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  • il y a 3 mois
Chères lectrices, chers lecteurs,

🗓️ Jeudi 11 juin, nous avons eu le plaisir d'accueillir le dramaturge Nicolas Doutey pour une rencontre autour de ses pièces Ah, Les pensées et Bouger les lignes, parues en un seul volume aux éditions Actes Sud - Papiers.

🎙️Discussion animée par Céline Hersant et suivie d'une lecture du comédien Rodolphe Congé.

Vous souhaitant de belles lectures,

L'écume 🌊

-
✨ La Quatrième : "mon père m'a toujours dit n'oublie jamais qu'en toute situation il est possible de mettre les mains dans les poches et de se barrer et j'ajoutais mentalement chaque fois qu'il me disait ça qu'on pouvait aussi autre approche se jeter par terre à plat ventre au milieu des gens les bras écartés en signe de paix mais là ça n'irait pas" Dans ces trois pièces de factures différentes, mettant au premier plan le fil improbable des pensées et des sensations de ceux qui parlent, des occupations communes - aborder quelqu'un, songer à quelque chose, faire une course - deviennent le lieu d'expériences inédites.
Avec une forme de rigueur comique, l'écriture propose ainsi un théâtre du jeu et de l'événement scénique, qui paraît s'inventer à vue et nous appelle à l'ouverture de ce qui peut advenir.
#🎭
Transcription
00:02Bonsoir à tous et à toutes. Je suis ravie de vous retrouver ici en présence de Nicolas Ducot et je
00:09remercie Actes Sud Papier, présenté ici par Cara Ducat, et la librairie L'Écule des Pages de nous recevoir.
00:17Il est important d'accueillir les écritures théâtrales dans les librairies, de leur faire une place et d'entendre que
00:23l'écriture théâtrale, ça se lit aussi. C'est important.
00:28Ce soir, c'est le lancement du dernier recueil publié par Nicolas Ducot et aux éditions Actes Sud Papier, donc
00:39un recueil de trois pièces à les pensées et bouger les guignes.
00:44Nicolas n'en est pas à son premier coup d'essai. Tu as derrière toi maintenant une dizaine de pièces
00:50et un roman publié à l'Arbre Vengeur, et aussi une pèse.
00:54Je précise aussi parce que tu es sur plusieurs champs d'écriture en simultané, donc une thèse que tu as
01:01publiée aussi et qui porte sur le cadre des détails.
01:05Donc on ne sort pas tout à fait du monde et du théâtre.
01:08Je voulais revenir avec toi peut-être pour commencer sur l'organisation de ce recueil, et peut-être sur la
01:14chronologie des pièces,
01:15en commençant un peu à rebours par les pensées et bouger les guignes.
01:21Est-ce que tu peux nous dire un petit peu à quelles occasions et que le contexte est un peu
01:26particulier et est assez éthérant aussi sur l'époque ?
01:29Je conclue, oui. La première pièce parmi ces deux-là, « Les pensées et bouger les lignes », c'était
01:33« Bouger les lignes », que j'ai écrit.
01:35D'abord, merci, pardon. Je suis très heureux aussi d'être là, évidemment.
01:38Et puis de l'assemblée, merci beaucoup d'être là. Et évidemment, avec une page et acte suivant.
01:43La première pièce, c'est « Bouger les lignes », qui m'a été commandée à l'occasion d'une
01:47création par Bérangère Ventusso,
01:50qui était une métaise en scène et qui travaillait avec la compagnie « L'Oiseau-Mouche », qui est une
01:54compagnie implantée à Roubaix,
01:57entièrement constituée de personnes en situation de handicap, des acteurs professionnels, tous en situation de handicap.
02:03Et la commande, on comprenait sept donnes, que tous les acteurs sont en situation de handicap,
02:08qu'il s'agissait d'écrire un spectacle adressé à la jeunesse, ou en tout cas comprenant une adresse, ouvrant
02:13l'adresse jusqu'à la jeunesse.
02:15Et Bérangère avait comme objet d'intérêt les cartes. La troisième année, c'était les cartes, la cartographie.
02:25Cette donnée-là était liée au fait que Bérangère souhaitait retravailler avec Paul Cox,
02:30qui est un peintre plasticien, qui avait du coup un champ de travail pour ce spectacle, sur les cartes.
02:38Et donc voilà la première pièce, comme ça, qui a été créée en 2021.
02:42Mais tu peux se lire en répertoire jeune public, je pense que c'est important de le dire.
02:46Absolument. Voilà, pour moi en tout cas, c'était important de me dire qu'il ne s'agit pas de
02:52réduire la Bresse,
02:53à l'occasion de cette... du fait d'écrire pour la jeunesse, non pas de la réduire, mais de l
03:00'ouvrir,
03:00en tout cas de trouver quelque chose de presque plus radical, de chercher une évidence plus grande,
03:04parce que ça inclut la jeunesse.
03:07Donc oui, ça peut aussi être lu par des grands.
03:12Du coup, c'est intéressant cette histoire de cartes et d'orientation pour travailler aussi avec un public,
03:18des acteurs, des troupes, en fait, des jeunes gens handicapés.
03:23Oui.
03:23Puisque ton théâtre, de manière générale, pose la question de l'orientation de manière très propre.
03:29Comment tu conçois ces jeux d'orientation, désorientation dans l'espace ?
03:33Parce que tes personnages, finalement, et tes étudiants, ont toujours leur problème,
03:38parce qu'ils ont tous un problème, c'est souvent de se situer, d'atteindre des choses qui sont loin,
03:43de formuler des pensées, de formuler une parole claire.
03:47Donc, en travaillant aussi avec ces publics particuliers,
03:51comment tu as essayé de composer, parce que c'est une chose récurrente dans ton équipe,
03:56cette idée d'avoir un problème à se situer ou à énoncer des choses ?
04:00Oui.
04:03Qu'est-ce que je pourrais dire là-dessus ?
04:04Disons, en ce cas, par rapport à « Bouger les lignes »,
04:09comment dire ?
04:10Un des points de départ, en tout cas, un des points de départ de la dramaturgie,
04:14souvent, c'est de travailler sur le conflit.
04:15Pourquoi on parle ? On parle parce qu'on s'oppose.
04:18Parce que c'est ça qui fait parler, c'est des moteurs conflictuels.
04:21Et ce qui m'intéresse de développer, c'est des moteurs non-conflictuels,
04:25ou peu conflictuels.
04:26Donc, plutôt avoir un problème que essayer d'écraser la volonté de l'autre par sa volonté.
04:31Donc, c'est pour ça aussi que la question de la désorientation m'intéressait.
04:36Ça m'intéressait aussi d'en bouger les lignes pour non pas traiter le sujet de la carte
04:41comme un objet de pensée ou quelque chose sur lequel il faudrait avoir une réflexion,
04:46verbale, mais utiliser le langage et le langage théâtral, c'est-à-dire aussi l'espace
04:50de la scène, pour mettre en jeu la question de la carte et, en fait, du rapport à l'espace,
04:55plus simplement.
04:55C'est-à-dire qu'il y ait une question, en fait, extrêmement concrète et qu'on traverse
05:01tous, tout le temps.
05:03J'essaie d'employer le théâtre pour rendre parfaitement évidente des questions qui,
05:08seulement décrites, pourraient sembler moins évidentes.
05:12Tu aurais un mot intéressant, cette idée de se situer.
05:17Alors, au théâtre, se situer, la situation, c'est un mot extrêmement compliqué et que
05:22tu dis, la situation dramatique.
05:24Comment tu travailles cette idée de la situation ? Parce que ton théâtre a tendance à évacuer
05:28précisément l'idée d'une fable, voilà, avec un début, un milieu, une fin.
05:34C'est vraiment, ça interroge le théâtre à son endroit le plus existentiel.
05:39Comment créer une situation où il a déjoué, d'une certaine façon, sur la situation dramatique
05:45ou la construction ?
05:46Qu'est-ce que tu peux me dire ?
05:48Oui, oui, il y a quelque chose d'assez...
05:53J'ai toujours du mal, en commençant à créer une pièce, à me dire, alors, ça se passe
05:57à telle époque, dans tel endroit, à installer un cadre, un temps, un espace fictionnel
06:03qui, moi, dans un certain sens, m'éloigne du réel du théâtre où juste on voit des
06:07gens, des acteurs sur scène dire des choses.
06:10Puis, mon objectif d'écriture, c'est de me situer au ras de cette performance théâtrale-là,
06:19très, très simple, où juste des gens sont sur scène et disent des choses.
06:22Qu'est-ce qui se passe ?
06:23Avant de se dire, ah oui, mais c'est un personnage, on est quelque part, et ça va.
06:26Donc, pour Bouger des Lignes, c'était ça l'enjeu, disons, partir juste de l'anecdote.
06:32C'est aussi des choses très communes dans tout ce que le commun a, de tout ce qu'on
06:37peut entendre d'ouvert et d'accessible dans l'idée du commun aussi, partagé.
06:41Donc là, le point de départ de Bouger des Lignes est très commun, c'est aller acheter
06:44quelque chose à l'épicerie de quartier.
06:47Et dans Les Pensées, parce que je n'ai pas parlé des pensées, je vais peut-être
06:49en parler aussi quand même, Les Pensées, qui est l'autre pièce, qui est issue
06:54d'une commande que m'a passée Sylvain Maurice, ici présent, qui, pareil, la commande
07:00contenait l'idée d'une adresse à la jeunesse, en tout cas d'ouvrir l'adresse
07:03à la jeunesse.
07:05Il n'y avait pas de problème thématique.
07:08Et moi, toujours dans cette idée d'essayer d'aborder des questions radicales, mais
07:14au sens où le radical, c'est comme un dénominateur commun, donc des questions très
07:18communes, je me suis dit que je pourrais essayer de faire une pièce sur les pensées,
07:21sur le fait de penser, qui est l'activité la plus commune et la plus permanente qu'on
07:26a tous, tout le temps, et essayer de voir comment on pouvait employer le théâtre à
07:30faire exister ça, non pas nommer ou décrire des choses sur les pensées, mais faire exister
07:35le fait qu'on pense tout le temps, qu'on parle des choses qu'on pense, que du coup,
07:39les choses qu'on pense peuvent se communiquer, rentrer à la tête de quelqu'un d'autre,
07:43enfin voilà, et déployer tout ça.
07:45J'ai complètement oublié ta question, pardon.
07:47Non, non, mais ça amène des choses intéressantes, parce qu'en introduction, tu dis qu'on pouvait
07:52le théâtre, ça s'est dit ici, et dans ton théâtre, il y a cette dimension du théâtre
07:56mental, j'emploie le mot, mais tu peux me corriger aussi, il y a vraiment le concret
08:04de la scène, tu l'as vu, enfin montré le théâtre, parce qu'il y a des planches, des
08:07cornes, des gens qui parlent et d'autres, qui apporteraient matériel aux choses, et en même
08:13temps, cette superposition du théâtre, c'est peut-être du conceptuel, parce que tu le ressens
08:18comme ça, comme tu as beaucoup travaillé sur l'univers de Beckett, j'ai obligé de faire
08:23un peu de lien entre ces deux écritures, et il y a même des choses qui rapprochent beaucoup
08:27aussi des deleuses, avec la carte, même les réseaux, les grisomes aussi beaucoup, donc on
08:33peut dire, quand je me perds aussi dans les questions, c'est la désorientation, enlever
08:40la situation, c'est aussi dans le discours critique, comment tu vois cette idée d'un
08:47théâtre mental aussi, qui échappe à quelque chose de scénique, qui dépasse même peut-être
08:53les cadres de scène, des images, des pensées, etc.
08:59Des pensées, oui, mais alors, disons, je peux concevoir l'effet mental que ça peut
09:05projeter, mais il me semble au contraire que c'est plus concret, c'est-à-dire que c'est
09:10encore plus concret, disons l'effet, ce que ça ne donne pas, c'est une représentation,
09:16c'est-à-dire, on est, je ne sais pas, en Russie à la fin du XIXe siècle, pardon pour
09:21ces exemples, mais vous voyez, on est quelque part, dans un endroit précis, qu'on va essayer
09:26de représenter par un décor, etc., non, non, en fait, on est au théâtre, et puis, il
09:30y a des acteurs sur scène, et qu'est-ce qui se passe ? Donc, en fait, c'est, moi,
09:33ça
09:33me semble plus concret encore, c'est moins, c'est comme on pourrait dire, enfin, le mot
09:40qui me vient là, c'est comme si c'était moins décoré, mais c'est plus brut, en fait,
09:46ou plus, alors, on parle de becquette, peut-être plus minimal, enfin, ou abstrait, mais au sens
09:52de la peinture abstraite, quoi, c'est-à-dire, c'est, enfin, c'est plus concret, en ce sens-là,
09:57je dirais.
09:59C'est une temps hyper, sur la couverture, on retrouve un tableau de Malevich, qui pose la
10:07question à la peinture et à l'art en général des formes, des contrastes du vide et de l'espacement.
10:12C'est un tableau que tu as choisi, toi, ou c'est du coup un choix éditorial ?
10:17C'est un tableau qu'on a choisi en bonne entente, comme on dit, voilà, c'est ça.
10:23Pourquoi Malevich, plutôt que c'est un canot ?
10:27Oui, oui, j'ai une passion pour Malevich, j'aime beaucoup Malevich, quoi, je ne sais pas comment,
10:34ouais, le passage à l'abstraction, puis, je ne sais pas, en voyant des monographies,
10:40ou des expositions, etc., le fait que l'abstraction arrive à un moment, c'est-à-dire qu'il
10:44commence par des choses figuratives, puis que l'abstraction arrive comme quelque chose,
10:47en fait, de très libre, de très libre au sens de, c'est comme s'il avait lâché
10:53des choses, ça me parle beaucoup, puis là, il y avait l'idée des lignes, il y avait
10:58l'idée, c'est-à-dire que aussi, c'est très net, il y a quelque chose de très précis,
11:02contrairement à certains, Kandinsky, par exemple, où ça peut donner quelque chose
11:04d'un peu plus fouillis, là, il y a quelque chose de très, ouais, minimal, quoi,
11:08donc, moi, ça me, ça me, voilà, c'est pas bon.
11:12Est-ce que l'idée, c'est d'arriver dans une forme, alors, j'entends un mot dans l'histoire
11:15du cadre,
11:16quand même, c'est le théâtre pauvre, enfin, l'écriture qui va vers une forme de pauvreté,
11:20en éliminant ou en débarrassant les cultures de la psychologie, de la situation,
11:26et là, du tout à l'heure, quand on a l'entend, le plus essentiel de la langue,
11:30je travaille du tout sur la synthèse, la grammaire, et l'une grammaire du cadre aussi,
11:35Oui, oui, disons, le travail sur la grammaire, enfin, ou la grammaire du théâtre,
11:39c'est essayer d'être le plus concret possible, encore une fois,
11:43c'est d'essayer de faire travailler l'infrastructure théâtrale, quoi,
11:47et pas juste, encore une fois, de raconter quelque chose.
11:50Et sur la pauvreté, oui, sans doute quelque chose comme ça,
11:54mais peut-être que j'ajouterais une pauvreté burlesque,
11:56une pauvreté heureuse, mais en tout cas, quelque chose plus qu'une pauvreté subie.
12:03Parce que là, j'ai l'air de dire que c'est, enfin, de l'œil, etc.,
12:08mais c'est très drôle, là, aussi, enfin, les nouvelles techniques,
12:11vraiment, très présentes, depuis les toutes premières pièces,
12:14et jusqu'à celles-ci, enfin, dans cette façon de produire des écarts,
12:18en fait, de faire surgir des choses du quotidien qui sont, finalement, assez absurdes,
12:23comme ces gens qui se rendent dans une campagne,
12:25et qui ont du mal à expliquer, qui veulent acheter juste une thérapie,
12:28parce qu'il faut décrire l'objet, quand on ne sait pas le nommer,
12:30et ça produit un peu des choses, enfin, c'est l'absurde du quotidien, mais c'est de...
12:36Ah oui, oui, absolument.
12:37Et en même temps, ça fait vraiment apparaître un problème de langage,
12:40il n'y a que comment on se débrouille quand on n'a pas le mot pour nommer
12:43et pour transmettre son idée, c'est-à-dire vraiment le truc de...
12:46On est seul avec ses pensées si on ne peut pas les communiquer,
12:49et on les communique beaucoup par le langage,
12:51donc, enfin, voilà, ça fait exister toutes ces questions de dialogue et d'échange,
12:53j'ai des corrections, autocorrections,
12:56parce que finalement, les locuteurs n'arrêtent pas,
12:59en décidant de trouver le mot juste,
13:00de toujours reformuler,
13:02ce qui produit aussi un peu des étés de boucle,
13:03parfois, dans les palettes,
13:05donc un principe presque fugué,
13:07dans son étude, de la répétition,
13:09de la variation,
13:10qui emmène le sujet qui fait déborder,
13:13sortir du cadre un petit peu initial,
13:16enfin, c'est comme si la forme de Malevich
13:18commençait par sortir du châssis,
13:21enfin, il y a un peu aussi...
13:21Ah oui ?
13:23Je l'accueille bien volontiers.
13:26Merci.
13:28Moi, je ne sais pas si c'est cette idée de faire déborder un peu les lignes,
13:33ou...
13:34Alors, en tout cas, sur la fugue,
13:35je ne sais pas s'il y a le truc de déborder, peut-être,
13:37mais en tout cas,
13:39une préoccupation,
13:39c'est de rester en rapport au présent,
13:42et à la présence,
13:43c'est-à-dire que le théâtre est une forme hautement temporelle,
13:46me semble-t-il,
13:47de l'instant,
13:48et du coup,
13:49faire en sorte que l'écriture accroche.
13:52L'instant, c'est presque l'enjeu principal de A,
13:55qui, juste pour en dire un mot,
13:56qui est la troisième pièce,
13:58qui est écrite comme un monologue intérieur,
14:00où la théâtralité repose vraiment
14:03sur le caractère événementiel
14:05de l'arrivée de chaque pensée.
14:08C'est vraiment, voilà,
14:09le présent, c'est celui-ci, quoi.
14:12Donc oui, le fait de dériver,
14:13de retravailler ou de fuguer quelque chose,
14:15c'est lié à cette question-là, pour moi.
14:18Ça reprend aussi un mot qui revient beaucoup
14:20dans ton art,
14:21c'est le fait des phénomènes.
14:22Les phénomènes, c'est quelque chose
14:24qui s'est produit et s'est reproduit.
14:26On travaille sur les pensées,
14:27les événements,
14:29les phénomènes,
14:29et finalement, la logique
14:30qui préside ou pas à l'enchaînement
14:32d'une chose vers une autre.
14:34C'est ça qu'on le...
14:35Là, c'est...
14:36Donc, au rapport à la philosophie,
14:37sur les causes,
14:38les effets,
14:40je ne sais pas comment tu vois ça.
14:42Comment je vois ça ?
14:44C'est une vraie question dramaturgique aussi.
14:46Oui.
14:47Un fait productif,
14:48ensuite,
14:48autre chose
14:49et que l'humain,
14:51dans la conduite de l'action, par exemple.
14:52Oui, oui.
14:53Ça, c'est une question, par exemple,
14:55c'est-à-dire,
14:56quand les enchaînements
14:58ou les dramaturgies
14:58ou les causalités sont très...
15:00Je ne sais pas comment dire...
15:05C'est Gertrude Stein
15:05qui a écrit un texte
15:06que je trouve formidable
15:07sur le théâtre,
15:08donc au tout début du XXe siècle,
15:09qui écrit qu'il y a beaucoup de pièces
15:11quand on les lit
15:12ou quand on les voit.
15:13C'est pareil pour les films.
15:14Au début,
15:15on est en retard
15:16sur ce qui se passe
15:17parce qu'on ne sait pas
15:17qu'un tel
15:18est le frère d'un tel
15:19et le cousin d'un tel.
15:20On a plein d'informations
15:21à récupérer.
15:22Et après,
15:23vers le milieu fin,
15:24on sait ce qui va se passer
15:25et juste,
15:25on attend que ça se passe.
15:27D'accord,
15:28parfois, c'est un peu long.
15:29Et voilà.
15:30Et parce que la causalité,
15:31elle est déterminée.
15:32Donc, l'idée,
15:32c'est de voir
15:33comment on peut remettre du présent,
15:35dire,
15:36éviter que la pièce dure deux minutes,
15:39éviter quand même
15:40qu'il y ait une forme de causalité
15:41ou qu'il y ait une continuité
15:42qui se crée,
15:43mais réalimenter le présent
15:47régulièrement, quoi.
15:48Mais c'est intéressant
15:49parce que dans le rapport au clair,
15:50quand j'ai essayé
15:50qu'on fait d'autres,
15:52il y a des grands modèles
15:52justement sur la question
15:53du présent pour le clair.
15:55Et cette idée
15:55de l'information donnée
15:57ou pas aux spectateurs,
15:58c'est que nous,
15:58on en sait plus
15:59que le personnage parfois,
16:01mais qu'après,
16:02finalement,
16:02on en sait moins que lui.
16:03enfin, ça crée des effets,
16:06des distorsions,
16:07en fait.
16:07On ne sait plus très bien
16:08qui sait vraiment
16:09ce qui va se passer.
16:11Ça se retrouve aussi
16:12par l'idée de dépenser.
16:13On ne sait pas
16:14ce que l'autre pense.
16:15C'est un peu
16:15l'un des problèmes aussi
16:16dont on rencontre
16:17tous les personnages
16:18dans le cœur.
16:18C'est l'essayer
16:19de projeter
16:20un univers
16:22de pensée
16:23dans la tête de l'autre
16:24mais qui nous reste
16:25inaccessible.
16:27C'est l'effort ?
16:28Non, non, non,
16:28c'est ça.
16:29C'est qu'il nous reste
16:30accessible
16:30et en même temps
16:31qui peut être formulé.
16:32C'est aussi ça
16:33le rêve,
16:35je ne sais pas,
16:35en tout cas,
16:35le travail de la parole
16:37et de l'écriture aussi.
16:39Pour le moment
16:39de l'intérieur,
16:40par exemple,
16:40c'était vraiment ça.
16:41C'est-à-dire
16:42essayer de voir
16:42jusqu'où peut aller
16:44la description,
16:44jusqu'où on peut
16:45tout dire.
16:46Là,
16:47donc,
16:47tout le texte,
16:48c'est un texte entier,
16:52tout le texte
16:53décrit
16:53une quinzaine de secondes
16:54dans une interaction
16:56très...
16:57comme ça.
16:57et le défi,
16:59en tout cas,
17:00le moteur d'écriture,
17:01le moteur d'écriture
17:01pour moi,
17:01c'était de déplier,
17:03déplier, déplier
17:03et de garder
17:05néanmoins
17:06une forme
17:06de plaisir,
17:08je ne sais pas
17:08comment dire,
17:11que des choses
17:11apparaissent
17:12dans ce présent.
17:12Ce n'est pas juste
17:13un zoom
17:13et puis plus j'aide
17:14d'un petit,
17:15plus j'aide d'intéressant
17:16parce que des choses
17:17puissent apparaître.
17:18C'est un peu comme
17:19Lewis et de Joyce.
17:21Finalement,
17:21dans un roman
17:22de mille pages,
17:23c'est un instant de vie
17:25qui est commencé
17:25avec toutes les pensées
17:26du personnage
17:26et que c'est un peu
17:28le même principe
17:28que dans...
17:29Absolument,
17:30oui,
17:30ou un roman de Bernhardt,
17:31si on parlait de Bernhardt
17:32un peu,
17:32je ne sais plus
17:33quel roman de Bernhardt
17:33qui est un monnaie
17:34à l'intérieur
17:35sur,
17:35en fait,
17:36je ne sais pas,
17:3615 minutes.
17:38Il y a quand même
17:39une idée de...
17:40Donc,
17:40une idée de jouer
17:41avec les longueurs,
17:42c'est vraiment important aussi,
17:44c'est ce qui crée
17:45de la distance,
17:46il y a des distances
17:46physiques aussi
17:47entre les déclicats
17:48qui paraissent
17:49parfois infranchissables
17:51et ça revient
17:52à l'idée de la carte
17:53quand on évoquait le talent,
17:54il y a vraiment l'idée
17:55de parcourir
17:57un écart
17:58et de franchir
17:59quelque chose
18:00et de franchir
18:00un autre sac.
18:01C'est un dédentachement
18:02assez important
18:03qu'il y a du tout
18:04bien formulé,
18:05etc.,
18:05la distance impossible
18:06à franchir.
18:07Oui,
18:08oui.
18:08C'est ce que je trouve
18:09ces différentes formes.
18:11Oui,
18:12absolument,
18:13il y a de ça
18:13et en même temps,
18:15et c'est pas,
18:16disons,
18:16par rapport au...
18:17Peut-être,
18:18je pourrais dire
18:18qu'une des...
18:20Écrire pour le théâtre
18:21est quelque chose
18:21de pas naturel,
18:22je ne sais pas comment dire.
18:24C'est par rapport
18:25à la question
18:25de l'improvisation
18:26ou quoi,
18:26c'est-à-dire que
18:26quand on arrive
18:27sur une scène
18:27et qu'on dit
18:28quelque chose
18:29qui a déjà été écrit
18:31comme si on le trouvait
18:32maintenant,
18:34il y a un décalage.
18:36Le texte
18:36a déjà été écrit.
18:38Donc là,
18:39le travail pour moi,
18:40en tout cas,
18:40la manière dont j'aborde ça,
18:42c'est de me dire
18:42que tous les personnages
18:44sont hyper forts
18:45pour dire
18:46comme ça
18:48exactement ce qu'ils ont
18:48dans la tête.
18:49Très, très précisément
18:50leurs sensations,
18:51leur...
18:52Donc il y a une espèce
18:53de réussite permanente.
18:54Sauf que
18:55ce qu'on a dans la tête,
18:56ça change toutes les secondes.
18:57Donc il faut toujours...
19:00Voilà.
19:00Ouais, c'est ça.
19:02Donc c'est...
19:03Ouais.
19:04Qu'est-ce qui t'a donné
19:05l'envie de basculer ?
19:06Est-ce que tu as toujours
19:07proposé des pièces
19:08à plusieurs lecteurs
19:10pour leur voir ?
19:11Là, dans la...
19:12C'est un peu le banc A.
19:14Là, on a dit,
19:15c'est un monologue.
19:17Qu'est-ce qui t'a...
19:20Enfin...
19:20Qu'est-ce que tu cherches
19:21d'autre
19:22que dans la composition
19:24d'un dialogue
19:26traditionnel,
19:26s'il vous plaît ?
19:27Est-ce que ça permet
19:29ou ne permet pas de...
19:31Ce que ça permet pas,
19:33c'est le dialogue.
19:34Pardon.
19:34Ça, c'est un peu évident.
19:36Non, mais disons...
19:37En plus, là,
19:38je l'ai écrit après une pièce...
19:39Après avoir écrit une pièce
19:40où ils étaient six,
19:41ce qui pour moi
19:41était un casse-tête terrible.
19:43Donc j'avais envie
19:44de resserrer sur...
19:45Voilà.
19:45Une pièce où il soit
19:46une seule personne.
19:48Même si ça ne dit rien
19:49de la manière
19:50dont ça peut être
19:50mis en jeu,
19:51puisque ça sera mis en jeu
19:52par plusieurs acteurs
19:53prochainement.
19:55Mais...
19:56c'était de travailler
19:57sur une ligne,
19:58en fait.
19:58De travailler sur une ligne
19:59et sur une ligne
20:00qui se développe
20:00et voir comment est-ce
20:01qu'il peut y avoir
20:02quelque chose
20:02de la théâtralité,
20:04du caractère scénique,
20:07de la scène,
20:08quoi,
20:09qui peut être travaillé
20:10quand même
20:11dans une...
20:11Voilà,
20:12en développant une ligne.
20:15On va voir.
20:16On va voir.
20:18parce que tu as été
20:18auteur associé
20:19au CDN de Tours,
20:21par exemple,
20:21en Afrique nationale
20:22de Tours,
20:23et la pièce va être
20:23créée la semaine prochaine.
20:25Voilà,
20:26là-bas,
20:26à l'Olymplein.
20:26Alors,
20:27les pensées,
20:27oui,
20:28c'est ça.
20:28Les pensées
20:28vont être créées,
20:29absolument.
20:30Parce qu'il y a une actualité
20:31aussi.
20:31Voilà,
20:32l'apparition
20:32accompagne aussi
20:33des choses
20:35qui vont se débrouiller
20:35de la tête.
20:37Et au théâtre
20:38de la ville aussi.
20:39Absolument.
20:41Donc,
20:41c'est ça.
20:41Donc,
20:42les pensées
20:42mises en scène
20:42par Sylvain Maurice
20:43sont créées
20:44la semaine prochaine
20:45à Tours,
20:45au CDN de Tours,
20:46et jouera
20:47en octobre prochain
20:48au théâtre de la ville.
20:50Et la pièce A
20:52sera créée
20:53à l'hiver prochain,
20:55mise en scène
20:56par Alain Françon,
20:57voilà,
20:57au théâtre
20:58de la Porte Saint-Martin.
21:00Normalement.
21:00On peut prendre
21:01de l'avance
21:02en achetant le livre
21:04de Nicolas.
21:06Est-ce que tu veux
21:07qu'on livre
21:08un petit peu sur...
21:08Est-ce que tu veux lire
21:09peut-être ?
21:10Rodolphe est là ?
21:11Ah, je ne l'ai pas vu.
21:11Peut-être que...
21:13Oui, j'ai caché.
21:14Je ne peux pas
21:15qu'est-ce que tu veux
21:16venir me lire
21:16un petit peu.
21:18Je vais laisser ma place.
21:19Tu veux.
21:27Merci, Rodolphe.
21:28Veux-tu que je te laisse
21:29le...
21:29Je suis là.
21:30Super.
21:33Donc, Rodolphe
21:33a accepté
21:34de lire
21:34le début
21:35de A.
21:36Voilà.
21:38Alors,
21:40je vais prendre
21:41un moment
21:41parce que c'est honnête.
21:46Pardon,
21:47Rodolphe Conger
21:47qui jouera
21:48A.
21:49Voilà.
21:50Ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah, ah.
22:06C'est une question de discrétion
22:09quand on y pense.
22:11Quand on y pense vraiment,
22:13on peut y penser vraiment.
22:14C'est une question de discrétion.
22:17Et la discrétion,
22:19ce n'est pas ce qu'on croit.
22:21Parce que, évidemment,
22:23on peut dire oui.
22:24Il y en a qui le disent.
22:26Ils disent
22:27oui.
22:28La discrétion, d'accord.
22:29Mais enfin, c'est souvent une excuse
22:30pour ne pas faire grand-chose.
22:32On est là,
22:33on fait
22:33on fait un ou deux passes
22:35et tout,
22:36on dit qu'on est discret,
22:37mais en fait,
22:37on ne fait rien.
22:40Mais on pourrait dire
22:40non.
22:42On pourrait dire
22:43c'est se fourrer le doigt dans l'œil.
22:45La discrétion,
22:45c'est aussi tout le contraire.
22:47C'est aussi
22:47une conquête.
22:49La discrétion,
22:50c'est une affaire de conquérants.
22:51Et les plus grandes conquêtes,
22:52les conquêtes pour tout le monde
22:53sont des conquêtes
22:55discrètes.
22:56Et qui dit le contraire,
22:58c'est simple,
22:59il dit n'importe quoi.
23:00Et il faut qu'ils se taisent.
23:02Parce qu'on voit bien
23:03tous ces gens
23:04pas discrets
23:05quand ils arrivent,
23:06ils envahissent tout
23:07avec leur manière d'être.
23:09Enfin,
23:09avec leur manière d'être,
23:10ils envahissent
23:11et écrasent tout.
23:12On était conquis
23:13à se balader,
23:14à discuter
23:15ici et là,
23:16à regarder
23:17à l'entour.
23:18Et eux arrivent
23:19et vous ligotent.
23:20Et ils vous donnent
23:21l'impression
23:22d'être des petites choses
23:23tragiles
23:24qui se font ligoter
23:26facilement
23:26rien qu'avec
23:27des manières d'être.
23:29Et on se dit
23:30« Ah bon,
23:30je suis fragile ? »
23:32Ah d'accord,
23:32désolé.
23:34Mais ce n'est pas du tout ça,
23:35on n'est pas fragile.
23:36C'est simplement
23:37qu'on est sur un autre con.
23:39Sur le coup
23:40d'une chose
23:40autrement plus vaste
23:42que débouler
23:43et ligoter
23:43tout le monde
23:44avec nos manières d'être
23:45comme des gens
23:46pas discrets.
23:47Comme des gens
23:47pas discrets
23:48qui voient rien
23:49de ce qui se passe
23:50et pas plus
23:51de ce qu'ils font.
23:52Parce que
23:53le plus souvent,
23:54ils ne se rendent même pas compte.
23:56Ils ont juste l'impression
23:57d'être normalement,
23:58tranquillement là
23:59ou par exemple
23:59de voir quelque chose,
24:00de parler
24:00de ce dont il parle
24:02mais ce n'est pas ça
24:03qu'ils font.
24:03Ils ne sont pas en train
24:04de parler de ce dont ils parlent
24:05ou de dire quelque chose.
24:07Ils font complètement
24:08autre chose
24:08et que font-ils ?
24:09Ils écrasent.
24:12Méthodiquement.
24:13Tout ce qui se trouve
24:14dans les parages.
24:15Et alors on est cuit.
24:17Alors que non,
24:18on n'est pas cuit.
24:19On peut bouger les bras.
24:21On peut faire ce qu'on fait
24:23sans marcher en plein dedans,
24:24sans écraser ce qu'on fait,
24:26sans tout écraser
24:27à la ronde
24:27avec ce qu'on fait,
24:28sans baïonner tout le monde.
24:31Alors la discrétion,
24:33c'est ce qui permet
24:34aux gens
24:34de bouger les bras.
24:36La discrétion,
24:37c'est la conquête
24:38de l'alentour.
24:40Ça libère l'alentour.
24:42L'alentour,
24:42il est là.
24:43Si on veut,
24:44on peut y aller
24:44et tout le monde
24:45peut y aller.
24:46Il y a de la place
24:47et il y est toujours.
24:48Il y en a toujours.
24:49C'est son principe.
24:52C'est le principe
24:53de l'alentour.
24:55Son côté disponible.
24:57Et ces envahisseurs
24:59bornés et forcenés
25:00qui veulent tout écraser,
25:01accaparer l'espace,
25:03qui vous donnent l'impression
25:03d'être une petite chose fragile.
25:06Forcément,
25:06on a envie
25:07de leur répondre,
25:08de rétorquer
25:09et même parfois
25:10de les broyer.
25:11Et oui,
25:12c'est naturel
25:13pour leur montrer
25:15puisqu'avec eux,
25:16il faut montrer.
25:17pour leur montrer
25:18que leur manière
25:19de tout écraser,
25:20c'est l'inverse
25:21d'une conquête.
25:23C'est une disparition.
25:25Une extinction.
25:27C'est l'extinction
25:28de l'alentour
25:30qui permet
25:30que les gens
25:31bougent les bras.
25:32Les gens discrets,
25:34les conquérants,
25:35producteurs d'alentours.
25:36Alors,
25:36la discrétion,
25:37c'est formidable.
25:38Il n'y a rien d'autre
25:39à dire.
25:42Tout ça,
25:43c'est vrai.
25:43C'est bien de le dire.
25:44Et d'ailleurs,
25:44c'est ce que je dis.
25:46C'est ce que je me dis.
25:47C'est une question
25:48de discrétion.
25:49C'est une phrase
25:50que je répète,
25:50je la fais tourner
25:51depuis un petit moment.
25:52Mais il faut être honnête.
25:54En cours de route,
25:55j'ai perdu le lien
25:56avec ma situation.
25:58C'est-à-dire
25:58que je le dis.
25:59C'est une question
26:00de discrétion.
26:01Je vois bien
26:02que je le dis,
26:03mais ça n'a rien à voir
26:04avec ce qui se passe.
26:05Je le dis
26:06comme pour changer
26:07la table.
26:07Parce que
26:07ce qui se passe,
26:08c'est très simple.
26:09Ce qui se passe,
26:10c'est que je l'ai vue.
26:12Cette personne importante
26:13que je connais,
26:14on se connaît.
26:15Cette personne importante
26:16que j'ai vue,
26:16que je connais
26:17et dont je tairai le nom
26:18dans cette petite réunion,
26:20cette personne importante
26:21dans cette petite réunion,
26:23c'est un fait,
26:23je l'ai vue.
26:25Bon,
26:25je l'ai vue.
26:26C'est tout.
26:27Voilà.
26:27Je me suis arrêté là.
26:29Je me suis,
26:30je m'en suis
26:31comme contenté.
26:32Ça m'a déjà semblé
26:33une étape
26:34de la voir.
26:36Une étape.
26:37Vers quoi ?
26:37Je ne sais pas,
26:38mais une étape.
26:39Alors,
26:40j'ai fait une pause.
26:41Comme après,
26:42une étape.
26:43J'ai déposé des armes,
26:44j'ai planté mon bivouac,
26:46puis j'aurais pu ne pas le faire
26:47car j'ai eu un élan.
26:48Quand je l'ai vue discuter là-bas
26:51dans un petit groupe,
26:52je n'étais pas loin
26:53de lui faire un signe
26:54sans aller droit sur elle
26:56pour lui serrer la main
26:56tout interrompre
26:57au séance tenant.
26:58Pas une chose
26:58aussi frontale,
27:00bruyante
27:00et dans l'espace,
27:01mais un petit signe,
27:03un petit bonjour mental
27:05avec l'œil
27:05ou quelque chose.
27:06que ce soit perçu
27:07ou non,
27:08à la limite,
27:09ça ne dépend pas de moi,
27:10mais je serais allé jusqu'au bout
27:12et j'aurais bien fait les choses.
27:14Et au lieu de ça,
27:15rien.
27:17Je l'ai vu,
27:18je n'ai rien fait.
27:19J'ai eu un élan,
27:20certes,
27:22mais mouf.
27:23Et un élan mouf.
27:27Ou fugitif.
27:28C'est-à-dire,
27:28j'ai été très rapide,
27:29j'ai tout pensé très vite,
27:30si vite que mon élan,
27:32je l'ai vu au ralenti,
27:33et il prenait des heures,
27:35comme si moi ou quelqu'un
27:36avait eu le temps
27:37de le visionner,
27:38de le revisionner.
27:40C'est une sorte
27:41de surveillant
27:43détendu,
27:43clope au bec,
27:44ce sont des petits neurêts
27:45qui auraient dit
27:45« Ok,
27:46tu as un élan,
27:47là,
27:48tu veux faire ça. »
27:49Oui, pourquoi pas ?
27:50Oui.
27:51Mais ça,
27:52ça m'a interrompu.
27:54Je n'étais pas loin
27:54de faire enchaînement,
27:56réaliser la suite parfaite,
27:57je la vois,
27:58hop,
27:58je fais un petit signe,
27:59mais non.
28:00Alors,
28:00je ne me félicite pas
28:01d'une force
28:02de discrétion.
28:04Je pense plutôt
28:05« Pourquoi est-ce que
28:06je n'ai pas laissé
28:06libre cours à mon élan ? »
28:09Parce que maintenant,
28:11on y est.
28:12Maintenant,
28:12c'est compliqué.
28:13Un problème,
28:14ce profil,
28:15ce n'est pas tout à fait
28:16égal,
28:17parce que moi,
28:18je l'ai vu,
28:20cette personne importante,
28:21mais elle,
28:22l'ignorante,
28:23tout à son affaire
28:24et à son insouciance,
28:25comme si elle gambadait
28:27n'importe comment,
28:29dans des champs,
28:31aléatoires,
28:32et en jupettes,
28:34elle ne m'a pas vue.
28:36Et donc,
28:36il y a ce moment
28:38qui va venir.
28:39Elle me verra,
28:40parce qu'on n'est pas
28:41tant que ça
28:42dans cette petite réunion,
28:43quelques grappes
28:44de personnes,
28:45un peu,
28:46mais pas tant que ça.
28:47Elle me verra
28:48et elle sera surprise
28:49de me voir.
28:51Pas forcément
28:53extrêmement surprise,
28:54car il m'avait...
28:55Il y avait quand même
28:56des chances que je sois là,
28:57je n'ai pas une expérience
28:58ni une présence
28:59contextuellement
29:00invraisemblable.
29:01Pas forcément
29:02extrêmement surprise,
29:03mais normalement surprise.
29:06Surprise aux alentours
29:07de...
29:08Ah !
29:09Vous êtes là ?
29:10Je ne vous avais pas vu.
29:12C'est avec la petite intensité
29:14qui signale toujours
29:15la surprise,
29:15le...
29:16Ah !
29:17Et moi,
29:18moi je l'ai déjà vue,
29:19donc je n'aurais pas
29:20cette surprise,
29:21la surprise sur le moment
29:22de la voir,
29:23la surprise,
29:24le...
29:25Ah !
29:25Et si je n'ai pas ce
29:27Ah !
29:27qui répond à son
29:29Ah !
29:30La personne importante,
29:31elle va se poser des questions,
29:32elle va se dire
29:33Tiens !
29:35Qu'est-ce que ça cache ?
29:37Elle va peut-être se dire
29:38pourquoi
29:39n'est-il pas surprise
29:40et tout de même maintenant,
29:41on ne s'était pas donné rendez-vous
29:42et on se tombe dessus,
29:43ça mérite au moins
29:44Ah !
29:45Ma présence lui est-elle
29:46si indifférente
29:47qu'elle ne déclenche pas
29:47le mécanisme de la surprise
29:49en son âme ?
29:52Ou bien le problème
29:53réside-t-il carrément
29:54en son âme
29:55qui est si corrompu
29:55que le mécanisme naturel
29:57de la surprise
29:57ne veut pas y trouver
29:58les ressources nécessaires
29:59à son éclosion ?
30:01Peut-être qu'elle ne dira rien
30:03de tout ça
30:04de manière aussi claire
30:05et elle aura juste
30:06une espèce
30:07de mauvaise sensation
30:08et alors
30:09notre échange
30:10commencera
30:10sur un terrain savonneux
30:12et quels que soient
30:13nos efforts
30:13pour avoir l'air
30:14d'être debout
30:14dans ce qu'on dit
30:15et de parler
30:16comme des gens qui parlent
30:17ce ne sera pas le cas
30:17on passera notre temps
30:18à déraper
30:19et trébucher
30:20dans ce qu'on dit
30:21ce sera un spectacle
30:22affligeant
30:22tout ça parce que
30:23mon absence de surprise
30:24aura frappé les choses
30:25d'une complexité augurale
30:27et notre conversation
30:28finira comme
30:29elle aura commencé
30:29dans la bouffe
30:34je pourrais simuler
30:35un « ah »
30:36sinon
30:37au moment fatidique
30:39« ah, vous êtes là »
30:41« ah, je ne crois pas »
30:43« ah bon ? »
30:45« non, je ne le sens pas »
30:46le mieux c'est que
30:46j'oublie
30:47que je l'ai vu
30:48que je l'oublie
30:49sincèrement
30:49avec une sincérité
30:51d'enfant
30:51la sincérité
30:52avec laquelle
30:53petit
30:53un jour
30:54on prie
30:55pour la victoire
30:56de son équipe
30:57dans sa chambre
30:58on se recueille
31:00on s'applique
31:01on est sans doute
31:01à genoux
31:02et on pense sincèrement
31:03que si on prie correctement
31:04ça peut faire une différence
31:05mais pas forcément
31:07une grosse différence
31:07mais parfois
31:08les choses se jouent
31:09à un cheveu
31:10il faut que je l'oublie
31:12que je l'ai vu
31:13avec une sincérité
31:14comme ça
31:16une candeur
31:17qui désarme
31:17et alors
31:18je pourrais faire
31:19un bon « ah »
31:21un vrai « ah »
31:22plein
31:22médiéval
31:23« ah bon ?
31:24cette personne est là
31:25je ne savais pas »
31:29mais le problème
31:30c'est que c'est compliqué
31:32se débarrasser
31:33de son savoir
31:33c'est toujours difficile
31:34on hésite
31:36parce que
31:37ce qu'on sait
31:38c'est quand même
31:38quelque chose
31:39c'est quelque chose
31:40de gagné
31:40quelque chose
31:41qu'il n'y avait pas
31:42et que maintenant
31:42il y a
31:44ça a la forme
31:44d'un « plus »
31:46qui peut toujours servir
31:50ok
31:52merci
31:53merci
32:07alors comme on a entendu
32:08beaucoup de questions
32:09dans le texte
32:10je vous propose
32:10d'en poser
32:11à votre question
32:11à Nicolas
32:13est-ce que vous avez
32:14envie de l'interroger
32:15profiteusement ?
32:20ou pas
32:25merci
32:28j'espère
32:29j'ai
32:29moi je dis
32:30c'est que
32:31c'est que
32:31de partir
32:33de l'intérieur
32:35de l'intérieur
32:38de l'intérieur
32:40de l'intérieur
32:44un théâtre n'est pas forcément un théâtre, parce qu'un théâtre peut être traduité déjà par un théâtre.
32:54Et justement, est-ce qu'il avance d'un jour sur l'autre dans la semi-église, qu'il se
33:02remplit des mots,
33:06où est-ce que malgré tout c'est un plan, enfin, c'est un visée,
33:14comment tu organises justement une thématique, une partie de la fiction quand même,
33:25elle s'en était complètement en cause.
33:45C'est vraiment réplique par réplique, quoi.
33:48Je n'arrive pas à écrire, par exemple, un passage ou un avant.
33:53Je fais vraiment dans la continuité et je résiste beaucoup.
33:56Alors, il y a des lignes, il y a des préoccupations ou des endroits d'intérêt ou des choses que
34:05je veux plus ou moins aborder,
34:06mais c'est vraiment pas à pas, quoi.
34:10Aussi, je pense que c'est ma manière de résister aux causalités qu'on voit venir à l'avance.
34:15Je pense que si je commence à faire des plans trop loin, on va avoir l'effet de Stein.
34:20Je pense que c'est une question qui est très importante.
34:24À moi, que les références pratiques,
34:30les différences iraient une fable,
34:37voire un plan,
34:40et une thérapie, par exemple,
34:42c'est quelque chose que je veux dire,
34:44on pense vraiment dans les pensées.
34:48Est-ce que,
34:50c'est un thème, les pensées.
34:52Est-ce que c'est,
34:53est-ce que c'est,
34:57tu dis,
34:58ah, oui, tiens,
34:59on pourrait planter les pensées sous-marines ?
35:02À un moment, tu dis ça.
35:03Ou est-ce que,
35:04au moment où tu dis,
35:05ah, je pense,
35:07ça pourrait être les pensées.
35:08Ah, on pourrait,
35:09on parlerait des pensées sous-marines,
35:11mais je ne sais pas comment,
35:12parce qu'on parle à tout,
35:13c'est un thème, c'est un thème, tu vois ?
35:15Je ne suis pas sûr.
35:16Non, non, non, non.
35:21Mais oui.
35:21En tout cas,
35:22il y a un truc de résistance
35:23avec l'idée de travailler,
35:25enfin,
35:27un thème, disons,
35:28il y a ce fil conducteur,
35:29mais vraiment,
35:30c'est de résister,
35:30mais tu le sais bien,
35:31c'est de résister à en faire un thème,
35:33à en faire un objet de parole
35:34ou à quelque chose qu'on thématise, quoi.
35:37L'idée, c'est que ça reste toujours un moteur.
35:40Donc, à partir de là,
35:41ça peut aller un peu dans n'importe quelle direction,
35:43en deux répliques, hop,
35:44c'est pas un truc qu'on épuise,
35:47c'est pas un thème qu'on,
35:48enfin, tu vois ?
35:52Vas-y, vas-y, vas-y.
36:00Non.
36:05Oui, oui.
36:06Oui, oui, absolument.
36:07c'est un truc,
36:09c'est quoi,
36:11c'est quoi ?
36:40oui oui c'est ça était par rapport à la différence avec l'écriture automatique je
36:45pense pas en tout cas moi je sais que je suis hyper lent mais je suis hyper lent parce que
36:48le rapport
36:50à ce qui était en fait ce qui est écrit compte surtout pour ce que ça charrie en termes moteur
36:56quoi sur le plateau ou dans l'interaction dans le donc c'est pas juste nommer des choses c'est
37:02c'est faire utiliser le langage pour ce qu'il fait pour ce qu'il fait faire ou pour ce
37:06qu'il
37:06fait et je ne sais pas je suis en train de faire ça parce qu'il ya un lien d
37:11'ailleurs mieux ouais
37:43absolument ouais tout à fait
37:58plus c'est léger plus c'est profond c'est léger en fait que là on pourrait croire que c
38:09'est sérieux
38:10c'est très sérieux et dans le sens de l'esprit sérieux c'est très profond
38:18comment
38:18c'est vraiment en permanence une contradiction à jouer
38:39très légèrement
38:47non mais ça peut que tu parlais de le tout à l'heure ça on pourrait ça peut être le
38:50truc de ou bien on
38:51te cherche à dramatiser ou bien on cherche à dédramatiser mais dédramatiser ce pas forcément
38:55enlever du la densité quoi ça peut c'est juste une autre manière de travailler
39:03il ya à la fois la complexité d'un grand jeu de stratégie où chacun voilà élabore des manières
39:09d'aller vers de conquérir la
39:11le mot concrète
39:14la concrète c'est aussi la carte on revient
39:16en même temps ça ne doit jamais enlever le plaisir
39:20la simplicité de la règle
39:23absolument
39:25complètement
39:25ça peut être comme les échecs c'est très compliqué en soi
39:28les coups possibles sont infinis
39:32oui
39:32et en même temps ça reste très simple c'est la dame qui doit sauver le roi
39:38absolument oui
39:39tout à fait
39:56moi j'imagine la réplique comme des dominos quoi ça va hop ça va là mais du coup ça va
40:01là après
40:11parce que de leuze écrit ben alors je sais plus dans quel texte c'est mais il ya un texte
40:19qui
40:19s'appelle pour en finir avec le jugement où ils retravaillent un peu artho et oui critique la
40:23question enfin il cherche à il cherche à travailler autrement que par la dramatisation il cherche plutôt
40:29du côté du dédramatisation quoi dans logique du sens peut-être ou je sais plus enfin dans logique du sens
40:34peut-être mais oui il parle de
40:36dédramatisation
40:42oui absolument mais il enfin c'est aussi drôle
40:46je suis là
40:51je suis là
40:53je suis là
40:54je suis là
40:55je suis là
40:55je suis là
40:55je suis là
40:56je suis là
40:57je suis là
41:00vous avez commencé
41:03enfin
41:04en fait que
41:05c'est vrai que moi ça m'est apparu
41:09je suis là
41:10parce que dans son écriture
41:13il pose sans
41:16de fait la question de
41:18de la présence
41:19donc il pose à chaque réplique la question de la présence de l'acteur aussi
41:24donc en fait on joue et en même temps on est questionné au moment ou on joue sur son père
41:31Et donc ça, par goût inconscient, ça m'avait tout de suite plu.
41:39C'est ça que j'ai commencé.
41:42Et après, j'ai tout de suite ce qu'il y a, j'essaie de comprendre.
41:46Mais à la base, c'était purement sur une question d'étudier.
41:52Ce petit moment de présence, ces 15 secondes,
41:56c'est un monde qui est étudié, etc.
41:57Tout un monde qui est étudié en très peu de temps sur une présence,
42:00comme quand on va sur un plateau,
42:02en tant qu'acteur où le temps est multiplié le même.
42:06Le plateau, il est totalement élargi et démultiplié.
42:13On s'en souvient à peine, c'est comme un monde parallèle.
42:16Donc c'est intéressant son écriture pour ça,
42:20parce qu'elle prend en compte vraiment un autre...
42:23Elle ne prend pas un temps qui serait un temps réaliste.
42:28Et pourtant, un temps...
42:29Enfin, un temps réaliste, mais c'est dans l'histoire de l'art, le réalisme.
42:33Mais par contre, un temps réel,
42:36un temps qu'on connaît tous,
42:37mais qu'on n'a pas forcément l'occasion d'exprimer.
42:41D'autre part, certains textes, Nicolas n'est pas le seul.
42:47Mais enfin, dans les textes contemporains en théâtre,
42:49il est quand même un des seuls à le faire à ce point.
42:53Formellement, dans quelque chose qui se tient musicalement aussi.
42:55Parce que ça pourrait être raisonnable,
42:57ça pourrait être...
42:58Évidemment, tous les auteurs, pas tout le monde,
43:00et depuis il y a un temps de différence,
43:01on n'a pas dit que ça veut dire ça,
43:03mais il est encore utile.
43:05De quelle manière on le fait ?
43:06Je trouve que c'est vachement musical.
43:08D'ailleurs, j'essayais, avant de ne pas trop bosser,
43:11mais j'essayais de tenir compte des retours à la ligne,
43:15par exemple, c'est extrêmement musical,
43:17comme on sait comment c'est fait.
43:22Et donc, c'est en ça que ça se rapproche plus, pour moi,
43:25de la musique que d'un message très clair.
43:29La construction du temps, elle est aussi liée à la mise en page du texte,
43:34qui est particulière, avec du retour à la vie,
43:37presque de la stupéditie,
43:38il y a encore le découpage du temps par le rythme.
43:43C'est la syntaxe aussi, finalement, de la langue qui produit un rythme,
43:46qui produit une lenteur de répétition, des espacements.
43:50C'est intéressant.
43:51Qu'est-ce que tu recherches aussi dans ces retours à la vie ?
43:55Là, il y a des jeux où les majuscules ne sont plus là, par exemple,
44:00donc il y a tout le début de vos phrases qui est indiqué.
44:05Sur les retours à la ligne, c'est vraiment l'événement d'une pensée.
44:09Qu'est-ce qui fait l'idée d'une pensée ?
44:11On peut, par exemple, parler pendant 37 secondes,
44:14et c'est juste une pensée qui se développe,
44:15et puis il y a un moment qui va au bout.
44:17Et on peut, à un moment, avoir une pensée qui dure deux mots.
44:21En fait, c'est une question de rythme,
44:25puis c'est une question de structuration de la pensée,
44:26et de voir comment...
44:29de faire jouer le rapport à ce qui se réinitialise.
44:35Enfin, qu'est-ce qui...
44:39Je ne sais pas trop quoi dire.
44:42Des événements de pensée, en fait.
44:44La structuration de la pensée, oui.
44:45Mais la pensée, elle n'est pas linéaire.
44:47De toute façon, elle est volontiers arborescente et rhizématique.
44:51Quand on revient à l'idée, c'est par un peu...
44:52Oui.
44:53Un peu par analogie, par association d'idées.
44:56Enfin, la pensée, elle dérive...
44:58Absolument, mais...
44:59Le texte dérive un peu aussi...
45:01Enfin, c'est le principe.
45:01Tout à fait, oui, oui.
45:03Mais elle est dans le temps, comme disait Rodolphe, sur le temps.
45:06Puis on est tous dans le temps.
45:07Donc, c'est ça.
45:08Ça reste quand même un peu...
45:09Il y a quelque chose de lendeminaire, quand même.
45:13Oui.
45:22Moi, j'ai une question.
45:25C'est quand même une question, c'est plus...
45:28Est-ce que tu pourrais parler de ton rapport aux acteurs et aux actrices ?
45:31Parce que j'ai l'impression que c'est très...
45:36Oui, oui.
45:37Et tu travailles vraiment la spécificité de l'art théâtrale, que les jeux.
45:44Tu as parlé de les jeux.
45:47Et j'ai l'impression qu'ils écrivent vraiment pour les acteurs.
45:49Ah oui.
45:50Et ça aussi, c'est une rareté.
45:52Tu penses à eux et à leur manière de penser ?
45:55Absolument.
45:55Oui, complètement.
45:56J'écris vraiment pour le jeu.
45:58Aussi, ça, j'écris...
45:59C'est-à-dire, ne pas écrire une histoire, c'est aussi donner la première place.
46:02Pour moi, c'est ça.
46:03C'est donner la première place au jeu.
46:04Au fait que chaque réplique donne quelque chose à jouer.
46:10Enfin, moi, je suis vraiment venu au théâtre par le jeu.
46:12Puis je sens que ce n'est pas indifférent, en fait, que mes deux parents, ici présents,
46:15sont acteurs.
46:17Et que voilà, il y a quelque chose du jeu qui me plaît beaucoup, quoi.
46:22Mais oui.
46:22Et puis, parce que le jeu aussi, ça a tout le temps lieu.
46:26Contrairement à, dans une fiction, s'il y a une fiction et qu'il y a des moments
46:30intéressants et des moments moins intéressants, bon, il y a des choses, il y a des moments
46:33où la fiction, elle est moins là.
46:34Alors que le jeu, il est tout le temps là.
46:36Au théâtre, il est tout le temps là.
46:38Donc, si ça joue, on est tout le temps content.
46:40Je ne sais pas comment dire.
46:42Il y a un truc très...
46:43Comme les enfants.
46:44Oui.
46:45Quand on regarde un enfant, un bébé, il est comme en improvisation.
46:50Absolument.
46:50Oui, oui.
46:51Il cherche ça.
46:52Tout à fait, oui.
46:53Il y a un rapport à l'improvisation, etc.
46:54Puis souvent, moi, je n'ai pas du tout cette culture-là.
46:57Donc, quand on me parle de clown, moi, je vois un peu autre chose.
46:58Mais souvent, les acteurs disent qu'il y a un rapport au clown, aussi.
47:02Mais ça va voir avec ce que tu dis, Rodolphe.
47:03C'est aussi le rapport au présent, en fait.
47:05Un présent presque nu, quoi.
47:09Sans trop savoir où on va.
47:11Oui.
47:12Avec quand même une contrainte très, très forte.
47:15Il y a le rapport à l'oralité qui est uniquement le temps.
47:21Oui.
47:21Il n'y a pas de psychologie.
47:23Il n'y a pas d'acteur qui est à l'effet.
47:25Oui, non, oui.
47:26C'est très strict sur le...
47:28Oui.
47:31Oui, oui, oui.
48:03Non, non, oui, c'est écrit, quoi.
48:05Moi, j'écris un texte, de toute façon, donc...
48:09Oui, c'est vrai, c'est...
48:11Oui, oui.
48:13Non, ça me fait beaucoup penser à Marie Vaud, par exemple.
48:17Oui.
48:17C'est vrai qu'il y a un plaisir de l'enfant, je vous le disais.
48:19Il y a un plaisir de lire le texte tout seul.
48:23Oui.
48:23Enfin, il y a une étanche de lecture en plus de ça.
48:27Les jeux et tout ça, oui.
48:28Mais le texte, je prends dans le lire comme dans mon poème, par exemple.
48:30C'est très bien, c'est vrai.
48:35Très bien, c'est vrai.
48:36Oui.
48:36Tant mieux.
48:37Non, non, mais...
48:38Oui, oui, bien sûr.
48:39Oui, oui.
48:39La tentation du poème, parce que tu as évoqué le nom de l'Urchstein aussi.
48:44Il y a quand même...
48:45Tu as, enfin, baigné aussi dans un univers poétique et particulier.
48:49Absolument.
48:49Je crois que ça se retrouve dans les progrès sur les rythmes.
48:52Enfin, tu peux nous en dire un petit mot pour la recherche de la forme de poème ?
48:57Oui, oui, oui.
48:58Moi, j'ai commencé par la poésie, entre autres avec David, avec qui on a fait une revue...
49:01Est-ce que c'est uniquement ça ?
49:04Absolument.
49:04C'est uniquement ça, oui.
49:05C'est une question de...
49:07Enfin, je veux dire...
49:08J'écris un texte.
49:09Je veux dire, moi, voilà.
49:09C'est-à-dire que les acteurs sont absolument libres de s'en emparer comme ils le souhaitent, quoi.
49:13Moi, ce que j'écris, c'est un texte.
49:14Par contre, effectivement, il est écrit...
49:15J'essaie qu'il soit précisément écrit.
49:19Mais c'est aussi un type d'expérience de lecture poétique ou je ne sais quoi quoi, d'écriture,
49:25que d'être mis en contact avec ce présent-là, cette question du jeu, de ça.
49:29Ça apparaît à la lecture.
49:31On l'a à la lecture, ce truc d'événement, quoi.
49:35L'événementialité de quelque chose qui arrive.
49:37Évidemment, ça prend une toute autre dimension.
49:39C'est comme si ça passait en 3D sur scène, quoi.
49:42Mais à la lecture, ça existe.
49:45Et puis, je ne sais pas, moi, j'ai lu...
49:47Quand j'ai découvert Yonfos, par exemple, que j'ai lu les premières pièces de Yonfos,
49:50c'est une expérience de lecture.
49:53Et théâtrale, aussi.
49:54Mais de lecture de théâtre, quoi.
49:56Enfin, je vais le dire, c'est-à-dire.
50:02C'est-à-dire qu'il y a un processus d'écriture pour environnementer à la cuisine.
50:17Il y a un processus d'écriture qu'on laisse...
50:20Qu'est-ce que c'est?
50:21On laisse advenir, et à un moment donné, une espèce de contrôle qui intervient,
50:25et à quel moment il intervient?
50:27Est-ce que c'est en fonction de la matière qui monte,
50:30qui s'oppose sur le papier?
50:32Et à ce moment-là, il y a quelque chose, du contenu qui apparaît.
50:35Et à ce moment-là, je prends le contrôle sur le contenu pour le développer.
50:38Ou est-ce que je laisse toujours ce processus
50:40et laisser advenir les choses?
50:42Mais c'est après coup, en re-lecture,
50:43que je vois les orientations de la cuisine.
50:45C'est bien qu'il est.
50:48C'est vraiment un processus.
50:51Alors, ça a à voir un peu avec un processus psychanalytique.
50:55On laisse advenir un travail d'imagination active,
50:59sans contrôle, mais après, dans les associations libres, on intervient.
51:04Vous voyez ce que je veux dire?
51:05Oui, de toute façon, il y a des re-lectures.
51:07Il y a beaucoup, beaucoup de re-lectures, ça c'est sûr.
51:09Et parfois, il y a deux pages qui sortent.
51:13Hop, comme ça, super.
51:14Mais il y a quand même aussi beaucoup de recherches.
51:16Enfin, de...
51:18Je ne sais plus, il y a Beckett qui disait...
51:20Qui disait à un moment qu'il cherchait des phrases comme...
51:24Comme une poule cherche des vers dans un sol rocailleux.
51:27Voilà.
51:27Il les cherche, quoi.
51:30Parfois, il y a...
51:31Parfois, c'est pas facile, quoi.
51:33Et c'est construit, tu veux dire.
51:34Il y a un truc de construction.
51:35Parfois, hop, hop, hop.
51:36Et puis là, après, il faut retravailler.
51:38Et c'est encore toute l'étape, ouais.
51:40Là, tu en parlais du gestion de montage.
51:42On parlait tout à l'heure de l'outil de l'ordinateur qui a un rôle aussi.
51:45Bien sûr.
51:46Si tu ne travailles pas sur papier et crayon...
51:49Non, ouais.
51:54Absolument.
51:57Absolument.
52:00Absolument.
52:01Oui, c'est très variable.
52:07Oui, oui, oui.
52:12Ah ben, ça, c'est certain.
52:15Absolument.
52:16On ne pense plus de la même façon, mais qu'on peut couper et coller.
52:20Absolument, oui.
52:21On peut le recoter.
52:22Oui, oui, oui, complètement.
52:23Complètement.
52:24Il y a quelque chose de plus...
52:26Comment dire ?
52:28Panoptique, j'allais dire.
52:29Non, mais il y a quelque chose de plus...
52:31On domine, enfin, je ne peux pas dire.
52:33On voit...
52:33Je ne sais pas.
52:36C'est un codex, hein.
52:38Oui, c'est ça.
52:42Tu parlais des deux dimensions, de la troisième dimension apportée par le plateau, mais...
52:46L'ordinateur a-tu permis de lever quelque chose dans l'extérieur ?
52:50Je commence à l'ordinateur.
52:52Donc, je n'ai pas un 1D, d'abord.
52:55Enfin, du coup, mais oui, absolument.
52:57C'est le plan...
52:59C'est le plan de travail, oui.
53:01Et qu'est-ce que tu penses sur ton ordinateur ?
53:03Est-ce que tu as un terrain et puis...
53:06Parfois, oui.
53:07Et après, tu réponds.
53:08Mais ce n'est pas ritualisé, non.
53:10Je travaille quand même beaucoup à l'ordinateur.
53:11Je peux...
53:12Des fois, si j'ai une feuille, je prends une note, mais...
53:17Et juste sur le A, tu prends soin de l'habitude des remerciements.
53:22Oui.
53:22Peut-être que tu peux nous dire...
53:24Il y a beaucoup de monde...
53:25Oui.
53:30Parce que c'est...
53:31Oui, je peux juste te dire, peut-être.
53:32C'est un...
53:33Parce que c'est un texte sur la...
53:35Disons, on pourrait dire, c'est un texte sur la question de...
53:37C'est quelqu'un qui cherche à établir un contact social
53:39et qui, à un moment, dit...
53:41Ok, je vais...
53:42C'est trop compliqué.
53:42Donc, il dit, je vais couper tout contact social.
53:44Donc, c'est un peu un texte sur la solitude aussi.
53:46Donc, c'était une manière de mettre en jeu ce truc que...
53:49Ben, j'ai...
53:50Oui.
53:51Comme ça, ça situe aussi.
53:55Yael Kreplak, Ariel Semenov, Alain Doutet, David Silanoli, Thomas Domange, Alain Françon,
54:02Rodolphe Conger, Georges et Marie-Paul Kreplak, Georges-Willem Friedrich Hegel,
54:08Georges Politzer, LCD Soundsystem, Steve Reich, Fela Kuti...
54:14Qu'est-ce qui fait l'environnement de l'écriture ?
54:17C'est-à-dire qu'on écrit...
54:17La ligne d'un référence.
54:18Oui, c'est ça.
54:19Mon référence était sur les albums dans les années 90.
54:23Il y avait Merci à...
54:24Et puis, il y avait...
54:25C'était la même chose.
54:39Merci beaucoup, Nicolas.
54:41Merci beaucoup à vous.
54:43Merci.
54:43Merci à vous.
54:44Merci à vous.
54:45Merci.
54:46Merci.
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