00:06Ce serait faux de dire que toutes les questions politiques viennent se dissoudre ou s'épuiser
00:12dans la seule question du changement climatique et de l'écocide,
00:16mais en tant que finalement cette question pose celle de la survie de l'espèce à la surface de la
00:21Terre,
00:22on peut à bon droit dire qu'elle constitue un enjeu capital,
00:25un enjeu qui vient en position hiérarchiquement supérieure.
00:30Alors c'est vrai qu'on a été servi cet été, et je voudrais, autant que toi que l'expérience
00:34frappe les esprits,
00:38des fois il m'arrive de ne pas en être complètement sûr,
00:41mais en tout cas je pense que ça fait faire des progrès de toute manière.
00:44Moi cet été j'ai repensé, vous savez, à ce moment inénarrable,
00:48où cet improbable ministre HEC de l'écologie, qui s'appelle Agnès Panier-Runacher,
00:54était venu plastronner avec son rapport pour adapter la société française à l'horizon plus 4 degrés du changement climatique.
01:02Alors moi je ne suis pas climatologue, mais j'ai vu que là ce qui nous est arrivé,
01:06en fait, a été engendré par, je crois, on est à plus 1,7 degré.
01:10Plus 4 degrés, comment dire, ça sera 100 jours de canicule à 60, Agnès.
01:17À 60 degrés, on ne s'adapte pas, on meurt essentiellement, vous voyez.
01:26Alors, sauf à ce qu'elle ait des petites idées adaptatives qu'elle n'ait pas encore osé nous présenter,
01:32je ne sais pas, Agnès, as-tu le projet de déménager la totalité de la vie sociale sous terre ?
01:38Si c'est ça, il faut nous le dire.
01:39Alors il est entendu qu'on sera au frais.
01:43Nonobstant, nous aurons encore à boire.
01:44Alors qu'est-ce que ça sera l'hydrologie générale à 60 degrés ?
01:48Ce n'est pas, vous voyez, ça ne se présente pas bien ce truc.
01:53Bon, vous voyez, il y a eu cette scène pathétique au sens vraiment le plus littéral du terme,
01:59où des gens sont venus à se battre pour des climatiseurs dans je ne sais plus quel supermarché.
02:03On pouvait compter sur l'ignomini de la presse bourgeoise,
02:07et notamment des chaînes d'information en continu pour s'en repaître, vous voyez,
02:13vraiment pour en faire des caisses.
02:14Alors là, là, vraiment, hommage à Anas Cazib,
02:16qui a fait un texte qui remettait les choses d'équerre à cet égard.
02:26Vous voyez, la petite bourgeoisie intellectuelle et culturelle qui peuple ces médias
02:36a la tête imprégnée, mais de racisme social, sans même en avoir la moindre conscience.
02:41Alors, je passe par cet épisode pour vous donner à imaginer par différence
02:48si des gens déjà en viennent à devoir se battre pour avoir un petit peu de fraîcheur chez eux.
02:55Qu'est-ce que ça sera au moment où ce sera pour avoir accès à un litre et demi d
02:59'eau pour quatre,
03:00vous voyez, et pour la journée ?
03:02Là, on va quand même vers des choses qui sont très impressionnantes
03:06et qui, moi, me donnent l'envie d'un effort conceptuel pour qu'on puisse en venir à qualifier
03:12politiquement, mais rigoureusement, des politiques publiques de criminels.
03:16Je ne veux pas seulement que ça soit une image, vous voyez, il y a des politiques...
03:28Et à la suite de cette qualification, à la fois conceptuelle et politique,
03:33pour enchaîner sur les constructions juridiques et les prolongements judiciaires
03:42qu'une telle qualification appelle.
03:45Et moi, je dis...
03:46Vous avez compris, il y a des gens qu'il faudrait juger, et qu'il faudra juger.
03:51Quand il y a des politiques criminelles, on juge les gens, en général.
04:00Et nous avons affaire à des politiques criminelles lorsque le taux de mortalité infantile remonte,
04:05lorsque la suicidalité des jeunes remonte, lorsqu'on meurt sur un brancard aux urgences, etc.
04:11Vous voyez ?
04:12Et on va dire, il est fou, il est fou, il est complètement fou.
04:14Si vous le saviez, moi, je pense que la judiciarisation, est-ce que ces gens peuvent espérer de mieux ?
04:20Parce qu'un jour, il y a d'autres personnes, plus nombreuses, qui viendront les chercher.
04:25Un jour où vraiment, ça sera trop, trop, trop...
04:39Je m'excuse pour mes passions tristes, dont je me suis un peu laissé emporter.
04:43Je voudrais revenir à l'idée adaptative, à l'idée de l'adaptation et à l'idée de la transition.
04:48Parce que c'est ça qui tient le haut du pavé, vous voyez, dans le discours déraisonnable.
04:53Alors, cette idée de l'adaptation et de la transition est en réalité viciée à cœur par une erreur fondamentale.
05:02Alors, comme j'aime bien les mots compliqués, mais ça me plaît toujours beaucoup,
05:05j'appelle cette erreur le paralogisme de la productivité de la Terre.
05:09Un paralogisme, c'est une erreur de raisonnement.
05:11Alors, le paralogisme de la productivité de la Terre dit la chose suivante.
05:15Eh bien, si grâce à de futures innovations, dont le capitalisme a le secret et nous régale, n'est-ce
05:20pas ?
05:20Si, pour produire ce qu'on veut produire, nous avions besoin de moins d'intrants terrestres,
05:27ça serait absolument formidable.
05:28C'est-à-dire, pour produire ce qu'on veut, on aurait moins besoin d'extractivisme,
05:32on aurait moins besoin de pétrole, on aurait moins besoin de minerais,
05:36on aurait moins besoin d'eau, on aurait moins besoin de rejets en CO2.
05:40Est-ce que ça ne serait pas merveilleux, ça ?
05:41Est-ce que ce n'est pas ça la direction ? Est-ce que ce n'est pas ça la
05:43solution ?
05:44Pour produire ce qu'on veut, n'est-ce pas ?
05:46Nous aurions besoin de moins d'intrants terrestres,
05:49par conséquent, nous aurions moins à tirer sur la planète,
05:52et nous serions sauvés.
05:54Bon, alors ici, l'erreur de raisonnement est monumentale,
05:57pour oublier un tout petit élément de contexte, très léger,
06:00qui est que nous sommes dans le capitalisme, vous voyez ?
06:02Et dans le capitalisme, pour autant que je sache,
06:05on n'a jamais vu qu'une augmentation de productivité des intrants ou des facteurs,
06:11on n'a jamais vu qu'elle ait jamais été utilisée à produire autant avec moins.
06:15Dans le capitalisme, ce qu'on fait quand on a de la productivité,
06:17c'est qu'on produit plus avec autant.
06:19Et même on produit plus, plus avec plus.
06:22Parce que ça, ça c'est bien, ça c'est la marrade, vous voyez ?
06:25Et c'est là, comment dire, c'est le capitalisme qui veut ça,
06:33dans son principe le plus fondamental,
06:36dans sa force motrice la plus fondamentale,
06:38à laquelle Marx a donné le nom de loi de la valeur.
06:41Qu'est-ce que c'est que la loi de la valeur ?
06:42C'est la loi de la valeur se mettant en valeur.
06:44C'est-à-dire la loi du capital-valeur,
06:46qui au travers de la production et de l'exploitation,
06:50s'auto-accroît dans un processus de croissance cumulative indéfinie.
06:55Et là, le mot important, c'est ça, c'est indéfini.
06:58Si vous voulez, dans le principe formel de la loi de la valeur,
07:01il n'y a aucune limite, il n'y a aucune force de rappel.
07:04Alors, les marxistes qui seraient par là me diraient,
07:07attention, quand ça passe à la réalité,
07:09il y a les contradictions, il y a la dialectique,
07:11et c'est là que viennent les forces de rappel.
07:13Et c'est vrai.
07:14Mais dans le principe formel de la loi de la valeur,
07:16c'est toujours plus, comme le dit mon camarade Régis Portales,
07:20qui lui aussi est un modéré,
07:21c'est toujours plus pour accroître leur monstrueux tas de fric.
07:25Ce genre a de bonnes propriétés conceptuelles, je trouve.
07:28Donc, vous voyez, c'est à cause de ce principe fondamental,
07:31la loi de la valeur,
07:32que le capitalisme est ontologiquement incapable
07:36de moins avec autant.
07:37Et se finit immanquablement dans plus-plus avec plus.
07:42Vous voyez, pardon, incapable de autant avec moins.
07:45Mais se finit immanquablement dans plus-plus avec plus.
07:48Quand j'enchaîne mes idées logiquement,
07:50il me vient que du paralogisme de la productivité de la Terre,
07:55il suit que pour briser la dynamique écocidaire,
08:00dont je voudrais vous faire voir surtout
08:02qu'elle est moins une dynamique écocidaire
08:03qu'une dynamique anthropocidaire,
08:06c'est de la survie de l'humanité qu'il est question.
08:10Que se passe-t-il, il faut qu'on parte ?
08:11Ah, c'est l'avertissement qui nous reste 10 minutes de temps de jeu.
08:14Bon, pour sortir de la dynamique écocidaire,
08:18il faut sortir du capitalisme.
08:21C'est pas mitigé, il faut sortir de...
08:24Bon, alors...
08:30Alors, moi, à l'époque,
08:31j'avais eu une espèce de petite idée, là,
08:35rhétorico-politique,
08:36et puis je ne lui ai pas donné suite.
08:39Mais je suis content parce que les Amphis
08:41me donnent l'occasion de la ressortir du frigo.
08:45Alors, à l'époque, j'avais dit,
08:46pour lutter contre l'écocide,
08:49c'est-à-dire pour lutter contre l'anthropocide,
08:52il faut un capitalocide.
08:55Et il n'y a pas d'alternative.
08:57Vous voyez ?
09:07Vous me suivez ?
09:09Il n'y a pas d'alternative ?
09:10There is no alternative.
09:13Et moi, ça me plaisait, ça.
09:15Je suis un esprit simple,
09:17je ne m'amuse d'à rien.
09:18Mais de leur faucher leurs trucs
09:20et de le leur renvoyer dans la gueule,
09:22qui plus est sous une forme radicalement anticapitaliste,
09:24ça m'amusait.
09:25C'est bêta, hein ?
09:26Mais voilà.
09:32Et en effet, il n'y a pas d'alternative.
09:34Alors, dans les choses un peu terribles
09:36qu'on a pu voir ou lire cet été,
09:39moi, il y en a une qui m'est tombée sous les yeux
09:42et qui m'a fortement frappé l'esprit.
09:44C'est un entretien d'un chercheur au CNRS
09:47qui est un écologue qui s'appelle Philippe Grancola.
09:49Le croirez-vous, l'entretien est paru
09:51sur le site de France Info.
09:53Je me suis frotté les yeux, quoi.
09:56Alors, évidemment,
09:56ce n'est pas fait pour être au micro ou devant les caméras.
09:58On fout ça comme alibi dans les profondeurs du site web.
10:01Pas de bol, le truc a un peu circulé.
10:03Philippe Grancola dit les choses, comment dire,
10:06avec franchise.
10:07Je le cite.
10:09« Si le climat de la France se réchauffe de 4 degrés
10:11d'ici la fin du siècle comme l'envisagent
10:13aujourd'hui même les autorités,
10:15alors on est mort, c'est clair. »
10:17Fin de citation.
10:21Comment dire ?
10:23Ça calme.
10:24Mais en réalité, si vous voulez,
10:26ça remet les choses d'équerre.
10:27C'est sous ce surplomb-là
10:31que nous avons à penser
10:32et que nous avons à concevoir la politique.
10:34C'est donc de la dernière importance.
10:36Et puis je suis tombé sur autre chose.
10:38Je suis sûr que beaucoup,
10:39toi, je suis sûr que tu le sais, Aurélie,
10:41et beaucoup d'entre vous doivent connaître ça.
10:44C'est un rapport qui avait été produit
10:46par des chercheurs de la compagnie pétrolière Shell
10:49en 1989.
10:50Attention, la date est importante.
10:53Ils savaient déjà tout.
10:54Et les chercheurs de Shell disent ceci.
10:56« Un réchauffement climatique global hors de contrôle
10:59pourrait entraîner des événements climatiques extrêmes,
11:01des pénuries alimentaires massives,
11:03des mouvements migratoires sans précédent. »
11:05Et ils concluent,
11:06c'est là qu'il faut s'accrocher,
11:09« La civilisation pourrait s'avérer
11:11une chose fragile. »
11:15Alors oui, c'est vrai.
11:16La civilisation est une chose fragile
11:20quand elles sont dans leurs mains.
11:22Et vous suivez mon regard.
11:31Par conséquent,
11:32il faut la leur retirer
11:34et en effet,
11:35il n'y a pas d'alternative.
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