00:00Juste imagine, tes mères et un jour ta fille disparaît dans la forêt.
00:05Toi, t'es convaincue que c'est le mec qu'elle voyait qui a fait le coup,
00:08sauf que personne ne veut te croire, ni t'aider, pas même la police.
00:13Qu'est-ce que tu fais ?
00:14Eh bien, cette situation horrible, c'est celle de Pirati dans Les éléphants dans la brume,
00:19d'Abinash Bikram Shah, en salle depuis le 23 septembre.
00:23Pour la faire courte, ce film se déroule dans une communauté kinare,
00:27donc de femmes transgenres qui vivent dans des familles choisies,
00:31au cœur d'une forêt d'éléphants sauvages au Népal.
00:34Nous, on suit surtout Pirati, une des mères de cette communauté,
00:38qui rêve de s'enfuir avec l'homme qu'elle aime, même si c'est complètement interdit.
00:42Sauf qu'un jour, une de ses filles disparaît et elle se retrouve à devoir choisir
00:46entre sa liberté et ses responsabilités envers sa communauté.
00:50Ce qu'on a vraiment trouvé super, c'est que même si le thème queer n'est pas le sujet
00:55principal du film,
00:56il nous fait quand même affronter des réalités super importantes.
00:59On comprend notamment que le sacré, ça a toujours deux visages.
01:03Et c'est le cas avec la communauté kinare, à qui on prête le pouvoir de bénir, mais aussi celui
01:08de maudire.
01:09Elles sont donc à la fois vénérées et craintes, sauf que cet équilibre, il est conditionnel
01:14et il repose sur ce qu'on attend de cette communauté et non pas sur ce qu'elle est vraiment.
01:18Donc dès que la peur ou la crise s'installe, elle devient le bouc émissaire idéal.
01:23Et donc toute la haine qu'il y avait envers elle, et même qui était stagnante de manière générale,
01:27elle se libère d'un coup.
01:28Et cette dichotomie, elle existe d'ailleurs ailleurs qu'au Népal.
01:31Ce sont des réalités liées aux femmes, aux personnes queer et notamment aux personnes transgenres.
01:36Qui vont être à la fois hyper sexualisées et fantasmées par une partie de la population,
01:40mais aussi détestées et violentées, parce qu'elle va renvoyer chez les gens à quelque chose de la peur de
01:44l'inconnu
01:45ou de la peur d'eux-mêmes.
01:47Ça prouve encore qu'en fait on juge pas les choses sur ce qu'elles sont, mais sur ce que
01:51nous on y projette.
01:51Dans le film, ce qui va rendre cette dualité si puissante, c'est qu'elle repose sur la croyance de
01:56pouvoir que personne ne peut prouver.
01:58Et que le film ne cherche ni à démontrer, ni à démonter.
02:01Parce que dans la croyance aussi, ce qui compte, c'est ce qu'on en fait.
02:04Et je suis obligée de finir sur la photographie du film, parce que les images sont magnifiques.
02:09Beaucoup de plans sont directement inspirés du travail de Nan Goldin,
02:12cette photographe qui a passé sa vie à documenter ses proches et sa famille choisie à elle.
02:16Donc on retrouve la lumière crue, l'intimité des intérieurs,
02:20et le même regard tendre et sans distance.
02:23Et c'est vrai que c'est un film qui montre pas cette communauté comme un sujet exotique ou incompris,
02:29mais comme une réalité de gens qui sont proches les uns des autres.
02:32Enfin bref, je crois que le mieux, c'est en or que t'ailles le voir en salle.
02:35Et c'est en or que t'ailles le voir en salle.