00:00Quel juste prix pour les produits dans nos assiettes.
00:03Après cet été caniculaire, la production agricole est en baisse.
00:06Jean-Michel Javel est avec nous.
00:08Vous êtes éleveur laitier dans la Loire.
00:10Vous présidez la coopérative Sodial.
00:12On la connaît à travers les marques Candia, Ioplait, Entremont.
00:16C'est cette coopérative qui récolte le lait.
00:20Il va falloir que la grande distribution nous aide.
00:23C'est un véritable appel à l'aide que vous lancez ce matin ?
00:27Oui, le poids des coopératives est extrêmement important en France.
00:30Puisqu'aujourd'hui, c'est 2000 coopératives.
00:32C'est 3 agriculteurs sur 4 qui sont adhérents de coopératives.
00:37C'est 70% de la production agricole.
00:39C'est 200 000 salariés.
00:41Donc, c'est quelque chose de massif la coopération agricole.
00:44Et c'est jamais que le prolongement de nos exploitations.
00:47Donc, en fait, nous ne faisons qu'un entre nos exploitations,
00:50notre amont et notre aval, l'industrie agroalimentaire.
00:52Nous amenons au quotidien les produits alimentaires dans l'assiette de nos concitoyens.
00:57Et qu'est-ce qui se passe aujourd'hui, Emmanuel ?
00:59Il y a un côté solidaire dans les coopératives.
01:01Et on dit que ça doit être un modèle qui est plus résilient
01:03que le simple exploitant qui est tout seul.
01:05Or, manifestement, vous avez autant de difficultés que les autres.
01:07Alors, les coopératives ont été créées par les agriculteurs pour les agriculteurs.
01:11Elles sont gérées par les agriculteurs.
01:13Et vous parlez de l'aménagement du territoire.
01:14C'est un élément extrêmement important.
01:16Les coopératives sont ancrées dans les territoires.
01:18Elles ne choisissent pas les territoires, contrairement à certains qui auraient tendance à vouloir choisir,
01:23voire même à déserter la France.
01:25Nous, les coopératives, nous sommes ancrées dans les territoires.
01:27Ce que vous dites, Emmanuel, c'est aussi, est-ce que si vous, vous êtes en difficulté,
01:31c'est-à-dire vous, les coopératives, alors qu'il y a cette solidarité,
01:35alors que vous êtes censé aussi, justement, pouvoir compenser peut-être les pertes de l'un
01:38avec les réussites de l'autre,
01:41alors si vous, vous êtes en difficulté, qu'en est-il de l'agriculteur solitaire ?
01:44Là, c'est une catastrophe.
01:46Un agriculteur isolé est un agriculteur en danger, pour moi.
01:50Alors, les coopératives, elles ont un rôle d'amortisseur auprès des agriculteurs.
01:54Et elles ont fait beaucoup d'amortisseurs.
01:56Sauf que l'amortisseur, il commence à être usé.
01:58Depuis quatre ans, on connaît des crises successives.
02:01Le Covid, l'Ukraine, et aujourd'hui, ce qu'on a au Moyen-Orient.
02:05Et bien entendu, ce phénomène climatique, ce dérèglement climatique,
02:08avec ces épisodes caniculaires qui ont créé des problèmes dans nos cultures,
02:12dans nos élevages, des épisodes caniculaires depuis mai.
02:17Et aujourd'hui, on est au mois de septembre, et il fait encore plus de 30 degrés.
02:20D'où le milliard d'aides du gouvernement, d'ailleurs.
02:23Oui, mais est-ce que c'est ça qui va suffire ?
02:27En tous les cas, c'est bienvenu.
02:29Mais aujourd'hui, la détresse dans les fermes est extrêmement importante.
02:32Juste pour illustrer, j'étais hier dans ma ferme, bien entendu.
02:35J'ai mis sept bottes de foin.
02:37Sept bottes de foin pour mon élevage.
02:39Si ça continue comme ça, la grange commence à avoir beaucoup de jours.
02:42Donc c'est extrêmement difficile.
02:43Ce que vous voulez dire, c'est qu'à sept étapes de l'année,
02:47c'est-à-dire mi-septembre,
02:48normalement, vous ne mettriez pas autant de foin.
02:51C'est-à-dire que vos vaches, elles devraient pêtre dans le pré
02:55sans que vous ayez à commencer à utiliser le fourrage.
02:57Exactement.
02:58Et aujourd'hui, le risque, c'est qu'on ne m'annonce pas de pluie avant mi-octobre.
03:02On ne m'annonce pas de pluie avant mi-octobre.
03:04Donc là, je suis extrêmement inquiet.
03:06Qu'est-ce que vous demandez ?
03:07Qu'est-ce que vous demandez ?
03:08Merci pour mes collègues.
03:09Qu'est-ce que vous demandez ?
03:10Je reçois Michel-Edouard Leclerc tout à l'heure à 8h30.
03:12Il y a dix jours, à ce même micro sur RMC,
03:14notre invité, c'était le patron de Bonduelle,
03:19de tout ce qui est agroalimentaire Bonduelle.
03:21Et il disait justement qu'il allait falloir payer
03:23quelques centimes de plus la boîte de haricots verts
03:26ou la boîte de petits pois.
03:28Vous êtes pris entre les deux.
03:29Est-ce que vous avez le sentiment qu'aujourd'hui,
03:31la grande distribution vous entend ?
03:32Qu'est-ce que vous dites à Michel-Edouard Leclerc ?
03:34Ce que je dis à nos partenaires de la distribution,
03:36qui sont nos clients et qui sont indispensables
03:39pour mettre en valeur les produits
03:41que nous transformons de nos associés coopérateurs,
03:44c'est de leur dire, étudions filière par filière,
03:46mettons-nous autour de la table
03:47et replançons l'alimentation
03:50au centre des préoccupations des Français.
03:52Certes, aujourd'hui, il y a un problème inflationniste.
03:54J'ai cru comprendre que vous parliez
03:56beaucoup d'énergie ce matin
03:57et c'est un vrai souci pour tout le monde.
03:59mais aussi pour nos fermes,
04:00mais aussi pour nos outils de transformation.
04:03Combien de centimes ?
04:04Par exemple, on va prendre le litre de lait
04:05puisque vous, vous êtes dans le domaine laitier.
04:07À combien faudrait-il payer la brique de lait
04:10pour s'assurer que vous, au début de la chaîne,
04:12vous êtes payé correctement ?
04:13Il y a un combat qu'on a mené depuis très longtemps.
04:15Moi, je mène deux combats.
04:16La juste rémunération et l'origine.
04:19Sur la brique de lait,
04:20il y a un prix,
04:23c'est le 1 euro pour la brique de lait.
04:25Aujourd'hui, pas de litre de lait à moins de 1 euro.
04:27S'il est moins de 1 euro,
04:28ça veut dire que vous n'êtes pas payé correctement ?
04:29Ça veut dire qu'on aura des difficultés
04:31à valoriser auprès du producteur.
04:34Aujourd'hui, on a des coûts dans nos fermes,
04:36mais aussi des coûts dans nos usines.
04:37Je vais prendre l'exemple de ma coopérative.
04:39Aujourd'hui, Hormuz,
04:41le coût de l'énergie, c'est 40 millions d'euros.
04:43Aujourd'hui, on a passé 0 centime d'augmentation
04:45par rapport à ça.
04:46Donc, ça veut bien dire qu'on fait l'amortisseur.
04:48Mais dans nos fermes,
04:50le coût de la canicule,
04:51le coût de l'énergie,
04:52tout ça,
04:54c'est un impact très fort.
04:55Un impact très fort.
04:56Et quel impact ensuite dans les rayons ?
04:57Pascal est en ligne avec nous.
04:59Pascal, vous nous appelez de Haute-Vienne.
05:01Vous êtes à Limoges.
05:02Et Pascal, vous nous avez mis un message ce matin.
05:04Vous étiez justement en train, je crois,
05:06de préparer votre panier de drive ou de livraison
05:09chez Leclerc.
05:10Et vous regardiez les prix.
05:11Est-ce que, quand vous entendez à l'instant
05:13cet agriculteur qui dit
05:13« Si ça n'augmente pas les prix dans les rayons,
05:16nous, au début de la chaîne,
05:18on est étouffés »,
05:19est-ce que vous, vous êtes prêts à payer
05:20un peu plus cher
05:21quand vous cliquez sur vos achats ?
05:24Et ce n'est pas qu'on soit prêts
05:25à payer un peu plus cher.
05:26Il va falloir qu'on paye un peu plus cher.
05:28Et c'est déjà le cas.
05:29Je prends l'exemple des pommes de terre.
05:31C'est l'exemple que je vous donnais tout à l'heure.
05:32Les pommes de terre en sachet de 1,5 kg,
05:35c'est passé de 99 centimes à 1,39 €.
05:38En combien de temps ?
05:39Chez Leclerc.
05:40Mais en 15 jours.
05:41Oui.
05:42Ça a pris 40 %.
05:44Alors, est-ce que vraiment,
05:45ça va aller dans la poche de l'agriculteur ?
05:47Mais je crois que c'est une bonne question
05:49qu'il faudrait poser à Michel Desdouards tout à l'heure.
05:53Je lui poserai, c'est promis.
05:55Pascal, vous achetez quoi, là, chez Leclerc ?
05:57Est-ce qu'il y a des choses auxquelles vous renoncez ?
05:59Moi, il y a tout un tas de trucs.
06:02Les légumes frais, c'est fini.
06:03La salade, c'est quasiment fini.
06:06La salade, j'ai payé 99 centimes.
06:08C'était, bon, c'est pas de la salade supérieure.
06:12Mais maintenant, elle est à 1,59 €.
06:1560 % frais, il s'appuie à gueule du monde, là.
06:17Ah, mais ça, c'est un peu l'angle mort du problème
06:20qu'on a avec, effectivement, la canicule.
06:22C'est-à-dire que la vérité, c'est qu'en dessous de 1 800 € par mois
06:24pour un foyer français, vous vous privez de nourriture.
06:26Donc, c'est quand même très clair.
06:27C'est-à-dire que je ne pense pas que les Français
06:29soient insensibles à la question des agriculteurs
06:31et à leurs problèmes.
06:32Mais ont-ils les moyens de soutenir
06:35ce choc climatique et ce choc de production ?
06:37J'en doute.
06:38Mais si, il y a forcément
06:41peut-être 20 à 30 % des Français
06:43qui n'ont pas les moyens, mais si déjà
06:45les 70 % qui peuvent mettre quelques centimes
06:47de plus les mettaient,
06:49si tu regardes les chiffres sur le seuil de pauvreté, etc.,
06:51ça changerait déjà la vie de beaucoup de monde.
06:53Jean-Michel Javel.
06:54Je ne veux pas créer de polémique à ce sujet-là.
06:56Je vous rappelle que ce que vous faites, au minimum,
06:58quand vous avez les moyens, c'est trois fois par jour,
07:00il y a des gens, malheureusement, qui ne le font qu'une fois par jour,
07:02c'est de se nourrir.
07:03Donc, il faut replacer ce sujet de l'alimentation au cœur des préoccupations
07:06des Français.
07:07Vous avez parlé de 1 800 euros, j'ai l'impression
07:09qu'il y a un téléphone qui va sortir dans les prochains jours
07:11et c'est un peu plus de 1 800 euros et il sera acheté.
07:13Le téléphone Apple, là, à 2 500 euros.
07:16Donc, du coup, je comprends bien que ce n'est pas forcément...
07:18Je ne pense pas que les gens choisissent entre un téléphone
07:19et la nourriture, à mon avis, pour la plupart des Français.
07:21Je pense qu'ils n'ont plus d'argent du tout.
07:23Il y a quand même beaucoup de choses qui sont, à mon avis,
07:25un peu superflues dans notre société.
07:26Mais peu importe, le sujet n'est pas là.
07:29Sur le sujet de la précarité alimentaire, on peut aussi en parler.
07:31La solidarité des coopératives, elle existe.
07:34On a fait des propositions.
07:36Pourquoi on ne créerait pas un aspect de chèque alimentaire
07:38pour que les gens ne soient pas stigmatisés,
07:40puissent aller se nourrir dans les magasins normales
07:43avec des produits bruts, des produits essentiels.
07:46Une brique de lait de conso, un hématal râpé,
07:49des fruits, des légumes, de la salade.
07:51Des produits de qualité.
07:52Des produits de qualité basiques et qui restent accessibles.
07:56Merci beaucoup, Jean-Michel Javel.
07:58Pascal, vous vous en sortez avec combien, là ?
08:00Il est à combien, là, votre panier ?
08:02Moi, mon panier, il va être à 100 euros.
08:05Je tiendrai deux semaines.
08:06Et puis, attention, on va vous dire à vos habités
08:08que 1 800 euros, moi, je les veux, par mois.
08:11Sans problème.
08:11Moi, je fais 1 060.
08:13Merci beaucoup, Pascal, d'avoir témoigné avec nous ce matin.
08:18On continue à parler de notre pouvoir d'achat.
08:20Et justement, on parlait de l'alimentaire.
08:21Il est souvent la variable d'ajustement parce qu'il y a le logement.
08:25N'oubliez pas, à 7h40, tout à l'heure,
08:27et tout se tient, au fond, on sera sur la question du logement
08:30et de l'accès au logement en France.
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