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Alors que les décolonisations étaient en marche, Guadeloupéens et Martiniquais ont été appelés sous les drapeaux pour faire la guerre d'Algérie. Certains d'entre eux y marquèrent leur attachement à la France en payant le prix du sang. D'autres, en revanche, s'éloignèrent de la métropole et rêvèrent d'un autre destin pour leur territoire. Pour eux, au-delà des traumatismes de la guerre elle-même, le conflit a questionné profondément leur identité nationale.

Réalisé par : François Reinhardt
Transcrição
00:051960, la guerre en Algérie fait rage depuis six ans, et la France consomme la base à jeunesse.
00:14Des centaines de milliers d'appelés métropolitains ont déjà traversé la Méditerranée.
00:20Mais pour combattre les indépendantistes du FLN, la France a constamment besoin de sang neuf.
00:27Le gouvernement décide alors d'appeler aussi sous les drapeaux les forces vives des vieilles colonies, de Martinique et de
00:32Guadeloupe, jusqu'alors épargnées.
00:36Face à face en Algérie, deux jeunesses françaises qui se ressemblent.
00:42Descendants d'esclaves d'un côté, Algériens colonisés de l'autre.
00:49A l'heure du départ, les appelés antillais sont confrontés à un dilemme moral.
00:55Répondre à l'appel de la Mère Patrie, ou refuser de participer à une guerre coloniale.
01:09Albert, Daniel, Marceau, Cornélien, Étienne, Clémartel, ils avaient 20 ans au moment de leur incorporation.
01:21Beaucoup d'entre eux n'avaient jamais quitté leur île quand la France les a jetées dans le feu de
01:24cette guerre sans nom.
01:27Quand ils ont pris le bateau, traversé Atlantique et Méditerranée, pour se rendre à 10 000 kilomètres de chez eux.
01:36Des Antilles, au Djebel.
02:06A l' district de la Mère Patrie, une période de guerre mondiale.
02:08Les îles françaises des Caraïbes vivent à contre-courant de l'histoire du monde.
02:15Tandis qu'en Asie et en Afrique, les peuples colonisés se battent pour leur émancipation,
02:20Guadeloupe et Martinique revendiquent au contraire leur attachement à la France.
02:29En 1946, les Antilles deviennent des départements français.
02:33Et comme partout en France après-guerre, la démographie explose.
02:38À la fin des années 1950, un Antillais sur deux a moins de 20 ans.
02:46Le drame commence à la sortie de l'école.
02:49Car il n'y a rien à la sortie de l'école.
02:53L'économie n'a pas suivi.
02:55Elle n'est même pas capable d'offrir du travail au père.
02:59Et regarde avec effroi monter cette marée de jeunes
03:02qui n'ont d'autres ressources que de passer le temps comme ils le peuvent.
03:06en tentant de gagner au jeu l'argent que l'éducation est incapable de leur fournir.
03:36Je ne sais pas si, je ne sais pas si, mais si, je ne sais pas si, je ne sais
03:37pas si, je suis un homme, mais si, je peux le faire bien.
03:42Avec la départementalisation, les agriculteurs antillais accèdent à la propriété.
03:48Mais les quelques hectares qu'ils cultivent ne leur permettent pas de vivre décemment.
03:53Ni les prestations sociales, ni les salaires n'atteignent ce qui se pratique dans l'Hexagone.
03:58Pour la majorité de la population, cette départementalisation n'est plus synonyme d'espoir, mais de misère et de désillusion.
04:07Il y a beaucoup de choses qui m'ont choqué à ma jeunesse.
04:12Tout petit, il y a 18 ans, je ne comprends pas.
04:17Pourquoi c'est les Blancs qui ont dit, toutes les terres?
04:21On avait une seule paire de chaussures.
04:29La paire de chaussures, c'était pour aller à la messe.
04:35Ou mettre à l'école.
04:37Et puisqu'on faisait 3-4 kilomètres pour aller à l'école,
04:43on mettait les chaussures autour du cou.
04:46Pour pas que ça s'use, pour qu'on ait fait chaussures en forme, pour pouvoir aller à la messe.
04:52Mais si vous voulez, vous êtes gamins, vous voyez que ça se passe.
04:55C'est après.
04:58Vous vous rendez compte que le système n'était pas parfait.
05:02Désœuvré, la jeunesse antillaise des années 50 est toujours confrontée aux inégalités et aux injustices,
05:08héritées de la domination coloniale.
05:17Il y a une espèce de partage non-dit.
05:20Les Blancs-Crioles gardent la terre, le commerce, les usines, les distilleries.
05:25Et les mulatres, la médecine, la justice, l'enseignement, les professions libérales.
05:32Le peuple noir, lui, il a le choix entre ce qu'on appelle encore le job, c'est-à-dire
05:36la débrouille au quotidien,
05:38chercher un petit boulot chaque jour, ou alors émigrer.
05:45Exode rural, surpopulation, chômage, les Antilles sont une poudrière.
05:53Et l'étincelle que tout le monde redoutait va se produire à Fort-de-France, à la veille de Noël
05:581959.
06:03L'historien martiniquais Louis-Georges Placide en a conservé la bande originale.
06:19Aux Antilles, beaucoup ont encore en tête Kouvé-Diffé, une big-in classée numéro 1 au Hit Parade 1960.
06:52Il y a, sur la savane de Fort-de-France,
06:55un banal accident de parking.
06:59France Mouffat, martiniquais, a garé sa Vespa, donc son scooter,
07:05et André Baldi, français,
07:08heurde cette Vespa et elle tombe.
07:11Les deux hommes s'empoignent.
07:13À partir de là, rien d'anormal et les choses se calment.
07:19Sauf que quelqu'un a assisté à l'événement
07:24et fait appel au CRS.
07:26Et donc les CRS décident de mettre de l'ordre à un des ordres qui n'existe pas.
07:36Ce jour-là, sur la place centrale de Fort-de-France,
07:391500 personnes assistent à un concert.
07:42La vingtaine de CRS envoyés sur place tente vainement de disperser la foule.
07:48Les esprits s'échauffent et le face-à-face dégénère.
07:55Trois jours d'émeute, trois morts,
07:58trois mineurs de 20, 19 et 15 ans.
08:0259 ans, en Martinique,
08:04après un événement,
08:07c'est un assassinat.
08:14Mon gâtier, si mon gipa oumé,
08:18ou pas un légitime défense,
08:23après un gâtier,
08:24il m'a dit un réaction saine
08:28à un peuple sain.
08:34À 7000 kilomètres de là,
08:36en métropole,
08:37la diaspora antillaise ne parle que de ce massacre.
08:42L'avocat nationaliste martiniquais,
08:44Marcel Manville,
08:45décide alors de sonner la révolte.
08:48« Lorsqu'on avait assassiné des gens dans l'île de Noël,
08:54j'ai appelé tout ce que je connaissais
08:56comme gens à Paris.
08:58Nous avons décidé de tenir un meeting à Paris
09:00à la mutualité en janvier 1960. »
09:05Réunis autour de lui,
09:06le Guadeloupéen Albert Beville
09:08et l'écrivain martiniquais
09:10Édouard Glissant.
09:12Pris Renaudot en 1958
09:14pour La Lézarde,
09:15Édouard Glissant est un infatigable ambassadeur
09:18de la cause antillaise.
09:23Administrateur colonial en Afrique,
09:25Albert Beville devient au fil du temps
09:27un ardent militant indépendantiste.
09:30Révolté par les exactions du colonialisme,
09:33il fait le choix de la confrontation politique.
09:38Dans le sillage des nationalistes algériens,
09:41les Antillais revendiquent à leur tour
09:43leur autonomie.
09:46Manville prend alors également contact
09:47avec son ancien camarade de lycée,
09:49Franz Fanon.
09:52Chantre de la décolonisation,
09:55le psychiatre martiniquais,
09:56auteur de « Peau noir, masque blanc »
09:58est désormais engagé corps et âme
10:00pour l'indépendance algérienne.
10:03En janvier 1960,
10:05Franz Fanon travaille au service de presse du GPRA,
10:08le gouvernement provisoire de la République algérienne.
10:11Pour Fanon, décembre 1959,
10:14c'est l'an 1 de la décolonisation antillaise.
10:23Et c'est vrai,
10:25la colère gronde aux Antilles.
10:26Et le gouvernement ne veut surtout pas
10:28d'un nouveau foyer d'insurrection.
10:34Trois mois après les émeutes de Fort-de-France,
10:36De Gaulle effectue aux Antilles
10:38le tout premier voyage officiel
10:40d'un président en exercice.
10:44Et quand l'homme de l'appel du 18 juin apparaît,
10:47la foule met ses revendications en sourdine.
10:54Le président de la République
10:55a retrouvé la France aux Antilles.
10:57À la Guadeloupe,
10:58le général De Gaulle a donné l'assurance
11:00que le gouvernement n'oubliait pas
11:01les lointains départements d'outre-mer.
11:05Tout le monde était après le général De Gaulle.
11:07C'était De Gaulle, De Gaulle, De Gaulle, De Gaulle, De Gaulle.
11:14On ne peut pas penser à un jeune plus libéré,
11:17mais la masse était encore du côté de De Gaulle.
11:22Vive Bastère, vive la Guadeloupe,
11:25vive la République, vive la France !
11:32Ma mère m'a emmenée
11:34et on a été voir De Gaulle
11:36parce qu'on aime cet homme-là.
11:42Et De Gaulle disait dans une phrase
11:45que nous, Guadeloupéens, on a applaudi,
11:48mais que beaucoup de Guadeloupéens n'avaient pas compris.
11:50Il disait que tout Français,
11:53quel qu'il soit, où il soit,
11:56doit répondre à l'appel de la France.
11:59Et on a applaudi.
12:10Le temps qu'il arrive en métropole,
12:14on a appelé le premier contingent
12:16pour partir en Algérie.
12:18En réaction aux rébellions de décembre 1959,
12:22le préfet de Martinique propose au gouvernement
12:24d'appeler la jeunesse antillaise sous les drapeaux.
12:28Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale,
12:30pour des raisons budgétaires,
12:32la grande majorité des Martiniquais
12:34et des Guadeloupéens
12:34étaient exemptés de services militaires.
12:37Pour certains responsables politiques,
12:39cet enrôlement pourrait calmer
12:40les idées subversives.
12:42Au nom de l'égalité avec la métropole,
12:45les jeunes Antillais vont devoir partir.
12:47Quand j'ai reçu mon avis de coopération,
12:50j'avais 20 ans.
12:53Pour les parents,
12:55c'était normal qu'on fasse des services militaires.
12:57Parce que pour avoir fait le service militaire,
13:00vous devenez un homme.
13:02C'est un point où on vous dit,
13:03bon, vous allez partir hors du département,
13:05vous allez partir en Algérie.
13:06On commence à dire,
13:07merde, elle partait en Algérie.
13:09J'ai pris du temps pour montrer ça à ma maman.
13:12Parce que pour elle,
13:14c'est la guerre.
13:16Et à partir de la guerre,
13:17tu reviens plus.
13:20Et c'est...
13:22C'était l'idée
13:23de tout chacun.
13:25L'enfant partait,
13:27il n'allait plus revenir.
13:29Il fallait aller.
13:30Je leur ai dit,
13:30non, je n'irai pas.
13:38Ils sont venus chez maman.
13:40Le premier gendarme n'a rien vu.
13:41Il s'est retrouvé carreau technique.
13:44Il pratiquait la boxe,
13:45la natation,
13:46la culture physique.
13:51Ils sont venus quatre.
13:53Alors là,
13:55je suis parti
13:55avec des menottes
13:57à la Caziane,
13:58à Saint-Claude.
13:59Sympathé à l'ETV,
14:00les gendarmes,
14:01je sais moins.
14:03Je ne peux pas dire non.
14:07Donc,
14:08c'est un oui
14:08malgré vous.
14:12En métropole,
14:13les étudiants antillais
14:15ne sont pas plus à l'abri.
14:16Eux aussi doivent rejoindre
14:18leur régiment.
14:21Les plus politisés d'entre eux
14:22s'insurgent à l'idée
14:23de se battre
14:23contre un autre peuple colonisé
14:25qui, tout comme eux,
14:26aspire à l'indépendance.
14:29Originaire de Schölscher,
14:30en Martinique,
14:32Daniel Blairalde
14:33s'est inscrit
14:33en licence de lettre
14:34à la Sorbonne
14:34à l'automne 1954,
14:36au tout début
14:37de la guerre d'Algérie.
14:39Très vite,
14:40j'ai la chance
14:42d'être pris en charge
14:43par l'Association
14:44des étudiants martiniquais.
14:46Ceux qui constituent
14:48cette association,
14:50ce groupe,
14:51ce sont des martiniquais communistes.
14:54Il y a donc des combats
14:56pour lutter
14:58contre le colonialisme meurtrier
15:01qui existent en Algérie.
15:07En 1960,
15:08Daniel a 24 ans.
15:10L'étudiant est aussi
15:11un fervent militant.
15:13Il est de toutes
15:14les manifestations
15:14pour une Algérie indépendante
15:16aux côtés
15:17des étudiants algériens
15:18dont il épouse la cause.
15:22Mon sursis
15:23d'étudiant est terminé.
15:25Il faut que je rejoigne
15:26je ne sais pas quoi
15:27pour être militaire.
15:29Alors c'est le moment
15:30de la vérité.
15:31Le moment du choix.
15:33Est-ce que je deviens
15:34soldat français
15:34au service de l'armée
15:36massacrant les Algériens
15:38ou je refuse ?
15:41Refuser n'a rien d'évident.
15:44Être réfractaire
15:45ou objecteur de conscience
15:46le conduirait directement
15:47à la casse prison.
15:52Aux Antilles,
15:53impossible d'échapper
15:54à la conscription.
15:55Les appelés rejoignent
15:56donc leur port d'embarquement.
15:58Bon gré, mal gré.
16:00Presque tous sont encore mineurs.
16:02La majorité légale
16:03est alors à 21 ans.
16:05Tout comme les jeunes
16:06métropolitains,
16:08les appelés Antillais
16:09quittent leur région
16:10et leur famille
16:11pour la première fois
16:12de leur vie.
16:12des parents,
16:14c'était les parents
16:15qui étaient là,
16:16qui voulaient partir,
16:17qui pleuraient.
16:18C'était adieu madrasse,
16:20adieu foulard,
16:20adieu madrasse.
16:24quand on partait,
16:25tout le monde avait peur.
16:27Mes parents pleuraient,
16:29tout le monde,
16:30ainsi de suite.
16:30Je me rappelle
16:31que j'étais déjà
16:32sur le bateau.
16:33Ma grande sœur me dit,
16:34dites que tu vas plus.
16:36C'était impossible,
16:38mais il fallait partir.
16:45C'était folklorique
16:48et ça a été dramatique aussi.
16:51Là, le sentiment,
16:54c'est un pincement au cœur.
16:56Tout tripart a passé.
17:00Vous voyez le bateau
17:01qui compte dans sa partie,
17:02ça, ça, recule, recule,
17:04recule, après,
17:04vous voyez plus personne.
17:29On restait à l'époque
17:3112 à 15 jours
17:32sur le bateau.
17:33Ça dépend
17:33de la mer.
17:40La chose qui m'effraie,
17:42c'était les vagues.
17:44Quand on voit les vagues
17:45qui arrivent d'avoue
17:46comme ça,
17:478 mètres de haut,
17:50là, la mer,
17:51je crée beaucoup la mer.
17:53Nous sommes tombés
17:54dans une tempête
17:57pendant trois jours.
18:04Nous, on était
18:05deuxième classe,
18:06donc on était à la cale.
18:08Alors,
18:09toutes nos valises,
18:11toutes nos petites bouteilles
18:12de rhum,
18:13tout ce qu'on avait pris,
18:16inondé.
18:17On était dans la cale.
18:19C'est là-dessus,
18:19à chaque fois qu'on passe
18:20devant la cuisine
18:21et au dehors
18:22des cuissons comme ça,
18:24ça nous bouleverse.
18:27Ça nous bouleverse,
18:28ça fait que
18:29ça nous fait dégueuler.
18:46Avant l'Algérie,
18:48il y a la France.
18:55Pour beaucoup,
18:56une découverte douce amère.
18:59La rencontre d'une mère patrie
19:01qui fut aussi celle
19:02de la traite négrière.
19:06quand vous arrivez au Rav,
19:07vous voyez un autre pays.
19:08Vous commencez à regarder
19:09avec des yeux écarpillés
19:10et vous êtes content
19:11d'arriver dans notre pays
19:12pour découvrir.
19:14C'était
19:16choc de culture,
19:17si on peut dire,
19:18parce que c'était pas
19:18dans vos habitudes.
19:20Bien, il n'y avait
19:21pas un tapis,
19:21de basse terre,
19:22mais c'était pas aussi
19:23développé,
19:24il n'y avait pas
19:24tous ces immeubles
19:24que vous voyez,
19:25ça n'existait pas.
19:27On est un petit peu rêveurs
19:29parce qu'on voit
19:30les films,
19:30tout ça,
19:32avec la France,
19:33tout ça,
19:33un beau pays,
19:34puis on arrive,
19:35on voit ça,
19:35on est un petit peu déçu.
19:37Moi, je voulais voir tout,
19:40tout ce qu'on a appris.
19:41Je pensais que j'aurais vu
19:43Versailles.
19:44Je pensais que j'aurais vu
19:45l'acte de Thignon.
19:47Non,
19:48l'acte de Gare de Saint-Lazare
19:49dans le quart
19:50pour nous emmener
19:51à l'autre gare,
19:52est-ce que c'est
19:52la Gare de Lyon ou quoi?
19:56C'est la première fois
19:57que je prenais le train
19:59et je regardais.
20:06Cette métropole
20:07qui défile sous leurs yeux
20:08ne ressemble pas
20:09à un pays en guerre.
20:11Les combats font rage,
20:13mais loin,
20:14de l'autre côté
20:14de la Méditerranée.
20:19Et même si l'indépendance
20:20de l'Algérie
20:20ne fait déjà plus de doute
20:22dans l'esprit de De Gaulle,
20:23la jeunesse française
20:24continue d'être
20:25massivement envoyée au front.
20:28À Paris,
20:29Daniel Blairalde
20:30et une poignée
20:31d'étudiants antillais
20:32décident de s'engager
20:33dans les rendus FLN
20:34et de ne pas répondre
20:35à l'appel
20:36de leur régiment.
20:39Manville nous parle
20:40de la possibilité
20:42d'être insoumis.
20:43C'était un avocat
20:44brillant
20:45qui défendait des causes.
20:47Il n'était pas seulement
20:48un homme de parole,
20:50il était un homme d'action aussi.
20:51Il travaillait,
20:52il prenait des risques.
20:53À la journée,
20:54il était avocat
20:55et la nuit,
20:56il travaillait
20:56avec le réseau Jansson.
20:58Le réseau Jansson,
21:00ce sont ces progressistes français
21:02solidaires de la cause algérienne.
21:07Depuis Paris,
21:08Marcel Manville organise
21:09l'exfiltration
21:10des insoumis guadeloupéens
21:12et martiniquais
21:12avec l'accord de France Fanon,
21:14devenu entre-temps
21:15ambassadeur
21:16du gouvernement provisoire algérien.
21:23Partout en France,
21:25les renseignements généraux
21:26accentuent leur surveillance
21:27des mouvements radicaux.
21:29On l'a juste en place,
21:31on est bien.
21:33Appréciable.
21:39Les associations
21:40d'étudiants antillais
21:41qualifiées de mouvements séparatistes
21:43sont dans le collimateur
21:44du gouvernement.
21:46J'ai rendez-vous
21:47dans un café
21:48où je dois rencontrer
21:50une camarade française
21:51qui va me véhiculer
21:53pour quitter la France.
22:01Nous traversons
22:02la frontière,
22:04nous sommes accueillis
22:05à Bruxelles
22:06par des Belges
22:08qui étaient dans le réseau
22:09de soutien
22:10aux Algériens.
22:12Et puis arrive le moment
22:14où nous prenons l'avion
22:16pour aller au Maroc.
22:23Le tribunal militaire
22:24de Bordeaux
22:25déclare Daniel Blairalde
22:26insoumis.
22:28Il sera condamné
22:29à un an de prison.
22:34Pendant ce temps,
22:35l'immense majorité
22:37des appelés
22:37des vieilles colonies
22:38poursuit son instruction militaire.
22:40« En avant, marche ! »
22:44Répartis dans plusieurs régiments,
22:46ils sont mêlés
22:46à d'autres jeunes recrues,
22:48français de tous les départements,
22:50sans distinction
22:50de couleur de peau.
22:54On nous parlait
22:55de maintien de l'or.
22:56On nous parlait
22:57des exactions
22:58qui étaient commises
22:59par la population locale
23:02sur les colons.
23:03Les terroristes
23:04n'ont pas voulu
23:05qu'une seule vie,
23:05même animal,
23:07subsista
23:07de ce qui avait été
23:08un foyer heureux
23:08et une entreprise prospère.
23:10On se souvient encore
23:11de cette nuit tragique
23:12où plusieurs fermes
23:13des environs de palestros
23:14furent assaillies,
23:15leurs habitants martyrisés.
23:16Parmi eux,
23:17il y avait des femmes
23:18et il y avait des enfants.
23:20Les bandits avaient tout tué
23:21sans distinction
23:22et parfois avec des raffinements
23:24qui pouvaient s'appeler
23:25sauvagerie ou sadisme.
23:27On nous disait
23:28que les Français,
23:29les Français ne sont pas bien.
23:31Il fallait aller les défendre.
23:34On nous passait des films
23:35entre les Arabes.
23:37On nous disait
23:38que l'Arabe est mal propre,
23:39l'Arabe est féminin.
23:42C'était le bouillon,
23:43le raton.
23:44C'était pas un humain.
23:47C'était une préparation psychologique
23:50pour se faire que ça pouvait marcher.
23:52Mais moi,
23:54comme dirait Jacques Brel,
23:55moi qui étais déjà moi,
23:57je me suis resté moi.
24:01Pendant que l'on était là,
24:03ils sont gardés,
24:04ils sont psychologues,
24:05tout ça,
24:05on ne voulait pas aller,
24:06ils m'ont à chanter.
24:08Fait pipi sur le gazon
24:10pour emmerder les coccinelles.
24:12Ça suffit.
24:16Pas ni formation psychologique
24:18encore,
24:18à partir de ça.
24:24Il y a des cours
24:25avec un gradé
24:26qui vous apprend maintenant
24:27quand vous allez là-bas,
24:29il faudra savoir
24:30qu'en Algérie,
24:32on ne va pas pour s'amuser.
24:34Il faut être prêt
24:36à manier
24:38les arbres.
24:40Et ils vous disaient souvent
24:41« si vous ne tuez pas,
24:44on vous tuera ».
24:45Dans ce moment-là,
24:47ça commence à faire son chemin,
24:48un petit peu son chemin
24:50dans votre tête.
25:04mais la pression monte.
25:06La pression commence à monter.
25:08Déjà,
25:08le bateau que vous avez
25:09pour aller à l'Ager,
25:10c'était des vieux rafions,
25:11c'est rempli à ras-bord.
25:15Vous avez votre partage
25:17et vous pouvez à peine
25:18le défaire.
25:19Vous couchez
25:20au fond du bateau,
25:22à côté de votre partage.
25:38En voyant la ville
25:40de loin,
25:42c'était magnifique.
25:44C'était pas ça
25:45que j'avais entendu,
25:46c'était pas ça
25:46que j'avais compris,
25:48qu'on nous racontait
25:50sur l'Algérie,
25:51en fait.
25:52C'était un véritable pays.
25:55C'était vraiment
25:56un véritable pays.
25:58En arrivant en Algérie,
26:00j'ai eu un mauvais souvenir.
26:03J'arrive,
26:04c'était la veille de Noël.
26:06Et vous arrivez,
26:07vous voyez
26:07trois ou quatre draps
26:08par terre.
26:10Vous qui venez d'arriver,
26:12vous demandez aux anciens
26:13« Mais c'est quoi ça ? »
26:15Ils vous disent
26:15« Ce sont des gars
26:16qui se sont fait tuer.
26:17Au soir,
26:17ils se sont fait tuer
26:19un accrochage. »
26:22Sitôt débarqués,
26:24les appelés rejoignent
26:24leur casernement.
26:26L'infanterie,
26:27le train
26:28ou le génie.
26:31Depuis 1956,
26:32plus de 600 000 jeunes français
26:34ont rempli
26:34leurs obligations militaires
26:36en Algérie.
26:41Des milliers d'entre eux
26:42y ont perdu la vie.
26:47Ayant repris
26:48la tête de la France,
26:51j'ai, on le sait,
26:52décidé en son nom
26:53de suivre
26:54un chemin nouveau.
26:57Quand les appelés
26:58antillais débarquent
26:58à Oran
26:59ou à Alger,
27:00l'indépendance
27:00n'est plus qu'une question
27:01de temps.
27:03À New York,
27:04les Nations Unies
27:05reconnaissent le droit
27:06à l'autodétermination
27:07du peuple algérien.
27:12La France,
27:13jugée
27:14pays le plus colonialiste
27:15au monde
27:16et critiquée
27:17de toutes parts.
27:22Dans le rift marocain,
27:24l'armée de libération
27:25nationale algérienne,
27:26le bras armé
27:27du FLN,
27:28poursuit la formation
27:29de ses recrues.
27:31Comme Daniel Glerald,
27:32une poignée
27:32de jeunes insoumis
27:33guadeloupéens
27:34et martiniquais
27:35a rejoint
27:35les camps d'entraînement.
27:38C'est à ce moment-là
27:40que le responsable
27:42du FLN
27:43me dit
27:43qu'il ne veut pas
27:44connaître mon nom
27:45parce que
27:46c'est le principe
27:47premier
27:48de la clandestinité.
27:49Il faut avoir
27:50un pseudonyme.
27:51C'est pratique
27:51pour épargner
27:52les familles,
27:53mais c'est pratique
27:54aussi pour brouiller
27:55les pistes
27:55des renseignements généraux.
27:57Et là,
27:58je choisis
27:59le nom de Bookman.
28:02Daniel Glerald
28:03devient Daniel Bookman,
28:05du nom d'un ancien esclave,
28:06héros de la révolution haïtienne.
28:11Nous apprenons
28:12tout ce qu'il faut savoir
28:13pour faire de la guérille.
28:16C'est une période
28:18importante
28:19dans ma vie
28:20parce que
28:20c'est là que
28:23je rêve
28:25de participer
28:27à la lutte armée.
28:41Les Algériens,
28:44les Vietnamiens,
28:45les Africains,
28:46ils se sont à peu près
28:48comportés
28:50comme les frontireurs
28:51en France.
28:52C'est-à-dire
28:53les Allemands
28:54occupaient la France
28:55et les gens
28:56se sont défendus.
28:57Ils sont mis
28:57dans la résistance.
29:00Et ce mot résistance,
29:02on l'entend
29:03dans tous les peuples
29:04colonisés.
29:06Oui,
29:06je vous entendais
29:07parler de Félaga,
29:07vous savez que
29:08c'est quelqu'un
29:10qui est contre
29:10l'armée française
29:11mais qui défend
29:12en même temps
29:14sa patrie,
29:15si on peut dire,
29:16qui défend son pays.
29:17Mais vous,
29:19vous êtes
29:19militaires français.
29:20C'est ça
29:21que vous défendez
29:22la France.
29:22D'abord,
29:24le côté politique,
29:25ce n'était pas
29:25notre problème.
29:30Soldats antillais
29:31et algériens,
29:32frères d'armes
29:33pendant les deux guerres
29:33mondiales et en Indochine,
29:35sont désormais
29:36frères ennemis.
29:38Contraints de mener
29:38une sale guerre
29:39sur un territoire immense.
29:42Cloré-Félène
29:43avait un camp
29:44d'entraînement
29:44juste derrière
29:45la frontière.
29:46Donc nous,
29:47on allait
29:48les ensole,
29:49on allait
29:49en territoire
29:50tunisien
29:50et on les ensole
29:52et ils venaient.
29:53Et quand ils étaient
29:54à hauteur
29:55au-dessus
29:56de notre antillerie,
29:57à ce moment-là,
29:58notre antillerie
29:58devait bombarder.
30:17Il y a aussi moi,
30:19ici.
30:22Priste saut,
30:23mais bon moral.
30:30Parfois,
30:31on passait
30:31dans des gorges.
30:41Dans les gorges,
30:42ça veut dire
30:43ce que ça veut dire.
30:45Chaque camion
30:45devait passer
30:46un tour de rôle
30:47avec une mitra
30:48à deux M30 dessus
30:49qu'on devait
30:51arroser
30:52pour passer.
30:54D'ailleurs,
30:55chaque fois
30:55que je portais,
30:56je faisais mon testament.
30:58Je disais,
30:58regarde,
30:59ça c'est pour la maman,
31:00tu prendras ça
31:01pour toi,
31:01tu donnes ça.
31:03Et pour moi,
31:04à chaque fois,
31:04c'était un voyage
31:05sans retour.
31:11On allait en Ambuscade
31:13et on avait un pont.
31:15Alors,
31:16c'était un passage
31:17obligatoire,
31:18donc on se camouflait
31:19là à pied
31:19pendant trois heures
31:20pour voir
31:21si les gens passaient.
31:24C'était des temps...
31:27Tu te rends compte
31:28qu'un ennemi
31:29vient en face.
31:32Alors,
31:34ben...
31:37C'est vrai.
31:40Il fallait le faire.
31:52C'est pas notre métier,
31:54mais c'était une mission.
31:56Et quand t'es en mission,
31:58tu accomplis la mission.
32:00Donc,
32:01on l'a fait.
32:02Bon.
32:05L'Algérie,
32:06c'est la France.
32:08Donc,
32:10quelque part,
32:13tu tues un ami,
32:14tu tues un frère,
32:17tu tues un parent.
32:20Moralement,
32:21ça touche quand même.
32:22Ça touche,
32:23touche.
32:23Alors,
32:24c'est pourquoi
32:24j'ai jamais voulu
32:26en parler à mes enfants.
32:30Il y a des choses
32:30que tu fais
32:31que tu ne faut pas dire.
32:33Ben ouais.
32:39On est brave,
32:40mais il y a des moments
32:40où on n'est pas brave.
32:42il y a pas que moi seul.
32:45Nous faisaient peur.
32:46Nous faisaient peur.
32:47Parce que ces jeunes-là,
32:48ils étaient sans pitié.
32:50Quand ils prenaient un français,
32:51bon,
32:52c'était la torture,
32:54c'était l'égardement.
32:55J'ai eu l'occasion
32:56de voir
32:57un gars
32:58qui avait fait la cravate.
33:00L'Arabe
33:01se sent juste
33:02sous le menton.
33:03Il passe la main,
33:04il point la langue
33:05et il tire.
33:06Il n'était pas mort.
33:08Il n'y avait rien
33:09d'autre à faire
33:09que de l'achever.
33:15pour un français égorgé,
33:1725 Algériens
33:18étaient exécutés.
33:21Les tortures,
33:22on le sait aujourd'hui,
33:23étaient monnaies courantes
33:24dans les deux camps.
33:28À 6 ans,
33:31les petits Français
33:32appelaient
33:33à arrêter
33:33trois petits Algériens
33:35entre 12 et 13 ans.
33:38Mais il y a eu
33:39un poste de garde.
33:42un poste de garde
33:43à tenir
33:44et démonse au bras
33:47avec les clous.
33:48Et il y a eu
33:48qui se passait derrière
33:49et il y a eu
33:49qui se passait
33:50et il y a eu
33:51tombé
33:51sur ce clous.
33:55et un lieutenant est obligé de faire des armées et renforcer dans la position
34:07de rebelle, colonisé mais rebelle.
34:13Se rebeller, désobéir, déserter, c'était risqué le mitard ou la cour martiale.
34:21Dans toutes les guerres, le sentiment patriotique, l'amour de la mère patrie l'emportait
34:26largement chez les soldats antillais. Mais pour l'écrivain martiniquais Raphaël Confiant,
34:33la guerre d'Algérie a agi sur eux comme un miroir.
34:38Je suis sûr qu'ils n'ont pas pu ne pas voir que les pieds noirs correspondaient peu
34:43au peau au béquet martiniquais. Ils n'ont pas pu ne pas voir que la masse des Algériens
34:49ressemblait à la masse des Martiniquais. Ils n'ont pas pu ne pas le voir, ce n'est
34:52pas possible.
35:04Ce sont des souvenirs, des photos souvenirs. Voilà une moucaire, des palmiers d'Algérie.
35:14C'est le quartier arabe. On voit les femmes musulmanes qui sont voilées. On était comme
35:23eux, on était de la colonie. On revenait du même statut en fait. Parce que le mode
35:32de vie là-bas se rapprochait d'ici. Il n'y avait pas d'électricité, il n'y avait
35:38pas d'eau à domicile. Il manquait beaucoup de choses. Mais pour l'Algérie, on retrouvait
35:45ce mode de vie. On trouvait les gens qui faisaient tuer à manger dehors, sur des cailloux.
35:50Nous aussi en Guadeloupe, c'était aussi comme ça à cette époque-là.
35:57Comme aux Antilles, la société algérienne est largement divisée. Dans les villes, les
36:04descendants des colons européens, qui représentent 10% de la population, vivent nettement mieux
36:08que les Algériens. Dans les blèdes, les jeunes hommes de basse terre ou du lamantin retrouvent
36:19pauvreté et inégalité. Une sensation familière.
36:26Il y avait un terrain de foot. Les arabes qui habitaient à côté, les jeunes, venaient jouer au foot avec
36:31nous.
36:32Un Algérien, il me dit, je dis que je suis français. Il me dit, tu es noir et tu es
36:37français.
36:39Je dis oui, mais il me dit, mais quand on est noir, on ne peut pas être français, on ne
36:43peut être qu'africain.
36:44Je dis, mais non, mais je suis français et je reviens de tel pays. Je reviens de la Guadeloupe, mais
36:48qui est très loin d'ici.
36:50Ils vous écoutent, ils demandent la Guadeloupe qu'on ne connaît pas.
36:57Un Algérien n'avait aucun pouvoir. Tout ce que je coutrayais avançait ce problème-là.
37:04Et on sentait que la rancune avec la France était ça.
37:08Dans toute colonie française déjà passée, ces mêmes processus-là, ces mêmes dominations-là,
37:21le regard en français à se coloniser, c'est un regard de mépris.
37:27En Indochine, c'était même des temps. En Afrique, c'est même des temps.
37:34Les Français, ils apprennent à vous à coucher.
37:47À Paris, les indépendantistes les plus radicaux estiment que le moment est venu pour les Antilles de ne plus vivre
37:53couché.
37:57Marcel Manville veut s'engouffrer dans la voie ouverte par les nationalistes algériens.
38:02Dans un hôtel parisien, Édouard Glissant, Albert Béville et Marcel Manville créent le front antio-guyanais pour l'autonomie, le
38:11Faga.
38:15Franz Fanon lui aussi sent que les vieilles colonies sont prêtes à se libérer du joug français.
38:20Il n'en sera pas témoin. Pas plus qu'il ne verra l'indépendance de l'Algérie.
38:26À 36 ans, Fanon meurt d'une leucémie, quelques jours après la publication de son œuvre capitale, Les damnés de
38:33la Terre.
38:34Un ouvrage alors interdit en France, pour atteinte à la sécurité de l'État.
38:47Clandestinement, Franz Fanon sera porté en terre algérienne par ses frères d'armes du FLN et inhumé dans un cimetière
38:53des martyrs de la guerre.
38:56L'importance de Fanon dans la guerre d'Algérie, c'est que ça nous rassure, nous les Martiniquais.
39:01Parce que ça nous montre que nous ne sommes pas que des soumis, que parmi nous, il y a des
39:05gens qui ont résisté et qui ont apporté au monde, à des peuples qui ne sont pas les nôtres, des
39:11choses très importantes.
39:14Ça gonfle notre égo, évidemment. C'est celui qui sauve l'honneur, en quelque sorte.
39:25Depuis son camp d'entraînement au Maroc, Daniel Buchmann écrit une lettre, hommage à Franz Fanon, destinée aux combattants de
39:32la guerre de libération algérienne.
39:37Fils d'un peuple lui aussi prisonnier du système français, je n'ai cessé de me sentir frappé, insulté, humilié,
39:48torturé, chaque fois qu'était frappé, insulté, humilié, torturé, un patriote algérien.
39:55Au seuil de cette année 1962, je formule le vœu sincère de voir très bientôt l'Algérie libre et je
40:05souhaite aussi que pour mon pays puisse enfin naître l'étincelle qui embrase, montagne, plaine, faubourg, incendie, salutaire ou ce
40:18fort solide comme l'acier, la vraie liberté.
40:42Le 5 juillet 1962, l'Algérie retrouve son indépendance, après 132 ans de colonisation française et 8 ans de guerre.
40:55Le jour de l'indépendance, avec des copains, on s'est habillé en six villes et on est allé voir
41:02comment la naissance d'une indépendance.
41:26Pour la majorité des soldats guadeloupéens et martiniquais, l'euphorie de la décolonisation algérienne n'a
41:33cependant rien de contagieux.
41:39Notre colonisation n'est pas comme celle des Algériens.
41:43C'est pas pareil, on n'est pas des personnes colonisées.
41:49On est des personnes déplacées.
41:52On est des personnes qui ont été capturées pour emmener dans un pays.
41:57Ce n'est pas comme les Algériens, ils ont leur langue, ils ont leur culture.
42:02Ben non, nous, c'est la force qui est responsable de nous.
42:06C'est celui qui a été nous chercher.
42:09C'est celui qui nous a mené ici.
42:10Et on est toujours là, on n'est pas comme les Algériens.
42:17Les Antilles, ces 600 000 habitants, ça ne fait pas un monde, ça.
42:24Il ne faut pas projeter et dire qu'on aura 16 pays de 60 millions d'habitants.
42:31On est 600 000.
42:33On sera toujours dépendant de quelqu'un.
42:37On sera toujours dépendant de quelqu'un.
42:49L'été 62, c'est surtout la fin des hostilités et le retour au pays.
42:55Vainqueur ou vaincu, peu importe, mais sain et sauf.
43:00J'arrive à Sainte-Anne chez mon papa.
43:04Tous les voisins, tout le monde m'attendait.
43:10C'est vrai.
43:13Et puis, ça pleurait.
43:14Je me suis dit, mais je suis là.
43:16Mais je suis là.
43:18Il ne faut pas pleurer.
43:19Je suis là.
43:20C'est un moment de mal.
43:21Et puis, je rentre dans la maison.
43:23Un monsieur qui a installé la radio, tout, tout, tout, son machin, musique.
43:29Et qu'est-ce qu'il joue?
43:33La Marseillaise.
43:37C'est mon père qui a demandé à jouer à la Marseillaise.
43:42Il était fier, mon père, de me voir revenir.
43:48Quand je suis arrivé, j'ai toujours un bon petit déjeuner avec les parents qui attendaient.
43:51C'était la fête.
43:53Vous avez combattu pour la France.
43:55On ne disait pas pour les Français, vous avez combattu pour la France.
43:59C'était ça.
44:01Tu as été en Algérie, tu as combattu pour la France.
44:03Ça, c'est formidable.
44:05C'est bien.
44:05C'est formidable.
44:11Selon notre coutume, quand on coûte son propre pays, on prend un morceau de terre, on met dans sa valise.
44:20On a tout l'espoir de retourner un jour.
44:24Et bien, avant de partir, j'ai pris un morceau de terre dans le seuil de la porte de la
44:30maison.
44:30Et je prends avec, j'ai mis ça dans ma valise et je suis retourné avec.
44:34Je l'ai mis là où j'avais pris.
44:45Plus que jamais, Alger est devenue la capitale de tous les espoirs.
44:51L'Algérie indépendante accueille les mouvements anticolonialistes et révolutionnaires du monde entier.
44:58Bien sûr, les Antillais sont là.
45:02Rappelez-vous cette phrase, lorsqu'on est musulman, on va à la Mecque, lorsqu'on est révolutionnaire, on va à
45:07Alger.
45:09Et effectivement, j'ai vécu cette période où il y avait une rue entière avec des délégations, mais du monde
45:14entier,
45:14de l'Irish Republican Army, des tigres otamoules, de l'ANC d'Afrique du Sud et même les Black Panthers.
45:24Alger accueille tous les révolutionnaires du monde et c'est ainsi que nous, nous créons le FLM, le Front de
45:32Libération Martinique.
45:33Nous sommes accueillis par Ben Bela, qui nous donne le feu vert, qui nous donne le local.
45:40Je suis le représentant, je suis payé mensuellement.
45:43Nous faisons des voyages.
45:45Des camarades font un long périple où ils rencontrent Che Guevara,
45:49parce qu'il y a le projet de faire la guérilla en Martinique et en Guadeloupe.
45:58Faire des Antilles françaises deux petits Cubains, c'est l'idée qui a germé à Paris
46:03et qu'il est temps pour certains de mettre en œuvre physiquement aux Antilles.
46:10Albert Béville, un des fondateurs du Faga, décide de se rendre en Guadeloupe
46:15pour structurer la lutte de libération nationale.
46:23Il décolle le 22 juin 1962.
46:29Penser pour en coloniser, c'est déjà une action.
46:33Et c'est déjà pour, dans le regard des institutions françaises,
46:38en les coloniser là, ça qu'ils ont pensé là,
46:42ils ont vu un danger, là-bas.
46:44Et il faut qu'ils coupent les détails.
46:48Arrivé au-dessus de basse terre, le Boeing disparaît des radars.
46:53La communication avec la tour de contrôle est perdue.
46:57L'avion a heurté une montagne.
47:00Il n'y a aucun survivant.
47:02Quelques années plus tard, une enquête conclura un accident.
47:06Mais la rumeur d'un sabotage a longtemps couru.
47:10Béville, il n'y a qu'à rentrer ici pour qu'à faire Kibitain.
47:14Pour monter en section à le front, en Tille-Guyane pour l'autonomie.
47:19Il est interdit de mettre Pierre en Guadeloupe.
47:24Donc on peut faire le lien de Cosa-Effert.
47:26Dans cet accident un peu suspect, mourant beaucoup d'étudiants martiniquais.
47:31Et parmi ces étudiants, il y avait des étudiants qui faisaient la liaison
47:35entre les militants étudiants de France et les militants martiniquais en Martinique.
47:43Aux Antilles, malgré la disparition de Béville et d'étudiants radicalisés,
47:48les autorités sont confrontées à la naissance de plusieurs groupes indépendantistes.
47:53Des menaces prises très au sérieux par les renseignements généraux.
47:59Présentés comme les héritiers de la révolution algérienne,
48:02leurs militants sont des étudiants et des militaires de retour du Djebel.
48:06Nombre d'entre eux prônent le recours à la lutte armée.
48:13En 1963, Serge Glaude rejoint les militants du Gong,
48:18le groupe d'organisation nationale de la Guadeloupe,
48:21la première organisation indépendantiste de l'histoire de l'île.
48:26Ce drapeau, l'âme du Gong et la Guadeloupe.
48:31Le vert, c'est ce qu'on a de plus en Guadeloupe.
48:35Le blanc, c'est pour séparer ça.
48:38Et l'influence de Cuba se retrouve ici.
48:42Parce que le drapeau de Cuba, c'est bleu, blanc, bleu.
48:48La colère gronde de nouveau.
48:50Et depuis l'accession de l'Algérie à l'indépendance,
48:53l'espoir est permis.
48:56C'est quand même, à l'image, à la mémoire,
48:59c'est l'énorme théâtre des injustices qu'il y a en Algérie.
49:05Mais en gros, c'est...
49:10La facilité du coup de feu, si on bouge,
49:13si on arabe...
49:16si on m'a loupé, si on m'a tenu curieux...
49:18C'est facile, ça.
49:20On ne peut pas.
49:23Apprécier ça. On ne peut pas vivre ça.
49:26Normalement, non.
49:27Ça me fout en boule.
49:32Vendredi 20 mars, le chef de l'État,
49:34pour la première fois depuis quatre ans,
49:36reprend contact avec les départements d'outre-mer.
49:40Contact chaleureux, bruyant, coloré.
49:42Certes, il y eut une fausse note à Point-à-Pitre
49:44de la part de ceux qui réclament l'autonomie de gestion.
49:47La réponse, on la connaît.
49:49Ce n'est pas le petit groupe ridicule qui est là,
49:52qui changera quoi que ce soit
49:54à la magnificence de cette manifestation.
49:58« Vive la France ! Vive la France ! »
50:05Au même mot, les mêmes remèdes.
50:08Pour éteindre l'incendie salutaire que Bookman,
50:11Serge Glaude et quelques autres appellent de leurs vœux,
50:14l'homme du 18 juin fait un retour triomphal.
50:18J'ai l'image de ce géant,
50:21avec son uniforme militaire et sa casquette,
50:24et j'ai l'image de tous ces gens impressionnés.
50:28Mon Dieu, comme vous êtes Français !
50:36Il y a eu une espèce de frisson
50:39dans cette population.
50:41Parce que c'est la première fois
50:43qu'un Français leur disait
50:45« Mais vous êtes comme moi ! »
50:47Et j'en suis content.
50:57Trois ans plus tard, en mai 1967,
51:00une agression va raviver les tensions raciales en Guadeloupe.
51:04Comme en décembre 1959 en Martinique,
51:07une manifestation dégénère en massacre.
51:13Après trois jours de confrontation,
51:15on dénombrera officiellement huit victimes.
51:19Pour quelques-uns aux Antilles,
51:21l'indépendance de l'Algérie
51:23a représenté un modèle et un folle espoir.
51:26Mais pour la majorité de la population,
51:29tout comme en métropole,
51:30la guerre d'Algérie,
51:31ce sont surtout des cercueils
51:32et des noms sur les monuments aux morts.
51:36À ce jour,
51:37le nombre exact de soldats antillais
51:39tombés pour la France en Algérie
51:41reste inconnu.
51:58Sous-titrage Société Radio-Canada
51:58de l'Algérie
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