00:00La course contre la montre au Népal pour tenter de retrouver des survivants après cette gigantesque coulée de boue survenue
00:06mercredi.
00:07Une vaste retenue d'eau menace désormais de rompre et pourrait créer une nouvelle crue dévastatrice.
00:12Les secouristes doivent donc aller vite alors que le bilan, lui, continue de s'alourdir.
00:17579 morts et près de 2000 disparus.
00:22D'abord un mot avec vous Thierry Arnault.
00:25C'est donc cette possible rupture d'une retenue d'eau qui concentre toutes les inquiétudes.
00:31On sera dans un instant sur place avec notre équipe, Anjil Ouata, qui est en train de se connecter.
00:37Mais un mot là-dessus, c'est ça maintenant la menace principale ?
00:40Oui, bien sûr, parce qu'elle ajoute un côté dramatique et extraordinairement complexe aux efforts qui sont en train de
00:46se poursuivre pour essayer de retrouver de potentiels survivants.
00:50D'un côté, Julie, on ne peut pas complètement interrompre les travaux de recherche de ceux qu'on peut encore
00:56espérer retrouver en vie.
00:57Même si vous avez entendu comme moi ces derniers jours et tout au long de la journée, encore aujourd'hui
01:02sur BFM TV,
01:03les experts s'exprimaient de manière très pessimiste sur l'hypothèse qu'on arrive à retrouver des gens encore vivants.
01:09Mais les équipes sont là. Est-ce qu'il faut continuer à les déployer au risque de mettre leur vie
01:15à eux aussi en danger précisément
01:18parce qu'ils sont exposés à la rupture de ce qui retient ceux-là qu'aujourd'hui ?
01:22C'est ça la question qui est posée aux autorités népalaises aujourd'hui et elle est évidemment extraordinairement difficile, poignante
01:28dans ce contexte.
01:28Je voulais quand même vous montrer ces images. Elles sont impressionnantes, pardon, des images avant-après.
01:35On voit à quel point cette coulée de boue, Miko Bujon-Mérède, a tout arraché sur son passage.
01:44Vous allez les voir ces images avant-après. Il ne reste plus rien, absolument plus rien de cette vallée ou
01:50cette coulée de boue à déferler.
01:52Oui, et c'est précisément ce qui nous permet de dire que le bilan qui est annoncé par exemple par
01:58les autorités chinoises aujourd'hui,
01:59qui pour l'instant ne parle encore que de cinq morts, est absolument impossible.
02:04Compte tenu évidemment de la population qui passe par le poste frontière de Ziorong, c'est absolument impossible.
02:09Quand on voit les images satellites que vous voyez ici, où ce port, ce poste frontière de Ziorong est complètement
02:15détruit, enseveli,
02:17on ne peut pas évidemment se dire qu'il n'y a que cinq morts.
02:19Donc typiquement, vous avez une guerre des images, vous avez une guerre, là aussi, des chiffres qui commencent à arriver.
02:25Et puis vous avez, d'un point de vue géopolitique, sur les réseaux sociaux, une guerre qui commence à émerger
02:30aussi
02:30avec des nationalistes indiens qui essayent de mettre la pression sur les réseaux sociaux,
02:34qui mènent une campagne contre la Chine par rapport à cette question, bien sûr, de savoir est-ce que le
02:38Tibet est chinois ou pas, et vice-versa.
02:41Il y a beaucoup de désinformation également de part et d'autre, côté indien, côté népalais, côté chinois,
02:46sur d'où viendrait le début de cette catastrophe, est-ce que le glacier qui s'est effondré, est-ce
02:51qu'il est côté népalais, côté chinois, bref...
02:52Les questions politiques et géopolitiques compliquent encore plus la donne, j'allais dire.
02:58Mais Gaëlle Musquet, est-ce qu'on peut analyser ensemble ces images que l'on voit là, ces images satellites
03:03?
03:03Je ne sais pas si on peut remettre l'avant après.
03:05Je trouve que celle-ci est particulièrement parlante.
03:06C'est violent, regardons-je parler un instant.
03:08Gaëlle, il ne reste plus rien, c'est-à-dire la violence de cette coulée de boue qui a déferlé
03:13et ce genre d'image continue de nous parvenir.
03:15On a un précédent historique à Yongyan, au Pérou, en 1970, 80 millions de mètres cubes de débris.
03:24On parlait d'avalanche, on parle d'avalanche de débris.
03:26C'est ça qui a frappé ces bâtiments et ces infrastructures.
03:32Là, évidemment, ce bâtiment massif, qui est très bien identifié dans les différentes vidéos que l'on voit avec cette
03:38submersion.
03:39Ce sont des bâtiments, ce sont des villages avec de l'habitat parfois précaire, ce sont des ponts, ce sont
03:47des barrages hydroélectriques qui ont été aussi ravagés.
03:51Donc là, oui, on a toute une partie de cette zone qui, avec cette eau, ces gravats, avec cette glace
03:59qui tombe de ce glacier, qui s'effondre de ce glacier,
04:02plus évidemment l'eau des précipitations sur la zone.
04:06On est en pleine période de mousson, il faut le rappeler.
04:10Évidemment, amplifie le pouvoir d'extructeur de l'eau déjà.
04:14C'est déjà impressionnant, mais quand on rajoute les débris, on a effectivement un pouvoir d'extructeur considérable.
04:19Est-ce qu'on peut expliquer pourquoi cette retenue d'eau inquiète particulièrement les enquêteurs ?
04:25C'est quoi cette retenue d'eau ? On sait qu'il pleut continuellement, donc il y a un risque
04:28qu'elle déborde.
04:29Avec quels effets possibles ?
04:31Alors, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'au moment où cette lame de fond, en fait, sillonne toute
04:38cette vallée,
04:39on a des chutes, on a des éboulements, on a des affaissements, des glissements de terrain,
04:43et l'un d'entre eux a obstrué un des bras de la rivière.
04:47Alors, cette eau, cette rivière, elle continue de couler, l'eau continue de se stocker,
04:51malheureusement, plus le temps passe, plus le danger augmente.
04:54Et donc, le danger que l'on a, c'est que ce barrage naturel qui s'est formé à la
05:00suite du premier aléa
05:02ne cède brutalement.
05:04Donc, l'objectif, là, c'est d'un côté, évidemment, surveiller l'évolution, en fait, de la masse d'eau
05:12et du barrage.
05:13C'est pour ça que les opérations de secours se sont interrompues quelques heures,
05:17elles reprennent désormais parce que le temps presse.
05:19Parce qu'en fait, l'idée, c'est...
05:20Dans l'idéal, le meilleur des scénarios, c'est que cette eau passe par-dessus,
05:24qu'elle ruisselle et qu'elle crée un petit renard
05:26qui permette à ce barrage de se démanteler progressivement
05:30et de laisser cette eau s'échapper progressivement.
05:33Le pire des scénarios, c'est que ce barrage sède brutalement
05:36et qu'on ait une deuxième lame de fond
05:39qui balaye à la fois ces territoires et ces victimes en surface,
05:42qui n'ont pas forcément toutes été évacuées,
05:44et, évidemment, compromettent les opérations de secours.
05:47Alors que les enquêteurs sont, effectivement, en ce moment, sur le terrain,
05:49en train d'essayer de trouver des survivants,
05:52même si l'espoir, vous l'avez dit, Thierry, émince.
05:54Et dans cette bataille de communication, là aussi, je me mets du côté chinois,
05:57il y a une vraie logique pour la Chine de vraiment montrer
06:01qu'elle est sur le pont.
06:02Parce qu'il y a, bien sûr, la question du Tibet,
06:05que les Chinois appellent Shizang.
06:06Il y a la question de cette zone-là de Ziorong,
06:09qui est en fait un verrou pour le sud du Tibet,
06:11un verrou stratégique.
06:12Et il y a cette notion de dire,
06:14il faut absolument que le gouvernement montre bien
06:16qu'il participe à l'effort d'urgence par rapport à cette catastrophe.
06:21Et donc, même durant les heures où, effectivement,
06:24il y avait cette menace de nouvelles ruptures
06:26ou de submersion de cette deuxième possible catastrophe,
06:31on voyait à la télé chinoise des images de sauvetage par drone,
06:35par exemple, pour montrer que même s'il y avait des dangers
06:39et même si les enquêteurs ou les sauveteurs
06:42ne pouvaient pas aller sur site,
06:44eh bien, avec les drones chinois, on pouvait y aller.
06:46Merci.
06:46Merci.