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Dans les années 30, suite au krach boursier de Wall Street, l'Europe est ébranlée par une crise sans précédent. Pour faire rempart à la misère et au fascisme qui, de l'Italie mussolinienne à l'Allemagne hitlérienne, menacent la paix et la démocratie, les gauches européennes - sous l'impulsion de la IIIe Internationale -, les syndicats, les intellectuels et de nombreux citoyens décident de se fédérer en une union inédite. La jeune république d'Espagne constitue dès 1934 une Alliance ouvrière dans les Asturies, deux ans à peine avant l'arrivée au pouvoir du Frente popular. En France, une coalition de communistes, socialistes et radicaux, regroupé autour de Léon Blum, triomphe pour la première fois aux élections législatives de 1936 avec le programme "Pain, Paix, Liberté". Si ces deux pays sont les seuls en Europe à hisser le Front populaire au pouvoir, la stratégie politique de fronts communs face à la peste brune est adoptée au même moment en Belgique, en Grèce, au Portugal et en Autriche où elle prend un visage plus clandestin.
Réalisé par : Laurence Jourdan
Réalisé par : Laurence Jourdan
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00:03...
00:15Au printemps 1936, l'Europe est au bord du gouffre.
00:19Mais la victoire électorale des gouvernements de francs populaires
00:22remplit la rue d'espoir.
00:24Manuel Asania, en Espagne, et Léon Blum, en France,
00:27incarne le triomphe d'une stratégie
00:30qui a rassemblé pour la première fois
00:31ouvriers, partis, syndicats et intellectuels
00:34autour de l'antifascisme
00:36dans une Europe ébranlée par une crise économique sans précédent.
01:18Tout commence à New York le 24 octobre 1929.
01:23En quelques heures, la bourse de Wall Street s'effondre.
01:27Ce jeudi noir provoque un désastre économique, social et politique
01:31qui va bouleverser le monde.
01:47La récession frappe de plein fouet les Etats-Unis.
01:50L'Europe se croit à l'abri.
01:52Et cependant, deux ans plus tard,
01:54elle est à son tour balayée par la tourmente.
01:56Les piliers de l'économie capitaliste s'écroulent.
01:59Les systèmes monétaires et bancaires sont ébranlés.
02:02Des milliers d'entreprises en faillite.
02:05Les chômeurs se comptent par millions.
02:07À Londres, à Paris, à Vienne comme à Berlin,
02:10le peuple descend dans la rue.
02:12Ils réclament du travail et du pain.
02:15L'Allemagne, qui paie encore les réparations
02:17de la Première Guerre mondiale,
02:19est avec l'Autriche le pays le plus touché par la crise.
02:22En 1933, on y ressent 6 millions de chômeurs.
02:26Trois fois plus qu'en Grande-Bretagne
02:28et six fois plus qu'en France.
02:39Aucune démocratie ne parvient à enrayer
02:41la misère qui sévit dans toute l'Europe.
02:43Une misère qui renforce le racisme
02:45et la xénophobie.
02:46Tout particulièrement en Allemagne,
02:48pays vaincus et humiliés.
02:51Une Allemagne où ni les socialistes,
02:53ni les communistes dont le parti
02:55est particulièrement influent,
02:57ne mesurent la portée de cette détresse sociale.
02:59Ils sont aveuglés par des querelles internes.
03:04Pour les communistes,
03:05les ennemis à combattre en priorité
03:07sont les sociodémocrates,
03:08qu'ils accusent de trahir le monde ouvrier
03:10en soutenant la bourgeoisie.
03:12Pour les socialistes,
03:13la révolution est le pire des scénarios.
03:28Cette guerre fratricide
03:29que se livrent les deux grands partis de gauche
03:31favorise la progression d'un nouveau parti.
03:34Le parti nazi.
03:40C'est en effet Hitler
03:42qui récupère les voix des chômeurs
03:44après avoir rallié les paysans,
03:46les classes moyennes
03:47et les milieux d'affaires.
03:48La menace est grande.
04:03Cette menace est d'autant plus grande
04:05qu'en Italie,
04:06Mussolini parvient depuis dix ans
04:08à sortir le pays de la crise.
04:09vu de loin,
04:11le fascisme fascine,
04:12plus qu'il n'est frais.
04:14Le Duce a pourtant déjà imposé
04:16un parti unique,
04:17une police politique.
04:19Il a aussi écrasé les syndicats.
04:21Mais la vraie nature du fascisme
04:23n'est pas encore perçue
04:24à la mesure de ce qu'elle est.
04:26Une menace véritable
04:27pour la paix et la démocratie en Europe.
04:41En Europe,
04:42cette dictature est perçue
04:44comme un problème national italien,
04:46mais aussi comme un modèle d'efficacité
04:48et le meilleur des remparts au communisme.
04:52Hitler lui-même
04:53attribue au succès de Mussolini
04:55une part de la victoire électorale
04:57qui le mène au pouvoir.
05:05C'est l'incendie du Reichstag,
05:07le parlement allemand,
05:08un mois à peine
05:09après son accession au pouvoir,
05:11qui sort les gauches européennes
05:12de leur léthargie
05:13en février 1933.
05:15Cet incendie est une provocation nazie,
05:18un prétexte.
05:19Hitler accuse aussitôt les communistes
05:21sur lesquels s'abat
05:22une répression terrible.
05:38Cette répression,
05:39suivie de l'interdiction
05:40des partis communistes
05:41et sociodémocrates,
05:42suscite l'indignation en Europe.
05:44La débâcle de la gauche allemande
05:46impose de se mobiliser
05:47contre le fascisme.
05:49D'autant que s'ouvre à l'automne
05:50à Leipzig,
05:51le procès de quatre communistes
05:53accusés de l'incendie du Reichstag.
06:00L'un des prévenus,
06:02Georgi Dimitrov est le représentant
06:03de l'international communiste
06:05à Berlin,
06:06une organisation fondée par Lénine
06:08dont dépendent
06:08tous les partis communistes.
06:11«Maurer, Marinus,
06:16Angestellte,
06:17Ernst Tordler,
06:20der Student,
06:21Plager Popoff,
06:25der Schriftsteller,
06:26Georgi Dimitrov.
06:51Dimitrov devient le symbole
06:53de la lutte antifasciste.
06:54Jusqu'à Londres,
06:55où sa soeur dénonce
06:56la machination hitlérienne.
06:59«Four communistes
07:00sont maintenant au trial
07:01en danger
07:02pour leurs vies
07:03en Leipzig.
07:05Ils sont accusés
07:06de burnir le Reichstag.
07:08Un d'entre eux
07:09est mon frère Dimitrov.
07:12Le autre
07:12est le père
07:13de ce garçon,
07:14Tordler.
07:15Les autres deux
07:16sont Popoff
07:17et Tanev.
07:19tous ont passé
07:20leurs vies
07:21en servir
07:22les personnes
07:23travaillées
07:23et n'ont jamais
07:24rien à faire
07:25avec ces méthodes
07:27et crimes. »
07:34Ce procès provoque
07:35une onde de choc
07:36au sein des gauches
07:37européennes
07:37et parmi les intellectuels.
07:39Des intellectuels
07:40indissociables
07:41de la vie politique
07:42qui constituent
07:43l'avant-garde
07:44de la lutte antifasciste.
07:45tout particulièrement
07:46en France
07:47où ils ont fondé
07:48de multiples revues
07:49et collaborent
07:50à de nombreux journaux.
08:09En ce début
08:10des années 30,
08:11de nombreux écrivains
08:12font en effet
08:12de l'engagement
08:13une priorité.
08:14C'est ainsi
08:15qu'André Gide
08:15et André Malraux
08:16sont les présidents
08:17du comité de défense
08:18de Dimitrov.
08:19André Malraux
08:20note alors
08:21« Des militants
08:23sont rentrés
08:23en Allemagne
08:24sachant ce qu'ils risquaient
08:25et ont photographié
08:26l'acte d'accusation
08:27clandestinement
08:28avec un laïka.
08:29Ensuite,
08:29ils ont passé
08:30la photo
08:30morceau par morceau.
08:31On ne connaît pas
08:32un seul des noms
08:33de ceux qui l'ont fait.
08:34Je pensais à eux
08:35en regardant Dimitrov.
08:43Ce combat mené
08:45pour obtenir
08:45la libération
08:46de Dimitrov
08:47et des communistes allemands
08:48est la première
08:49grande action
08:49de résistance
08:50au fascisme
08:50en Europe.
08:53« Demandez l'humanité ! »
08:57« Demandez l'humanité ! »
08:58« Demandez Dimitrov,
08:59camarades !
09:00Demandez la photo
09:01de Dimitrov
09:02pour soutenir
09:03les vaillants lutteurs
09:03antifascistes d'Allemagne
09:05de prendre
09:06la grande photographie
09:07à titre de solidarité
09:09pour aider
09:10nos camarades d'Allemagne
09:11à éditer des tracts
09:12illégaux
09:13et à diffuser
09:14dans des conditions
09:15d'illégalité terrible ! »
09:18Grâce à cette pression
09:19internationale,
09:20Dimitrov est acquitté
09:21« Il est accueilli
09:22en héros à Moscou. »
09:24Le socialisme soviétique
09:25est alors un mythe.
09:27Les images
09:27de cette société rêvée
09:28fascinent une partie
09:30de la gauche antifasciste.
09:33« L'URSS,
09:34c'est pour beaucoup
09:34la seule alternative.
09:36La seule force vivante
09:37du monde ! »
09:38écrit l'écrivain
09:39communiste français
09:40Paul Nisan
09:40en juin 1933.
09:42« La tâche la plus présente
09:44des prolétaires
09:45et des intellectuels
09:46est d'entrer
09:46dans l'armée
09:47des défenseurs
09:47de l'URSS,
09:48de se joindre
09:49au front rouge
09:50de ceux
09:50qui ont résolu
09:51de suivre l'exemple
09:52qu'elle donne au monde. »
10:06La tâche la plus présente
10:37L'engagement des intellectuels se radicalise, tandis que le nazisme contraint une partie de l'intelligence allemande à l'exil.
10:45A Berlin, plus de 20 000 livres sont interdits et brûlés, sur ordre du ministre de la Propagande et de
10:51l'Information, Joseph Goebbels.
11:02Réfugiés à Prague, Vienne et surtout à Paris, les exilés allemands se mobilisent pour sauver la culture de la barbarie
11:08nazie.
11:09Ils protègent, traduisent et diffusent dans toute l'Europe les œuvres interdites.
11:14Parmi les grands défenseurs de cette outre-Allemagne, l'Allemagne démocratique, les écrivains Bertolt Brecht, Anna Segers, Walter Benjamin et
11:22Andrich Mann.
11:23Ce dernier multiplie ses publications anti-nazies et publie en France un pamphlet, La Haine.
11:29L'auteur, qui, dépouillé par ses tristes vainqueurs, ne possède plus que sa pensée et ses talents d'écrivain, les
11:36met ici au service de l'Allemagne, ainsi que de l'Europe et du monde.
11:42C'est au tour d'Anrich Mann que des écrivains allemands et français se réuniront bientôt dans un comité préparatoire
11:48de front populaire allemand.
11:49Un front populaire en exil et éphémère.
12:01D'autres intellectuels sont en revanche fascinés par le nazisme.
12:04Ils militent au sein des ligues d'extrême droite française.
12:07Des droites qui n'ont qu'un rêve, renverser la République dont elle dénonce la corruption des parlementaires,
12:12impliqués dans une série de scandales politico-financiers.
12:17Le dernier en date, c'est l'affaire Stavisky.
12:20L'escroquerie de ce banquier qui a bénéficié de protections politiques provoque des émeutes d'une grande violence le 6
12:26février 1934.
12:27Le bilan est lourd. 5 morts, 2300 blessés.
12:45En réaction à ces émeutes, les socialistes appellent à la grève générale.
12:49Communistes et socialistes, divisés, défilent séparément sur le cours de Vincennes.
12:54Quand soudain, l'improbable se produit.
12:57Les manifestants appellent à la fusion des deux cortèges.
13:04La rue a triomphé des divisions.
13:07Cette unité est déterminante.
13:09Matrice du futur front populaire, elle émeut le syndicaliste Daniel Guérin.
13:13Enfin, pour la première fois, nous agissons ensemble.
13:17Ce dont le mouvement ouvrier allemand s'est révélé incapable jusqu'à la dernière minute contre Hitler,
13:22nous venons, nous, de le faire.
13:28La province soulevée tout entière,
13:32Paris rassemblée dans cette manifestation,
13:37signifie aux hommes du fascisme et du royalisme
13:42qu'ils ne passeront pas.
13:44La réaction ne passera pas.
13:47Vive la république des travailleurs.
13:51Vive la liberté.
13:55Vive l'unité prolétarienne
13:58sans laquelle aucune victoire n'est possible.
14:02Vive le peuple ouvrier de Paris.
14:13Devançant les partis politiques,
14:15la gauche intellectuelle, déjà unie dans le combat pacifiste,
14:19constitue dans les jours qui suivent un comité de vigilance antifasciste.
14:23Unie par-dessus toute divergence devant le spectacle des émeutes fascistes de Paris
14:27et la résistance populaire qui leur a fait face,
14:30nous venons déclarer à tous les travailleurs, nos camarades,
14:33notre résolution de lutter avec eux
14:35pour sauver contre une dictature fasciste
14:37ce que le peuple a conquis de droits et de libertés publiques.
14:49Le fascisme continue de progresser.
14:52Après l'Allemagne et l'Italie,
14:54la Bulgarie et la Lettonie
14:55viennent de tomber sous le joug des dictatures.
15:10Le Duce, c'est le modèle du chancelier d'Autriche,
15:13Engelbert Dolfus.
15:16Au pouvoir depuis un an,
15:17il a progressivement établi un régime fasciste chrétien.
15:20Les organisations ouvrières ont été remplacées par un syndicat unique.
15:25Privés de leurs acquis sociaux,
15:26les ouvriers déjà dans la misère
15:28n'inspirent qu'à s'insurger.
15:30Les communistes, dont le parti est interdit,
15:32les y incitent.
15:33Mais la direction du parti social-démocrate s'y refuse.
15:46Dans les cités ouvrières,
15:47où se sont constitués des syndicats clandestins,
15:50les perquisitions et les arrestations se multiplient.
15:52C'est de là que part la révolte.
16:08La grève générale est proclamée à Vienne.
16:11Même s'il n'est que partiellement suivi,
16:13le chancelier Dolfus décrète aussitôt l'état de siège.
16:16Il lance un ultimatum aux ouvriers.
16:20Réfléchissez, ouvriers d'Autriche,
16:21qui, dans votre aveuglement,
16:23vous trouvez encore de l'autre côté de la barricade.
16:26Le gouvernement dispose d'assez de moyens de violence
16:28et il en a fourni la preuve,
16:30le cœur gros.
16:31Mais c'était inévitable.
16:33Et si vous continuez la lutte,
16:34nous la continuerons aussi jusqu'au bout,
16:36aussi tragique soit-elle,
16:38et bien qu'elle ne puisse aboutir
16:39qu'à votre destruction.
16:45La semaine sanglante de Vienne
16:47fait des centaines de victimes
16:49et se solde par une longue et violente répression.
16:52La gauche est décimée.
16:55Le puissant parti social-démocrate est interdit.
16:58Ses dirigeants s'exilent en Tchécoslovaquie
17:00où ils fondent une nouvelle organisation.
17:02Leurs publications sont distribuées
17:04clandestinement en Autriche.
17:12Mais pour ses dirigeants sociodémocrates,
17:15s'allier aux communistes reste inconcevable.
17:17C'est donc en dépit de cette consigne
17:19qu'un groupe de jeunes révolutionnaires socialistes
17:21restés en Autriche
17:22décide de constituer un front unique antifasciste.
17:26Georg Scheuer fut l'un des militants
17:28de cette tentative clandestine de front populaire
17:30vouée à terme, à l'échec.
17:33Je continue vers d'autres actions
17:35contre le régime austro-fasciste.
17:37Fabrication de matériel, transmission, distribution,
17:40réunion clandestine, lancement de tracts,
17:42manifestations éclaires.
17:44Le régime prévoit le même tarif
17:46pour chacun de ces actes.
17:48Pour un seul tract de haute trahison,
17:50on écope de la même peine
17:51que pour un attentat à l'explosif.
17:53Nous savons que pour l'ensemble des activités
17:55d'une seule journée,
17:56nous en aurions pour 100 ans de réclusion.
18:08Quelques mois plus tard, en octobre 1934,
18:12c'est le peuple espagnol qui se soulève
18:13contre la droite monarchiste et fascisante
18:16de retour au pouvoir.
18:17Une droite soutenue par Mussolini.
18:19La réforme agraire en cours
18:21dans une Espagne essentiellement rurale
18:23est abandonnée.
18:24Les salaires sont revus à la baisse,
18:25la misère s'accroît.
18:33La gauche socialiste redoute d'être écrasée
18:36comme l'ont été les gauches allemandes
18:37et autrichiennes.
18:38Socialistes, anarcho-syndicalistes
18:40et communistes constituent
18:42le premier front unique antifasciste d'Europe.
18:45Ils se regroupent dans une alliance ouvrière
18:46et appellent à la grève générale.
19:00A Barcelone et à Madrid,
19:02les grévistes sont rapidement neutralisés
19:04par l'armée.
19:06Mais dans le bassin industriel des Asturies,
19:08mineurs et métallurgistes particulièrement organisés
19:11et armés résistent pendant deux semaines
19:13à l'assaut de l'armée.
19:16Un jeune garçon témoigne
19:17de la violence de la répression.
19:20La répression n'a eu aucune limite.
19:22Pendant des mois,
19:24les gens ont été assassinés
19:25dans toutes les Asturies
19:26après avoir été torturés
19:28d'une façon qui dépasse l'imaginable.
19:30Les forces marocaines
19:31commandées par le général Franco
19:33brûlaient et assassinaient
19:34les ouvriers par centaines.
19:40Des milliers de révolutionnaires
19:41sont incarcérés.
19:44Déterminés à poursuivre la lutte,
19:46la gauche et l'extrême-gauche
19:47font de l'unité
19:48la condition de la victoire finale.
19:51Prélude au futur Front populaire,
19:53la commune des Asturies
19:54provoque un élan
19:54de solidarité internationale.
19:56Une dirigeante du Parti communiste,
19:58Dolorès Ibarouri,
19:59se rend à Paris.
20:00Je suis vraiment émotionnée
20:03et profondément agradecée
20:05de l'expression de solidarité
20:07du peuple français
20:09pour le peuple espagnol.
20:11Le peuple français ne l'oublie
20:13que la lutte
20:14qui en ces moments
20:15soutient le peuple espagnol
20:17est la lutte pour la liberté,
20:19est la lutte pour la paix.
20:24Pour mener cette lutte,
20:26les socialistes espagnols
20:27et français ont accepté
20:28de s'allier aux communistes.
20:30Ils font la figure d'exception.
20:32L'Europe social-démocrate
20:33y est en effet majoritairement hostile.
20:36Réunie à Paris,
20:37l'international socialiste
20:38vient d'ailleurs
20:39de se prononcer contre.
20:47A l'initiative de l'Association
20:49des écrivains et artistes révolutionnaires,
20:51Paris devient pendant cinq jours
20:53la capitale de l'antifascisme.
20:55Venu de 38 pays,
20:57230 intellectuels se réunissent
20:59pour le premier congrès
21:00des écrivains
21:00pour la défense de la culture.
21:03Présidé par André G.
21:04d'André Malraux,
21:05ce congrès rassemble
21:06des personnalités
21:07et de sensibilités diverses.
21:10Certains sont engagés
21:12dans ce combat
21:12car ils sont victimes
21:13de dictatures,
21:14comme l'écrivain allemand
21:15Heinrich Mann.
21:17D'autres,
21:17par militantisme communiste,
21:19comme le journaliste russe
21:20Hylian Renbourg.
21:22Les écrivains allemands
21:23Gustave Régler
21:24et Anna Segers.
21:26Le poète français
21:27Paul Éluard.
21:28Le surréaliste suisse
21:30Tristan Zahra.
21:32D'autres encore,
21:33par humanisme,
21:34comme André Malraux.
21:36Parmi les intellectuels
21:37venus débattre du sens
21:38et de la nature
21:39de leur engagement,
21:40il y a le dramaturge allemand
21:41Bertolt Brecht.
21:44Lui fait-on le reproche
21:45d'être sauvage ?
21:46Le fascisme répond
21:47par un éloge fanatique
21:49de la sauvagerie.
21:50Accusé d'être fanatique,
21:52il répond par l'apologie
21:53du fanatisme.
21:54L'inculpe-t-on
21:55de violation de la raison,
21:56il franchit le pas
21:57allègrement
21:58et condamne la raison.
22:00La barbarie ne vient pas
22:01de la barbarie,
22:02mais des affaires
22:03qu'on ne peut plus faire
22:04sans elle.
22:05L'écrivain autrichien
22:06Robert Musil.
22:08Celui qui aime la culture
22:10aime la paix,
22:11car un peuple en guerre
22:12produit aussi peu de culture
22:13qu'un individu
22:14lorsqu'il est en danger
22:15de mort.
22:18Le surréaliste français
22:19André Breton.
22:21Transformer le monde,
22:22a dit Marx.
22:24Changer la vie,
22:24a dit Rimbaud.
22:26Ces deux mots d'ordre
22:27pour nous n'en font qu'un.
22:29L'essayiste italien,
22:31Gaetano Salvemini.
22:32Je ne me sentirais pas
22:33le droit de protester
22:34contre la Gestapo
22:35et contre la police
22:36politique italienne
22:37si je m'efforçais
22:38d'oublier qu'il existe
22:39une police politique
22:41soviétique.
22:42En Allemagne,
22:43il y a des camps
22:43de concentration.
22:44En Italie,
22:45il y a les îles pénitentiaires
22:47et en Russie soviétique,
22:49il y a la Sibérie.
22:57Les critiques sur le communisme
22:59soviétique sont alors
23:00systématiquement écartées,
23:01même si le régime
23:02a fait ses premières victimes.
23:11C'est l'assassinat de Kirov,
23:13le chef du parti communiste
23:15de Leningrad,
23:16qui a donné en décembre 1934
23:18le coup d'envoi
23:19aux grandes purges
23:20et aux déportations.
23:22Mais pour l'heure,
23:24la plus grande menace
23:25reste le Troisième Reich.
23:27Une menace
23:27qui conduit Pierre Laval,
23:29le ministre français
23:30des Affaires étrangères,
23:31à Moscou
23:31en mai 1935.
23:33Face à la menace fasciste,
23:35la France et l'URSS
23:36ont décidé de signer
23:38un pacte d'assistance mutuelle.
23:50Je pars profondément touché
23:52de l'accueil qui m'a été fait
23:55par le gouvernement soviétique
23:56et par la population de Moscou.
23:58Je n'oublierai jamais
23:59cet accueil,
24:01l'amitié est scellée
24:02entre nos deux pays.
24:08La signature de ce pacte
24:10et l'entrée de l'URSS
24:11dans la Société des Nations
24:12quelques mois plus tôt
24:13consolident les liens
24:14encore fragiles
24:15entre les socialistes
24:16et les communistes français.
24:20Les élections municipales
24:21de mai 1935 en France
24:23confirment alors
24:24la force d'une union des gauches.
24:26Pour la première fois,
24:27le candidat le moins bien placé
24:29accepte de se retirer
24:30au profit de l'autre.
24:31L'expérience se solde
24:32par un triomphe,
24:34notamment pour les communistes
24:35en région parisienne.
24:36Les banlieues rouges sont nées.
24:44C'est la date symbolique
24:45du 14 juillet
24:46que socialistes,
24:47communistes et radicaux
24:48choisissent pour sceller
24:49leur pacte d'unité d'action.
24:54Au stade Buffalo,
24:55aux portes de Paris,
24:57la gauche républicaine
24:58prête serment
24:59devant des dizaines
25:00de milliers de personnes.
25:03Au nom de tous les partis
25:05et groupements de liberté
25:06et des organisations
25:08ouvrières et paysannes,
25:10au nom du peuple de France,
25:13rassemblés aujourd'hui
25:14sur toute l'étendue du territoire,
25:17nous, représentants mandatés
25:19ou membres du Rassemblement
25:21populaire du 14 juillet 1935,
25:25animés par la même volonté
25:27de donner du pain aux travailleurs,
25:29du travail à la jeunesse
25:31et la paix au monde,
25:32nous faisons le serment solennel
25:35de rester unis
25:37pour désarmer et dissoudre
25:38les lits taxieuses,
25:40pour défendre et développer
25:42les libertés démocratiques
25:43et pour assurer la paix humaine.
25:55le front populaire est bel et bien né.
25:57Plus d'un million de personnes
25:59manifestent dans toute la France.
26:00A Paris, une foule immense
26:02se presse vers la Bastille,
26:04où drapeau rouge et drapeau tricolore,
26:06chants révolutionnaires
26:07et chants républicains
26:08se mélangent.
26:09Marquis, un grand pays
26:124.5
26:13Au fond,
26:13les libertés
26:14et佐iciens
26:16envers les guerres
26:17Au fond,
26:17les libertés
26:20et à l'influer
26:22de la France.
26:23Au fond,
26:24est de rester unen
26:25Nouveau,
26:25le second beer
26:25et à l'influer
26:26et à l'influer
26:26la cuinte
26:26Et à l'influer
26:26et à l'influer
27:04Deux semaines plus tard à Moscou, l'union des gauches françaises est à nouveau célébrée,
27:08mais dans un cadre officiel.
27:13La direction de l'international communiste ouvre les portes de son 7e congrès.
27:18La stratégie de Front populaire amorcée par les communistes français est alors érigée en modèle devant les délégués du monde
27:25entier.
27:26Maurice Thorez est acclamé.
27:27La puissante démonstration du Front populaire le 14 juillet à Paris a eu de grosses répercussions en France et dans
27:38le monde entier.
27:40Jamais on avait assisté à Paris à une manifestation d'une telle ampleur.
27:46L'unité de la classe ouvrière, l'union de tous les antifascistes contre le plus grand crime que connaisse l
27:53'histoire,
27:54c'est encore Dimitrov qui l'a stimulé par l'exemple de son courage tranquille et indomptable.
28:04C'est Dimitrov, le héros du procès de l'incendie du Reichstag,
28:08qui a en effet laboré la nouvelle stratégie communiste.
28:11C'est lui qui a désigné le fascisme comme l'ennemi principal.
28:14C'est lui qui prône l'union avec les socialistes.
28:44C'est Dimitrov encore.
28:47qui annonce que la priorité de l'international communiste est désormais de constituer un large Front populaire antifasciste.
28:55C'est maintenant officiel.
28:57Le Front populaire est le mot d'ordre international.
29:05Et c'est en Espagne, en février 1936, que cette stratégie remporte sa première victoire électorale.
29:11Manuel Assania, républicain modéré, prend la présidence du premier gouvernement de Front populaire de l'Histoire.
29:18Dans la rue, l'euphorie est à son comble.
29:21La victoire était inespérée.
29:23Mais la révolte des Asturies et sa sanglante répression ont incité la gauche et l'extrême gauche à faire bloc.
29:29Un bloc qui a remporté 260 sièges au Parlement, quand la droite en a recueilli 150.
29:41Soudée dans le combat antifasciste, l'alliance des gauches ne reste pas moins politiquement fragile.
29:47Dangereusement menacée par une droite déterminée à la renverser, elle est aussi très divisée.
29:51Et ce n'est pas sans mal que le Front populaire s'est accordé sur un programme.
29:56Un programme modéré, mais qui met fin à certaines injustices.
29:59La réforme agraire est relancée.
30:02Les terres sont collectivisées.
30:04L'enseignement, laïcisé.
30:06Les prisonniers politiques amnistiés.
30:08Et l'autonomie rendue à la Catalogne.
30:16Le peuple savoure sa victoire et occupe jusque les grands hôtels.
30:20L'Espagne opprimée prend sa revanche.
30:23Mais ses attentes sont immenses.
30:25Et dans le sud, déjà, des grèves se déclenchent.
30:46Tout comme en Espagne, en France, les ouvriers revendiquent le droit à la dignité.
30:51En ce printemps 1936, la misère ne cesse de s'accroître.
30:56Une vague de grèves sans précédent paralyse le pays.
31:05Parti spontanément, ces grèves surprennent toutes les organisations du Front populaire.
31:10La CGT, récemment réunifiée, voit ses rangs se gonfler.
31:13C'est la rue syndicale, déclare son secrétaire général.
31:20Le patronat est sous le choc.
31:22Pour la première fois, ouvriers et employés occupent leur lieu de travail.
31:26Et ils sont plus de 3 millions.
31:37L'enthousiasme indissible qui accompagne cette explosion sociale
31:41est à la hauteur des souffrances silencieusement amassées pendant des années,
31:46explique dans un article la philosophe Simone Veil.
31:50Il s'agit de bien autre chose que de telles ou telles revendications particulières,
31:54si importantes soient-elles.
31:55Il s'agit, après avoir toujours plié, tout subi,
31:58tout encaissé en silence pendant des mois et des années,
32:00d'oser enfin se redresser, se tenir debout, prendre la parole à son tour.
32:09L'attente est si forte que ce conflit social éclate
32:12avant même que ne soit formé le tout nouveau gouvernement de Front populaire.
32:15Le 4 mai 1936, la gauche unie a remporté 378 sièges aux élections législatives.
32:22La droite n'en a obtenu que 220.
32:25Tout comme en Espagne, c'est une victoire historique.
32:29Rassemblée autour du programme du pain, la paix, la liberté,
32:32le Front populaire soulève de grands espoirs.
32:36Léon Blum, le leader socialiste, prend la présidence du Conseil.
32:40Le gouvernement de Front populaire agira
32:45n'est pas dans le cadre de la société actuelle,
32:49mais avec la volonté délibérée d'en extraire
32:55tout ce qu'elle peut comporter
32:58d'ordre, de sécurité,
33:02de bien-être et de justice.
33:07Les grèves obligent le gouvernement à étendre les réformes de son programme.
33:11La semaine de 40 heures,
33:13les conventions collectives et les congés payés sont institués.
33:17Un office du blé est créé pour assurer un revenu aux paysans.
33:20La scolarité est rendue obligatoire jusqu'à 14 ans.
33:23Le gouvernement, ou pour la première fois entre des femmes,
33:26est soutenu par les communistes qui n'y participent pas.
33:29Nous accorderons au gouvernement socialiste
33:34une collaboration étroite, fraternelle et sans éclipse.
33:39Le Parti communiste travaillera à faire une France libre, forte et heureuse.
33:45« Tout est possible », estime Marceau Pivert,
33:51le leader de la gauche socialiste.
33:52Ce à quoi Maurice Thorez répond le 11 juin,
33:55il faut savoir terminer une grève
33:57dès que satisfaction a été obtenue.
34:00Le danger, c'est la colère qui monte sérieusement
34:03au sein du patronat et de la droite.
34:05Mais c'est aussi de perdre le contrôle des masses.
34:16Peu à peu dans les usines,
34:17le travail reprend le pas sur la valse.
34:20Mais le rêve ne s'arrête pas là.
34:22L'été 1936 offre à plus de 500 000 salariés
34:25les joies inestimables des premiers congés payés.
34:30Léon Blum dira plus tard,
34:31« Tout cela me donne le sentiment
34:33que par l'organisation du travail et du loisir,
34:35j'avais malgré tout apporté une espèce d'embellie,
34:38d'éclaircie dans les vies difficiles, obscures. »
34:50Cette embellie révolte les ligues de droite
34:52qui brandissent aussitôt le spectre du complot communiste.
34:55Ces ligues haineuses et antisémites
34:57aspirent tout comme le patronat
34:58à faire tomber le gouvernement de Léon Blum.
35:01Un gouvernement dont l'économie
35:02est sérieusement mise en péril
35:04par la fuite des capitaux.
35:06La Belgique, comme la France,
35:08est paralysée par une vague de grève
35:10d'une ampleur inédite.
35:12Parties du port d'Anvers,
35:13elles ont gagné les bassins miniers.
35:15Cette pression sociale a poussé
35:16le gouvernement socialiste à voter à son tour
35:19la semaine des 40 heures et les congés payés.
35:28Mais contrairement aux Français,
35:29les socialistes belges interdisent
35:31toute alliance avec les communistes,
35:33même pour combattre la droite fasciste montante
35:35de Léon de Grêle.
35:41Car en Belgique, comme aux Pays-Bas,
35:43en Scandinavie, en Tchécoslovaquie
35:45et en Grande-Bretagne,
35:47les directions des partis sociodémocrates
35:49comptent toute tentative d'unité d'action.
35:52En Belgique, les opposants seront jetés en prison
35:55et violent-mort réprimés.
36:04Bloqués par les sociodémocrates en Europe du Nord,
36:07les tentatives de front populaire
36:08sont attaquées au Sud.
36:10En Grèce, l'union de front populaire
36:12en marche depuis septembre 1935
36:14est définitivement écrasée
36:16à la demande du roi
36:17par un coup d'État du général Metaxas,
36:19le Premier ministre.
36:23Il instaure aussitôt une dictature.
36:261330 communistes sont incarcérés.
36:43Ce même été 1936,
36:45les droites fascistes espagnoles
36:47mettent à exécution leur projet
36:48de renverser le front populaire.
36:51Le général Franco a pris la tête
36:54d'un soulèvement militaire.
36:55Le 18 juillet, il proclame l'état de siège.
36:59Parti du Maroc espagnol,
37:00l'insurrection contre le gouvernement légal
37:02gagne l'Andalousie.
37:04Une à une, les garnisons rallient
37:06le camp des franquistes.
37:08La guerre civile commence.
37:09Elle va durer trois ans.
37:16Sous la pression des organisations de gauche,
37:18le gouvernement de front populaire
37:20consent à distribuer au peuple
37:22des armes de fortune.
37:31Des milliers d'hommes et de femmes
37:33volent au secours de la République.
37:41Non pas saran.
37:43Ils ne passeront pas.
37:44Lance la communiste Dolores Ibaruri,
37:47futur passionaria qui appelle à la résistance.
37:50Peuple de Catalogne, de Galice et du Pays Basque,
37:53Peuple d'Espagne,
37:54défendons la République démocratique,
37:56consolidons la victoire obtenue par le peuple
37:58le 16 février.
38:00Vive le Front populaire,
38:02vive l'union contre le fascisme,
38:04vive la République du peuple.
38:05Nous ne laisserons pas le fascisme triompher.
38:08Nous ne les laisserons pas triompher.
38:19Appelé à l'aide,
38:21le gouvernement Blum apporte son soutien politique
38:23à la République espagnole
38:24et lui livre secrètement des armes.
38:26Mais les violentes attaques de la droite,
38:29la pression de sa majorité parlementaire
38:30et de l'Europe sociale-démocrate
38:32qui redoutent d'entraîner le continent dans la guerre,
38:34le poussent à la non-intervention.
38:38Cet abandon de l'Espagne
38:39est perçu comme une trahison par les communistes
38:41et une partie des intellectuels
38:42qui se désolidarisent de Léon Blum.
38:45La non-intervention porte un premier coup
38:47à l'unité du Front populaire français,
38:48tout en laissant les mains libres
38:50à l'accélération des offensives franquistes
38:52qui ensanglantent l'Espagne.
39:01Peu avant d'être fusillé par les fascistes,
39:04le poète Garcia Lorca écrit
39:05« J'ai fermé la porte de mon balcon
39:08pour ne pas entendre les sanglots,
39:11mais de derrière les murs gris
39:12ne persent que des sanglots. »
39:24La tragédie espagnole
39:25conduit certains intellectuels
39:26à passer de l'engagement par les mots
39:28à l'engagement par les armes.
39:31André Malraux est l'un des premiers
39:32à partir au secours de la République.
39:33Il l'aide à constituer une aviation.
39:36Il crée l'escadrille Espania.
39:53Au fil des mois,
39:55des dizaines d'autres écrivains
39:56comme Simone Veil et Gustave Régler,
39:58Arthur Kessler ou Ernest Hemingway
40:00font leur deuil du pacifisme,
40:02comme George Orwell.
40:04J'étais venu en Espagne
40:06dans l'intention d'écrire quelques journaux.
40:07Mais à peine arrivé,
40:09je m'engageais dans les milices,
40:10car à cette date et dans cette atmosphère,
40:12il paraissait inconcevable
40:14de pouvoir agir autrement.
40:21En France,
40:22les manifestations en faveur de l'Espagne
40:24se multiplient et aggravent les dissensions
40:26entre partisans et non-partisans
40:27de l'intervention.
40:28L'unité du Front populaire se fissure.
40:31Certains intellectuels,
40:32dont l'écrivain Romain Roland,
40:34appellent à se solidariser avec l'Espagne.
40:35Aide à l'Espagne.
40:37Elle combat pour nous,
40:38pour nous, France,
40:39pour nous, démocratie,
40:41car l'une et l'autre sont en danger.
40:43Qui donc oserait nous interdire
40:45de défendre nos défenseurs ?
40:47Le combat d'Espagne est notre combat.
40:49Défendons-nous,
40:50défendons l'Espagne.
40:52Mais jamais la non-intervention
40:54n'est remise en cause
40:55par les socialistes européens.
40:57Je n'admettrai jamais
40:59que la guerre soit inévitable,
41:01déclare Léon Blum,
41:02qui redoute l'extension
41:03du conflit à l'Europe.
41:04La première condition de la paix,
41:08c'est qu'aucune nation
41:10ne se trouve contrainte
41:12de défendre par les âmes
41:15l'intégrité de son territoire.
41:31Alors que le président
41:32du Front populaire français
41:33fait de la défense nationale
41:34sa priorité,
41:35en Espagne,
41:36la guerre s'internationalise.
41:38Hitler et Mussolini,
41:40qui ont promis leur soutien
41:41aux nationalistes,
41:42violent maintenant,
41:43ouvertement,
41:44les accords de non-intervention.
41:46Leur ravitaillement
41:47matériel militaire,
41:48avions et troupes
41:49renforcent la rébellion
41:50menée par Franco.
41:52Proclamé généralissime,
41:53il poursuit sa croisade
41:55anti-républicaine
41:55avec la bénédiction de l'Église.
42:14Le manque d'armes
42:16et d'organisations
42:17menace en revanche
42:18le Front populaire.
42:19Le nouveau premier ministre,
42:20Largo Caballero,
42:22fait entrer pour la première fois
42:23en Europe
42:23des communistes au gouvernement.
42:25Les milices populaires
42:26sont réorganisées en armée.
42:37En réaction à l'entrée
42:39de l'Italie et de l'Allemagne
42:40dans la guerre civile,
42:41Staline dénonce à son tour
42:42les accords de non-intervention.
42:45Alors que la République
42:46ne l'espérait plus,
42:47il envoie à l'automne
42:48des cargaisons d'armes,
42:49de chars,
42:50des avions
42:50et des experts.
42:57Staline a également donné son accord
42:59à l'envoi des brigades internationales.
43:02Recrutés par les partis communistes,
43:0335 000 volontaires
43:05d'une cinquantaine de pays
43:06arrivent en renfort
43:07sur le Front républicain.
43:09Ils sont acclamés par le peuple.
43:26Majoritairement communistes,
43:27mais aussi simples
43:28militants antifascistes,
43:30ces bénévoles sont pour la plupart
43:31des ouvriers,
43:32des chômeurs
43:33et parfois des aventuriers.
43:41Portés par le seul idéal antifasciste,
43:43ces combattants du monde entier,
43:45dont des Allemands
43:45et des Italiens,
43:46sont honorés par les grands poètes espagnols
43:48comme Rafael Alberti.
43:51Vous nous êtes venus simplement,
43:53anonymes de tel ou tel pays,
43:55qu'il soit grand ou petit,
43:57de celui qu'on distingue
43:58à peine sur la carte.
44:00Vous nous êtes venus
44:01pris aux mêmes racines,
44:02aux mêmes postulats,
44:03d'un seul et même rêve.
44:05Non, ne nous quittez pas,
44:06restez auprès de nous.
44:08Nos arbres, nos forêts,
44:09nos plaines vous requièrent.
44:15L'Europe antifasciste
44:17et l'Europe fasciste
44:18s'affrontent désormais
44:19par les armes
44:19sur la terre d'Espagne.
44:21où les combats s'intensifient.
44:23Le camp républicain
44:24se divise sur les stratégies
44:25pour gagner la guerre
44:26qui dessine le pays.
44:53Chaque jour, le fossé se creuse
44:54entre les forces du Front populaire,
44:56renforcé par l'intervention de Staline,
44:59le parti communiste,
45:00insignifiant avant la guerre,
45:01occupe maintenant une place
45:02prépondérante au gouvernement.
45:05Sa priorité, c'est de gagner la guerre.
45:07Les réformes sociales sont suspendues,
45:09les milices populaires, militarisées.
45:14Mais pour les anarchistes,
45:15comme pour les marxistes du Poum,
45:17proches des trotskistes,
45:19cette guerre doit être aussi
45:20une révolution sociale.
45:21ces divergences se soldent
45:23par des affrontements.
45:24Qualifiés d'ennemis du peuple
45:26par les communistes,
45:27anarchistes et poumistes
45:28sont éliminés.
45:34Sous-titrage Société Radio-Canada
45:59Cette guerre dans la guerre pousse le chef du gouvernement de Front Populaire, Largo Caballero, à la démission.
46:06Juan Negrin, son ancien ministre, favorable à la stratégie communiste, lui succède.
46:12Le front républicain perd du terrain. L'Espagne fasciste soudée est en passe d'emporter la victoire sur un front
46:18populaire que guerres et querelles internes n'en finissent plus de déchirer.
46:30En France, le malaise économique s'accroît. Sous la pression des marchés financiers, Léon Blum a déclaré la nécessité de
46:37faire une pause dans les réformes.
46:39L'incompréhension et la désillusion succèdent peu à peu à l'enthousiasme.
47:03En juin 1937, le Sénat lui refusant les pleins pouvoirs financiers, Léon Blum est à son tour acculé à la
47:09démission.
47:10En l'espace de quelques mois, le rêve d'unité des fronts populaires a volé en éclats.
47:15Et avec lui, la légitimité de s'allier aux communistes pour vaincre le fascisme.
47:21Seule une minorité intellectuelle dont André Gide ose remettre l'URSS en cause.
47:25Je doute qu'en aucun pays aujourd'hui, fusse dans l'Allemagne de Hitler, l'esprit soit moins libre, plus
47:31courbé, plus craintif.
47:42La répression communiste en Espagne et les grands procès qui ont débuté à Moscou consacrent aussi des ruptures entre intellectuels.
47:54Mais réunis pour le deuxième congrès des écrivains en Espagne en juillet 1937, ils renouvellent tous leur soutien au Front
48:02populaire espagnol.
48:10Le Front populaire est en difficulté et ses lendemains sont comptés.
48:26En 1938, les pays signataires de la non-intervention ordonnent le départ des brigades internationales, laissant un camp républicain en
48:35loque et à jamais désunis.
48:58En janvier 1939, le Front populaire espagnol est vaincu par Franco.
49:07Son gouvernement militaire est reconnu par la France, dont le maréchal Pétain vient d'être nommé ambassadeur,
49:13ainsi que par la Grande-Bretagne.
49:15Des milliers de républicains sont condamnés à l'exil.
49:21L'unité d'action antifasciste à l'origine des Fronts populaires est mortellement trahie par la signature du pacte germano
49:27-soviétique en août 1939.
49:32Ce retournement complet de Staline provoque la plus grave crise de l'histoire du Parti communiste français.
49:38Paul Nisan le quitte.
49:40Le choix n'est pas large, mener une vie qui n'est qu'une espèce d'angoisse, ou risquer la
49:45mort pour conquérir la vie.
49:47Il faut payer ce prix pour ne plus rougir d'être un homme.
49:56Nisan trouvera la mort sur le front en 1940.
50:05L'Europe antifasciste est prise au piège.
50:08Les exilés allemands sont rattrapés en France par le nazisme.
50:13Désespérant d'échapper à la Gestapo, l'écrivain Walter Benjamin se suicide dans le petit village frontière de Portbou.
50:24Dans une situation sans issue, je n'ai d'autre choix que d'en finir.
50:29C'est dans un petit village où personne ne me connaît que ma vie va finir.
50:38Bertolt Brecht est de ceux qui ont pu émigrer aux Etats-Unis.
50:42Apprenant la mort de son ami, il lui dédie un poème.
50:46Rejeté à la fin vers une frontière infranchissable, tu as franchi, me dit-on, une frontière infranchissable.
50:52Des empires s'écroulent, les chefs de bandes parades en jouant les hommes d'Etat.
50:57Les peuples disparaissent, invisibles, sous les armements.
51:05Constitués pour lui barrer la route, les fronts populaires ont été écrasés par le fascisme.
51:11Mais leur histoire est aussi celle d'une victoire.
51:14La victoire d'une mobilisation exceptionnelle pour le pain, la paix et la liberté
51:18est celle d'un printemps marqué du sceau de l'embellie sociale.
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