00:03Vous avez peut-être suivi cette polémique autour de la photo d'une jeune femme dont les cheveux étaient recouverts
00:10d'un voile
00:11qui a été utilisé en illustration d'un article du Parisien mais surtout largement repris sur les réseaux sociaux, détournés
00:18et même utilisés pour des raisons politiques.
00:24Donc par un coup de baguette magique dit à son voile a disparu. On en parle avec Jean-Christophe Le
00:29Toquin, cofondateur de Stisa,
00:31qui est une initiative internationale qui fédère des services d'assistance aux victimes de violences sexuelles en ligne,
00:39de contenus intimes non consentis, de diffusion de deepfakes, tout ça pour rendre justement plus facile le recours des victimes,
00:50le signalement et le retrait des images et des vidéos qui portent atteinte à leur dignité.
00:54Est-ce que Jean-Christophe Le Toquin, quand vous avez suivi cette affaire, vous vous êtes dit,
00:58là on fait face à un problème de photos intimes diffusées en ligne de manière non consentie ?
01:05Voilà, c'est exactement la question qu'on s'est même posée en interne dans l'organisation, au sein de
01:10l'équipe.
01:11Il n'y avait pas forcément un consensus de dire, voilà, cette photo elle est prise en public, la photo
01:15initiale,
01:16et puis un deepfake est fait, une fausse image est faite, faisant apparaître les cheveux, mais aussi les épaules, aussi
01:22les bras de la jeune fille.
01:24Et donc il y avait un débat de dire, vu que la photo est prise en public,
01:27est-ce que le fait de dévoiler des bras et des épaules, est-ce que c'est vraiment quelque chose
01:31qui touche à l'intimité ?
01:32De dévoiler ? J'ai envie de dire plutôt d'imaginer, puisque c'est une IA en fait qui a
01:36transformé cette image.
01:38Alors c'est une imagination, mais elle est quand même extrêmement réelle.
01:40La photo est quand même extrêmement... On ne peut pas voir que c'est une deepfake,
01:43c'est pas dans la diffusion et dans la polémique qui s'est passée, on savait collectivement que c'était
01:48une fausse image,
01:49mais en vrai, quelqu'un qui ne connaît pas le contexte voit cette image et ne peut pas imaginer une
01:53seconde que cette photo est fausse.
01:55Et donc pour la victime, elle, représentée, elle se retrouve effectivement dans un habit totalement différent
02:01de ce qu'elle avait exposé en public.
02:03Donc il y avait un débat.
02:05Et nous, au sein de Stisa, on avait, dès le début de notre création, fin 2024,
02:09on avait ce cas de possibilité de victime, sachant que le cas général, on pense en général aux photos intimes
02:16prises,
02:17je dirais, dans un cadre particulier, et puis le partenaire diffuse souvent la photo intime par vengeance.
02:24Ça, c'est le cas courant.
02:25Mais on savait déjà, dès le début, qu'on aurait ce type d'affaires.
02:29Pour vous, c'est le même type d'affaires que l'affaire des IA qui déshabille des jeunes femmes ?
02:34Complètement.
02:35C'est-à-dire, nous, on a un principe qui est assez simple,
02:37qui est de dire que si vous dénudez une personne en dévoilant une partie de son corps,
02:46vous êtes, c'est une atteinte à l'intimité.
02:48Si vous dites les choses hors contexte comme ça,
02:51si vous dites, voilà, est-ce que je prends une personne, une jeune fille,
02:53et je la déshabille partiellement, sans forcément montrer les parties les plus intimes,
02:58est-ce que c'est une atteinte à l'intimité ?
03:01Si on raisonne hors contexte, tout le monde dira, bah oui,
03:04dénuder une personne sans son accord, c'est quand même une atteinte à l'intimité.
03:08Mais le droit français, le droit international, aujourd'hui,
03:11et la psychologie collective, fait qu'on ne pense pas à ce type d'affaires,
03:15aussi parce que l'IA n'existait pas,
03:18et qu'avant, on n'avait pas la possibilité de faire des changements,
03:20de dénuder comme ça les femmes aussi simplement.
03:24Alors justement, que dit le droit face à ce type de pratiques ?
03:28Alors le droit, il est assez bien équipé.
03:30Le droit français ?
03:30Le droit français, il est assez bien outillé.
03:34Aujourd'hui, c'est trois ans de prison et 75 000 euros d'amende
03:38pour un deepfake sexuel.
03:41D'accord.
03:41C'est ensuite, donc là, par exemple, si la personne avait été représentée nue,
03:46partiellement nue, on rentrait dans cette catégorie-là.
03:48Mais en l'occurrence, ce n'est pas le cas.
03:49Deuxième cas, c'est une atteinte à l'intimité.
03:52Si vous prenez une photo d'une personne chez elle,
03:54et vous la déshabillez de cette manière-là,
03:57là aussi, le droit peut s'appliquer à un an d'emprisonnement
04:00et 45 000 euros d'amende.
04:01Ce que le loi ne prévoit pas, c'est la photo prise en public,
04:05dans la rue,
04:06et cette photo d'une personne dans la rue est partiellement déshabillée,
04:09mais sans qu'il y ait de caractère sexuel,
04:11du moins du point de vue d'une culture occidentale telle que la nôtre,
04:14qui estime que la nudité, c'est exposer, voilà,
04:17à la poitrine, les fesses, etc.
04:19Sauf qu'enlever un voile, effectivement, si on parle de culture,
04:24c'est une façon d'énuder une femme.
04:26Oui, surtout, en l'occurrence, ce n'est pas que la...
04:28Ça voudrait dire qu'il faudrait faire évoluer le droit, aujourd'hui ?
04:32Je pense qu'on a plutôt besoin de faire évoluer la conscience collective
04:36de ce que c'est que le respect des personnes.
04:38Donc, on est beaucoup plus sur un sujet collectif.
04:41Aujourd'hui, une loi serait dérisoire.
04:43Enfin, je veux dire, on ne va pas arriver à imposer ce type de normes de base.
04:49C'est tellement basique, on est tellement dans les fondamentaux de la société
04:52que ce n'est pas au droit.
04:54Le droit ne pourra qu'entériner.
04:56Le jour où, collectivement, on se dira
04:57« Oui, ce n'est vraiment pas bien, en fait, de prendre des photos des filles dans la rue
05:01et de les mettre partiellement nues »,
05:03le jour où on sera arrivé à cette prise de conscience collective,
05:05on pourra faire une loi.
05:06Mais là, la loi sera un peu dérisoire.
05:08Quels sont les chiffres, aujourd'hui, de diffusion d'images non consenties ?
05:13Alors, globalement, on estime dans le monde à des millions de victimes,
05:16ce qui reste un chiffre quand même assez flou.
05:18Les études, il y avait une étude intéressante qui a été faite en Australie.
05:21On parle d'images intimes, là ?
05:22D'images intimes, oui, de toutes sortes.
05:23En fait, si on combine tous les types de violences sexuelles liées à l'image,
05:28c'est-à-dire les photos intimes non consenties,
05:31ce type de cas qui reste rare, mais qu'on a vu que ça existe,
05:35la sextorsion aussi.
05:37On parle quand même d'un chiffre estimé d'une personne sur sept dans sa vie
05:41est confrontée à ce type de violence,
05:44qui est quand même considérable dans les pays, je dirais, aujourd'hui développés.
05:48On ne parle pas d'un chiffre mondial.
05:49Merci beaucoup, Jean-Christophe Le Toquin,
05:51parce que grâce à ces chiffres, peut-être que la prise de conscience sera plus rapide.
05:56Merci à vous de donner de visibilité à ce sujet.
05:59Jean-Christophe Le Toquin, cofondateur de Stisa.
06:02Merci beaucoup, merci à tous de nous avoir suivis.
06:04C'était Smartech, votre émission quotidienne sur la tech, le numérique et l'IA,
06:08que vous regardez sur la chaîne Bsmart.
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