00:01Tout pour investir, le coffre-fort.
00:04On va parler Impact avec Valérie Bollier d'Impact Business Angels.
00:09Bonjour.
00:11Bonjour Antoine.
00:12Merci d'être avec nous ce matin.
00:14Mais oui, parce qu'on va parler des problématiques, des dynamiques d'investissement
00:17qui vont dominer ces prochaines années et qui vont guider aussi vos choix en matière de finances personnelles.
00:23L'environnemental, le sociétal.
00:25Alors on parle du climat, on parle du vieillissement, on parle de l'agriculture,
00:28on parle de la gestion des déchets.
00:31C'est un peu comme ça que vous présentez la chose et je trouve ça intéressant.
00:33Les problèmes d'aujourd'hui sont peut-être les marchés les plus rentables de demain.
00:38C'est vrai qu'on a connu un été absolument dingue en matière d'impact au sens strict.
00:45Est-ce que c'est aussi un constat qui vous invite à une stratégie qui est basée là-dessus ?
00:51Alors oui, vous avez raison.
00:53Maintenant, il est quand même important et essentiel de dire que les problèmes ne deviennent jamais des marchés.
00:58En revanche, ce sont les solutions à ces problèmes qui, elles, pourraient, et là je parle au conditionnel,
01:03pourraient devenir des marchés.
01:04Et ça, c'est quand même important de le comprendre.
01:06Maintenant, si vous me permettez, avant de répondre à cette question,
01:09je pense qu'il est nécessaire de préalablement comprendre pourquoi aujourd'hui,
01:13on vit tous dans une société qui accumule les problèmes.
01:16Parce qu'en réalité, il y a une raison assez logique à ça.
01:18Je m'explique.
01:20Toute innovation produit une ou des externalités négatives.
01:24Quand j'invente l'avion, j'invente…
01:28Il est un peu violent celui-là, j'invente l'accident d'avion.
01:30C'est logique.
01:32Voilà, bon, celui-là, celui-là, il était violent.
01:33Cette externité-là, elle est immédiatement visible et prévisible.
01:36Mais le problème, c'est que la plupart des externalités négatives,
01:39elles apparaissent progressivement au fur et à mesure du temps.
01:42Et donc, vous serez d'accord avec moi, Antoine,
01:44pour dire que les frères Wright, qui, il y a 125 ans, se sont envolés,
01:48ils n'avaient aucun moyen de prévoir que leur invention,
01:52elle générait aujourd'hui dans notre société,
01:54de la pollution, du tourisme de masse,
01:57qu'elle même favoriserait la propagation des maladies.
02:00Et donc, en fait, on en arrive à ce désagréable postulat
02:02qui l'incombe aux générations futures
02:05de résoudre les externalités négatives des innovations
02:08des générations précédentes.
02:09Et c'est quand même déjà assez lourd.
02:11Et donc, maintenant, si on rajoute que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale,
02:14on innove de manière exponentielle dans l'intégralité des champs de la société,
02:18en fait, c'est assez logique qu'aujourd'hui, où qu'on regarde,
02:21on voit des externalités négatives ou, comme vous le dites dans votre question,
02:25on voit des problèmes.
02:26Et il y a une boucle.
02:27Et en fait, c'est cette boucle dont je voulais parler.
02:29C'est parce qu'elle est intéressante à comprendre pour un investisseur,
02:32parce que l'innovation entraîne une externalité
02:34qui entraîne des nouveaux problèmes, qui entraîne des nouveaux besoins,
02:37qui entraîne une nouvelle innovation, qui entraîne un nouveau marché.
02:40Et donc, on l'a subi, cette boucle, c'est clair.
02:43Je dis subir comme ça, parce qu'il faut quand même souligner,
02:46et c'est pour ça que je suis là,
02:47que cette boucle, elle est aussi porteuse de grandes opportunités.
02:50Oui, c'est ce que j'allais vous dire.
02:51Il ne faut pas oublier qu'il y a même un double effet qui se coule, si je puis dire.
02:55On peut, par exemple, avoir des effets externes négatifs d'un certain nombre d'innovations
03:00qu'on va essayer, justement, de corriger par de nouvelles innovations.
03:05Je prends, par exemple, la voiture électrique.
03:08Elle ne résout pas un seul problème environnemental, si on regarde bien.
03:11Elle va en résoudre quelques-uns.
03:13Elle va en créer beaucoup d'autres.
03:14Donc, c'est ça aussi qu'il y a à prendre en compte.
03:16C'est ces dynamiques qui peuvent être multiples.
03:19Tout à fait.
03:19Et là où ça devient passionnant,
03:21et là où notre métier à nous, il est absolument fascinant,
03:23c'est qu'en fait, une partie de ces problèmes
03:26vont devenir des marchés très rentables
03:27parce qu'il y a des femmes et des hommes
03:29qui vont innover pour essayer, pour tenter de résoudre ces problèmes.
03:33Alors, il faut faire attention à une chose,
03:35c'est que le rendement, ça ne vient pas de la vertu du thème.
03:38C'est-à-dire qu'il n'y a pas une corrélation directe, automatique,
03:40malheureusement, entre l'impact et le succès.
03:42Le rendement dans l'impact, comme dans n'importe quel autre secteur,
03:46il vient de la qualité du business model.
03:48C'est la qualité du modèle économique.
03:50Et en tant qu'investisseur, c'est évidemment ce qu'on doit regarder,
03:53même quand on regarde l'impact.
03:55Alors, si on regarde bien les dernières dynamiques du moment,
03:59les derniers problèmes environnementaux ou sociétaux qu'on connaît,
04:04quels sont les axes de développement qui vous paraissent immédiatement
04:08les plus, on ne va pas dire investissables, entre guillemets,
04:10mais les plus intéressants pour voir s'installer des dynamiques économiques intéressantes ?
04:16Moi, je ne suis pas un spécialiste du late stage, du côté,
04:19donc je peux vous donner quelques implications.
04:22Évidemment, nous, on est spécialisés en début de chaîne alimentaire,
04:25quand les sociétés sont très jeunes, qu'elles ont des projets.
04:28Mais par exemple, on sait aujourd'hui que largement,
04:33devant le S&P 500, les déchets ont surperformé.
04:38Mais pas parce que c'est vert, c'est parce qu'on produit des déchets tous les jours,
04:42c'est parce qu'il faut les collecter, qu'il faut les traiter, quoi qu'il arrive,
04:45et que c'est un marché difficile à pénétrer, il y a des vraies barrières à l'entrée,
04:48il y a des revenus qui sont récurrents, c'est peu cyclique,
04:51il y a un vrai pouvoir sur les prix.
04:53Et donc, en fait, ça a été un marché, en tout cas ces dix dernières années, très intéressant.
04:58Après, derrière, si on continue à s'intéresser au late stage,
05:03moi, j'ai un peu l'impression qu'un produit financier est parfois lancé
05:09quand le thème est médiatique et pas quand il est prometteur.
05:12Et donc, il est probablement déjà un peu payé.
05:14La captation de la valeur, pour moi, elle se fait un peu en amont.
05:17Et donc, si le rendement d'un grand problème, il n'est plus vraiment disponible
05:21une fois qu'il est coté, du coup, logiquement, il faut essayer de rentrer avant.
05:25Et en fait, ça, c'est le métier du business angels et des fonds early stage.
05:29Et alors, là, on voit, par exemple, pour les déchets,
05:32on voit que les dynamiques de développement à impact
05:36peuvent être différentes du côté des États-Unis et du côté de l'Europe.
05:40J'en veux pour preuve des politiques publiques qui ne sont pas du tout les mêmes.
05:44Si on regarde côté européen, quelles sont là les dynamiques qui vous intéressent
05:49et qui semblent être pourvoyeuses de sociétés qui innovent au quotidien
05:54et qu'on peut regarder en tant qu'investissement ?
05:57Bien sûr. Alors, ce qu'il faut comprendre, c'est que le législateur
06:00peut parfois cadrer les choses et créer des nouveaux business models.
06:03Il y a par exemple la loi AGEC, qui est une loi qui, normalement,
06:07essaie de réduire le plastique à usage unique.
06:09Et donc, il va imposer aux entreprises des choses.
06:12Vous aviez peut-être vu, il y a un an, McDonald's s'est mis à avoir des verres réutilisables.
06:17Ça, c'était une conséquence directe de la loi AGEC.
06:21Et donc, évidemment que le législateur en Europe, aujourd'hui,
06:25est plus sensible à ça qu'aux États-Unis.
06:27Maintenant, pour en revenir à notre métier à nous,
06:30on a un problème qui n'est pas un problème de rendement dans le secteur du business angels.
06:35On a un problème de sous-dimensionnement de notre marché.
06:37Pour des raisons culturelles, les Français ne s'intéressent pas assez
06:43au biberonnage des jeunes sociétés, pour le dire simplement.
06:47En Angleterre, vous avez soit 56 000 business angels.
06:50En France, vous en avez 5 500.
06:53Et même quand vous voyez la terminologie, vous vous rendez compte qu'il y a une différence culturelle.
06:57En France, on va vous parler de capital risque.
07:00On essaie de se concentrer sur le risque et de le réduire.
07:02Aux États-Unis, ou en Angleterre, on vous parle de venture capital.
07:05Vous allez partir dans une aventure entrepreneuriale et humaine.
07:10Et en fait, ce qui me semble, moi, essentiel aujourd'hui,
07:12c'est d'essayer de convaincre vos téléspectateurs qu'en devenant investisseurs à impact,
07:17en fait, il y a beaucoup plus qu'un rendement financier à gagner.
07:19Il y a des choses... Nous, on vit des choses extraordinaires.
07:22Humainement, c'est extraordinaire. On s'enrichit extraordinairement.
07:25Comme quoi, tout est vraiment question de mots, finalement,
07:28et de dynamique qui reste vraiment archi-intéressante
07:32et qui mérite d'être regardée.
07:33Merci beaucoup, Valérie Bollier, d'avoir été à l'antenne.
07:38Impact Business Angels.