00:01Tech & Co, la quotidienne sur BFM Business.
00:04Voilà Tech & Co, la quotidienne toujours à Marseille avec une entreprise marseillaise qu'on accueille sur le plateau.
00:10Donc je suis très heureux de recevoir Alexandre Guénoun.
00:13Bonsoir Alexandre.
00:14Bonjour François.
00:14Vous êtes le président de Quiro.
00:17On va parler de médecine avec vous, de biologie médicale notamment.
00:22Évidemment, si vous êtes sur la société marseillaise d'IA qui est appliquée à la biologie médicale, vous revendiquez plus
00:28de 3 millions d'utilisateurs quand même, 280 laboratoires hôpitaux et 1,4 milliard de résultats biologiques traités.
00:37Et vous allez nous expliquer un petit peu ce que vous faites et après on parlera de votre actualité.
00:41C'est quoi l'objectif de Quiro ?
00:43Alors merci déjà pour l'invitation.
00:45Effectivement, Quiro, on est une entreprise qui fait de l'IA pour la biologie médicale.
00:49Donc l'enjeu c'est, vous avez probablement déjà fait une prise de sang.
00:51La question qu'on se pose c'est comment on fait pour qu'on fasse la bonne prise de sang
00:54avec les bons examens au bon moment pour les bons patients.
00:57Donc il y a un enjeu, c'est d'abord effectivement de comprendre ces résultats et surtout de savoir qu
01:01'est-ce qui est important pour chacun.
01:02De plus en plus, on a tendance à voir qu'il y a beaucoup de gens qui font beaucoup, beaucoup
01:06d'examens avec énormément d'informations à l'intérieur, pas forcément très utiles.
01:11On ne sait pas forcément ce sont les bons examens pour les bonnes personnes et ça coûte aussi beaucoup, enfin
01:14assez cher.
01:16Et donc la question c'est effectivement...
01:16Et on sait que la sécurité sociale n'est pas forcément très en forme.
01:19Exactement. Et donc il y a cette question vraiment de comment on s'assure que chacun puisse bénéficier par rapport
01:24à son histoire, par rapport à ses résultats et à son historique,
01:27d'avoir les bons examens et on applique ça à la fois pour les professionnels de santé et pour les
01:31patients.
01:31D'accord. Concrètement, vous intervenez... Donnez-nous un scénario où vous intervenez pour qu'on comprenne bien ce que vous
01:38faites.
01:38Alors très concrètement, quand un patient va au laboratoire de biologie médicale...
01:42Faire une prise de sang, par exemple.
01:43Exactement. Donc le biologiste, lui, il fait son métier, c'est-à-dire à la fois de vérification des résultats,
01:48d'interprétation des résultats, de communication du compte rendu.
01:51Et nous, on arrive à ce moment-là. Donc on travaille avec les laboratoires en général ou avec les hôpitaux
01:55au moment où le compte rendu est communiqué auprès du patient.
01:58Et donc à ce moment-là, nous, on intervient et on travaille avec les laboratoires pour communiquer une bonne information
02:02aux patients, adaptée.
02:04Donc il va à la fois du diagnostic à la prévention en patient aussi par l'éducation du patient sur
02:08différents types de maladies, sur les examens et aussi sur la suite à donner par rapport à ses résultats.
02:13Et à partir de ce moment-là, effectivement, on va aider le patient à être mieux pris en charge, à
02:17savoir quand est-ce qu'il faut retourner au laboratoire, qu'est-ce qu'il faut faire à partir de
02:20ses résultats.
02:21Et puis pour le médecin, puisque le compte rendu est envoyé à la fois aux patients et aux médecins, pour
02:25le médecin, on va avoir une aide à la décision.
02:26Donc un outil, un dispositif médical qui va aider le médecin à savoir qu'est-ce qu'il doit prescrire
02:31pour le patient.
02:32Donc typiquement, on va regarder, on va regarder les examens.
02:34Il y en a aujourd'hui plus de 4000 qui existent dans les catalogues des laboratoires de biologie médicale.
02:38Pour vous donner un ordre de grandeur, quand on regarde le top 10 des examens, c'est déjà 50%
02:42des volumes.
02:42Donc il y a un vrai enjeu de savoir qu'est-ce que je dois faire pour ce patient-là.
02:45Et donc là, on va l'aider.
02:46Et on va l'aider à savoir pour ce patient-là, par rapport à d'autres patients, par rapport aux
02:50recommandations de bonne pratique, voilà les examens qui vont être pertinents.
02:53Si je résume un peu ce que vous venez d'expliquer, c'est que finalement, je fais une prise de
02:57sang, je vais avoir un résultat long comme le bras.
03:01On ne comprend rien.
03:02Enfin, je veux dire, il faut simplement suivre un petit peu pour voir si les chiffres qui sont là sont
03:08dans la moyenne ou pas du document.
03:11Vous, vous allez interpréter tout ça et nous faire quelque chose de plus digeste et de compréhensible, à la fois
03:17pour nous, patients, qui ne sommes pas médecins,
03:19et quelque chose de beaucoup plus poussé pour le médecin.
03:21Pour résumer, c'est ça.
03:22C'est exactement ça.
03:23Et c'est surtout, au-delà des simples résultats, vous parliez des résultats qui sont normaux ou anormaux.
03:27En fait, on va souvent regarder ce qui est en gras ou avec la petite étoile.
03:30Le problème, c'est que ça, ce n'est pas forcément ce qui est pertinent.
03:33Parce que ce n'est pas parce que c'est en gras que ça veut dire que ce n'est
03:34pas grave ou que c'est grave.
03:35Et ce n'est pas parce que ce n'est pas un résultat qui est en gras qu'il ne
03:38faut pas regarder non plus.
03:39Donc, il y a un vrai enjeu aussi de comprendre qu'est-ce que le résultat signifie et comment je
03:43le compare par rapport aux autres examens et aussi à ceux d'autres patients.
03:46D'où l'important, justement, d'avoir une base qui permet d'avoir beaucoup d'informations pour pouvoir comparer beaucoup
03:51de patients.
03:53Tout ça, vous le faites avec l'IA.
03:54Comment ça marche, en fait ?
03:56Vous recevez un document, des analyses.
03:59Qu'est-ce qui se passe ?
03:59Il y a plusieurs étapes.
04:01Mais effectivement, déjà, le premier point, c'est qu'on va essayer de comprendre l'information.
04:03Par rapport à Chagipiti, qui va regarder l'information et qui va prendre votre résultat à un instant T, nous,
04:09on a en général l'historique du patient aussi.
04:11C'est-à-dire qu'on va regarder ça par rapport à votre histoire, par rapport à ce qui s
04:13'est passé avant et parfois plusieurs années auparavant, pour voir justement cette évolution.
04:18Ce n'est pas qu'une question de qu'est-ce qui se passe à un instant T.
04:21Parce que ça peut rester dans les normes, mais si ça continue à diminuer au fur et à mesure, il
04:24peut y avoir un enjeu pour nous.
04:25Mais, excusez-moi, mais Chagipiti peut le faire aussi.
04:27Si je le nourris avec de précédents examens, il va pouvoir aussi me faire cette analyse, non ?
04:33Alors, beaucoup moins facilement, parce que d'abord, il y a un risque de structuration de la donnée.
04:37Il n'a pas forcément accès à tous les résultats, au-delà des aspects aussi de protection des données dont
04:41on pourra parler.
04:43Donc, il y a déjà, premièrement, cet enjeu-là.
04:45Mais après, Chagipiti n'est pas fait pour prendre en considération la longue finalité et surtout le contexte du patient.
04:49Ce qui compte à un moment donné pour Chagipiti, c'est quelle est la question que je vais poser à
04:52Chagipiti ?
04:53Si vous n'êtes pas médecin, est-ce que vous allez poser forcément la bonne question ?
04:56Est-ce que vous allez savoir qu'est-ce qu'il faut demander à l'IA ?
04:59Et puis, quelles sont les informations avec lesquelles il faut nourrir cette intelligence artificielle ?
05:03Ça, c'est un vrai sujet.
05:04Et ça, pour nous, le patient, il ne doit pas se préoccuper de ça.
05:07On a tendance à dire que chez Kiro, on passe du software à the service.
05:10Donc, l'idée de pouvoir avoir un logiciel comme un service a changé vraiment cette dynamique pour pouvoir faire un
05:15service à the software.
05:16Nous, à la fin, l'idée, ce n'est pas forcément que vous utilisez un logiciel.
05:18C'est que vous ayez le résultat de l'action que vous souhaitiez avoir au moment où vous avez démarré
05:23la prise en charge.
05:24C'est-à-dire, c'est quoi le bon médecin ? C'est quoi le bon examen ?
05:26Vers quel laboratoire je dois me tourner ?
05:28Comment je peux être mieux pris en charge ?
05:29Et c'est toutes ces actions-là qui vont compter à la fin pour le patient.
05:33On voit aujourd'hui que la tech arrive à faire des choses dans la médecine.
05:37Je pense souvent que le cas d'Apple avec son Apple Watch,
05:40qui arrive à détecter des anomalies cardiaques qui peuvent sauver des vies.
05:45Le nombre de témoignages de personnes dont la vie a été sauvée grâce à une Apple Watch est quand même
05:50assez impressionnant.
05:51Est-ce que vous arrivez à détecter des pathologies que même les médecins ne voient pas ?
05:56Détecter des pathologies, c'est un peu compliqué parce que l'histoire du patient est complexe.
06:01Et même le médecin n'a pas forcément arrivé à détecter des pathologies à partir d'une prise de sang.
06:04Oui, mais vous voyez des indicateurs avec votre IA que peut-être le médecin, lui, ne voit pas ou n
06:11'a pas eu le temps d'intégrer.
06:13Tout à fait. Effectivement, on est en dispositif médical marqué CE.
06:16Ça veut dire qu'on a dû passer par un certain nombre de tests et de validations,
06:19à la fois d'un point de vue qualité, d'un point de vue technique et d'un point de
06:21vue médical,
06:22pour justement montrer la pertinence et la performance du dispositif par rapport à des médecins.
06:27Pour justement mieux les aider à mieux prescrire.
06:29Et là, effectivement, on a vu sur certaines performances que non seulement on arrivait à être aussi performant
06:34pour éviter les examens qui étaient inutiles, mais aussi plus performant, quasiment deux fois plus performant que le médecin
06:39pour identifier les examens qu'il fallait faire et que le médecin a tendance à oublier.
06:44Demain, comment vous voyez votre métier qui va évoluer ?
06:47Et sans doute, est-ce que demain, on peut imaginer que finalement, quoi qu'il arrive, je vais me faire
06:54faire une prise de sang,
06:55non, automatiquement, j'ai votre résultat et je n'aurai même plus besoin d'aller chez le médecin.
06:59Est-ce que c'est un truc qui vous paraît faisable ou on aura toujours besoin d'un médecin ?
07:05Les métiers vont changer.
07:07Je viens d'une famille avec deux parents médecins, donc j'ai tendance à penser qu'on aura toujours besoin
07:10d'un médecin.
07:11Et je pense surtout que...
07:12Oui, faites attention en plus quand vous allez rentrer à la maison, après, si vous dites des bêtises.
07:16Ça fait quelques années que je fais attention.
07:17Je vous taquine là-dessus parce que c'est vrai qu'on voit que Chagipiti investit beaucoup d'argent dans
07:22la santé.
07:23On voit que certaines pathologies sont détectées, non pas par les médecins, mais par l'IA.
07:27Et on n'en est qu'au tout début.
07:29On en est à l'an zéro de tout ça.
07:31À l'an zéro et en plus avec une évolution où toutes les trois semaines, il y a une nouveauté.
07:34C'est exponentiel.
07:36Et c'est effectivement cette capacité, cette complexité-là qu'il faut qu'on arrive à gérer.
07:38Est-ce qu'un médecin, au bout de huit heures de consultation, il est fatigué, il commence à être exécrable,
07:43il ne sera moins dans une pédagogie que l'IA peut l'être ?
07:49Je pense qu'au médecin, on demande surtout aux médecins aujourd'hui d'être un sachant et de passer finalement
07:54moins de temps avec son patient.
07:56Ce qui est important aujourd'hui, c'est le temps médical.
07:57C'est le temps à comprendre le patient, ce que l'IA ne fera jamais.
08:00À la fin, il n'y a rien qui remplace une main pour poser la main sur l'épaule pour
08:03annoncer un diagnostic.
08:04Ça, c'est la réalité.
08:05C'est la réalité des médecins, ce qu'ils voient tous les jours.
08:08La complexité, c'est qu'aujourd'hui...
08:08Oui, mais Dieu merci, des diagnostics graves, on n'en annonce pas tous les jours.
08:12Vous voyez ce que je veux dire ?
08:13Complètement, mais il faut du temps médical, il faut le temps d'expliquer, il faut le temps de prendre en
08:16charge, il faut le temps de coordonner aussi des parcours.
08:18Ça, c'est ce que fait effectivement un professionnel de santé.
08:21Et là, effectivement, le métier est en train de changer parce qu'on va pouvoir, avec de l'IA, dégager
08:23du temps médical.
08:24Il faut aussi voir aussi, ça c'est assez important, on a tendance à penser que l'IA va tout
08:28remplacer.
08:29Je suis assez convaincu que l'IA ne va remplacer que ce qui est en manque, ou du moins ce
08:32qui ne manque pas plutôt.
08:34Aujourd'hui, un médecin, la réalité, c'est qu'on manque de professionnels de santé.
08:38Donc même si vous avez une IA qui va être capable de pouvoir adapter ou proposer certains éléments,
08:43la réalité, c'est qu'on sera toujours en manque de médecin parce que la demande de soins va aller
08:46toujours beaucoup plus vite que l'offre de soins.
08:49Donc il y a cet enjeu-là aujourd'hui.
08:51Néanmoins, le métier de médecin, il va définitivement changer.
08:53Donc pour répondre à la question comment on voit effectivement le parcours,
08:55on voit effectivement que le médecin, il va pouvoir être partie prenante de ce parcours-là,
08:59mais on voit aussi que le patient, il va être beaucoup plus acteur de sa santé.
09:02Par exemple, vous allez récupérer un examen de biologie médicale,
09:05la question ça va être, ok, mais je ne veux pas récupérer un examen de biologie médicale.
09:08Moi, ce que je veux, c'est perdre du poids.
09:10Moi, ce que je veux, c'est éviter d'avoir une insuffisance rénale chronique dans 10 ans.
09:14Moi, ce que je veux, c'est potentiellement, si je sais que ma famille a des antécédents de telle ou
09:18telle pathologie,
09:19je veux éviter, je veux anticiper.
09:21Donc c'est la prévention à votre avis où l'IA peut être très forte.
09:24C'est la prise en charge. Vous prenez par exemple des patients qui ont typiquement des examens
09:29parce qu'ils sont sous GLP1, parce qu'ils ont besoin de perdre du poids, parce qu'ils ont un
09:33diabète, par exemple.
09:34Mais il y a une question de, je vais moins manger ?
09:36Il y a cette question de, est-ce que je vais avoir les bons nutriments qui vont être apportés au
09:40bon moment
09:41par rapport à moi, mon histoire et ce que j'ai envie de faire ?
09:44Et donc ça, c'est aussi quelque chose sur lequel on peut concrètement aider le patient
09:47de manière assez concrète en dehors du circuit médical classique.
09:51C'est intéressant parce que jeudi, je recevais NutriCheck, une boîte que vous devez connaître
09:54et qui se positionne aussi sur l'IA et les conseils qu'on peut donner en matière de nutrition et
10:00d'exercice physique.
10:01Donc on voit qu'il y a une nouvelle économie qui est en train de se créer sur ce sujet.
10:06Je pense qu'on ira même plus loin. Je pense que dans quelques années, on créera des compléments alimentaires
10:09qui seront dédiés pour vous spécifiquement parce que justement...
10:12Et qui ont été conçus par l'IA finalement, avec les bons nutriments qu'il nous faut à l'instant
10:18T.
10:18Et que vous allez absorber exactement.
10:19Oui. Est-ce que ça sera bon ? C'est une autre question.
10:23C'est là où on fera la différence entre la médecine et le charlatelisme.
10:26C'est effectivement qu'il va falloir qu'on soit capable de prouver et qu'on crée aussi un système
10:28autour de ça
10:29de vérification, de validation pour justement s'assurer que ce qu'on fait est positif pour le patient.
10:34En termes de gourmandise, je parlais du goût. Est-ce que ça va être bon ? Est-ce que ça
10:38sera mangeable ?
10:38C'est ça la question.
10:39Je ne sais pas si le goût du doliprane, on s'en rappelle tous.
10:41C'est vrai. Merci beaucoup Alexandre. Très intéressant.
10:46Merci beaucoup.
10:46Vous êtes le président de Quiro. Alexandre Guénoun donc sur le plateau de Tech & Co ici à Marseille.
10:51Merci beaucoup.