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  • il y a 20 minutes
Regardez le débat entre Jean Garrigues, historien et président de la Commission internationale d'histoire des Assemblées, et Didier Maus, président émérite de l'association française de droit constitutionnel.
Regardez Les grands esprits se rencontrent avec Anne-Sophie Lapix du 17 septembre 2026.

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Transcription
00:05Ce sont les Français qui décideront d'instaurer cette priorité nationale,
00:11cette priorité en faveur des nationaux, de ceux qui ont la nationalité française,
00:15dans le logement social, pour l'accès aux aides sociales également non contributives,
00:21l'accès aux logements étudiants, voilà, sur toute une série de choses.
00:24On laissera trancher les Français à travers un référendum.
00:28C'est Franck Calizio, député RN des Bouches-du-Rhône, qui s'exprimait sur notre plateau il y a quelques
00:34jours.
00:34Et alors, si on demandait au peuple ce qu'il en pense, et si on le laissait trancher, avoir le
00:39dernier mot,
00:40en cette période de campagne présidentielle, de nombreux candidats promettent de recourir au référendum une fois élus,
00:45mais en auront-ils la possibilité, le droit ? Peut-on utiliser le référendum pour tout trancher ?
00:51Et puis, est-ce vraiment l'instrument le plus démocratique ?
00:54On en débat dans les grands esprits, ce rencontre, avec Jean Garrigue, historien et président de la Commission internationale d
00:59'histoire des assemblées.
01:00Bonsoir.
01:01Bonsoir.
01:01Et Didier Mauss, président émérite de l'Association française de droits constitutionnels.
01:06Bonsoir.
01:06Bonsoir.
01:07Alors, Didier Mauss, dans notre cinquième république, car pour l'instant, c'est toujours notre régime,
01:11il y a plusieurs possibilités pour utiliser le référendum.
01:14Il y a d'abord l'article 11, c'est ça ?
01:17C'est ça l'article 11.
01:18C'est le référendum législatif, c'est celui dont on parle en réalité en ce moment.
01:23Sinon, il y a l'article 89, et c'est le référendum constitutionnel pour modifier la constitution.
01:29Mais c'est beaucoup plus compliqué, évidemment.
01:32Il n'a pas été utilisé si souvent que ça, l'article 11 ?
01:34L'article 11, il a été utilisé plusieurs fois, quelques fois avec des polémiques, en 1962.
01:40Ça peut donner des résultats négatifs, c'est arrivé aussi, voilà.
01:44Bon, donc, ceci étant, le champ du référendum est limité.
01:47J'ai la constitution, là, sous les yeux.
01:50Bon, ça peut concerner l'organisation des pouvoirs publics, la politique économique, sociale ou environnementale,
01:56les services publics qui concourent, ou à traiter, qui sont peut-être contraints à la constitution,
02:01auraient des incidents sur le fonctionnement des institutions.
02:03C'est quand même relativement limité et encadré.
02:06Et pourquoi on a fixé ces domaines-là ?
02:08Parce qu'à l'origine, on n'avait mis que l'organisation des pouvoirs publics,
02:12et puis avec des révisions constitutionnelles, on a un peu élargi.
02:15Parce que l'idée était quand même de ne pas faire trancher par référendum n'importe quoi.
02:21Il était évident que si vous mettez au référendum la question,
02:23est-ce que vous voulez payer moins d'impôts ?
02:25On risque d'avoir un oui.
02:27Mais est-ce que ça marche ?
02:28Et de même, on avait toujours l'éternel question,
02:31est-ce qu'on peut abroger la peine de mort par référendum,
02:35ou la rétablir ?
02:37Parce que quelquefois, il y en a qui le voudrait faire.
02:39En l'état actuel des choses, c'est non.
02:42Il y a des controverses sur savoir ce qu'on peut faire et pas faire,
02:45mais on verra bien.
02:46Jean Garrick, c'est avec ce fameux article 11
02:49que Marine Le Pen, Bruno Retailleau,
02:52veulent faire des référendums sur l'immigration ?
02:54Non, ce n'est pas possible.
02:56Il faudrait.
02:57Il faudrait.
02:58Mais il faudrait d'abord une révision constitutionnelle.
03:02Et là, pour la révision constitutionnelle,
03:03on peut passer par le référendum, d'ailleurs,
03:06c'est article 85,
03:07mais on peut passer aussi,
03:09on doit passer par un vote similaire des deux assemblées,
03:13ce qui ne va pas être évident dans le paysage politique
03:16qu'on va connaître et qu'on connaît déjà,
03:18et puis ensuite avoir éventuellement les trois cinquièmes du Congrès,
03:23c'est-à-dire des deux assemblées réunies.
03:24Donc, ça va être une course d'obstacles terrible
03:28si on veut arriver à inclure les questions d'immigration,
03:32les questions de sécurité, etc., dans le référendum.
03:34Donc, on ne peut pas retirer le droit du sol,
03:36instaurer la priorité nationale par référendum,
03:38tout ça, c'est impossible.
03:39Ce serait quand même...
03:40Ça serait littéralement.
03:42Il faudrait vraiment une interprétation extrêmement extensive
03:45de ce qu'est la politique sociale.
03:48Cela dit, le général de Gaulle,
03:51en 1962,
03:52quand il fait sa révision constitutionnelle
03:54pour instaurer l'élection du président en suffrage universel,
03:58il le fait un peu au détriment de la plupart des juristes
04:00qui lui disaient,
04:01non, on ne peut pas utiliser l'article 11 pour ça.
04:03Il est passé en force.
04:05Enfin, tout le monde n'est pas le général de Gaulle.
04:08Et les temps ont changé.
04:09Parce que je dirais, en 1962,
04:12aussi bien le Conseil d'État que le Conseil constitutionnel
04:14était assez prudent,
04:15encore que le Conseil d'État a donné un avis négatif à l'époque.
04:18Et le Conseil constitutionnel, de manière non officielle, également.
04:22Et depuis, on sait qu'il donnerait des avis officiels,
04:25non plus officieux,
04:26et que, si ça allait trop loin, serait négatif.
04:29On le sait.
04:30Alors, sur ce plateau, on entendait Franck Alizio,
04:32mais moi, il me disait cette semaine
04:34que si, on pouvait passer par un référendum
04:37pour notamment permettre,
04:40enfin, instaurer la priorité nationale
04:42pour l'attribution des logements sociaux.
04:44J'ai dit, oui, mais alors, l'égalité,
04:46le principe d'égalité,
04:47article 1er de la Constitution,
04:48il m'a dit, non, non, c'est juste une question d'interprétation.
04:51Après tout, quand on parle du droit de vote,
04:54il n'y a pas d'égalité entre les Français et les étrangers.
04:57Oui, mais, enfin, je veux dire que, là, si vous voulez,
05:00là encore, techniquement,
05:01tout ça me paraît quand même un peu tiré par les cheveux.
05:05En revanche, alors, si on va sur le fond des choses,
05:08se dire qu'aujourd'hui,
05:10dans l'état actuel de notre vie parlementaire,
05:13blocage parlementaire qu'on voit tous les jours,
05:16avec la perspective que le prochain
05:19ou la prochaine présidente de la République
05:20n'est pas forcément une majorité pour gouverner,
05:24l'idée de revenir au référendum,
05:26de passer par le référendum
05:28pour relégitimer, pour reconnecter le président aux citoyens,
05:33moi, me semble, dans l'absolu, une bonne idée.
05:36Reconnecter, ça veut dire aussi passer par-dessus le Parlement, en fait.
05:40On passe par-dessus le Parlement, pas forcément.
05:42Ou après le Parlement.
05:44Pour confirmer quelque chose qui a été voté par le Parlement.
05:48Mais on est vraiment là...
05:49Je ne vous apprends rien.
05:51On a les deux tiers, les trois quarts de nos concitoyens
05:54qui ne font plus confiance dans les institutions,
05:57et notamment pas dans l'institution présidentielle.
05:59Elle a besoin d'un nouveau souffle, à mon sens.
06:02Et il y a plusieurs solutions.
06:04J'en ai beaucoup à proposer.
06:06Mais parmi ces solutions,
06:09je pense qu'on serait bien inspiré
06:11de revenir justement à des moments comme ça de respiration
06:15où on va s'adresser au peuple.
06:17Et avec, vous savez, les campagnes de référendurs,
06:20c'est quand même intéressant.
06:21C'est un débat national.
06:22On va quand même au fond des choses.
06:25Alors, quelquefois, on n'en a pas tenu compte.
06:27C'est ce qui s'est passé pour le référendum de 2005.
06:29On a dit non, et Nicolas Sarkozy est passé outre.
06:33Mais à condition de tenir compte du référendum,
06:36ça peut être, je ne sais pas ce qu'en pense Didier,
06:38mais ça peut être un instrument, me semble-t-il, utile.
06:41Moi, je suis assez favorable au développement du référendum,
06:44y compris du référendum d'initiative populaire.
06:47RIP, oui, on n'en a pas parlé encore.
06:48Ça existe depuis 2008, mais il n'a pas été utilisé.
06:50Non, mais il ne peut pas être utilisé.
06:51Il est trop compliqué.
06:53Pour ne pas être utilisé.
06:54On le va voir, déjà.
06:54Mais il y a 20 ans, 30 ans,
06:56j'en étais un grand, grand partisan,
06:58et on avait travaillé dessus avec certains de mes amis.
07:01Non, moi, je suis très favorable au référendum en tant que tel,
07:04parce que je trouve que c'est une bonne procédure
07:06sur une question compliquée pour la faire trancher par le peuple.
07:10Mais il faut le faire selon les règles qui sont prévues.
07:13Et si on commence un mandat présidentiel
07:15en s'assayant sur la Constitution,
07:19c'est quand même mauvais,
07:20parce que ça déclenchera automatiquement une bronca.
07:23Et comme le disait Jean Carrigues,
07:24tout le monde n'est pas le général de Gaulle.
07:26Et quel que soit le président ou la présidente qui sera élu,
07:29ce ne sera pas le général de Gaulle.
07:31Le RN répond que les sages du Conseil constitutionnel
07:35font un peu de la politique.
07:36Ils font ce qu'ils veulent.
07:37Non, mais ça, c'est...
07:39Évidemment, il y a une coloration politique,
07:41mais d'ailleurs qui est plurielle.
07:43Si on regarde la composition du Conseil constitutionnel,
07:46et qu'on le veuille ou non.
07:47Et d'abord, il y a des juristes dans le Conseil constitutionnel,
07:49et ils sont là pour dire le droit.
07:51Alors, là aussi, le droit,
07:52on peut l'interpréter,
07:54on peut tout dire, finalement.
07:56Mais ils ne sont pas là pour faire de la politique.
07:58Et fondamentalement,
08:00leurs arrêts sont quand même fondés sur le droit.
08:04Donc, on a besoin aussi d'avoir...
08:07D'ailleurs, dans toutes les grandes démocraties,
08:09il y a une Cour suprême,
08:10il y a des juges institutionnels et constitutionnels.
08:13Et donc, on en a besoin aussi.
08:15Là aussi, ne commençons pas une présidence
08:19en critiquant toutes les institutions
08:21qui nous font fonctionner.
08:23Vous avez dit tous les deux
08:24que vous étiez favorables à recours.
08:27Vous n'êtes pas les seuls.
08:28Il y a 8 Français sur 10,
08:29selon un très récent sondage d'OpinionWay,
08:33ou Elam, je me disais...
08:33Autre que ça, pardon,
08:35pour l'Institut de Sondage.
08:37Pourquoi, quand ils sont au pouvoir,
08:39les dirigeants ne l'utilisent pas alors ?
08:41Parce qu'il faut trouver des bons sujets
08:43à un bon moment.
08:45Il faut trouver des sujets qui soient clivants.
08:47Bon, parce que ça ne sert à rien
08:48de faire des référendums d'unanimité,
08:50mais qui non plus n'entraînent pas,
08:51j'allais dire,
08:52une trop grande division des Français.
08:54Moi, j'ai été très frappé
08:55par le référendum de 2005 sur l'Europe.
08:58On a eu un débat extraordinaire.
09:00C'était le plus grand débat public en France
09:03depuis 1946.
09:05Extraordinaire.
09:05Tout le monde s'est enflammé là-dessus.
09:07Il a été négatif, il a été négatif,
09:09ça m'est égal.
09:10Bon, je pense qu'ensuite,
09:11on a eu tort de passer par un parlementaire...
09:13Oui, parce que les Français ont l'impression
09:15qu'on ne les écoutait pas vraiment.
09:16On a eu un extraordinaire débat dans ce pays
09:18sur l'Europe.
09:20Alors, avec quelquefois des erreurs.
09:22Moi, je me souviens d'un débat
09:23auquel j'avais participé
09:24au fin fond d'un département.
09:26Et on m'a dit,
09:27c'est à cause de l'Europe
09:28qu'on est en train de fermer
09:29les bureaux de poste.
09:30Je n'en dis pas du tout,
09:31c'est parce qu'il n'y a plus de courrier.
09:33Bon, non, mais voilà.
09:34Mais ce qui n'empêche
09:36que c'était un vrai débat démocratique.
09:38Et mes petits camarades spécialistes
09:42ou politistes
09:42ont participé à des quantités de débats.
09:45La plus quantité.
09:46Bon, donc ça peut marcher.
09:48Mais il faut trouver la bonne question
09:49et au bon moment.
09:51Pourquoi souvent on assimile
09:53le référendum aussi au populisme ?
09:57Oui, parce que c'est la vieille tradition
09:59du référendum plébiscite
10:01depuis Napoléon Bonaparte.
10:04Mais en fait,
10:07aujourd'hui,
10:08le populisme,
10:09c'est autre chose.
10:10Le populisme,
10:11c'est prétendre parler
10:13au nom du peuple
10:14face aux élites.
10:16S'adresser au peuple,
10:17ça n'est pas du populisme.
10:18Ce n'est pas du tout pareil.
10:20Il ne faut pas confondre les deux choses.
10:22Et ce n'est pas parce que
10:23le Rassemblement National
10:25défend d'ailleurs une conception,
10:27on l'a vu,
10:28erronée du référendum
10:30qu'il faut le rejeter
10:31en tant que tel,
10:32si vous voulez.
10:32Donc, l'idée de s'adresser au peuple
10:35aujourd'hui,
10:37dans ce monde
10:38où la déconnexion est telle
10:40avec le pouvoir politique,
10:42moi, je le répète,
10:44ça me semble quand même
10:45de quelque chose
10:45de tout à fait positif,
10:47à condition, évidemment,
10:48d'éviter, là aussi,
10:49les écueils du populisme.
10:51Ça, ça va être très compliqué
10:52parce qu'on a deux partis extrêmes
10:54qui vivent du populisme,
10:56il faut bien le dire,
10:57qui vivent de ça, en fait.
10:59Mais je veux dire
11:00qu'on a la possibilité
11:02justement d'organiser
11:03des grands débats,
11:04on peut faire aussi
11:04d'autres types de consultations
11:06numériques,
11:07des choses comme ça,
11:07mais je pense qu'il faut vraiment
11:09faire respirer la démocratie
11:10aujourd'hui.
11:11Merci beaucoup à tous les deux
11:12d'être venus débattre.
11:14À présent,
11:15je vous propose d'entendre
11:16le meilleur des invités,
11:17des humoristes,
11:18des auditeurs,
11:18le meilleur de la journée,
11:19c'est la story RTL.
11:20À tout de suite.
11:26Toute la journée,
11:27RTL vous accompagne.
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