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  • il y a 1 semaine
Xavier Jaravel, économiste et président délégué du Conseil d'Analyse Économique, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce lundi 31 août. Il lance l'alerte sur nos finances publiques, notamment sur la question de la dette, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Xavier Jaravelle, bonjour !
00:01Bonjour !
00:02Vous êtes économiste, président délégué du Conseil d'analyse économique
00:05et co-auteur de Politique économique à l'épreuve des faits chez Odile Jacob
00:08qui sort ce mercredi préfacé par Philippe Aguillon, prix Nobel d'économie.
00:13Dans ce livre, vous apprenez à sortir de la théorie
00:15pour se tourner vers une économie plus expérimentale, plus empirique.
00:19En clair, il n'y a pas de recette économique universelle, ça se saurait ?
00:23Oui, exactement. En fait, ce livre part du constat qu'on est très polarisé aujourd'hui
00:27sur les sujets économiques, on le voit bien dans les débats sur la présidentielle.
00:30Et donc, on a voulu prendre le temps d'écrire un livre qu'on pense simple,
00:34c'est-à-dire que c'est pour tout le monde, je pense que c'est simple à suivre,
00:37mais ce n'est pas simpliste.
00:37Donc, on rentre dans les détails de ce qu'on sait, ce qu'on ne sait pas.
00:41Et comme vous le dites, c'est souvent sur la base de travaux empiriques.
00:44Sur un peu n'importe quel sujet, on peut faire des théories différentes.
00:46Par exemple, sur le SMIC, on peut dire « Augmenter le SMIC va détruire des emplois »
00:50ou au contraire, on peut dire « Augmenter le SMIC va redistribuer de la valeur vers les salariés
00:54qui étaient accaparés par des employeurs qui auraient un pouvoir de marché ».
00:57On peut écrire des théories différentes.
00:58Après, il faut tester avec différentes méthodes empiriques
01:01si c'est plutôt l'une ou plutôt l'autre de ces théories qui s'avèrent justes.
01:04Et souvent, ça dépend du pays, ça dépend de la période.
01:07Et donc, c'est ce qu'on fait dans ce livre sur plein d'aspects de la politique économique.
01:10Et l'idée, c'est que chacun, intéressé par exemple par le débat présidentiel,
01:13puisse prendre ce livre et l'utiliser pour ensuite se forger son propre avis
01:17sur toutes ces grandes questions économiques.
01:20Donc, ça dépend des datas, des données, plus que de la théorie finalement.
01:23Exactement. La théorie nous aide à nous dire qu'est-ce qu'il faut regarder.
01:27Par exemple, sur le SMIC, on va regarder les destructions d'emplois,
01:29les effets sur les prix que le consommateur paye.
01:32Il faut bien que si on augmente les coûts du travail,
01:34l'effet passe quelque part dans les prix, dans les profits, dans les salaires.
01:38Mais après, il faut résoudre ces questions-là empiriquement.
01:41Et en l'occurrence, sur le SMIC, puisque je prends cet exemple parmi d'autres,
01:44il s'avère que pour la France, on est plutôt dans une région
01:46où on peut probablement se permettre d'augmenter un peu le SMIC
01:49sans créer des destructions d'emplois.
01:51Mais en revanche, ça passera dans les coûts pour les consommateurs.
01:54Alors, j'imagine que vous avez quelques conseils de politique publique efficaces
01:58à donner au gouvernement, qui cherche là une recette magique
02:00pour le projet de loi de finances.
02:01C'est-à-dire, comment soutenir la croissance qui a été nulle,
02:04nous a dit l'INSEE au deuxième trimestre,
02:06tout en amortissant la crise budgétaire ?
02:08Il y a rarement effectivement des solutions magiques.
02:11Mais en revanche, il y a des grandes orientations.
02:12Et donc, ce qui ressort de ce livre, c'est que la France,
02:16collectivement, on a tendance à, à notre sens,
02:18à investir insuffisamment dans l'avenir.
02:21C'est-à-dire qu'on ne va pas prioriser les dépenses liées à l'innovation,
02:25à l'éducation, à la productivité.
02:29Et donc, concrètement, vous prenez des grands plans d'investissement
02:32comme le plan France 2030.
02:34Aujourd'hui, on a tendance à le raboter dans le contexte du débat budgétaire.
02:38Alors qu'en fait, empiriquement, on voit que c'est un plan qui marche très très bien,
02:40qui, en fait, permet aux entreprises innovantes de trouver des crédits
02:44qu'elles n'auraient pas trouvés du côté du secteur privé, il se trouve.
02:47Et donc, en fait, ces entreprises-là peuvent davantage se développer,
02:50augmentent leurs ventes, augmentent leur masse salariale,
02:52et donc, du coup, augmentent aussi les recettes fiscales de l'État,
02:56qui va avoir différents impôts prélevés sur l'activité de ces entreprises,
03:00à tel point qu'un plan comme ça, en moins de cinq ans, s'autofinance.
03:04Donc ça, c'est un résultat très surprenant.
03:06C'est très très rare d'avoir des...
03:07Parce que c'est votre question, c'est de trouver quelque chose qui est à la fois bon
03:10pour le budget et pour la productivité.
03:12Il se trouve qu'un plan comme France 2030,
03:14qui permet d'augmenter la productivité,
03:16à tel point que l'État rentre dans ses frais, en fait,
03:18assez rapidement, en moins d'un cas de l'heure.
03:19Sauf qu'on a une dette qui est de 3 500 milliards d'euros,
03:24qui la dépasse même.
03:26Comment on arrive à concilier investissement avec une dette comme ça,
03:31sans être sous la menace d'une crise financière ?
03:34C'est déjà de prioriser ces programmes comme France 2030,
03:38qui ont des effets budgétaires positifs, même à assez court terme.
03:40C'est ensuite de prioriser les types de dépenses qui, à long terme,
03:43ont des effets importants sur la croissance.
03:46Par exemple, l'éducation.
03:47C'est un autre domaine où on peut faire beaucoup de choses très efficaces.
03:50Et aujourd'hui, on a toute une fenêtre d'opportunité
03:53avec la baisse du nombre d'élèves liée à la baisse de la natalité
03:57pour repenser la manière dont on alloue les dépenses éducatives.
04:00Et ensuite, 3, il faut bien sûr aussi maîtriser les dépenses publiques.
04:03Donc ça se comprend bien.
04:04Si vous avez une dépense publique qui augmente un peu plus vite que votre croissance,
04:08forcément, vous allez dans le mur à long terme.
04:10C'est mathématique parce que vous allez toujours rattraper votre capacité à payer.
04:16Donc il ne faut pas baisser les dépenses,
04:18mais il faut ralentir les dépenses pour qu'elles n'augmentent pas plus vite que le PIB.
04:21Et notamment sur les dépenses de retraite, les dépenses de santé,
04:24c'est là qu'on a des dépenses très dynamiques.
04:26Alors vous nous dites qu'il faut investir,
04:27mais avec plusieurs économistes, vous avez formulé des propositions à Bercy
04:30comme celle de réduire la dépense publique de 125 milliards pour stabiliser la dette.
04:35Vous allez nous dire, j'imagine que ce n'est pas incompatible.
04:38Mais une chose, ce chiffre de 125 milliards, il vient d'où et il correspond à quoi ?
04:42Alors ça, vous faites référence à un rapport qu'on a fait en juillet dernier.
04:46Mais effectivement, le raisonnement, il est tout aussi bien expliqué dans le livre.
04:51Donc il faut se mettre d'accord sur l'ampleur du déficit budgétaire à combler pour stabiliser la dette.
04:58Parce que les intérêts de la dette plombent.
04:59Il y a les intérêts de la dette qui plombent nos marges de manœuvre.
05:02Il y a aussi des débats sur des dépenses qui augmentent spontanément assez vite,
05:06par exemple avec le vieillissement.
05:07Donc il faut prendre tous ces éléments-là en compte.
05:09Et le chiffre auquel vous arrivez à la fin, c'est 125 milliards d'euros
05:13pour stabiliser la dette à horizon 2032, donc en gros à la fin du prochain quinquennat.
05:17Donc on pense que c'est le chiffre qui devrait s'imposer dans la campagne présidentielle
05:20sur lequel on devrait être tous d'accord.
05:22Et après, il y a différentes manières de produire cet effort.
05:25Un, c'est en ralentissant la dépense,
05:27pas vraiment en baissant la dépense,
05:28mais en augmentant moins vite les dépenses qu'on augmente le PIB.
05:31Et il y a un autre levier, bien sûr, aussi,
05:33qui est d'augmenter certaines recettes publiques.
05:35Et donc tout ça dépend aussi des préférences politiques des uns ou des autres.
05:38Vous voulez dire augmenter les impôts ?
05:39Augmenter les impôts, ça peut être fait de différentes manières.
05:42Il y a plusieurs options qui ont déjà été mentionnées dans la campagne.
05:45C'est sûr qu'à long terme, c'est l'aspect dépense publique qui importe plus,
05:49comme je le disais, parce que si vous avez une dépense publique non maîtrisée
05:52qui augmente plus que votre PIB, vous allez forcément dans le mur.
05:55Et donc il faut ralentir ces dépenses publiques.
05:58Et les grandes masses qui augmentent très vite,
05:59c'est retraite, santé et aussi les dépenses des collectivités locales.
06:04On est à l'eau d'une campagne présidentielle qui est très importante.
06:09Que signifierait l'absence de budget ?
06:11Quand on voit qu'à gauche comme à l'extrême droite aujourd'hui,
06:15c'est la menace d'une censure qui pèse.
06:17Ce serait une très mauvaise nouvelle puisqu'on passe ensuite en loi spéciale.
06:21Et donc en gros, les grands perdants là-dedans, vous reprenez le budget de l'année précédente,
06:25vous avez des plafonds par ministère.
06:27Et donc les grands perdants, ce serait le ministère des Armées,
06:30puisque on ne pourrait pas avoir la hausse programmée des budgets.
06:33Et ce serait plus généralement un sentiment de désorganisation
06:36qui pourrait inquiéter les marchés et donc augmenter les taux d'intérêt,
06:39et donc augmenter enfin la charge de la dette.
06:41Donc on a tout intérêt à commencer dès maintenant.
06:44Ce qu'on met en avant à la fois dans le livre, dans le rapport que vous mentionnez,
06:46c'est que tout effort qui n'est pas fait aujourd'hui, en fait, se paye plus cher plus tard
06:51parce qu'il y a un phénomène d'emballement.
06:54En fait, la grande différence aujourd'hui par rapport à il y a 10 ans,
06:56c'est qu'on a des taux d'intérêt élevés.
06:57Et donc en fait, la dette a tendance à s'auto-entretenir.
07:00Et donc les efforts que vous ne faites pas aujourd'hui se payent plus cher plus tard.
07:04Donc il faut, on a vraiment un intérêt collectif à réduire le déficit
07:09et donc se donner des cibles pour 2027 qui soient un peu ambitieuses sur la réduction du déficit.
07:13Sinon on peut geler la dette, c'est ce que propose Jean-Luc Mélenchon ?
07:15Alors si c'était possible, évidemment on l'aurait déjà fait, d'autres l'auraient déjà fait.
07:20C'est quelque chose qui n'est pas compatible avec les traités européens,
07:23qui pose plein de questions un peu techniques.
07:26Mais l'explication simple, c'est tout simplement que si vous annulez une dette,
07:29vous perdez la confiance de vos créanciers.
07:32Donc ce n'est pas une des options sur la table.
07:35Merci Xavier Jarabelle d'avoir été notre invité dans le grand entretien.
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