00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04Les marchés qui réagissent donc au rapport sur l'emploi qui a été publié aux Etats-Unis.
00:07Frédéric Ducrozet nous rejoint pour Piqueté. Bonjour Frédéric.
00:10Quelle leçon est-ce que vous tirez de ce rapport sur l'emploi ?
00:12Il y a eu beaucoup plus, trois fois plus de créations de postes qu'attendues au mois d'août.
00:16162 000 créations, c'est forcément un bon signe sur l'état de l'économie américaine ?
00:21Oui, ça a tendance à confirmer ce point d'inflexion qu'on avait durant l'été,
00:25mais c'est un été depuis la pandémie en réalité où on a beaucoup de bruit.
00:29La conclusion principale, c'est énormément de volatilité dans la révision, dans les chiffres.
00:34Celui qui est le plus important dans tout ce rapport sur l'emploi, c'est le taux de chômage.
00:37Il est stable.
00:38Alors si vraiment on regarde avec les chiffres derrière la virgule,
00:40il aurait pu augmenter un petit peu parce que le taux de participation augmente également aussi.
00:44Mais globalement, c'est une image stable et on le sait maintenant,
00:47parce que ce qui compte, c'est évidemment la décision de la Banque centrale aux Etats-Unis d'ici deux
00:52semaines.
00:53Et on sait maintenant que ce qui compte encore plus que le rapport sur l'emploi,
00:57c'est le chiffre de l'inflation la semaine prochaine.
00:58Donc je ne suis pas sûr que le débat soit terminé et définitivement tranché après ce rapport sur l'emploi.
01:06Peut-être que ça réduit encore un petit peu le seuil au-delà duquel la Fed devra monter les taux
01:12en septembre.
01:13C'est possible.
01:13Oui, la probabilité désormais est estimée d'une hausse de taux dès septembre à 68% de probabilité.
01:18On était à 50% tout à l'heure du fait de ce rapport sur l'emploi plus dynamique qu
01:21'anticipé.
01:22Je voudrais aussi vous faire rebondir au propos de Christophe Barraud sur les réseaux sociaux,
01:26donc le prévisionniste économique français, très suivi,
01:28qui nous dit que la part de la production des entreprises revenant aux salariés a chuté au deuxième trimestre aux
01:33Etats-Unis,
01:34à un plus bas depuis 1947.
01:35La part de la production des entreprises revenant aux salariés a chuté à 52,8%, un plus bas depuis 1947.
01:42Ce qui explique-t-il à court terme et peut-être très bien pour les marchés,
01:45parce que c'est une façon pour les entreprises de faire des marges,
01:47donc les marchés applaudissent, le capital progresse,
01:50mais parallèlement l'économie dépend toujours de la consommation
01:53et elle ne pourra pas tenir si les consommateurs ne voient pas leur salaire davantage profiter de la hausse de
01:58la production.
01:58Est-ce que vous partagez cet avis ?
01:59Comment vous voyez l'évolution à venir de ce phénomène ?
02:02Absolument, c'est un chiffre clé, un graphique clé.
02:05On parle beaucoup de bruit, du chiffre de l'emploi aujourd'hui, de l'inflation la semaine prochaine.
02:10Quand on zoome un peu et qu'on regarde sur longue période,
02:13c'est le genre de graphique qui explique tout,
02:15qui explique les profits records des entreprises,
02:17pas seulement de la tech, les marges très élevées,
02:20les problèmes politiques, la polarisation de l'économie américaine,
02:24les inégalités et la politique et les tensions sociales.
02:27Donc il y a tout dans ce graphique.
02:28Il y a aussi un début, on le savait déjà,
02:31c'est la deuxième estimation qui confirme que cette part des salaires
02:34et de la rémunération des travailleurs dans la valeur ajoutée de l'économie
02:39est au plus bas historique.
02:40Il est juste encore un petit peu plus bas que ce qu'on pensait.
02:43Il sera certainement encore révisé.
02:44Ce qu'on voit aussi, ce qui est intéressant,
02:45c'est que la productivité commence à monter.
02:47Donc le vrai sujet, c'est est-ce que l'IA, est-ce que la tech,
02:51est-ce que ce boom monstrueux historiquement aussi des investissements dans ce secteur
02:55va enfin donner des résultats,
02:56et pas seulement pour ce qui nous intéresse pour les profits
02:59et les marchés actions et les performances des entreprises,
03:01mais aussi pour les travailleurs ?
03:04Effectivement, est-ce que cette valeur ajoutée va être répartie un peu mieux,
03:07de manière plus soutenable ?
03:09Et est-ce qu'elle peut contribuer à une hausse de certains salaires
03:13qui sont eux toujours trop bas par rapport à l'inflation ?
03:15Donc on est au cœur du problème d'ailleurs des élections de mi-mandat de Trump
03:19et qu'il y a un vrai problème de pouvoir d'achat aux États-Unis.
03:22Donc on a toute l'histoire de la très longue période du boom américain,
03:26des profits et des marges,
03:27et on a aussi les questions dans ce graphique-là,
03:30à très court terme également,
03:32auxquelles fait face l'administration américaine.
03:33Oui, la part de la production des entreprises revenant aux salariés
03:36est un plus bas de 1947 aux États-Unis,
03:39au point que de plus en plus de personnes,
03:41de travailleurs peut-être aussi d'ailleurs,
03:43Ricks se disent,
03:43il y a plus à gagner par le capital,
03:45il y aura plus à gagner par le capital que par le travail à l'avenir.
03:48Est-ce que vous imaginez une économie fonctionnant ainsi ?
03:50C'est également un autre élément de discussion de ce graphique
03:55et ce qu'on n'a pas dans cette série-là,
03:57c'est effectivement la part de la richesse des ménages,
03:59de leur retraite bien sûr évidemment placée sur les marchés
04:02et on sait qu'elle est entre deux et trois fois plus élevée aux États-Unis qu'en Europe.
04:05Donc quand ces profits entraînent des performances records sur les marchés actions,
04:10les Américains en bénéficient par l'immobilier un peu moins aujourd'hui,
04:14mais quand même aussi et toujours encore plus par les marchés actions.
04:17Donc effectivement, c'est les deux faces de cette performance américaine.
04:21La question, est-ce que c'est soutenable ?
04:23C'est ça qui est intéressant, le volet IA est la première question,
04:27mais le volet soutenabilité de tout ça l'est aussi
04:29parce que derrière tout ça, il y a un déficit public,
04:32donc un soutien à l'économie sans faille depuis la pandémie
04:36et avant un déficit de près de 6% du PIB,
04:39là où en Europe, on est à 3.
04:40Donc on a des grandes différences qui sont expliquées par ce type de graphique.
04:44Ce n'est pas aussi simple quand on tape, par exemple, sur la France ou l'Europe.
04:47Quelque part, on veut une réduction des déficits.
04:49Oui, mais on a 6% aux États-Unis.
04:51Ce n'est pas un hasard non plus si ces performances,
04:53ces profits et ces marges sont à des niveaux records.
04:56Merci Frédéric Ducrozet pour piqueter avec nous.