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  • il y a 9 minutes
Mythomètre : "Il faut fuire la dette française"

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Transcription
00:00Chaque jour, un expert de marché nous rejoint et vient combattre les idées reçues.
00:04C'est Jérôme Desdayans, le président de mon partenaire patrimoine qui nous accompagne aujourd'hui.
00:07Bonjour Jérôme !
00:08Bonjour Guillaume, bonjour Sabrina, bonjour Joanne !
00:11On est à combien là ? Sur le 10 ans français ?
00:13Bon on est à 3,5%, 4,5%, donc toujours sur des plus hauts de 2008.
00:17La France s'empreinte plus cher que l'Italie, le budget n'est toujours pas voté,
00:20aura du mal à l'aide peut-être cet automne, la présidentielle elle arrive.
00:22Bref, dans ce contexte, tout le monde dit qu'il faut fuir la dette française.
00:25Pas vous, vous voyez dans cet argument un gros mytho.
00:29Vous foudroyez cette idée que la France deviendrait indésirable sur les marchés ?
00:33Et oui, en matière d'empreinte d'État français en ce moment, je dis, il ne faut pas dire fuyez
00:38pauvre fou.
00:39Alors on ne va pas quand même se mentir entre nous, si on est honnête, les signaux d'alarme sont
00:43très réels et ils sont bien là.
00:44Le prix du risque est au plus haut, vous venez de le dire, on a franchi les 4,5 ans
00:48hier en séance, aujourd'hui en séance sans difficulté.
00:51Donc ça veut dire que les marchés sont en train de repricer la dette française.
00:57Le 30 ans a dépassé 5%.
01:00La hiérarchie s'est inversée.
01:02On est le pays qui emprunte le plus cher par rapport aux 21 autres pays d'Europe comparables, de la
01:10zone euro.
01:11Même la Grèce et la Bulgarie en prennent plus cher que nous, on en prenne plus cher que l'Italie,
01:15etc.
01:15Ça se voit dans les adjudications, puisque en moyenne, en septembre, l'AFT, l'agence France Trésor, a émis à
01:224,23.
01:23Le budget est un vrai déclencheur, avec nos 3 365 milliards de dettes publiques et la difficulté qu'il y
01:29a, ou les incertitudes qu'il y a sur le bouclage de ce budget.
01:33Évidemment, le programme d'émission s'envole et le coût de la dette va s'envoler.
01:37Les agences sont en embuscade.
01:38Je ne vais pas vous faire la liste de toutes les révisions à la baisse ou mises aux observations à
01:41tendance négative des agences.
01:44L'inflation est revenue, ce qui n'arrange rien.
01:47Et l'horizon politique, donc il n'y a pas que le budget, il y a aussi la présidentielle, avec
01:51les annonces plus ou moins farfelues de dépenses de tous les candidats de tous bords.
01:55Sans parler, l'annonce sur on va annuler la dette.
01:58Il ne manque plus qu'une invasion criquée, en quelque sorte.
01:59C'est exactement ça.
02:02Donc, les signes d'alerte sont évidemment très très réels, on ne peut pas les ignorer.
02:06Donc, on voit les signaux d'alerte qui se multiplient, qu'on ne peut pas ignorer.
02:09Alors, Jérôme, dans ce cadre-là, il faut fuir.
02:12Mais vous, vous dites, pourquoi vous dites à ceux qui veulent fuir, non, rester ?
02:16En fait, oui, ce qui est bullshit, c'est le mot fuyer.
02:18On parle quand même de la dette d'État émise par l'État français.
02:24Évidemment, sa notation, sa solvabilité se dégrade lentement, mais on n'est pas encore en situation de détresse absolue.
02:30Emmanuel Moulin, le gouverneur de la Banque de France, l'a encore dit aujourd'hui,
02:33il n'y a pas d'incapacité de la France à rembourser sa dette.
02:36Alors, évidemment, il se veut rassurant.
02:37Et quand le gouverneur de la Banque de France se croit obligé d'intervenir, c'est qu'il y a
02:40un risque, mais quand même.
02:41En fait, ce qui se passe, c'est qu'à 4,5% de rendement nominal sur le 10 ans,
02:45à 5% sur le 30 ans, on est enfin payé de prêter de l'argent à l'État français.
02:50Et on est de plus en plus payé si ça continue à se tendre.
02:53Et donc, ça veut dire que si on a des liquidités à investir en obligations aujourd'hui,
02:57et qu'on a le temps devant soi, comme d'habitude en matière d'investissement ou d'épargne,
03:00qu'on peut aller jusqu'à maturité, on embarque un rendement de plus en plus élevé
03:05avec cette mise sous pression de la dette française.
03:07C'est une position qui va s'améliorer si ça se dégrade encore.
03:11Donc, on peut y aller aussi progressivement.
03:13Alors évidemment, si on compte juste, on a passé le PFU à 31,4%,
03:18donc 4,5%, vous savez tous faire le calcul,
03:20ça nous met un tout petit peu en dessous de 3,1% de rendement.
03:24Si vous prenez plus de 2% d'inflation, voire un peu plus,
03:29en point de base, le rendement net d'inflation,
03:32et le rendement réel du coupon que vous servez à l'État français,
03:34il n'est pas terrible.
03:36Mais évidemment, si on détient cette dette française dans la bonne enveloppe,
03:41on prend moins de risques,
03:42et spécifiquement, vous savez que les fonds en euros des assureurs
03:45sont largement investis en emprunts assimilables du Trésor
03:49émis par l'État français,
03:50et comme ils ont régulièrement des tombées d'échéances
03:53qui leur donnent du cash à réinvestir,
03:55ils peuvent accompagner ce mouvement de hausse,
03:57ça aura plutôt un effet favorable sur le rendement des fonds euros.
04:00– Alors Jérôme, concrètement, comment on peut agir ?
04:04Est-ce qu'on prend directement du fonds monétaire ?
04:07Est-ce qu'on prend directement des obligations, des OAT, tout bêtement ?
04:12Ou je ne sais pas, j'ai eu une idée un peu bête,
04:15de l'EDF sur 10 ans, tiens, c'est quand même détenu par l'État,
04:19ça sert du coupon, on peut arbitrer, il y a des choses à faire en tout cas.
04:23– Absolument Antoine, en fait, sans que ce soit évidemment
04:26une recommandation d'investissement personnalisé…
04:28– Non, non, non, c'est des idées.
04:29– On a plusieurs leviers à notre disposition
04:30pour profiter de cette hausse des taux liée à l'attaque de la dette française.
04:34La première chose, c'est qu'il faut assumer le portage des titres qu'on détient déjà.
04:38Si vous avez acheté de l'OAT 10 ans, il y a 10 ans, il y a 8 ans, il
04:40y a 9 ans,
04:41il y a 7 ans, il y a 5 ans, vous avez des échéances qui vont tomber.
04:44Et donc évidemment, vous ne vendez pas maintenant,
04:46alors que c'est en train d'être décoté en bourse,
04:48compte tenu du mouvement de hausse des taux,
04:49vous les conservez jusqu'à l'échéance, vous encaissez votre coupon,
04:52l'État vous remboursera car il n'est pas encore en faillite,
04:54et vous profiterez de ce cash disponible à chaque tombée d'échéance de façon rigoureuse
04:58pour arbitrer votre réinvestissement,
05:00soit dans de la dette d'État si vous en voulez toujours dans votre allocation
05:03à taux plus élevé puisque les taux auront monté,
05:05soit dans autre chose.
05:06Ça c'est la première chose.
05:07La deuxième chose, c'est que vous conservez, et c'est la même chose,
05:09vos fonds euros, pas de panique, les assureurs,
05:11ils ont régulièrement des tombées d'échéance
05:13et ils sont capables de réinvestir en accompagnant cette hausse des taux,
05:16ce sera bon pour le rendement des fonds euros.
05:18Et puis ensuite, il y a deux autres leviers qu'on peut utiliser,
05:21qui sont évidemment le raccourcissement de la duration de la dette qu'on prend.
05:25Vous savez que quand on raccourcit la duration,
05:28on minimise le risque de taux, on n'a plus que le risque de crédit,
05:31et on peut, vous l'avez très bien dit Antoine, choisir ses signatures.
05:34C'est-à-dire qu'il y a des signatures qui sont garanties par l'État français,
05:37mais qui ont quand même une prime de risque supérieure,
05:39typiquement les gros émetteurs de dette,
05:43parce qu'ils ont des capex très élevés type EDF,
05:46où vous avez par exemple des groupes comme Vinci
05:48qui émettent régulièrement de la dette
05:49et qui ont une signature qui est très très forte.
05:51Et ça vous permet de rajouter des points de base à votre rendement
05:53par rapport à l'État français,
05:54tout en bénéficiant d'une qualité de signature importante
05:57avec des entreprises qui sont diversifiées à l'international,
05:59donc qui ne dépendent évidemment pas que de la conjoncture française.
06:02Donc vous dites qui ?
06:02Allez-y, allez-y.
06:03Dernier point, en levier,
06:04évidemment on n'achète pas que du taux fixe français à 10 ans.
06:10On vérifie ses échéances,
06:12et puis on peut rentrer de l'obligation assimilable
06:14du trésor indexé sur l'inflation,
06:16de l'ONTI.
06:18Pourquoi ?
06:18Parce que comme l'inflation revient
06:19avec notamment l'augmentation des prix
06:22des matières premières énergétiques,
06:25ça se donne un très bon filet de protection.
06:28Et puis, il y a plein de pays de la zone euro
06:31qui ont des qualités de signature meilleures
06:32que celles de la France,
06:33qui empruntent un peu moins cher,
06:35mais sur lesquelles,
06:35si on fait attention à ce risque de signature,
06:37on peut diversifier.
06:38Voilà, on n'est pas fou qui l'on croira.
06:39Le plus fou des deux,
06:40entre celui qui choisit d'éviter la dette française
06:42et celui qui choisit de s'y exposer,
06:43le plus fou est celui qui choisit de l'éviter,
06:45et c'est ce que vous nous dites.
06:46Exactement.
06:46Simplement, il faut le faire avec rigueur
06:48et assumer ses choix.
06:49Il y a des placements pour,
06:50on n'en manque pas ici en France,
06:51effectivement,
06:51vous avez cité le fonds euro
06:52et pas que Jérôme Dédéan.
06:53Il nous reste deux minutes
06:54de conseil de famille à passer ensemble.
06:56Vous voulez bien nous accompagner
06:57encore quelques temps ?
06:57Certainement.
06:58Merci.
06:58Merci.
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