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  • il y a 16 minutes
Vendredi 2 octobre 2026, retrouvez Wilfrid Galand (Directeur stratégiste, Montpensier-Arbevel), Axel Botte (Directeur de la stratégie marchés, Ostrum AM) et Xavier Chapon (Directeur de la gestion cotée et de la dette privée, Arkéa Asset Management) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Pauline Gratelle.

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Transcription
00:01Générique
00:07...
00:08Bienvenue dans Smart Bourse, votre émission quotidienne consacrée à l'écoute des marchés.
00:12Chaque jour où vous nous suivez en direct à la télévision à midi 30 et à 17h30,
00:16vous pouvez nous retrouver en rattrapage, en replay sur notre site bismart.fr
00:21et vous pouvez également nous écouter en podcast sur l'ensemble de vos plateformes d'écoute préférées
00:26au sommaire de cette édition ce soir.
00:28La séance était rythmée par un grand rendez-vous pour les marchés,
00:32celui du rapport sur l'emploi du département du travail américain pour le mois de septembre.
00:38L'économie américaine n'a créé que 29 000 emplois contre 90 000 attendus.
00:43Les chiffres des mois de juillet et d'août ont été révisés à la baisse de 60 000 au total.
00:49A noter dans le détail le gros coup de frein sur les embauches dans la santé en septembre
00:53avec 17 000 nouveaux postes alors qu'on était sur un rythme mensuel de plus de 30 000 en moyenne
00:59sur l'année écoulée.
01:01D'ailleurs seulement 43% des secteurs ont créé des emplois en septembre.
01:06Surprise d'ailleurs du côté du taux de chômage qui remonte à 4,2% de la population active
01:11quand les marchés anticipaient qu'ils ne bougeraient pas.
01:14Les salaires horaires n'ont augmenté que de 0,1% ce mois-ci alors qu'on attendait une progression
01:21de 0,3%.
01:22La question qui se pose et à laquelle on va tenter de répondre c'est
01:26est-ce que la Fed a une raison d'augmenter ses taux à court terme pour contrer l'inflation salariale
01:31notamment ?
01:32Discussion à suivre avec nos invités sur ce plateau dans un instant.
01:36La hausse des prix des matières premières combinée à un prix élevé du capital
01:41commence peut-être à peser un peu sur le marché du travail américain.
01:45Justement sur les matières premières, le cours du Brent est repassé sous la barre symbolique des 100 dollars
01:51et c'est un léger souffle d'air frais qui plane sur les places financières
01:56après une semaine marquée par une forte volatilité.
01:59Les indices reprennent un peu de hauteur.
02:03Mais l'autre grand sujet du moment c'est bien évidemment la hausse des taux.
02:07La vente massive de dettes mondiales frappe la France plus vite et plus fort que prévu
02:12entre le déficit qui se creuse au lieu de revenir à 5%,
02:15l'impasse politique et la présidentielle de l'an prochain qui risque de tout changer.
02:20L'inquiétude monte d'un cran.
02:22Le rendement français à 10 ans évolue autour de 4,85, 4,90%
02:27quand son homologue allemand se traite au seuil de 3,40%.
02:32Et le sujet c'est donc cet écart des taux, le spread des taux plus hauts depuis 15 ans
02:36et a même dépassé les 150 points de base au cours de la séance.
02:41Là aussi discussion à suivre avec nos invités.
02:44Côté américain, le rendement à 10 ans s'est détendu après le rapport sur l'emploi
02:48de près de 8 points de base autour de 5,15%.
02:51Mais depuis, il est remonté sur le seuil de 5,20% du côté des devises.
02:57Enfin, le dollar a chuté, ramenant l'euro-dollar à environ 1,12,50%.
03:02Et puis, je disais tout à l'heure que le prix des matières premières
03:05commençait à peser sur le marché du travail américain,
03:08mais pas que.
03:09Ça pèse aussi sur l'inflation en zone euro.
03:11Les chiffres publiés ce matin montrent que la hausse des prix accélère.
03:16C'est une inflation qui est légèrement supérieure aux attentes,
03:20en hausse de 3,8% sur un an après 3,2% le mois précédent.
03:25On avait déjà eu une alerte cette semaine avec la publication de l'inflation espagnole
03:30qui s'établissait à 5% en données harmonisées dans sa version cœur en zone euro.
03:36Quand on élimine l'alimentation et l'énergie, l'inflation est parfaitement conforme
03:40aux attentes en hausse de 2,5%.
03:53Trois invités avec nous chaque soir pour décrypter les mouvements de la planète marché.
03:57Wilfried Galland, directeur stratégiste de Montpensier-Arbevel.
04:00Bonsoir Wilfried.
04:01Bonsoir Pauline.
04:02Xavier Chapon, directeur de la gestion cotée et de la dette privée d'Arkia AM.
04:06Bonsoir.
04:06Bonsoir Pauline.
04:07Et Axel Bott, directeur de la stratégie marché chez Ostrom AM.
04:10Bonsoir Axel.
04:12Bonsoir à tous les trois.
04:13Merci d'être sur ce plateau messieurs.
04:14Alors, semaine chargée qu'on va débriefer ensemble, on a pris connaissance des données
04:20d'inflation aux Etats-Unis, données d'inflation privilégiées par la Réserve fédérale
04:24avec l'inflation Corp-PCE et PCE.
04:27Ce chiffre qui marquait par ailleurs une décélération par rapport au mois précédent,
04:313,7% le mois dernier, 3,4% ce mois-ci.
04:36Et puis une croissance de l'économie américaine aussi qui a été publiée et révisée à la hausse à plus
04:42de 2,2% sur le trimestre dépassant les 1,5% publiés précédemment.
04:50Et évidemment, ce rapport sur l'emploi Wilfrid.
04:53Qu'est-ce que vous retenez de ces derniers chiffres en lien évidemment avec ce que fera ou ne fera
05:00pas la Réserve fédérale le 28 octobre prochain ?
05:03Donc 90 000 créations, 90 000 créations attendues, 29 000 au final.
05:09Qu'est-ce que vous retenez de ces chiffres sur l'emploi ?
05:12On a deux axes d'analyse en général quand on regarde ces chiffres-là.
05:16On regarde effectivement la dynamique interne de la croissance américaine.
05:20Est-ce qu'on va avoir par exemple un ralentissement de la consommation ?
05:27Et on regarde également les pressions inflationnistes qui peuvent dériver de ce chiffre
05:32puisqu'on sait que la clé c'est les fameux effets de second tour.
05:35On sait qu'on est dans une économie avec des effets de choc d'offres, énormément de chocs d'offres.
05:40La question que tout le monde se pose c'est est-ce qu'on va avoir ces fameux effets de
05:43second tour qui vont entraîner
05:44le triangle de Gordon, d'abord la hausse des prix des biens, puis la hausse des services,
05:49et ensuite on enchaîne avec la hausse des salaires, et derrière il y a la boule qui se met en
05:53place.
05:54Donc là-dessus en fait, le rapport était assez rassurant.
05:57Déjà on est en création d'emplois positifs, alors certes inférieurs aux attentes, mais on n'est pas en destruction.
06:02Ensuite quand on regarde le détail, on a une destruction d'emplois, mais sur la partie publique,
06:07ça c'est plutôt assez rassurant sur le fait qu'on a quand même une économie du secteur privé
06:11qui continue à créer des emplois, un peu moins que ce qu'on attendait, on est à peu près autour
06:14de 40 000,
06:15on attendait 80 000, mais ça veut dire quand même que la partie privée continue à créer des emplois,
06:20un peu moins, vous l'avez souligné dans la partie de la santé, mais qui avait énormément contribué jusqu'à
06:24présent à cette dynamique.
06:26Donc on est toujours sur un marché de l'emploi qui reste dynamique, mais pas trop dynamique pour inquiéter quand
06:32même sur l'inflation,
06:33en particulier quand on regarde les salaires, en tout cas les earnings, puisqu'il y a pas mal d'éléments,
06:38en plus des salaires qui rentrent dans la composition, on voit qu'on est toujours en croissance salariale,
06:44donc c'est bien pour la consommation, mais on n'est pas en surcroissance, donc on n'est pas une
06:48économie en surpression.
06:50Donc je trouve que le rapport, il est finalement relativement équilibré, c'est d'ailleurs ce que semblent nous dire
06:54les marchés aujourd'hui,
06:55après la publication de ce rapport, on a un petit peu une détente du côté obligataire américain,
07:00on a des marchés actions qui profitent un petit peu, donc pour l'instant ça se passe plutôt bien,
07:06après il faut suivre, effectivement, savoir si le fameux moteur de consommation américaine,
07:10qui est quand même le moteur majeur qui pourrait donner des signes de faiblesse,
07:14on sait que l'investissement, il est animé par l'IA, donc ça on le met de côté,
07:17donc la consommation, est-ce qu'elle continuera véritablement à tenir ?
07:20On sait qu'on a un indice du Conférence Board, cette semaine ou la semaine dernière,
07:24qui est sorti un petit peu inférieur aux attentes, et cet indice, il y a 40% à l'intérieur
07:28de l'indice,
07:29c'est la partie emploi, donc avec le rapport de l'emploi en plus qui est arrivé,
07:33qui est un petit peu moins fort que prévu, voilà, il va falloir suivre,
07:35mais pour l'instant les équilibres sont assez rassurants,
07:37et c'est ce que je préfère retenir en tout cas du chiffre d'aujourd'hui.
07:40Oui, la Réserve fédérale va se réunir, je le disais, fin octobre, le 28 octobre,
07:46et rendre sa décision monétaire, Xavier, avant la publication du rapport sur l'emploi,
07:52les chances d'une hausse des taux au mois d'octobre, elles étaient de 82%, j'ai regardé ce matin,
07:58là je crois que ça a un peu diminué du coût, en revanche, le marché price toujours une hausse d
08:03'ici la fin d'année,
08:04que ce soit en octobre ou le 9 décembre, Xavier.
08:08Qu'est-ce que vous avez retenu vous de ce rapport sur l'emploi,
08:10et que va faire Kevin Warch, sans boule de cristal bien sûr ?
08:15Alors déjà je suis d'accord avec Wilfried, je pense que le rapport sur l'emploi n'est pas si
08:19mauvais que ça,
08:20même s'il y a quand même une révision sur trois mois,
08:22donc c'est quand même quelque chose d'important de prendre ça en compte,
08:25ça signifie quand même qu'il y a une dynamique qui est moins forte,
08:29mais il faut prendre en compte l'élément aussi de l'emploi public,
08:33et qui en tendance continue de baisser, ça c'est un point important à avoir en tête.
08:37En ce qui concerne Kevin Warch et les membres de la Fed,
08:41je pense qu'ils étaient à mon sens déjà plus ou moins au courant de la dynamique,
08:48et je ne pense pas que ça va les faire bouger dans leur dynamique de hausse des taux,
08:52ils ont commencé un processus de hausse, c'est pas pour s'arrêter à une hausse de taux.
08:56Donc c'était pas une hausse assurantielle, on part vraiment sur un cycle de hausse des taux selon vous ?
09:00Oui, un cycle court à mon sens, mais un cycle, oui, de hausse des taux.
09:04Ils ne vont pas s'arrêter à une hausse ou à deux hausses de taux, ils vont continuer,
09:08il y a une croissance qui est là, qui s'affirme,
09:13une inflation qui est là, mais qui est moins forte que ce qu'on pourrait penser avec ces derniers chiffres,
09:20cela le confirme.
09:21Donc on est dans une configuration où on n'est pas dans une politique restrictive aux Etats-Unis,
09:28donc on peut se permettre encore de remonter les taux.
09:31Et c'est sûr, Wilfried le mentionnait aussi, ce choc d'offres, Axel,
09:36lié évidemment à ce conflit au Moyen-Orient, au prix du pétrole,
09:40donc là qui baissent certes sous les 100 dollars,
09:44mais qui sont quand même restés au-delà de ce seuil plusieurs semaines durant.
09:49Vos commentaires sur, alors il y a déjà beaucoup de choses qui ont été dites sur le plateau,
09:53mais c'est vrai que ce choc d'offres, pour l'instant, la guerre n'est pas finie
09:58et l'inflation pourrait continuer, pourrait augmenter dans les prochains mois également.
10:03Le choc d'offres, en plus, n'est pas uniquement lié à la guerre en Iran,
10:07puisqu'il atteint principalement les produits raffinés actuellement.
10:11Donc il y a cette question des produits d'essence qui est assez complexe aux Etats-Unis,
10:17parce que la distribution de l'essence est perturbée, soit par la géographie,
10:23soit par des restrictions de distribution qui font que les prix peuvent être très différents d'une zone à l
10:28'autre.
10:28Le diesel est assez haut dans plusieurs Etats, justement, des Etats-Unis, Axel.
10:32Jusqu'à 8 dollars, le galon dans...
10:34Au plus haut, jamais observé d'ailleurs.
10:36Au plus haut historique.
10:37Et en fait, c'est simplement que les Américains ont trop peu de capacité de raffinage au départ.
10:43Et donc, même si le pétrole venait à beaucoup baisser, on est dans une situation de tension telle
10:48que les Russes ne pouvant plus exporter.
10:51Une partie des produits raffinés qui sortaient du Golfe sort moins qu'avant aussi.
10:56Ça fait que, même si le pétrole venait à baisser beaucoup, ça ne changerait pas grand-chose à cette question
11:02-là.
11:02On a ce choc d'offres, on a tout l'effet collatéral des investissements en IA sur les métaux.
11:09Donc, on regarde l'inflation, on regarde les prix à la consommation.
11:12Mais la question pour la Fed, c'est de savoir dans quelle mesure on ralentit la demande globale
11:19sans toucher les secteurs qui vont déjà mal pour arriver à finir l'inflation.
11:23Comme vous regardez l'économie américaine, elle est extrêmement disparate.
11:31Ce que vous disiez en préambule sur le nombre de secteurs très faibles qui créent des emplois,
11:36c'est extrêmement rare de voir une si faible proportion de secteurs contribuer à la hausse de l'emploi.
11:42Oui, 43% dans les secteurs.
11:4343%, en moyenne, dans une phase de croissance, c'est les deux tiers des secteurs qui créent des emplois.
11:48Il y a toujours la création des structures, des réallocations qui s'opèrent.
11:51Mais là, on est dans un marché du travail qui, je lui en traite peut-être ce qui a été
11:56dit,
11:56qui est quand même assez mal orienté structurellement.
12:00C'est-à-dire que, par exemple, le chômage ne baisse que pour les gens très peu qualifiés, en fait.
12:04Et quand vous regardez les diplômés d'université de 25, 30, 4 ans,
12:10en fait, le chômage monte continuellement depuis 2022, ce qui est rarissime.
12:15En dehors des périodes de récession, ça ne s'est jamais observé.
12:17Donc, on a quand même des dynamiques intrinsèques au marché du travail qui ne sont pas très rassurantes.
12:22Et je m'étonne que voir, je balais ça d'un revers de main, disons, 4%, on est au plein
12:27emploi, on doit se focaliser sur l'inflation.
12:30Je pense que la situation est beaucoup plus complexe que ça.
12:32Et peut-être que, rétrospectivement, on verra que, effectivement, le marché du travail n'est pas une source d'inflation.
12:42La probabilité qu'une boucle cristallaire s'opère aujourd'hui est très faible.
12:46Et donc, il faut éviter de répondre à ces chocs d'offres.
12:49Je reviens sur ce que vous disiez sur les produits raffinés.
12:52Justement, en Europe, on a aussi ce problème de gaz.
12:55Le gaz qui s'est envolé sur les derniers mois, même plus que les prix du pétrole.
13:01Et l'hiver qui approche.
13:02Alors, on ne va pas faire de la météo sur ce plateau.
13:06Mais, effectivement, ça dépend si on a un hiver plutôt doux ou plutôt froid.
13:10Mais, en tout cas, les stocks de gaz en Europe sont au plus bas.
13:13Et ça aussi, c'est un vrai problème pour l'Europe, en tout cas.
13:17C'est un vrai problème pour l'Europe.
13:19Donc, on paye à peu près 70 euros du mégawatt-heure en ce moment.
13:23On avait touché 80 il y a deux semaines.
13:25On avait touché 80.
13:26En deux semaines, effectivement, on est en phase de restockage avant l'hiver.
13:29Et donc, on est obligé d'un petit peu de stocker.
13:32D'autant que, quand on compare sur les cinq dernières années,
13:35on est plutôt sur un niveau de stock assez faible actuellement.
13:39Donc, on va être obligé de rattraper ce retard dans un contexte qui n'est pas forcément favorable.
13:44Les Qataris sont en incapacité d'exporter actuellement,
13:48même si on ne source pas beaucoup de notre gaz du Qatar.
13:52On a une dépendance aux États-Unis qui est extrêmement forte et qui va aller croissante.
13:56Il reste la Norvège.
13:58Mais en ce moment, il y a une sorte de chantage américain sur l'utilisation des stocks de diesel.
14:02Et donc, l'équation énergétique en Europe, elle serait complexe, en fait.
14:05Ah oui.
14:06Et puis, l'équation énergétique, il y a aussi un autre sujet, évidemment,
14:10dont il faut absolument qu'on parle.
14:12Ce sont ces taux.
14:13Et particulièrement ces taux en Europe, en France.
14:17Je disais, les équilibres sur le marché obligataire.
14:20Alors, en introduction, Wilfrid, un rendement français à 10 ans a, bon là, ça a un peu baissé,
14:25mais globalement 4,90 %, et surtout ce spread à 150 points de base, 140 avec l'Allemagne.
14:31Est-ce que, alors déjà, où est le seuil de spread où il faut vraiment commencer à s'inquiéter ?
14:38Et quand est-ce que...
14:39Bonne question, ça.
14:40Quand est-ce que la BCE pourrait-elle agir si elle doit agir ?
14:43Et voilà, est-ce que, vous, ça vous inquiète des écarts de taux aussi élevés ?
14:48On n'a pas vu ça depuis 15 ans, quand même, depuis 2011.
14:51Je pense qu'il faut vraiment être vigilant là-dessus.
14:53Je vais parler, évidemment, sous le regard vigilant de Xavier,
14:56qui est le véritable spécialiste obligataire depuis très longtemps sur ce plateau.
14:59Il n'est pas depuis très longtemps sur le plateau, mais depuis très longtemps sur la marche obligataire.
15:03Je peux confirmer son immense expertise sur le sujet.
15:07Ce qu'il faut voir, si on reprend l'histoire, en fait, avant l'introduction de l'euro,
15:12donc c'est bien avant votre naissance, ma chère Pauline,
15:15en fait, on était, le spread moyen entre la France et l'Allemagne,
15:19donc sans avoir la protection de l'euro, on était autour de 600 points de base.
15:24Et ça pouvait monter, par exemple, au moment de l'élection de François Mitterrand,
15:27on est monté à 900 points de base.
15:28Mais en moyenne, en fait, l'écart de taux entre la France et l'Allemagne,
15:32on était à peu près 600.
15:33Et puis, au fur et à mesure que la construction européenne s'est densifiée
15:37et qu'on a été vers l'euro, progressivement, ce spread s'est contracté,
15:42jusqu'à tomber, juste après la construction de l'euro, quasiment à zéro,
15:46ou en tout cas à 20-25 points de base,
15:47de se stabiliser entre, on va dire, entre 30 et 50.
15:50Et puis, au moment des pics, on atteignait 60, 65, voire 70.
15:55Et puis après, on redescendait.
15:57Et puis là, en fait, ce qu'on voit, c'est que, de nouveau,
15:59on a une espèce de prime à la fragmentation de la zone euro,
16:02un peu comme on a vu au moment de la crise de 2011,
16:06avec la dette grecque, mais surtout avec la dette italienne.
16:11Et là, effectivement, on regarde un peu comment est-ce que
16:15l'écartement de ces rendements
16:19signale une défiance à la fois pour le pays
16:21et peut-être également une défiance sur l'intégrité de la zone euro.
16:24Ce qui avait finalement déclenché le fameux
16:26« quoi qu'il en coûte » de Mario Draghi en 2012,
16:28ça ne nous rajeunit pas, mais effectivement,
16:30qui avait dit « je choisis l'euro avant les traités,
16:34et donc je ferai tout ce qui est nécessaire, moi,
16:36Banque centrale, avec mes moyens illimités,
16:37donc ne vous mettez pas en travers. »
16:39Et donc, on attend effectivement un petit peu de la Banque centrale
16:41de dire « à quel moment est-ce que la Banque centrale européenne,
16:43face à ce qui est quand même une indication de fragilité
16:47de la zone euro, comment est-ce qu'elle va prendre en compte tout ça ? »
16:50Je pense que si on regarde justement l'historique,
16:53ça me paraît peu probable qu'avant d'atteindre,
16:56allez, je vais me lancer 200 points de base de spread,
16:59ça me paraît peu probable que la Banque centrale européenne
17:01siffle la fin de la partie.
17:04Ensuite, elle peut effectivement dire,
17:06avec d'abord effectivement des avertissements par ses discours,
17:11« j'ai les outils nécessaires,
17:12que ce soit le fameux outil de transmission de politique monétaire
17:15ou le fameux OMT, il y a deux outils différents,
17:18et je peux intervenir. »
17:20Je pense qu'il y a de telles contraintes aujourd'hui
17:22qui pèsent sur la BCE, des contraintes politiques,
17:24des contraintes aussi techniques,
17:26qu'avant effectivement d'envisager,
17:29de dire que peut-être elle pourrait intervenir,
17:32c'est quand même politiquement lourd de dire ça.
17:35Je pense qu'on n'est pas encore là,
17:36mais ça signale effectivement une méfiance des investisseurs
17:39pour la zone euro,
17:40et évidemment d'abord et avant tout pour notre pays,
17:43et pour cette capacité que nous avons perdue
17:46à rassurer par notre crédibilité sur les dépenses,
17:49on rassure sur le fait qu'on peut lever de l'impôt,
17:51on est le pays qui lève le mieux l'impôt au monde,
17:53je crois que notre tour de recouvrement,
17:54c'est plus de 99%,
17:56c'est un record mondial,
17:57mais là ça commence à ne plus suffire.
17:59Oui, alors c'est sûr,
18:00on va écouter attentivement Xavier sur ce sujet,
18:05mais peut-être, oui,
18:07vos commentaires,
18:07si vous en avez sur ce qui vient d'être dit,
18:11mais surtout sur cette situation vraiment franco-française,
18:14je lisais la semaine dernière que la dette française,
18:19c'est 119% du PIB,
18:223600 milliards d'euros,
18:23si je ne dis pas de bêtises,
18:25j'ai deux têtes,
18:26mais je crois que c'est ça,
18:28est-ce que ça pose aussi,
18:29peut-être Xavier,
18:30une question sur la soutenabilité de la dette ?
18:33Ça pose évidemment sujet sur la soutenabilité de la dette,
18:38et surtout sur le coût de la charge de la dette,
18:40Voilà, la charge de la dette n'arrête pas d'augmenter,
18:44hier on a eu une adjudication,
18:46une adjudication sur des maturités longues,
18:49donc avec un ton de rendement quand même particulièrement élevé,
18:52on peut se poser la question de pourquoi le Trésor
18:55émet des maturités aussi longues,
18:57alors qu'il emprunte aussi cher.
18:59Et pourquoi ?
19:00J'aimerais bien que le Trésor me réponde sur ce point-là,
19:05je pense qu'il aurait été plus judicieux
19:09de faire des émissions plus courtes,
19:12et d'ailleurs il aurait peut-être été plus judicieux dans le temps
19:15de faire des émissions plus longues
19:16quand les taux étaient à zéro,
19:18ce qu'ils n'ont pas fait.
19:21Voilà, c'est ça qui est assez étonnant,
19:23je pense qu'il y a une gestion de la dette
19:26et des émissions du Trésor
19:27qui quelque part peut surprendre,
19:30même si je pense qu'il y a une vraie gestion dans le temps,
19:32néanmoins quand on a des taux à 10 ans à presque 5%,
19:36à 15 ans, à 5,25,
19:40ça commence à coûter très très cher.
19:43À la France, c'est le poste,
19:45c'est en train de devenir le poste le plus important
19:47de dépenses.
19:49Et ça c'est un vrai problème pour l'État
19:53et sûrement un vrai sujet aussi pour les investisseurs,
19:57que ce soit les investisseurs institutionnels
20:01qui participent aux adjudications,
20:03qui répondent présents à toutes les adjudes d'OAT,
20:07mais on peut quand même se poser la question
20:09de savoir si c'est soutenable dans le temps.
20:12Et d'ailleurs on voit bien,
20:12les hedge funds jouent contre l'OAT,
20:16les investisseurs étrangers commencent
20:18à vraiment sortir la dette française.
20:20Je ne sais pas ce que les Japonais ont pu faire
20:23parce qu'ils sont détenteurs de dettes,
20:24mais potentiellement ils ont réduit.
20:26De toute façon, historiquement, sur les deux dernières années,
20:28ils ont réduit leur part de dette française
20:31dans leurs investissements et dans leurs stocks.
20:34Donc oui, il y a un vrai sujet sur la dette française.
20:37Et quand Wilfried parle de la prime de risque
20:40entre la France et l'Allemagne avant l'euro,
20:44ce qui est quand même fou,
20:44c'est de se dire que la prime de risque s'est réduite
20:49grâce à l'euro et grâce au système,
20:52alors que la France n'a cessé de creuser ses déficits.
20:56Donc en fait, c'est complètement aberrant.
21:00Et moi, je ne vois pas comment aujourd'hui,
21:03si on n'arrive pas à avoir un vrai budget qui se tient,
21:07comment est-ce qu'on va pouvoir tenir cette dette ?
21:10Donc oui, c'est un vrai risque.
21:11Maintenant, je pense que la Banque Centrale Européenne,
21:14alors à partir de quel niveau ?
21:16200, 250, 300, 400 points de base ?
21:20Je ne sais pas.
21:20Je pense que les marchés financiers,
21:22ou du moins un certain nombre d'investisseurs,
21:24ou du moins d'intervenants sur les marchés,
21:27vont tester la Banque Centrale,
21:30à mon avis, avant la fin de cette année,
21:32pour pousser un petit peu,
21:34pour voir un petit peu comment est-ce qu'on va réagir.
21:36Je pense qu'il y a aussi une volonté
21:38de vouloir agir sur, peut-être sur nos élections,
21:42ou du moins pour essayer de montrer
21:45qu'il faut faire quelque chose sur le budget.
21:48Voilà, on est dans cette configuration.
21:50Il faut croire en nos institutions,
21:52il faut croire à notre capacité de pouvoir revenir,
21:55mais c'est vrai qu'aujourd'hui,
21:57on nous pousse un peu loin.
21:59Il faut allier le pessimisme de l'intelligence
22:01à l'optimisme de la volonté.
22:02Merci pour cette citation, Wilfried.
22:05Je pense que c'est le thème du jour.
22:07Non, vous disiez, Xavier,
22:09juste pour clarifier,
22:11donc on ne sait pas le seuil
22:13à laquelle la Banque Centrale Européenne
22:15pourrait intervenir,
22:16mais vous disiez 200, 300, 400 points de base.
22:19Est-ce que c'est possible
22:19qu'on en arrive à ces niveaux-là, justement ?
22:22Alors, on parlait justement de l'Italie, la Grèce.
22:26On a tapé 180 points de base,
22:29200 points de base
22:31pendant les périodes de crise,
22:32quand l'Italie, elle, est allée chercher
22:341000 points de base.
22:35Et c'est à ce moment-là qu'on a réagi.
22:38On n'ira pas chercher 1000 points de base
22:39sur la France pour réagir.
22:41Ce sera avant, quand même.
22:42Ce sera quand même avant.
22:43Mais oui, il y a sûrement un niveau
22:45à partir duquel la Banque Centrale
22:47va dire quelque chose,
22:48à partir duquel il va y avoir
22:50une réaction aussi potentiellement politique.
22:54Parce que les spreads aussi,
22:55enfin, les spreads entre l'Allemagne
22:57et l'Italie se creusent aussi.
23:00Oui.
23:00Moins, mais se creusent également.
23:03C'est une tendance assez globale, au final.
23:04Et donc, pour la Banque Centrale,
23:06ce n'est pas neutre.
23:06Ce n'est pas uniquement à la France.
23:08Oui, il y a plusieurs pays de la zone.
23:10Si ça se propage.
23:12Oui.
23:13Bon, on verra.
23:14On va faire à suivre.
23:14Effectivement, on n'a toujours pas
23:16de boule de cristal sur ce plateau.
23:18Axel, une tendance sur ces marchés obligataires.
23:22Alors, si vous voulez commenter, évidemment,
23:23la situation de la France,
23:24mais peut-être aussi plus au global.
23:26On a vu des taux japonais
23:27qui ont bondi également.
23:29Là, le rendement à 10 ans japonais
23:32est à 3,10%.
23:33Les taux japonais à 20, 30, 40 ans
23:35se sont envolés également.
23:37Même tendance aux États-Unis.
23:39Alors, on a passé le seuil de 5%.
23:40Ça y est, c'est bien ancré
23:42dans les têtes des investisseurs, évidemment.
23:47Mais la question que je me posais,
23:49par exemple, si on prend le cas des États-Unis
23:50avec un rendement à 10 ans au-delà de 5%,
23:53est-ce qu'il y a aussi aux États-Unis
23:55un seuil sur lequel on commence à s'inquiéter
23:59et Axel ?
24:00Bon, ils ont un problème budgétaire
24:03qui est similaire à celui de la France
24:07dans son ampleur,
24:07puisque le déficit public est aux alentours
24:09de 6 points de PIB également,
24:11avec un peu plus de 3 points de PIB
24:13de charges d'intérêt.
24:14Là aussi, c'est le premier poste de dépense désormais.
24:18Pour se donner une idée,
24:20c'est que vous avez 5 trillions
24:21de recettes fiscales fédérales aux États-Unis,
24:245 000 milliards,
24:25et vous en consacrez un peu plus de 1 000 milliards
24:27au remboursement de la dette.
24:28Si les États-Unis n'étaient pas les États-Unis,
24:31ce ne serait pas un triple A,
24:33ce serait un triple B.
24:34C'est typiquement le type de métrique
24:36où quand vous avez la charge de la dette
24:38qui grève 20% de vos recettes,
24:40vous êtes sur des ratings qui sont très inférieurs.
24:42Donc cette dynamique-là,
24:43elle est très vraie.
24:45Politiquement, c'est très compliqué
24:46de baisser les impôts aux États-Unis.
24:49Donc on vit avec un déficit structurel
24:51très similaire.
24:53Étant les pays que vous avez cités,
24:54tous ont à peu près la même tendance,
24:57tous n'ont pas forcément le même profil budgétaire.
24:59Le Japon, c'est un des rares pays,
25:01alors avec une dette énorme,
25:03qui a un excédent primaire
25:05et a plutôt vu son ratio de dette s'améliorer
25:08ces dernières années.
25:10L'Australie, qui subit aussi les hausses de taux,
25:12n'a pas de problème budgétaire réellement.
25:14Donc on a des facteurs communs
25:16qui sont soit purement de la dynamique de marché,
25:19soit l'idée que les taux neutres
25:22sont plus élevés que ce qu'on imagine
25:24et qu'il va falloir,
25:25si on veut maintenir l'inflation
25:28qui a tendance à être un petit peu
25:29structurellement un peu plus forte,
25:31il va falloir avoir des taux
25:32un petit peu plus élevés structurellement.
25:34Et donc tout ça, mis bout à bout,
25:37fait que, effectivement,
25:38cette dynamique budgétaire,
25:39elle concerne tout le monde
25:41avec quelque chose qui engendre
25:43parfois des mouvements homothétiques
25:45et qui déclenche des crises larvées
25:48comme celle de la France.
25:49Très longtemps, on n'a pas vu de mouvements
25:51et puis finalement,
25:53tout le monde se rend à l'évidence
25:54et il y a quelque chose qui craque
25:55et après une ou deux semaines
25:57ou quelques semaines
25:58de relative accalmie sur le reste,
25:59ça fait quand même un effet de contagion
26:01sur tous les autres marchés.
26:03Il y a maintenant le crédit,
26:04maintenant l'espace frais.
26:06Les marchés fonctionnent comme ça,
26:08c'est toujours un déclencheur.
26:09Je pense qu'il y a peut-être
26:11une autre tendance à bas bruit
26:13qu'on ne voit pas
26:14ou qu'on ne commande pas beaucoup,
26:16c'est simplement l'effet démographique.
26:18Il y a structurellement peut-être
26:19dans le marché
26:21moins de demandes pour la duration,
26:23c'est-à-dire moins de demandes
26:24pour des obligations très longues.
26:27C'est peut-être une des raisons
26:28qui a contraint le Trésor
26:29à ne pas autant émettre
26:30de titres aussi longs
26:33qu'on aurait pu vouloir le faire
26:36avec des taux aussi bas pendant longtemps,
26:37c'est que l'effet démographique
26:40raccourcit évidemment
26:41l'horizon de placement de tout le monde
26:43et c'est vrai partout.
26:44Et donc ça, plus des réformes
26:47qu'on a vues sur les fonds de pension aux Pays-Bas,
26:49je pense qu'il y a moins de besoin de durations
26:50et donc les taux longs sont soutenus
26:52par pas grand monde.
26:53Et c'est le terrain de jeu
26:54des hedge funds en plus.
26:56Donc sur la France,
26:57vous avez un futur,
26:58si vous voulez shorter,
26:59ça va très vite.
26:59Oui, c'est sûr.
27:01Et puis la France voit ses élections présidentielles
27:04arriver dans seulement quelques mois.
27:06Il nous reste une minute.
27:08Wilfried, est-ce que vous voulez conclure ?
27:09Avec plaisir.
27:10Qu'est-ce que vous regardez d'autre
27:12que tout ce qu'on a cité d'ici décembre
27:14et puis pour 2027 en termes d'investissement ?
27:17Je pense que déjà,
27:18il faut regarder effectivement
27:20la partie taux d'intérêt.
27:21Il faut regarder aussi,
27:22c'est très important,
27:24le pétrole.
27:25Il y a beaucoup d'impact,
27:26on le voit aujourd'hui.
27:28Pour moi, je pense que
27:30pour la partie investissement,
27:32il faut avoir en tête deux choses.
27:34D'abord que la dynamique américaine
27:36portée par la tech
27:37reste quand même extraordinairement importante
27:38et donc s'écarter de ce domaine-là
27:41ne me paraît pas une bonne idée
27:42dans les portefeuilles.
27:43Donc il faut avoir effectivement
27:44de la technologie,
27:45il faut avoir des actions américaines.
27:47On peut penser qu'il y a
27:48des phénomènes de bulles
27:49qui peuvent se produire
27:50de temps à autre,
27:51mais les résultats sont là,
27:52la progression des bénéfices est là
27:53et donc plus globalement,
27:55il faut investir sur le marché actions
27:56parce que la progression des bénéfices
27:58elle est encore revue à la hausse,
28:00ce qui est assez rare en général
28:01au fur et à mesure de l'année,
28:02on rabaisse les prévisions là,
28:03on est plutôt en train de les remonter.
28:06Et puis je garderai quand même
28:07un oeil sur les toutes petites
28:08valeurs européennes,
28:09il y a quand même pas mal de croissances
28:10qui sont là
28:12et qui sont moins dans la ligne de mire
28:16de certains investisseurs internationaux
28:18que les très grandes valeurs
28:20européennes ou françaises,
28:21voire que les mides.
28:22Donc regardez également
28:23les petites valeurs européennes.
28:24Merci beaucoup messieurs,
28:25Wilfried Galland,
28:26directeur stratégiste
28:27chez Montpensier,
28:28Arbevel,
28:29Axel Baud,
28:29directeur de la stratégie marché,
28:31d'Ostrom AM,
28:32Xavier Chapon,
28:33directeur de la gestion cotée
28:34et de la dette privée
28:36d'Arkea AM.
28:37Merci à tous les trois
28:37d'avoir été sur ce plateau.
28:40D'ailleurs,
28:40Wilfried le disait,
28:41les entreprises
28:43continuent
28:44de donner des guidance
28:45assez impressionnantes.
28:47On va suivre
28:47d'ici peu de temps
28:48les résultats du trimestre
28:50qui arrivent
28:51dans deux semaines à peu près
28:52ou une semaine
28:53je ne sais plus.
28:54Merci à tous les trois
28:55d'avoir été sur ce plateau
28:56et à très vite
28:57sur Bsmart.
28:58Sous-titrage Société Radio-Canada
29:02Sous-titrage Société Radio-Canada
29:08Sous-titrage Société Radio-Canada
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