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La Palestine historique n’est plus — désormais divisée, fracturée. En 1948, l’État d’Israël est créé. Le projet sioniste l’emporte sur l’idée d’une grande nation arabe. 850 000 Palestiniens (sur les 1,2 million qui vivent alors en Palestine) prennent les routes de l’exil, en direction des camps installés dans les pays arabes alentour, créant un désordre régional. Mais la résistance s’organise, incarnée par un homme : Yasser Arafat et son organisation, l’OLP.
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00:03...
00:17On a quitté la Palestine après le massacre de Der Yassine.
00:21On entendait les combats près de chez nous.
00:24On entendait les tirs en descendant sous l'escalier,
00:27là où on se cachait pendant les affrontements.
00:39Dans le petit village arabe de Der Yassine,
00:41situé à 5 km à l'ouest du centre-ville de Jérusalem,
00:45des miliciens juifs assassinent près de 120 hommes,
00:47femmes et enfants palestiniens.
00:56La Palestine est à feu et à sang
00:58depuis l'annonce du plan de partage par l'ONU.
01:03Partout, des milices sionistes bien armés,
01:07soutenus à l'extérieur par les communautés juives d'Occident,
01:10s'opposent aux villageois nationalistes palestiniens mal équipés.
01:25Quand ma mère a compris qu'on tuait les filles et les mères à Der Yassine,
01:29elle a eu peur et nous a emmenés au Liban.
01:41Une voiture nous attendait devant la maison.
01:44Une roquette est tombée dessus.
01:47Pendant ce temps-là, je demandais,
01:49« Et Tamara, est-ce qu'elle part aussi ? »
01:53Tamara, c'était une petite fille juive qui habitait à côté.
01:56Elle était comme nous, une enfant palestinienne.
02:00J'ai demandé à ma mère,
02:02« Tamara va partir avec sa mère avant nous ? »
02:05Ma mère, elle a dit, « Non. »
02:08J'étais triste.
02:09Je jouais toujours avec Tamara.
02:12On était voisins.
02:20On voyait des foules de gens marcher.
02:24Je n'oublierai jamais cette image.
02:27Des gens fuyaient.
02:29Certains portaient leurs enfants.
02:32D'autres tiraient leurs filles par la main.
02:35Cette scène est encore gravée en moi.
02:40Jusqu'à aujourd'hui, je me demande où est Tamara.
02:47La nouvelle de ce massacre perpétré à Dariassin
02:50et dans d'autres localités
02:51se propage dans les villes et les villages
02:53et terrifie les populations.
02:55Pour ne pas subir le même sort,
02:58300 000 Palestiniens prennent les routes de l'exil.
03:01Sous l'œil passif des Britanniques.
03:03Les Britanniques savent très bien que ça va mal finir
03:06et parce qu'ils savent que ça va mal finir,
03:07ils s'en vont.
03:11Ils l'annoncent à l'avance.
03:12Ils disent le 15 mai 1948, à la mi-journée,
03:15le dernier soldat britannique aura quitté le territoire.
03:19Et c'est le cas.
03:20Il quitte le port de Haïfa le 15 mai à la mi-journée.
03:24Arthur Creech Jones,
03:26le secrétaire colonial britannique,
03:27avec de la drame de la soudain,
03:29annonce la décision de son gouvernement
03:31de décrire son mandat et de remettre ses troupes.
03:33Je désire, sur la planète de sa majesté,
03:35à dire qu'ils indorent, sans réservation,
03:41la vue que le mandat devrait maintenant être terminé.
03:44Nous acceptons cette nécessité
03:47et nous devons vouloir mettre
03:49les obligations imposées sur nous
03:51pour que l'objectif de l'indépendance
03:54puisse être apporté dans la réalisation.
04:00Ben Gurion anticipe en fait le 14 mai
04:04et décide de proclamer la souveraineté
04:07d'un nouvel État qui s'appelle l'État d'Israël
04:09sur les frontières définies par le plan de partage.
04:12Ce faisant, il sait très bien,
04:13puisque les Palestiniens ont refusé ce plan de partage
04:15pour des raisons évidentes et logiques,
04:17il sait très bien que la guerre
04:19va être déclenchée dans les heures qui suivent.
04:32À 62 ans, David Ben Gurion,
04:35immigré juif polonais,
04:37fervent sioniste de gauche,
04:38devient le tout premier chef de l'État d'Israël.
05:05Moi, je ne me souvenais même pas d'Israël comme nom.
05:09On ne disait pas ça.
05:11On disait juste, les Juifs ont pris le pays.
05:16À peine né, l'État d'Israël est contesté.
05:20Au lendemain de sa proclamation,
05:22les pays arabes qui n'ont pas approuvé sa création,
05:25l'Égypte, la Syrie, le Liban, l'Irak
05:28et la Transjordanie, l'actuelle Jordanie,
05:30passent à l'offensive.
05:32La toute première guerre israélo-arabe est déclenchée.
05:43Pendant la guerre, en 1948, j'avais deux ans.
05:51Ma famille vivait dans le quartier Ajami.
05:54Jaffa était bombardé du nord, du sud et de l'est,
06:03par le groupe Stern, le groupe Lehi et la Haganah,
06:06les trois composantes des milices israéliennes.
06:15Puis les groupes armés coupèrent l'approvisionnement en eau.
06:19Ils coupèrent l'électricité.
06:21Donc les gens commencèrent à partir.
06:23Nous, nous sommes partis au Liban.
06:29La toute nouvelle armée israélienne est composée d'organisations,
06:33comme la Haganah, très offensive.
06:58Les palestiniens sont chassés par la guerre.
07:01Sur les 1,2 millions de palestiniens recensés en 1947,
07:06800 000 ont fui ou ont été expulsés.
07:16Partout, les familles s'entassent aux frontières dans des camps de fortune.
07:19Au Liban, en Syrie, en Transjordanie, en Cisjordanie
07:23et à Gaza, à leur territoire sous administration égyptienne.
07:34La Palestine, cet espace géographique connu depuis les temps antiques,
07:38vient de disparaître.
07:40Et avec elle, son nom.
07:45A Rode, lors des négociations de l'armistice,
07:48les pays arabes défaits cèdent un peu plus de territoire palestinien
07:51au tout nouvel état d'Israël vainqueur.
07:55Les frontières d'Israël se redessinent le long d'une ligne de cessez-le-feu,
07:58tracée grossièrement au feutre vert sur la carte,
08:02connue depuis sous le nom de ligne verte.
08:05Au lieu des 55% prévus par le plan de partage,
08:08Israël contrôle désormais près de 78% du territoire de la Palestine mandataire.
08:21Jérusalem est coupée en deux.
08:23La partie ouest est occupée par les Israéliens
08:25et Jérusalem-Est est occupée par les Jordaniens,
08:28privant les Juifs de l'accès à la vieille ville et aux murs des Lamentations.
08:33C'est une catastrophe dans tous les sens du terme.
08:37C'est le désastre, pas uniquement pour les Palestiniens,
08:40mais pour tous les pays arabes de la région,
08:43puisque le projet du nationalisme arabe a échoué
08:48et en contrepartie, le projet d'un nationalisme juif a lui réussi.
08:59Et donc les Palestiniens vont se construire
09:01sur cet événement traumatique
09:03qui est appelé la Nakba.
09:06On a l'engloutissement, l'effacement,
09:09l'éclatement aussi d'une société
09:12et la naissance du problème des réfugiés.
09:23Face à la catastrophe humanitaire,
09:25l'ONU confie la gestion des centaines de milliers
09:28de Palestiniens réfugiés dans des camps à l'UNRWA.
09:34Le mandat de l'agence est clair.
09:36Loger les familles, les nourrir et leur prodiguer des soins.
09:52Chaque famille possède aussi une carte
09:54qui, si elle permet de bénéficier des aides d'urgence,
09:57représente bien plus.
09:59Elle fait office de papier d'identité
10:01et devient la preuve que ces réfugiés sont palestiniens.
10:08Les enfants sont scolarisés
10:09dans d'immenses tentes de fortune mal éclairées.
10:12L'enseignement est dispensé par les Palestiniens eux-mêmes.
10:16C'est cette génération de la Nakba et de l'exil
10:19qui formera bientôt le terreau du nationalisme palestinien.
10:25À l'école, on sortait manifester trois jours par an.
10:32Le 15 mai, jour de la Nakba.
10:37Le 2 novembre, pour la déclaration Balfour.
10:42Le 29 novembre, pour le plan de partage de la Palestine.
10:51Nos professeurs nous expliquaient la signification de ces dates.
10:55Ces jours-là, on n'allait pas à l'école.
11:01On sortait dans la rue en criant
11:02« On veut retourner en Palestine ».
11:07Il y avait d'autres slogans qu'on répétait souvent comme
11:09« Donnez-nous des armes, on veut retourner en Palestine ».
11:14On scandait ces slogans.
11:16C'est comme ça qu'on nous formait.
11:28Les gens allaient parfois parler à la radio
11:30pour donner leur nom, celui de leur village,
11:34de leur famille,
11:36dans l'espoir que ceux à l'extérieur les entendent.
11:39« Mais il n'y avait pas de communication directe.
11:47On ne se connaissait même plus.
11:50On était partis et restés dehors.
11:54Et ceux qui étaient restés en Palestine
11:56étaient encerclés sous régime militaire. »
12:05En 1949, seuls 160 000 Palestiniens
12:09restent sur le territoire du tout nouvel État israélien.
12:13Ces Palestiniens acquièrent la citoyenneté israélienne.
12:16Ils sont appelés les Arabes israéliens.
12:23« La plupart des Palestiniens qui sont restés à l'intérieur d'Israël
12:27étaient en fait des agriculteurs.
12:29Car seuls les villages palestiniens
12:31avaient survécu à l'expulsion et à la destruction.
12:41Et la première mesure que l'État d'Israël a mise en place
12:44a été le régime militaire d'une part
12:46et la confiscation de leurs terres.
12:52Et si l'on vous confisque vos terres,
12:54en tant qu'agriculteur,
12:55comment vivre dans ces conditions ?
12:58« En réalité, Israël a ajouté un traumatisme supplémentaire
13:04aux Palestiniens restés en Israël
13:06car ils ont dû chercher de nouvelles professions pour survivre.
13:13La majorité des Palestiniens ont donc été contraints
13:16de travailler pour les nouveaux colonisateurs.
13:22Je me souviens que 99% des hommes de mon village et de ma région
13:25travaillaient sur des chantiers.
13:28Ils ont en réalité construit des villes israéliennes pour les Juifs.
13:36L'idée qu'Israël est un miracle
13:41masque comment ce miracle est arrivé.
13:45Les pertes de 1948 en terre,
13:48en bâtiment, en équipement,
13:50bon, l'équipement ce n'était pas ça,
13:52mais les terres, les bâtiments,
13:54les routes, l'eau potable,
13:56l'irrigation d'un pays entier,
13:58tout ça gratuitement.
14:04Évidemment, ça va bien marcher,
14:06ça va coûter moins cher à produire
14:07que si on devait payer pour tout ça.
14:11C'est un actif.
14:15Imaginez la différence entre construire une maison
14:18en payant la terre
14:19ou construire une maison sans payer la terre.
14:22Tout ça a donné à Israël
14:24un avantage extraordinaire au fil du temps
14:26parce que c'est une valeur accumulée.
14:31La valeur approximative en dollars
14:34d'aujourd'hui des actifs perdus en 1948
14:36et de la perte d'accès à ces actifs
14:42est de 750 milliards de dollars.
14:49Les élites et les riches palestiniens
14:52évitent les camps.
14:53Ils se réfugient dans les capitales
14:55des pays arabes limitrophes,
14:57Amman,
14:58Beyrouth
14:58ou Damas.
15:17Ils sont devenus plus ou moins intégrés économiquement
15:20dans ces pays,
15:21mais pas en termes de citoyenneté,
15:24car le Liban,
15:25la Syrie,
15:26l'Egypte et l'Irak
15:27ont refusé la citoyenneté
15:29aux palestiniens.
15:32Ils pensaient qu'il y aurait bientôt des négociations,
15:34puis la paix,
15:35et que les palestiniens pourraient rentrer chez eux
15:38dans leur pays.
15:45La famille Mansour a été expulsée de Haïfa en 1948
15:49par le port.
15:51Ils ont pris un bateau jusqu'à Tyre,
15:53au Liban.
15:56Mon père ne pouvait plus retourner à Haïfa
15:58voir sa maison.
16:01Il a fallu trois ans
16:02avant qu'on lui permette d'y aller.
16:07en 1951,
16:08il est retourné à Haïfa
16:09et a découvert une famille juive installée dans sa maison.
16:15Ils ont perdu la maison.
16:18Elle avait été déclarée
16:21propriété des absents.
16:24La loi des absents de 1951
16:26qui a été adoptée par Israël,
16:28elle participe finalement
16:31de la dépossession palestinienne
16:32et de l'exil forcé des palestiniens.
16:34Cette loi,
16:35elle dit que les palestiniens
16:37qui se trouvaient en dehors
16:38des frontières de l'État d'Israël,
16:40sur un territoire hostile à Israël,
16:41dans le contexte de la création de l'État d'Israël,
16:44perdent possession de son bien.
16:46C'est contraire à toutes les règles
16:48du droit international
16:49et la plupart de ces biens
16:51qui ont été accaparés
16:52par le gouvernement israélien
16:53sont revenus à des israéliens.
16:59Le nombre de localités palestiniennes
17:04détruites ou effacées
17:05est d'environ 600,
17:06villes et villages.
17:18Le principal procédé
17:20qu'ils ont utilisé pour dissimuler
17:22les ruines des villages palestiniens
17:24et empêché le retour
17:25d'éventuels réfugiés
17:26était de planter des arbres
17:28et des forêts.
17:39Ce sont en fait des forêts coloniales.
17:45Dans ces forêts,
17:46il y avait des dizaines
17:48de villages palestiniens
17:49qui ont été totalement détruits.
17:53Le deuxième objectif
17:59était de créer un paysage
18:00plus européen
18:01que celui de la Palestine
18:03ou de l'Orient.
18:15L'effacement de la présence palestinienne
18:17au cours des années 50
18:18renforce le nationalisme arabe émergent.
18:28C'est au Caire
18:29qu'ils incarnent le plus fortement.
18:36Le président de la toute nouvelle république d'Egypte,
18:38Gamal Abdel Nasser,
18:40devient le porte-voix des Arabes
18:41et des Palestiniens.
19:03Nasser, en 1956,
19:06va donner de l'espoir
19:08aux populations palestiniennes,
19:09de l'espoir aux populations arabes
19:11et il va être porteur d'une idée
19:14comme quoi on combat l'impérialisme,
19:17on combat également la présence d'Israël
19:21sur le territoire palestinien
19:23et on doit libérer la Palestine
19:26en s'unissant.
19:27Donc, c'est l'union des pays arabes
19:28qui va pouvoir libérer la Palestine.
19:31Et la résistance palestinienne
19:34où le mouvement national arabe et palestinien,
19:37à ses débuts,
19:38qu'il soit à l'intérieur
19:39ou à l'extérieur
19:40ou dans l'exil,
19:41est très influencée
19:44par ce panarabisme.
19:47Sous l'impulsion de Nasser,
19:49l'OLP,
19:50l'Organisation de la Libération
19:52de la Palestine,
19:53voit le jour.
19:56Elle regroupe l'ensemble
19:57des organisations palestiniennes
19:59en exil.
20:03Très vite,
20:04un jeune dirigeant palestinien
20:06de 35 ans
20:06s'impose au sein de l'OLP.
20:08C'est la naissance d'un mythe.
20:10Il s'appelle Yasser Arafat.
20:14Yasser Arafat,
20:15il est originaire d'une famille
20:16de Jérusalem
20:18qui avait déménagé au Caire.
20:20Il est né au Caire en 1929.
20:22Il a grandi à Jérusalem
20:24dans les années 1930.
20:25Il a assisté à l'âge
20:27de 7-8 ans
20:28à la grande insurrection
20:29de 1936-1938.
20:31Il vivait à l'époque
20:33juste au-dessus
20:34du quartier maghrébin
20:34à proximité immédiate
20:36du mur occidental
20:37et donc de la mosquée
20:38à l'Aqsa.
20:40Donc,
20:40quand Yasser Arafat
20:41dit son attachement
20:42à Jérusalem,
20:43son attachement affectif,
20:44c'est sans doute pas usurpé.
20:47Arafat étudie au Caire,
20:49puis s'installe au Koweït
20:50où il devient
20:51un homme d'affaires prospère.
20:53Mais il n'en oublie pas moins
20:55la Palestine
20:55et fonde son propre parti politique,
20:58le Fatah.
20:59reconquête en arabe.
21:00Un parti
21:01qui pose l'acte fondateur
21:03de l'identité politique
21:04palestinienne moderne.
21:07Son discours trouve écho
21:09auprès des jeunes palestiniens
21:10qui rêvent de devenir
21:11des fédéines,
21:12des combattants.
21:37les états arabes de la région
21:40instrumentalisent
21:41la cause palestinienne
21:43pour leurs propres intérêts.
21:44Yasser Arafat
21:45en est immédiatement conscient,
21:46il faut le dire,
21:47et tout son combat
21:48à partir de 1964,
21:49ça va être
21:49d'autonomiser
21:51la cause palestinienne,
21:53de repalestiniser,
21:54pourrait-on dire,
21:55la cause palestinienne,
21:56de l'arracher
21:57à ses états arabes voisins.
21:58C'est l'affirmation
21:59d'un projet politique
22:01qui a longtemps été mûri,
22:03qui a longtemps été réfléchi,
22:05qui a longtemps été déçu
22:08par les décisions arabes
22:10qui ont été prises à sa place
22:12et qui maintenant devient
22:13maître de son propre destin
22:16et de son propre projet
22:17de reconquête.
22:20Cette stratégie
22:21passe par la lutte armée.
22:23Dans les années 1960,
22:24les fédéines palestiniens
22:25exilés en Jordanie,
22:27en Syrie
22:27et en Égypte
22:29mènent des centaines
22:30de micro-attaques
22:31aux frontières d'Israël.
22:49L'état hébreu
22:50qui anticipe
22:51une attaque imminente
22:52de l'Égypte
22:53prend les devants.
22:55À l'aube du 5 juin,
22:56l'opération Focus
22:57est lancée.
23:04Israël applique ainsi
23:05sa doctrine militaire.
23:06Porter la guerre
23:07sur le territoire ennemi
23:08avant qu'il ne la porte
23:09sur le vôtre.
23:12En à peine 6 jours,
23:14le petit pays
23:15de 2,3 millions d'habitants
23:16paralyse les armées
23:18de près de 40 millions d'arabes.
23:25Les blindés frappés
23:26de l'étoile de David
23:27pénètrent dans le Sinaï,
23:28sur le plateau du Golan syrien,
23:30à Gaza,
23:32en Cisjordanie.
23:55À 10 heures,
23:56l'officier qui dirige l'opération
23:58déclare par radio
23:59le mont du Temple
24:00est entre nos mains.
24:04Dans la vieille ville,
24:05les chefs militaires
24:06Yitzhak Rabin
24:07et Moshe Dayan
24:08font détruire
24:09le quartier maghrébin
24:09et libèrent
24:10le mur des Lamentations,
24:12principal lieu de prière
24:13du judaïsme
24:14dont les Juifs israéliens
24:15étaient privés d'accès
24:16depuis 20 ans.
24:21Cette victoire place Israël
24:23au rang de puissance militaire
24:25au Proche-Orient.
24:27Israël prend le contrôle
24:29de Gaza,
24:29du Sinaï,
24:31du plateau du Golan,
24:32de la Cisjordanie
24:33et de Jérusalem Est,
24:35qu'on appelle désormais
24:37les territoires occupés.
24:42Environ 300 000 Palestiniens
24:43ont fui
24:44ou ont été expulsés
24:45de Cisjordanie.
25:10Cet exil est vécu
25:11comme une nouvelle Nakba
25:12qui est nommée Naksa.
25:16L'armée israélienne
25:18impose une occupation militaire
25:19sur toutes ces nouvelles conquêtes,
25:21comme à Hébron,
25:22une des villes
25:23les plus anciennes
25:23du Proche-Orient,
25:24elle-même trois fois sainte
25:26avec la présence
25:27du tombeau des patriarches.
25:31En 1967,
25:32Israël a occupé Hébron,
25:36on dormait,
25:38et l'armée est arrivée.
25:42Ils ont frappé,
25:44ils ont pris mon père dehors
25:46et ils l'ont frappé.
25:47Ils ont frappé tous mes cousins
25:49tout autour,
25:51pas moi.
25:52On a été très effrayés,
25:54très terrorisés.
25:55Et c'était parce que,
25:57apparemment,
25:57un fil de communication
25:59de l'armée israélienne
26:01qui passait dans la rue
26:02en face de chez nous
26:03a été coupé.
26:05Donc,
26:05c'est une punition collective,
26:08ils ne savent pas qui c'est,
26:10donc ils punissent
26:11tout le monde.
26:13Et je ne sais pas
26:14si vous pouvez imaginer
26:16quelqu'un de 15 ans
26:17ou moins,
26:19ou plus même,
26:20qui voit son père
26:21qui est frappé
26:22juste à côté,
26:23juste dehors,
26:25et qui rentre
26:27au bout de,
26:27je ne sais pas moi,
26:28un quart d'heure,
26:29une demi-heure
26:29avec plein de sang
26:30sur le visage.
26:32Donc,
26:33j'ai pris mon père
26:34entre mes bras,
26:36j'ai juré,
26:37je lui ai juré
26:38que je vais le venger.
26:39C'était ma première réaction.
26:42Et dès,
26:43à l'aube,
26:44je suis sorti
26:45à la campagne
26:46en espérant
26:47trouver des fédayines.
26:50Les fédayines,
26:52ces combattants palestiniens,
26:53sont regroupés
26:54autour de Yasser Arafat
26:55dans le camp de Karamé
26:56près du fleuve Jourdain
26:57en Jordanie.
27:00De ce quartier général,
27:01ils organisent attentats
27:03et incursions armées.
27:17Le camp de Karamé
27:19est sous le feu israélien.
27:21La riposte militaire
27:23menée par Israël
27:23se veut éclair.
27:2515 000 soldats,
27:26déblindés,
27:28une artillerie lourde
27:29et un soutien aérien.
27:31Mais les fédayines
27:32palestiniens résistent
27:33pendant 19 heures.
27:35Du jamais vu.
27:42Et malgré la défaite
27:43militaire qu'ils subissent,
27:45leur héroïsme est célébré
27:46dans tout le monde arabe.
27:52Karamé,
27:53qui signifie dignité,
27:55devient la première
27:55grande victoire
27:56symbolique palestinienne.
28:19C'est là où tout le monde
28:22a retrouvé
28:23les fédayines
28:24et je crois
28:25que les organisations
28:28palestiniennes
28:29de résistance
28:30ont été ouvertes
28:32à tout le monde.
28:33Deux jours au lendemain,
28:35au lieu qu'il y a
28:35quelques centaines,
28:36on est devenu
28:37des dizaines de milliers.
28:39C'était vraiment
28:39un phénomène.
28:40Et donc,
28:41je suis resté
28:41dans la résistance
28:43depuis cette époque-là.
28:44À 17 ans,
28:46on a envie
28:47de faire la guerre,
28:49de libérer la Palestine
28:51par la France.
28:53Pour les Palestiniens,
28:55c'est le sentiment
28:57de se dire
28:57mais en fait,
28:58on peut,
28:59avec des techniques
29:00de guérilla,
29:01en fait,
29:05gêner l'ennemi
29:09et symboliquement,
29:10en tout cas,
29:11mais symboliquement,
29:11ça peut avoir
29:12des effets politiques,
29:14contrecarrer
29:14ses plans.
29:16Ce que n'ont pas réussi
29:17à faire les armées arabes,
29:19nous,
29:19on va pouvoir le faire
29:20avec des moyens
29:20bien moindres.
29:21Ces personnes
29:23sont devenues
29:24la base sociale
29:24du mouvement
29:25de guérilla
29:25qui est apparu
29:26après la défaite
29:27de 1967.
29:36Le mouvement
29:37national palestinien,
29:38il doit désormais
29:39compter sur ses propres forces,
29:41il doit se structurer,
29:42il doit développer
29:43des méthodes
29:44de communication politique,
29:46des méthodes
29:47d'éducation
29:47et de formation
29:48aussi de ses militants.
29:51C'est très concret,
29:52ça veut dire
29:52des camps d'entraînement,
29:54ça veut dire
29:55des cours d'alphabétisation
29:56dans les camps de réfugiés,
29:57ça veut dire
29:58des cercles militants
29:59et des cercles politiques.
30:02En 1967,
30:03j'ai dit à ma mère
30:04« je pars en Jordanie
30:06pour m'entraîner ».
30:07Le rôle du camp,
30:09ce n'était pas seulement
30:10d'apprendre à porter une arme.
30:12Il fallait être aussi
30:13politiquement conscient
30:14de l'idée de la libération
30:15et de croire
30:16qu'elle était possible
30:17parce que d'autres peuples
30:19avaient gagné auparavant.
30:27On étudiait
30:28la révolution algérienne
30:29et la révolution cubaine
30:31encore à ses débuts.
30:33On a commencé
30:34à parler d'impérialisme,
30:36de capitalisme.
30:39On apprenait
30:40que le monde
30:40était divisé en deux,
30:43capitaliste
30:43et socialiste.
30:46On étudiait aussi
30:47la révolution russe,
30:49la révolution chinoise.
30:53À la fin des années 60
30:54et au début des années 1970,
30:56ça va donner naissance
30:57au mouvement palestinien
30:58tel qu'on le connaît
30:59à partir de ce moment-là,
31:01c'est-à-dire un mouvement
31:01qui est très bien structuré
31:03politiquement,
31:04idéologiquement.
31:05Et la charte de l'OLP
31:06de 1964,
31:07légèrement retouchée
31:08en 1968,
31:09elle est très claire.
31:10Il s'agit de créer
31:11un État de Palestine
31:13souverain,
31:14démocratique
31:15et indépendant
31:16dans lequel
31:16tous les habitants,
31:18qu'ils soient juifs,
31:19qu'ils soient chrétiens,
31:19qu'ils soient musulmans,
31:20cohabiteront.
31:21Ce qui,
31:22dans la logique
31:23de ces révolutionnaires laïcs,
31:26n'est pas absolument absurde.
31:31Depuis la fin
31:32de la guerre des Six Jours,
31:3317 000 Palestiniens,
31:35hommes,
31:35femmes et adolescents
31:36sont incarcérés
31:38dans les prisons israéliennes
31:39en rétention administrative,
31:41sans inculpation
31:42ni procès.
31:46En réponse,
31:48Yasser Arafat,
31:49de son nom de guerre,
31:50Abu Ammar,
31:51légitime l'action violente.
31:53Le terme terrorisme
31:54devient synonyme
31:55de résistance,
31:56de lutte révolutionnaire.
32:03Leïla Khaled a rejoint
32:05le FPLP de Georges Abash
32:06à sa création
32:07deux ans plus tôt.
32:09Le groupe terroriste marxiste,
32:11membre de l'OLP,
32:12vient juste après le FATA
32:13en nombre de combattants.
32:18Leïla Khaled s'entraîne
32:19dans un camp au Liban
32:20quand elle est mise à l'épreuve
32:22par son instructeur.
32:30Il m'a demandé
32:31« Es-tu prête à mourir ? »
32:37« Es-tu prête à détourner
32:41un avion ? »
32:42C'est quoi toutes ces questions ?
32:44« Pourquoi voulons-nous
32:46détourner un avion ? »
32:48Il a répondu
32:48« Pour faire libérer
32:50les prisonniers palestiniens
32:51des prisons israéliennes. »
32:55J'ai trouvé l'idée forte
32:56« Libérer des prisonniers
32:58par la force. »
33:01Il a dit
33:02« Tu mèneras l'opération
33:04avec un camarade
33:05mais c'est toi
33:06qui la dirigera. »
33:08J'ai accepté.
33:10Je devais transporter
33:1110 kilos d'explosifs
33:12dans une valise,
33:13un pistolet
33:14et une grenade.
33:16Le pistolet à la ceinture
33:17et la grenade
33:18dans ma poche. »
33:22Leïla Khaled
33:22prend la tête
33:23du premier détournement
33:24d'avion de l'histoire
33:25de la lutte palestinienne.
33:26Le vol TWA
33:28rhum-Athènes
33:29avec à son bord
33:30116 passagers.
33:35« Après une demi-heure
33:36de vol,
33:37on s'est approché
33:38du cockpit.
33:41Je devais d'abord
33:42parler au capitaine
33:43et je lui ai dit
33:44« Nous sommes de l'unité
33:46de Che Guevara.
33:48Tu fais tout ce que je dis
33:50et tu ne fais rien d'autre.
33:52Je devais lui dire ça
33:53calmement
33:54car il avait peur,
33:55bien sûr.
33:57J'avais la grenade
33:58dans la main,
33:59sans goupilles.
34:02Alors,
34:03il a parlé
34:04à la tour de contrôle.
34:08Il leur a dit
34:09« Ici,
34:10le nouvel équipage.
34:11Le code est
34:12Front populaire,
34:14Palestine,
34:15Libre et Arabe.
34:18si vous ne répondez pas,
34:20l'avion explosera.
34:22Ils ont fini
34:23par répondre.
34:25J'ai dit au pilote
34:26« Tourne autour
34:27de la Palestine.
34:30Puis je lui ai dit
34:31« Emmène-nous
34:33à Haïfa.
34:35Mon camarade et moi,
34:36nous sommes nés
34:37à Haïfa
34:37et nous n'avons
34:39pas le droit
34:39d'y aller. »
34:49Le pilote a entendu
34:50qu'on demandait
34:51la libération
34:51des prisonniers.
34:54Entre-temps,
34:55j'ai changé
34:56le plan de vol
34:58et nous avons pris
34:59la destination
34:59de Damas,
35:00en Syrie.
35:07« On a atterri
35:09à Damas,
35:09on ne voulait
35:10tuer personne.
35:14On a fait
35:15descendre
35:15les passagers
35:16par la glissière
35:16d'évacuation
35:18et j'ai posé
35:20la valise
35:20d'explosifs
35:21pour déclencher
35:22l'explosion
35:22après notre décès. »
35:27Ce premier détournement
35:28ne permet pas
35:29la libération
35:30des prisonniers
35:30palestiniens.
35:31Mais il donne
35:32au Fedayin
35:32une notoriété
35:33sans précédent.
35:34Leila Khaled
35:35participe
35:35à plusieurs
35:36actions commandos.
35:38Elle utilise
35:39la chirurgie
35:40esthétique
35:40pour modifier
35:41son visage.
35:42Elle est arrêtée
35:43à Londres
35:43en septembre 1970.
35:50Incarcérée
35:50pendant quelques semaines,
35:51elle est échangée
35:52contre des otages
35:53occidentaux
35:54prisonniers
35:54du FPLP.
35:56À 25 ans,
35:57elle devient
35:58une figure médiatique
35:59de la résistance
35:59palestinienne.
36:26en Cisjordanie
36:28occupée par Israël
36:29depuis 1967,
36:30les Palestiniens font face
36:32à un nouveau défi.
36:35La colonisation des terres
36:36par un courant messianique
36:37du judaïsme.
36:41À Hébron,
36:43le rabbin
36:43Moshe Levinger
36:44décide de réinstaller
36:45les Juifs
36:45qui en ont été chassés
36:46après la révolte
36:47de 1929.
36:55Il profite de la Pâques juive
36:57et réserve des chambres
36:58avec son bloc
36:59des fidèles,
36:59le Gouché Monim,
37:00dans un hôtel
37:01palestinien
37:02du centre-ville.
37:06Ils n'en repartiront plus.
37:11Shimon Peres,
37:12ministre adjoint
37:13de la Défense,
37:14négocie avec Levinger
37:15et ses partisans.
37:19La gauche
37:20travailliste et laïque,
37:21alors au pouvoir,
37:22trouve un compromis
37:23pour éviter
37:23une confrontation
37:24directe avec
37:25ses religieux,
37:26de plus en plus
37:26influents
37:27dans la société
37:27israélienne.
37:33Ceux-ci quittent
37:34le centre-ville
37:35d'Ebron
37:35pour s'installer
37:36à quelques encablures
37:37seulement,
37:38créant ainsi
37:38l'une des premières
37:39colonies en Cisjordani
37:40occupées.
38:05Après 1967,
38:07un nouveau phénomène
38:08est apparu,
38:09la fusion
38:10entre politique
38:10et religion.
38:12La Cisjordanie,
38:13appelée dans la tradition
38:14juive Samarie
38:15et Judée,
38:16est considérée
38:17par les sionistes
38:18comme une région
38:18mentionnée dans la Torah
38:19et d'autres textes
38:20historiques.
38:22C'est pour cette raison
38:24qu'ils veulent s'emparer
38:24de cette région
38:25en s'appuyant
38:26sur des références
38:27millénaires.
38:29A partir de là,
38:30la distinction
38:31entre partis politiques
38:32et idéologies religieuses
38:34s'est progressivement
38:35effacée.
38:36et entre les pensées
38:38et les pensées
38:38et les pensées
38:39sont les mêmes.
38:42Golda Mer,
38:43la toute nouvelle
38:44première ministre israélienne
38:46issue des rangs
38:46de la gauche
38:47socialiste et laïque,
38:48enfonce le clou.
38:50Dans une interview
38:51accordée à des journalistes
38:52britanniques
38:52en juin 1969,
38:54elle déclare
38:55« Il n'y avait pas
38:56de Palestiniens.
38:57Ce n'est pas comme
38:58s'il existait un peuple
38:59palestinien que nous
39:00serions venus déposséder
39:01de sa terre et chasser.
39:03Ce peuple n'existait
39:04tout simplement pas. »
39:07Cette déclaration
39:07vient nourrir
39:08le roman national israélien
39:09et fait l'effet
39:10d'une bombe
39:11chez les dirigeants
39:12palestiniens.
39:14Golda Mer,
39:15qui est négé
39:15en Russie,
39:17a le droit
39:17de vivre ici,
39:18dans cette région.
39:19en Jerusalem
39:19plus que moi.
39:22Vous acceptez
39:22comme un humain ?
39:24Comme un humain ?
39:26Vous acceptez ?
39:27Je me demande
39:28de tout le monde.
39:31Et en espèce de ça,
39:33je dis que
39:34nous vivons ensemble
39:36l'égalité,
39:39la paix et la justice.
39:50En Jordanie,
39:51l'arrivée massive
39:53de combattants
39:53et de réfugiés
39:54palestiniens
39:55aux côtés
39:55de Yassar Arafat
39:56déstabilise
39:57l'équilibre démographique
39:58du royaume,
39:59puisque les Palestiniens
40:00représentent désormais
40:0160% de la population
40:03et que les fédayines
40:04utilisent le territoire
40:05comme base arrière
40:06d'action terroriste
40:07à dimension internationale.
40:22Autant de menaces
40:23pour le roi Hussein,
40:24qui le 17 septembre 1970
40:26lance une vaste offensive
40:27contre les camps palestiniens.
40:58Entre 3 000 et 10 000 palestiniens
41:00sont tués par les Jordaniens.
41:02L'OLP est vaincue militairement
41:04et expulsée.
41:10Ces combats,
41:12connus sous le nom
41:13de Septembre Noir,
41:14donnent leur nom
41:14à un groupe armé secret.
41:21Ce nom va faire le tour du monde
41:22deux ans plus tard
41:23lors des Jeux Olympiques de Munich.
41:41Pour la première fois,
41:43les Jeux Olympiques
41:43sont transmis en direct
41:46partout dans le monde.
41:49Et donc,
41:51toute la population mondiale
41:54qui a un poste de télévision
41:56à les Juryvées
41:57sur ce qui se passe à Munich.
42:13On va voir des hommes masqués
42:17qui se revendiquent
42:18être palestiniens
42:19et qui veulent réclamer
42:21la libération
42:22des prisonniers palestiniens.
42:24Bien sûr,
42:25c'est un acte terroriste,
42:26c'est un acte violent
42:27et c'est un acte
42:28qui va avoir des morts.
42:29Mais ils ont visibilisé
42:32de manière impressionnante
42:35la cause palestinienne.
42:37Mesdemoiselles, messieurs,
42:38bonjour.
42:38À Munich,
42:39dans le village olympique,
42:41les otages israéliens
42:42détenus par
42:43cinq commandos palestiniens
42:45attendent toujours
42:46d'être fixés
42:46sur leur sort.
42:47Pour la première fois,
42:49on parle de la Palestine,
42:50des Palestiniens
42:53dans les foyers
42:54en France
42:55où
42:57le monsieur et madame Bernard
42:59sont en train
43:00de manger leur dîner
43:01et ils disent
43:02« qui, les Palestiniens,
43:03qu'est-ce qu'ils font ?
43:03C'est qui, eux ? »
43:06Onze sportifs
43:07sont assassinés.
43:09Cinq terroristes
43:10de Septembre Noir
43:10seront tués
43:11et trois capturés.
43:14La violence
43:15comme acte révolutionnaire
43:16devient l'arme
43:16des Palestiniens.
43:19Les attentats
43:19se succèdent
43:20sur le sol
43:21de l'État hébreu.
43:21Les civils israéliens
43:22ont une quarantaine
43:23de morts
43:23et 70 blessés.
43:25C'est l'addition tragique
43:26par satellite
43:27de recevoir les images.
43:28D'après ce que l'on peut savoir
43:29à présent,
43:30l'autobus
43:31qui a explosé
43:31près d'une country club.
43:33Une bombe
43:33placée dans une camionnette
43:35a explosé
43:35à 200 mètres
43:36du bâtiment central
43:37de la gare d'autobus.
43:38Les deux occupants
43:39de la camionnette
43:39sont morts,
43:40deux Arabes israéliens
43:41et il y a
43:42trois blessés légers.
43:57En 1974,
43:59Yasser Arafat
44:00est invité
44:00à prononcer
44:01un discours
44:02à l'Assemblée Générale
44:03des Nations Unies.
44:04C'est une date
44:05historique
44:06parce que
44:06c'est la première fois
44:07que l'Organisation
44:08de Libération
44:08de la Palestine
44:09que Yasser Arafat
44:10représente en tant
44:10que président
44:11obtient un statut
44:13d'observateur.
44:14Elle a enfin
44:15un statut politique.
44:17et juridique
44:18pour les Nations Unies.
44:20Ça veut dire
44:21que la question palestinienne
44:22est mise
44:23au cœur
44:23de l'activité
44:24de l'Assemblée Générale
44:25des Nations Unies.
44:27Yasser Arafat
44:28est ovationné
44:30ce n'est pas
44:30le Conseil de sécurité
44:31qui l'applaudit,
44:32c'est l'Assemblée Générale.
44:34Et c'est
44:34beaucoup de pays
44:36fraîchement décolonisés.
44:38Ce n'est plus
44:38la même Assemblée Générale
44:39que celle de 1947.
44:40Cette Assemblée Générale
44:41de l'ONU
44:42qui a été profondément
44:43renouvelée
44:43veut aussi montrer
44:45aux puissances occidentales
44:46qui étaient aussi
44:48les puissances coloniales
44:49qu'elles soutiennent
44:51en fait
44:51une cause d'émancipation.
44:52L'Apulieu Générale
44:56L'Apulieu Générale
45:29L'Assemblée générale, quand il prend la parole à l'Assemblée générale, il commence un peu finalement à établir, à
45:34construire les contours d'une future stratégie de légitimation de l'action palestinienne sur la scène internationale.
45:40Et l'Assemblée générale le comprend.
45:44L'Organisation des Nations unies se sent à bon droit responsable de ce conflit qu'elle a généré, qu'elle
45:51a paramétré.
45:52Elle doit donc trouver les voies et moyens de le régler ou en tout cas de le faire progresser.
45:59La première chose pour ça, c'est d'avoir des interlocuteurs.
46:03Et donc la stratégie de l'ONU, ça va être petit à petit de faire accepter aux Israéliens que l
46:10'OLP est l'interlocuteur palestinien.
46:14Ce qui n'était évidemment pas le projet israélien.
46:17Les Israéliens préféraient largement discuter avec les Égyptiens, avec des Syriens ou avec des Jordaniens, plutôt qu'avec une organisation
46:26qui défendrait le principe de l'autodétermination et le principe de l'autonomie politique des Palestiniens.
46:35Il y a quand même une mémoire du droit.
46:37C'est-à-dire qu'en 1947, l'Assemblée générale de l'ONU a voté deux droits.
46:43Le droit aux Juifs de Palestine d'avoir un État et le droit aux Palestiniens de Palestine d'avoir un
46:50État.
46:51Un de ces droits n'a pas été suivi d'effet.
46:54Donc il faut trouver les voies et moyens qu'il y ait un État pour les Palestiniens.
47:06Depuis son départ forcé de Jordanie, c'est au Liban que Yasser Arafat a établi sa base militaire et politique.
47:12Un véritable État dans l'État qui déstabilise l'équilibre confessionnel du pays.
47:19Depuis 1975, la Suisse du Proche-Orient est plongée dans une guerre civile entre chrétiens et musulmans.
47:26La présence massive de réfugiés palestiniens dans les camps et l'implantation de l'OLP exacerbe les tensions.
47:35Beyrouth, la capitale, est divisée en deux.
47:39À l'ouest, les 15 000 combattants palestiniens et les forces de gauche pro-palestiniennes.
47:44À l'est, les milices chrétiennes de Bachir Jemayel, soutenues par l'armée israélienne qui encercle la ville.
47:53Depuis Beyrouth-Ouest, l'OLP coordonne les attaques menées par les fédahines contre Israël.
47:59L'État hybreux répond par une attaque d'envergure.
48:03L'opération paix en Galilée.
48:09Le siège a commencé le 4 juin 1982.
48:13Khadijé Abachne a 20 ans et vient de s'engager aux côtés des fédahines.
48:18Elle a rejoint l'unité du cinéma palestinien pour mettre l'image au service de la lutte.
48:25Leur arme, des caméras.
48:30Ce jour-là, on a fini le montage vers 14h30 et on est parti rapidement, la monteuse et moi.
48:41Les avions israéliens ont attaqué des quartiers de Beyrouth.
48:47Le lendemain, nous n'avons pas pu y retourner.
48:50La route avait été détruite.
49:02La première chose qui préoccupait le groupe de jeunes qui a fondé la cellule de photographie et de cinéma,
49:07c'était le manque total d'archives sur sa propre histoire.
49:16Alors son objectif principal, c'était de documenter tout ce qui se passait pendant la Révolution.
49:21Le lendemain, c'était de documenter tout ce qui se passait pendant la Révolution.
49:53Le siège de Beyrouth a duré plus de 80 jours.
49:56C'était très difficile.
49:58L'eau et l'électricité étaient coupés presque tout le temps.
50:06Nous, on était dans Beyrouth Ouest, totalement encerclés.
50:12La direction palestinienne refusait d'être assujettie à un régime.
50:18Elle voulait rester maîtresse de ses choix.
50:27Et en fin, j'ai été détruite.
50:33Trois des paysans, ils ont été détruits.
51:05Et ils sont maintenant bloqués à Beirut.
51:19Dans Beirut-Ouest, les Fedayin déposent les armes, acculées et défaites.
51:33Yasser Arafat négocie son évacuation.
51:37Le 30 août 1982, escorté par les militaires français, c'est en chef de guerre, à la tête de ses
51:44combattants en armes, que le leader palestinien ménage sa sortie du Liban, après 12 années de présence.
51:50Toute la résistance, les forces de l'OLP, ainsi que les membres du Conseil national palestinien qui représentaient l'organisation,
51:58devaient partir tous ensemble.
52:03Mais grâce au dialogue, à la résistance acharnée et à la stratégie de Yasser Arafat, le retrait s'est fait
52:09comme un repli militaire, avec les combattants qui montaient à bord des navires en armes et en tenue de combat.
52:17Eux sont partis dans d'autres pays arabes.
52:20La direction, elle, est partie en Tunisie.
52:44L'accord signé entre l'OLP, Israël, le gouvernement libanais et l'ONU garantissait la sécurité des réfugiés palestiniens restés
52:52sur place.
52:57Élu président le 23 août 1982, Bachir Jemayel est assassiné trois semaines plus tard.
53:04Pour ses partisans des milices chrétiennes, ce meurtre porte la marque des Palestiniens.
53:13Animés par la vengeance, ils entrent dans les camps de Sabra et Shatila, alors sous contrôle israélien.
53:32Le massacre dure deux jours.
53:35Selon les sources, entre 800 et 3500 civils, hommes, femmes et enfants, sont tués.
53:53A Beyrouth désormais, les Palestiniens cachent leur identité, même les chrétiens.
54:11Du côté maternel, dans la maison de ma grand-mère, il y avait une armoire dans laquelle ils avaient mis
54:17toutes leurs affaires.
54:19Il y avait des photos, des photos d'avant, des photos du mariage de mes grands-parents, des photos où
54:26ma grand-mère était déguisée en bédouine dans le Mont Carmel juste avant son mariage.
54:31Et donc tous ces objets-là, cette culture palestinienne, on essayait de la masquer.
54:41L'armée israélienne confisque les archives en 1982, quand ils pénètrent à Beyrouth.
54:48Ils brûlent des archives familiales, ils piétinent des photos.
54:52C'est une volonté d'effacement, de négation, d'annihilation, de trace d'une population qui aurait existé sur ce
55:01territoire.
55:04C'est tout un pan de l'histoire et de la mémoire collective palestinienne qui disparaît.
55:16Pour la direction de l'OLP, l'exil succède à l'errance.
55:21À plus de 3600 kilomètres de ses bases et de son peuple, Yasser Arafat va traverser un désert de cinq
55:28longues années,
55:29déconnecter des réalités des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza.
55:53Dans la bande de Gaza, enclave palestinienne de 365 kilomètres carrés,
55:58les Israéliens, qui l'occupent depuis 1967, imposent aux 566 000 habitants un régime militaire strict
56:05et un quotidien fait d'humiliation répétée.
56:10Expropriations, arrestations arbitraires sur fond de chômage de masse.
56:18En décembre 1987, la situation y est particulièrement explosive.
56:35On va voir des enfants jeter une pierre, un caillou, sur une merkava, sur un tank.
56:47On a une désobéissance civile qui se met en place,
56:50une désobéissance qui sera menée par les femmes et par les enfants,
56:55où on va rejeter un peu le politique.
57:02On est à 20 ans de l'occupation des territoires,
57:05de la conquête par Israël, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.
57:10Donc on a ces gens qui ont 20 ans,
57:13qui n'ont connu que l'occupation israélienne.
57:16La première intifada est une surprise pour Israël,
57:20mais aussi pour l'OLP à Tunis,
57:22qui ne s'attendait pas à cette révolte en provenance des territoires.
57:29Reclus dans son exil maghrébin,
57:31le lion palestinien est habile,
57:33laissant apparaître une maîtrise parfaite des événements
57:36qui se déroulent dans les territoires occupés.
58:05Vous optez pour la lutte aujourd'hui,
58:07envisagez-vous néanmoins un jour
58:08de participer à une conférence internationale
58:10sur la paix au Proche-Orient
58:12sans reconnaître au préalable l'état d'Israël ?
58:14En plus que nous avons cette conférence internationale
58:21pour atteindre une compréhensione,
58:24une durée, juste une paix,
58:29nous ne allons pas néanmoins
58:31dans la conférence internationale avec les gosses.
58:36Je vais néanmoins avec mes ennemis,
58:45plus que ses adversaires historiques israéliens,
58:47le commandant, comme l'appellent ces hommes,
58:50va devoir désormais affronter une menace puissante.
58:53Un ennemi de l'intérieur né de cette intifada
58:55que le monde entier découvre sous l'acronyme
58:58Hamas.
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