui a été molesté à Lille la semaine dernière,
04:32et j'étais le premier à le condamner, à le regretter.
04:34Très bien. Gilles William Goldeneuve.
04:36Non, mais ce n'est pas une science exacte, le maintien de l'ordre.
04:41Ça, on est d'accord.
04:42Lorsqu'il y a des échafourées dangereuses,
04:46on peut très bien imaginer aussi, c'est ma thèse,
04:49que les policiers se défendent, et défendent l'ordre,
04:54et puis, malheureusement, il y a des engins qui arrivent
04:59là où ils ne devraient pas, on ne peut pas maîtriser...
05:01C'est tout le problème de LBD, justement,
05:03c'est que toutes les études qui sont faites,
05:04et compris par des chercheurs,
05:05montrent que c'est une arme qui n'est pas efficace
05:07dans le cadre d'une foule très mobile,
05:09et que souvent, ça tombe sur quelqu'un qui n'y est pour rien, qui est innocent.
05:12Donc on leur donne quoi ? Des pistolets à haut, Emmanuel ?
05:14Vous voyez comment vous êtes caricaturales, est-ce que j'ai dit ça ?
05:17Bien sûr que vous ne l'avez pas dit, mais je ne l'ai pas dit,
05:19donc ne me le faites pas dire.
05:21Alors dans ce cas-là, des pistolets tout court.
05:22Non mais j'attire votre attention sur le caractère involontaire des choses,
05:26mais lorsque, effectivement, on prend le risque
05:29d'être dans une manifestation violente
05:32et non autorisée,
05:34il peut y avoir, malheureusement, ce genre de choses.
05:37Non mais là, en l'occurrence, ces manifestations ont été autorisées.
05:39Non, je vous parle des jours précédents.
05:42Je ne sache pas, je ne sache pas que les lycéens ou les faux lycéens
05:46aient demandé l'autorisation pour manifester.
05:49Mais c'est quand même pas...
05:51Vous ne découvrez pas que dans ce pays,
05:53on est libre de manifester,
05:55on est même libre d'occuper un lycée ou une fac.
05:58C'est quand même pas nouveau.
05:59Alors, qu'est-ce que vous répondez, Emmanuel Morel, s'il vous plaît,
06:02à Bali Bagayoko,
06:03qui était tout à l'heure présent lors de la manifestation,
06:06et qui a dit ça ?
06:07La réponse aux revendications légitimes de nos lycéens,
06:10ce n'est pas par l'envoi de la force,
06:13ni par la police.
06:14La réponse est d'être politique.
06:16Le président de la République
06:17a une responsabilité totalement engagée.
06:21J'ai vu des actions de la police nationale
06:24qui ont été complètement disproportionnées
06:27par rapport à la passivité
06:28avec laquelle les militants étaient présents.
06:30Le président de la République
06:31doit se leverer à la hauteur des valeurs de la République.
06:35Et là, il le piétine.
06:35Est-ce qu'on doit légitimer la violence
06:38comme le fait Bali Bagayoko ?
06:39Non, mais la question n'est pas là.
06:41En revanche...
06:42Comment ça, elle n'est pas là ?
06:43Vous avez un élu de la République
06:44qui est un maire d'une grande ville
06:46qui a dit, bien sûr, la violence est légitime.
06:50Non, ce qui est intéressant dans ce qu'il dit,
06:52et il n'y a pas que lui qui le dit,
06:53c'est le caractère disproportionné, parfois,
06:55des interventions policières.
06:57Mais plus largement,
06:58ce n'est pas la première fois que ça arrive.
06:59Vous vous souvenez-vous du mouvement des Gilets jaunes ?
07:01Peut-être le plus grand mouvement social
07:03que la France ait connu depuis des décennies.
07:05Il y a eu, au départ, moi je me souviens,
07:07j'ai participé aux premières manifestations,
07:09c'était aussi assez bon enfant et massif.
07:11Il y a eu des débordements
07:12et il y a quand même eu des commissions d'enquête
07:15parce que, clairement,
07:16les techniques de maintien de l'ordre
07:18qui étaient utilisées
07:19n'étaient pas adaptées à la situation.
07:21C'est pas aussi simple.
07:21Non, mais c'est peut-être pas aussi simple.
07:23Non, mais attendez, je suis l'avocat de flic.
07:25Oui, mais attention, moi je ne suis pas...
07:26Quand ils reçoivent des projectiles
07:28et qu'ils répondent,
07:30il arrive que des projectiles
07:33arrivent là où ils ne devraient pas arriver.
07:35Mais au départ,
07:36la responsabilité,
07:38c'est la violence des...
07:40Je n'ose même pas parler de manifestants.
07:43Il ne faut pas oublier ça.
07:44Mais pourquoi voulez-vous absolument
07:47vous focaliser là-dessus
07:48alors que ce qui compte aujourd'hui
07:50et ce qui devrait quand même
07:52tous nous intéresser
07:53parce que nous, on est plus jeunes,
07:55c'est précisément les revendications
07:56de ces jeunes gens
07:57qui ont une crise d'avenir,
07:59qui ont des revendications
08:00à la fois très concrètes
08:01et des revendications
08:03un peu hétérogènes et larges.
08:04C'est quand même ça
08:05qui devrait nous angoisser.
08:06On a des enfants, des petits-enfants.
08:08Moi, c'est ça en tout cas
08:09qui m'angoisse le plus.
08:10Est-ce que vous ne pensez pas ?
08:11C'est vrai que j'ai l'esprit chagrin,
08:12mais la genèse de cette affaire-là,
08:15j'ai l'impression qu'il y a
08:17sous les revendications,
08:19sous beaucoup de revendications,
08:20mais avec le rôle de la France insoumise,
08:23j'ai l'impression que
08:24chez une certaine extrême gauche,
08:27ils se sont déjà fait une raison
08:28pour les résultats des élections à venir
08:31et qu'ils préfèrent justement
08:33la violence aux élections.
08:35Non, mais comme vous y allez...
08:37Écoutez, moi j'ai rencontré des lycéens
08:39dans ma circonscription.
08:40Ils étaient manipulés par personne.
08:42D'ailleurs, ils sont suffisamment grands
08:44pour s'auto-organiser.
08:45Et les revendications,
08:46elles étaient très claires.
08:48À la fois, il y a des revendications
08:49matérielles élémentaires,
08:51les toilettes où il n'y a pas de papier,
08:53les emplois du temps qui sont délirants
08:54parce que depuis la réforme des lycées,
08:56on a remplacé les filières traditionnelles.
08:58Vous vous souvenez ?
08:59On est bien d'accord que ce n'est pas une raison
09:00pour brûler des lycées ?
09:02Évidemment.
09:02Mais laissez-moi au moins une minute
09:05pour parler de ça.
09:05Alors, on vous laisse une minute.
09:06Pour parler de ces revendications.
09:08Donc, les conditions d'études,
09:10la vétusté de certains établissements,
09:12ça c'est réel.
09:13Tout le monde est d'accord avec ça ?
09:14L'organisation des emplois du temps
09:15qui est délirant depuis la réforme des lycées,
09:17j'y reviens,
09:17parce que comme vous n'avez maintenant
09:18plus de filières,
09:19mais des spécialités qu'il faut combiner,
09:22ça fait 286 combinaisons.
09:24Si vous avez des enfants,
09:25ou des petits-enfants,
09:26vous voyez ce que c'est.
09:26Oui, on les a.
09:27On a aussi des enfants
09:28qui ne se plaignent pas forcément
09:28de leur emploi du temps.
09:30Donc, les profs eux-mêmes
09:32nous expliquent que c'est catastrophique
09:33de faire les emplois du temps.
09:34Après, vous avez des revendications
09:36aussi légitimes
09:37qu'on aimerait bien avoir des profs.
09:39Par exemple, quand on est en première
09:41et qu'on n'a pas de profs de français,
09:43c'est embêtant pour préparer le bac français.
09:44Il y a peut-être pas mal d'absentéisme,
09:45c'est un prof.
09:46Là, en l'occurrence,
09:47c'est surtout qu'il y a des profs
09:48qui sont non remplacés
09:49pour des raisons budgétaires.
09:5019h26, on va marquer une pause
09:52et on continue la discussion.
09:53On va y revenir.
09:56C'était parfait.
09:57De toute façon, vous êtes là.
09:5818h, 20h.
09:59Europe 1 soir.
10:01Pierre de Villeneau.