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En novembre 2010, la fusillade du Clos-la-Rose marque un tournant dans l’histoire du narcobanditisme marseillais : un adolescent de 16 ans est tué et un enfant de 11 ans grièvement blessé sous des rafales de kalachnikov. À travers le destin de la famille Kessaci et les témoignages de policiers, magistrats et proches de victimes, découvrez comment les guerres de réseaux ont plongé Marseille dans une spirale de violence devenue incontrôlable.
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00:00A CIDADE NO BRASIL
00:30A CIDADE NO BRASIL
01:00Je pense que c'est des centaines de millions d'euros qui sont brassés chaque année dans la ville.
01:07Vous descendez la rue Paradis ou la rue Breteuil et à un moment donné vous sentez une odeur de cannabis.
01:11La ville est infiltrée de partout par les trafics de stupéfiants, effectivement.
01:15Et c'est vrai que sur le plan économique ça a fait vivre la ville, ça c'est certain.
01:21O ponto de baixa foi a fim dos anos 2000, começando em 2007, 2008, quando as pessoas
01:30começaram a se arrumar os contos de calibre.
01:34...
01:43Raremoslarda em algo mais só de mais...
01:45mais o mais claro.
01:48O problema é que quando o sang coulo, não é maisizado para a camisle.
01:53...fr этinate de conditions para os restos que Boudicie, 20 anos velv JSON.
01:58Um jovem de 20 anosти em-se cat Pad-Words est enojo de chorus de damage.
02:02do Hamoto. A vítima é o pequeno frere Damin Kessassi.
02:10Figura do quartier nord, o militante associativo e ecologista é de novo em deuil.
02:15Em 2020 já, ele perdeu brutalmente seu grande frere Braille, vítima de tir por arma-feu.
02:23Em deuil, uma segunda vez, é...
02:27É demais.
02:31E se prende a palavra hoje, é só dizer que meu frere é uma vítima innocente.
02:36Que meu frere não fez nada.
02:37Que meu frere não fez nada a ver com o combate, com a luta.
02:41Que meu frere não fez nada a ver com o combate.
02:44Que meu frere não fez nada a ver com o combate.
02:52E a pibra, porque meu frere não fez nada a ver com o combate, não fez nada a ver com
02:54você.
02:55Que o soldado é um choço...
03:26A CIDADE NO BRASIL
03:46A CIDADE NO BRASIL
04:05A CIDADE NO BRASIL
04:06A CIDADE NO BRASIL
04:08A CIDADE NO BRASIL
04:28A CIDADE NO BRASIL
04:40A CIDADE NO BRASIL
04:42A CIDADE NO BRASIL
04:59A CIDADE NO BRASIL
05:01A CIDADE NO BRASIL
05:10A CIDADE NO BRASIL
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05:47A CIDADE NO BRASIL
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06:00A CIDADE NO BRASIL
06:15A CIDADE NO BRASIL
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07:03A CIDADE NO BRASIL
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08:01A CIDADE NO BRASIL
08:11A CIDADE NO BRASIL
08:27TRANVOUS
08:27TREU MOI
08:29TREU
08:37Il y a une double sidération en fait.
08:40La première évidemment
08:41c'est l'âge des victimes
08:42parce que c'est la première fois
08:43à Marseille,
08:45que se prende à des mineiros.
08:56E, sobretudo,
08:57é o lugar de la fusilade
08:59porque Leclos é uma cidade
09:02bastante própria,
09:03não é um gato, não é enclamada.
09:05O métro é só à côté,
09:07há um colégio com bastante bons resultados,
09:09há um milho associativo que funciona.
09:14Mas, desde alguns meses,
09:16um rede se instalou
09:18e esse rede marche muito bem.
09:21Justamente porque a cidade
09:22é muito acolada.
09:24Nós preferimos ir buscar
09:26o chico ou a coque à La Rose,
09:28ou ao Cédro,
09:30ou à La Castellane.
09:35Eu sou o Roland Gauze,
09:37eu sou o presidente da Brigade
09:38dos Estupéfiants à la PJ de Marseille
09:40de 1990 e 1995.
09:43e director de esta polícia judiciaire
09:46de 2008 à 2012.
09:51Le fait qu'on tire
09:52comme ça à l'aveugle,
09:53presque à l'aveugle,
09:55sur un plan stup
09:56et sur des silhouettes
09:57des gens qui sont là
09:58sans les connaître,
10:00parce que là,
10:00on n'est pas sur le règlement de compte
10:02de M. Intel,
10:04de M. X,
10:05de M. Y ou de M. Z.
10:07Non, non,
10:08ce n'est pas quelque chose
10:09qui vise une personne en particulier.
10:11On vise le plan
10:12pour faire régner la terreur.
10:13Donc, on arrose
10:14à la Scarface.
10:16Il y a des douilles
10:17de 7,62 partout.
10:19Donc,
10:19c'est un point de bascule.
10:26Cette fusillade
10:27est devenue emblématique
10:29parce qu'on est passé
10:31en l'espace
10:32de quelques minutes
10:33pour les cités marseillaises.
10:34Elles sont devenues
10:35d'un cas préoccupant
10:37à urgentissime.
10:49Marseille est sous le choc
10:51après ce règlement
10:52de compte meurtrier
10:53lié au trafic de drogue.
10:54Les victimes sont très jeunes
10:56et personne ne comprend
10:57la violence de l'attaque.
10:58La guerre des bandes
11:00liée au trafic de stupéfiants
11:01a connu un nouvel épisode
11:03hier soir,
11:03épisode assez édifiant.
11:05Dans l'un des quartiers
11:06nord de la ville,
11:07un adolescent de 16 ans
11:08a été tué
11:08et un jeune garçon
11:10de 11 ans
11:11qui était apparemment
11:12utilisé comme guetteur
11:13a été lui-même
11:14blessé
11:15par une rafale
11:16de Kalachnikov.
11:21Les premières actions,
11:22évidemment,
11:22elles sont locales.
11:23Le maire de l'époque,
11:24Jean-Claude Gaudin,
11:25qui venait assez peu
11:26dans ces cités,
11:27a réclamé,
11:28évidemment,
11:28des renforts.
11:30Le maire de secteur
11:31qui était à l'époque
11:32Garof Zépian,
11:34maire socialiste
11:34des 13-14,
11:36lui lâche cette phrase
11:38« si les tragédies
11:39se perpétuent ici,
11:41c'est parce que
11:41l'État a abandonné Marseille ».
11:43Donc,
11:44ni une ni deux,
11:45le ministre de l'Intérieur
11:46de l'époque,
11:47Brice Hortefeux,
11:48débarque à Marseille.
11:50« Réunion à la préfecture,
11:51mais j'en avais fait d'autres,
11:53parce que souvent,
11:54du côté des politiques,
11:55on avait l'impression
11:56qu'il fallait faire
11:57un peu d'agitation,
11:58montrer qu'il fallait
11:59faire quelque chose,
12:00ce que je comprends
12:01parfaitement.
12:02Le pouvoir en place
12:03ne peut pas rester indifférent. »
12:06« Et à l'issue
12:07d'une réunion express
12:08en préfecture,
12:10il va annoncer
12:11toute une batterie
12:12de mesures. »
12:14« Marseille est la
12:15deuxième île de France,
12:17elle est donc,
12:17au plan national,
12:19au tout premier rang
12:21de notre occupation. »
12:22« Et surtout,
12:23il va dégainer
12:23l'opération Brénus.
12:25C'est rentrer
12:26dans les cités marseillaises,
12:27pilonner,
12:28ramasser tout ce qu'on trouve,
12:29drogue, argent, armes.
12:40Et aussi,
12:42faire pas mal de chiffres
12:43et montrer à la population
12:46qu'on ne laisse pas faire
12:48et qu'on travaille.
12:49Donc présence policière,
12:51arrivée de CRS,
12:52comme ça se fait régulièrement
12:53encore aujourd'hui,
12:55mais sans avoir d'illusion.
12:57Et on savait très bien
12:58que de toute façon,
12:58c'est pas ça
12:59qui allait faire stopper
13:00le trafic.
13:05Marseille,
13:05c'est la ville dont il fallait s'occuper
13:09au sujet de laquelle
13:10il ne fallait pas échouer.
13:12Tout le monde pourra faire le constat
13:13avec le recul
13:14que tous ces hommes politiques
13:15ont échoué à gérer
13:18le phénomène,
13:18de toute façon.
13:19vu l'importance de la ville de Marseille,
13:22l'importance du nombre de cités,
13:24l'importance de la consommation,
13:25de la demande,
13:27forcément,
13:28dans un lieu plus tranquille,
13:29le trafic allait se déplacer,
13:30ce qui s'est produit
13:31puisqu'il y a eu encore par la suite
13:33d'autres affrontements.
13:47La fusillade du Clos-la-Rose
13:49intervient en 2010,
13:51deux ans après la guerre
13:52qui a débuté entre deux fratries,
13:54celle des Hamada,
13:56dits les blacks,
13:57d'origine comorienne,
13:58et celle des Benglers,
13:59les Gitans.
14:09Là, on est du côté de Malpassé.
14:12C'est la porte d'entrée
14:13vers les quartiers nord.
14:25Le 13e arrondissement,
14:27c'est le plus peuplé
14:28et l'un des plus pauvres
14:29de Marseille.
14:32Au cœur de ce vallon,
14:33il y a quatre cités
14:34très proches les unes des autres,
14:36les oliviers,
14:38les cèdres,
14:39les lauriers
14:39et les cyprès.
14:50C'est un ensemble de cités
14:52assez pauvres
14:53qui a été construite
14:54dans les années 60-70.
15:01Elles sont parfois séparées
15:02d'une simple rue,
15:03on dirait une forêt,
15:04mais derrière ces noms bucoliques,
15:06il n'y a pas un brin d'herbre
15:07ou alors à fumer.
15:08Ce n'est que des blocs de béton.
15:14Un trafic de stupéfiants
15:16est mis en place
15:18par une fratrie,
15:19des frères Hamada,
15:20et qui vont être
15:21un petit peu dépassés
15:23par leurs voisins,
15:24les frères Benglères,
15:26qui vont vouloir
15:28prendre leur part du gâteau.
15:30Ils sont très ambitieux
15:31et très pressés.
15:36Ils ont grandi ensemble,
15:38ils grandissent
15:38dans les mêmes collèges,
15:40ils grandissent dans les mêmes écoles,
15:41ils jouent dans les mêmes clubs de foot.
15:42Ils ont fait du trafic ensemble
15:43dans la cité des cèdres
15:44qui n'existe plus maintenant,
15:45au Cèdre et au Cyprès.
15:46Ils ont travaillé tous ensemble
15:47et à un moment donné,
15:49peut-être sans doute
15:50la patte du gain,
15:51fait qu'on a envie
15:52d'être le Pablo Escobar
15:54du quartier
15:55et ça monte à la tête.
15:59Je m'appelle Sébastien Lothard,
16:01j'étais chef des stups
16:01à la PJ de Marseille
16:02de 2013 à 2021.
16:07Et à partir de là,
16:10c'est le conflit,
16:11pour eux le conflit à Marseille,
16:13le conflit commence toujours
16:14par la poudre
16:15et on se tue.
16:17Voilà, on se tue.
16:28Les premiers morts
16:29vont intervenir dès 2008.
16:31Les deux premières victimes
16:33sont comptabilisées
16:34dans le camp des Hamada.
16:39Leur épouse va être terrible,
16:42ça sera la tuerie
16:43de Sainte-Marthe.
16:48Cinq jeunes dans une voiture
16:51visée par des rafales
16:53de Kalachnikov,
16:54trois vont mourir.
17:00Dans la foulée
17:02de cette tuerie à Sainte-Marthe,
17:05un autre proche
17:06des Benglers
17:07sera tué
17:08sur le point de deal
17:10des olives
17:11à Marseille,
17:12dans le XIIIe aussi.
17:15Et c'est
17:15moins de dix jours
17:17après
17:17qu'intervient
17:18la riposte
17:19au polar rose.
17:39Les Hamada
17:40seront interpellés
17:42en 2015
17:42après le démantèlement
17:44de leur réseau.
17:53Mais entre-temps,
17:55les morts
17:55ne se sont pas arrêtés.
18:10L'un des temps forts
18:11du narcomanisme marseillais,
18:12ça a été évidemment
18:13cet assassinat
18:14qui s'est produit
18:15sous le tunnel
18:16Prado-Carenage
18:17qui relie
18:17le secteur est
18:18de la ville
18:19au secteur nord.
18:23Une folle fusillade
18:25éclate
18:25vers minuit et demi
18:26et c'est la première fois
18:28là,
18:28donc en 2015,
18:30qu'une fusillade
18:31éclate
18:31sur le vieux port
18:32à la Kalachnikov.
18:35Ce nouvel fusillade
18:36mortel
18:36à Marseille,
18:37deux hommes
18:38ont été tués
18:38par balle.
18:39La nuit dernière,
18:40selon les premiers éléments
18:41de l'enquête,
18:41ce règlement de compte
18:42serait lié
18:43au trafic de drogue.
18:45C'était la première fois
18:47qu'un règlement de compte
18:49s'était déroulé
18:50sous l'objectif
18:52de l'ensemble
18:53des caméras
18:53de surveillance
18:54du tunnel.
18:56Donc on y voit
18:56effectivement
18:57à ce moment-là
18:57une voiture,
18:59celle des tueurs
18:59qui en poursuit une autre,
19:00celle des victimes
19:01et une course-poursuite
19:03qui va se dérouler
19:06armes à l'épaule
19:07sur près de 2,5 km
19:08au milieu
19:11du flot de circulation.
19:19Je crois que c'était
19:20la première fois
19:22qu'un assassinat
19:23avait lieu
19:24sur ce secteur-là.
19:26Et cette première fois
19:26était dédiée
19:28à l'assassinat
19:29de ce narcotrafiquant
19:31qui était
19:32l'une des figures
19:33du business
19:34de la drogue
19:35à ce moment-là.
19:40Entre 2010 et 2016,
19:42on a comptabilisé
19:43une centaine de morts
19:44dont une vingtaine
19:45qu'on attribue
19:46à la guerre
19:47des Blacks et Gitans.
20:10Je pense que l'une des raisons
20:11qui peuvent expliquer
20:12que les choses
20:14sont devenues très violentes
20:15et très vite
20:16sur cette période
20:18des années 2010
20:20et suivantes donc.
20:21Et dû au fait que
20:22ces jeunes
20:23qui ont commencé
20:24à s'entretuer
20:25se sont rendus compte
20:26que le stup
20:27pouvait générer
20:27des sommes astronomiques.
20:32Bien plus élevées
20:33que celles
20:35que leurs prédécesseurs
20:36pouvaient engranger
20:37en gérant
20:38les machines à sous
20:39ou en faisant
20:40du stup
20:41à leur manière.
20:44Et chaque cité
20:45est devenue
20:46quelque part
20:47le théâtre
20:49d'affrontement
20:50parce que
20:50chaque cité
20:51était
20:52un point de vente
20:55qu'il fallait préserver.
20:57Et quand on a
20:58été en capacité
20:59d'assurer
21:00de manière forte
21:02la sécurité
21:03de son point de deal,
21:04il était naturel.
21:05On regarde
21:06à l'extérieur
21:08s'il était possible
21:10de récupérer
21:11un autre secteur
21:12d'implantation.
21:13Et à partir de là,
21:15un peu comme
21:16un effet boule de neige,
21:17la mécanique
21:18s'est emballée,
21:18la mécanique
21:19des règlements de compte
21:20s'est emballée.
21:28En parallèle
21:29de la guerre
21:30des blacks
21:30et des gitans,
21:31au même moment,
21:32mais un petit peu
21:33plus bas,
21:34dans le 14e,
21:35cité fond vert,
21:37c'est cette fois
21:38une famille
21:39qui va se déchirer,
21:40une très grande famille,
21:42les Tiremania.
21:50C'est une famille
21:51qui s'est implantée
21:52à Marseille
21:52dans les années 60.
21:54Un de leurs ancêtres
21:56a quitté l'Algérie
21:57pour s'installer
21:58à Marseille.
22:00Il y a ouvert
22:00une épicerie
22:01du côté de la Busserine.
22:03Les cousins
22:04sont venus
22:05petit à petit.
22:07La famille s'est agrandie,
22:09les familles
22:09se sont agrandies,
22:10ces familles sont unies
22:11par plusieurs mariages.
22:14Puis,
22:15c'est un des neveux,
22:16Saïd Thier,
22:17qui va reprendre
22:19l'épicerie,
22:20mais pour y développer
22:22un trafic
22:23de stupéfiants.
22:26Le formidable
22:27dans cette histoire,
22:28c'est que ces deux familles
22:29sont des grosses familles
22:31marseillaises.
22:3295 %
22:34c'est des gens
22:35très bien.
22:36Mais on a
22:37quelques branches
22:37qui ont choisi
22:39le côté obscur,
22:40qui ont choisi
22:40de faire
22:41dans le trafic
22:42de stupes.
22:43pour s'enrichir
22:44très rapidement.
22:50Saïd Thier,
22:51ce n'est pas n'importe qui
22:52dans les quartiers nord,
22:53c'est une personnalité.
22:54C'est un des premiers
22:55qui a monté
22:57un business
22:58de drogue.
22:58à l'époque,
22:59fond vert,
23:00c'est un petit réseau
23:01qui fonctionne très bien,
23:03peut-être équivalent
23:04à la Castellane
23:05à l'époque.
23:08Ils sont ensemble
23:11dans ce vase clos
23:12et ils se partagent
23:14ce plan de stupes
23:16qui est un plan,
23:17un des plus gros plans
23:18de Marseille.
23:19Mais ils se partagent
23:20et le partage
23:21se passe mal.
23:22et ils commencent
23:23à s'entre-tuer.
23:34Et là,
23:36très franchement,
23:37ça devient
23:38du grand n'importe quoi.
23:40C'est-à-dire que,
23:41des fois,
23:42deux flingages
23:43en huit jours.
23:44On a,
23:45sur une fratrie,
23:47on a six morts.
23:49Six morts d'une fratrie.
23:51Cinq morts
23:52de l'autre côté.
24:09Et pendant
24:10une dizaine d'années,
24:11les uns et les autres
24:12vont s'entre-tuer.
24:13Donc,
24:13personne n'avouera
24:14qu'il s'agit
24:14d'une guerre familiale.
24:15Évidemment,
24:16c'est une construction
24:17policière et journalistique.
24:19Il se trouve
24:20qu'il y a des cadavres
24:21des deux côtés
24:21et ils s'appellent
24:22« Eredmania et tir ».
24:47Le monde de la drogue,
24:48c'est un monde
24:49où tout le monde
24:49peut trahir tout le monde.
24:51Tout est intéressé,
24:54tout est argent,
24:55tout est question
24:56de fric
24:57et il n'y a pas
24:58de sentiments
24:58qui tiennent.
24:59Ça explique peut-être,
25:01d'ailleurs,
25:01pourquoi un certain nombre
25:03de victimes,
25:03on les retrouve
25:05mortes,
25:05une balle dans la tête
25:06sur le siège passager
25:07avant d'une voiture,
25:10éventuellement calcinée,
25:11parce que la victime
25:11monte en confiance
25:12dans le véhicule
25:13avec un ou deux individus
25:15qui sont des potes.
25:17Et finalement,
25:17celui qui est derrière,
25:18il va lui mettre
25:19une balle dans la tête
25:19parce qu'il faut l'éliminer.
25:21« Franchement,
25:24on a tous les cas de figure,
25:26des équipes à tiroir
25:27qui sont amies
25:29cette semaine
25:30et qui la semaine prochaine
25:31vont se déclarer
25:32une guerre ouverte.
25:34On a des règlements
25:36de comptes personnels,
25:38on a des fois
25:38des inimitiés
25:39qui se créent
25:40sur des mauvais regards
25:40ou sur des histoires
25:42de femmes
25:43ou sur des histoires
25:44de belles voitures
25:45qu'on s'est volées,
25:46etc. »
25:47Malgré des liens
25:48de proximité,
25:50d'amitié,
25:52on peut à un moment
25:53se tuer
25:55parce qu'il faut montrer
25:57qu'on est capable
25:57de tout,
25:58du pire,
25:59pour rester crédible
26:00dans ce milieu terrible.
26:02« Alerté par le nusraillage
26:03et la réunition d'ici
26:04ramasse des goûts
26:05de kalachnikov
26:06et un chier les cartes
26:07depuis les charsis. »
26:10« Pour les premiers
26:11règlements de comptes,
26:12la presse se déplaçait
26:13massivement
26:15sur les lieux.
26:18Et puis très vite,
26:19vu les enchaînements,
26:23les télés
26:23ne se sont plus déplacées.
26:24La Provence
26:25était toujours là.
26:27Mais alors
26:27qu'on consacrait
26:29une, deux,
26:30voire trois pages
26:31au début
26:32sur ces morts,
26:34notamment le Clos-la-Rose,
26:35c'est quand même
26:37une vendetta emblématique.
26:40Je crois que pendant
26:41deux, trois jours,
26:41on a fait deux pages
26:43chaque fois
26:44pour témoigner
26:45de l'émotion.
26:47Mais plus les années avancées,
26:49plus les morts
26:50s'accumulaient,
26:51plus les victimes
26:52devenaient anonymes
26:53et dans les journaux,
26:54c'était un règlement
26:55de comptes de plus
26:56et on n'écrivait plus
26:57une page entière
26:58mais ça devenait une brève.
27:08Au début,
27:09on est effrayé
27:10puis finalement,
27:12au fil du temps,
27:12on dit que ça avait
27:13presque partie
27:13de la vie marseillaise.
27:17Et on l'a vu
27:18encore plus nettement
27:20dans les années
27:21qui ont suivi
27:23jusqu'aux années 2020
27:24qui étaient des années
27:25où on a encore plus tué
27:27qu'à mon époque.
27:29Des corps déchiquetés,
27:30j'en ai vu beaucoup
27:32et finalement,
27:33je ne sais plus
27:33qui c'était,
27:35je serais incapable
27:36de dire qui c'était,
27:38pas de nom marquant.
27:41Voilà,
27:41donc on s'habitue.
27:43Sauf à monter
27:44encore une fois de plus
27:46d'un cran
27:47dans l'horreur.
27:49Quand un gamin
27:50de 15 ans
27:51sera tué
27:52puis brûlé,
27:53c'est une étape
27:54supplémentaire
27:55dans l'horreur.
28:02Mais les morts
28:04qui se succèdent
28:04comme ça,
28:05qu'ils aient 15,
28:0516, 17,
28:0618 ans,
28:07après,
28:10ça devient malheureusement
28:11une banalité.
28:12Je ne dis pas
28:12qu'on s'y habitue
28:14parce qu'on ne s'y habitue
28:16jamais,
28:16mais on a appris
28:17à vivre
28:18et à faire avec ça.
28:39En l'espace d'une semaine,
28:41c'est la quatrième fusillade
28:43à Marseille
28:43de probables règlements
28:44de comptes
28:45sur fond de trafic de drogue.
28:47Victimes de règlements
28:48de comptes
28:48liés au trafic de drogue,
28:50encore un règlement
28:50de comptes
28:51à Marseille.
28:54Le terme de règlement
28:55de comptes
28:55a un peu le pouvoir
28:55de salir les victimes
28:56parce qu'on se dit
28:57qu'elles ont trempé
28:58dans le trafic
28:59et quelque part,
29:00elles le méritent.
29:04Ça se passait surtout
29:05dans les quartiers nord,
29:05ces quartiers qu'on ne voulait
29:06pas voir,
29:06notamment sous
29:08les mandats successifs
29:09de Jean-Claude Godin.
29:11Donc,
29:12ça n'empêchait pas
29:13forcément les gens
29:14de dormir.
29:20Les choses se passent bien.
29:22Certes,
29:23il y a cette abondance
29:25de règlements
29:27cruels
29:28de tueurs
29:29entre eux
29:30qui trafiquent
29:30la drogue
29:31ou d'autres choses.
29:32Ce sont des voyous
29:33qui se tuent entre eux.
29:35La population
29:36observe ça,
29:37nous le déplorons,
29:38mais pour autant,
29:39nous prenons pas le deuil.
29:42C'est comme ça
29:43qu'il y a une forme
29:44presque malheureusement
29:46d'acceptation,
29:47de dire
29:47bah oui,
29:48c'est une histoire
29:48de cité.
29:49Le même crime
29:50qui se commet
29:51en plein quartier
29:52bourgeois
29:53ou qui se commettrait
29:54sur le vieux port
29:55susciterait une émotion
29:56bien supérieure.
29:57Finalement,
29:58ça se passe entre eux.
30:01Et finalement,
30:02ça permet d'excuser
30:03ou d'accepter.
30:05On se sent pas
30:05vraiment concerné.
30:15J'ai évidemment
30:16rencontré
30:16des familles
30:17de victimes
30:18lors des procès.
30:20C'est effroyable
30:21surtout quand
30:22avec cette horrible
30:23méthode du barbecue,
30:25elles récupèrent
30:26plus des corps.
30:29Ça,
30:30ça a eu
30:30un impact
30:31très important,
30:32cette nouvelle mode
30:34à Marseille.
30:35Parce que
30:36récupérer le corps
30:37de son enfant,
30:38tuer du mal
30:39dans la tête
30:40ou ailleurs,
30:41c'est déjà
30:42une épreuve.
30:44Mais récupérer
30:46un bout de charbon
30:47ou alors
30:49un corps coupé en deux
30:49par des rafales
30:50de Kalachnikov,
30:53c'est encore
30:54autre chose.
30:54Et ça,
30:55je pense qu'on
30:55ne le mesure pas.
30:56L'impact
30:57que ça peut avoir
30:59sur ces familles,
31:00sur les petits frères
31:02qui restent
31:04avec des parents
31:05totalement impuissants.
31:22Je suis arrivée
31:23en France
31:23en 1987.
31:25Pour moi,
31:26Marseille,
31:27c'était
31:27un rêve.
31:31Je voulais
31:32continuer mes études
31:34d'ici faire
31:35beaucoup de belles choses.
31:37J'avais beaucoup
31:37de projets.
31:43Mon papa,
31:44il était responsable
31:45d'une bibliothèque
31:46à la mairie
31:47et mon frère
31:48était procureur.
31:50Donc,
31:50j'étais quand même
31:51élevée
31:51chez une famille
31:54carrée.
31:55Et j'essayais
31:56de donner
31:57la même éducation
31:59que j'ai,
32:00moi,
32:00que j'ai eue.
32:01J'ai essayé
32:02de la transmettre
32:03à mes enfants.
32:06Je m'appelle
32:07Oassila Benhamdi.
32:09J'ai perdu mon fils,
32:10Brahim,
32:10à cause de la drogue.
32:16À Frévalon,
32:17c'était en 1998.
32:21C'est une amie à moi
32:23qui m'a proposé
32:24un appartement.
32:26J'ai accepté.
32:35Et j'habitais
32:36là-bas,
32:37on va dire,
32:3814 ans,
32:3915 ans.
32:45Mon seul regret
32:47depuis que je suis
32:49arrivée en France,
32:51c'est d'avoir
32:52accepté
32:53à mon amie
32:54qui m'a proposé
32:56l'appartement
32:57à Frévalon.
32:58Oui,
32:58je le regrette
32:59vraiment,
33:00vraiment,
33:00vraiment.
33:05La vie
33:06dans Frévalon,
33:06c'est une vie
33:08qui, finalement,
33:09est plutôt banale.
33:12Je m'appelle
33:12Amine Kessassi,
33:13j'ai 21 ans
33:14et le 29 décembre 2020,
33:16à cause de la drogue,
33:17j'ai perdu
33:18mon grand frère,
33:18Brahim.
33:22En fait,
33:22les cités,
33:22on peut voir ça
33:23comme des grandes familles.
33:24Parfois,
33:25on s'entend mieux
33:26avec certains
33:26que d'autres.
33:28Parfois,
33:28on s'amuse,
33:29on fait des fêtes,
33:29on rit,
33:31on profite,
33:32on vit.
33:33Et parfois,
33:34on est en deuil.
33:34Parfois,
33:35c'est un peu plus compliqué.
33:47Brahim,
33:48il est arrivé
33:48à Frévalon
33:49à l'âge
33:50de 6 mois.
33:52Il a grandi
33:53à Frévalon,
33:54il a fait
33:54le maternel
33:55à Frévalon,
33:56il a fait
33:56l'ECP
33:56à Frévalon,
33:57il a fait
33:58l'école à Frévalon,
33:59il a fréquenté
34:00les jeunes
34:00de Frévalon.
34:03Je travaillais,
34:04je rentrais,
34:05bon,
34:06vers 17h,
34:0718h,
34:08à l'âge de 14 ans.
34:09Brahim,
34:09je le trouvais pas
34:10à la maison,
34:11donc il faisait pas
34:12ses devoirs.
34:13Et donc,
34:13je ressors
34:14pour chercher mon fils.
34:16Donc,
34:16je le voyais
34:17avec les jeunes
34:18qu'ils avaient
34:19pas son âge
34:20et pour moi,
34:23ces jeunes,
34:23ils étaient déjà
34:25déscolarisés,
34:25donc pour moi,
34:26c'était pas
34:27une bonne fréquentation.
34:31Donc,
34:32à ce moment-là,
34:32je commençais
34:33à avoir peur.
34:35On a su
34:36ce qu'il faisait
34:37et maman
34:38l'a combattue
34:39comme elle pouvait.
34:42et elle se bat.
34:44Elle se bat,
34:44elle essaye
34:44de faire sortir
34:45mon frère,
34:46de l'envoyer
34:47parfois en Algérie,
34:48parfois même
34:49en appelant la police.
34:50Mon fils,
34:51il est en bas
34:51de l'immeuble,
34:52j'y arrive pas,
34:53j'ai essayé
34:53et j'arrive pas
34:54à le faire sortir.
34:55En prenant sa voiture
34:56le soir,
34:57elle nous mettait
34:57mon petit frère
34:58et moi à l'arrière,
34:59elle faisait le tour
34:59de toutes les cités
35:00pour aller le chercher
35:01et essayer
35:01de le refaire un tri.
35:02En fait,
35:03elle a essayé,
35:04elle s'est battue.
35:07Quand la République
35:08n'arrive pas
35:09à garantir
35:10la protection
35:10de ses enfants,
35:11c'est pas
35:12ces petites mères
35:12dans les cités
35:13qui vont arriver
35:14à tenir
35:15ses enfants
35:16dans les maisons.
35:19La rue,
35:19elle est tellement forte,
35:20elle est tellement
35:21omniprésente
35:22dans leur vie
35:22qu'ils ont beau
35:24être 15 minutes
35:25à la maison
35:25tenus par les mamans,
35:27ils trouveront
35:27quoi qu'il arrive
35:28le moyen
35:28de s'échapper.
35:31Et de là,
35:32moi j'ai quitté
35:33Frévalon.
35:34Donc je voulais pas rester
35:35par rapport
35:36à mon fils.
35:38Donc je suis partie
35:39au Chartreux,
35:42il faisait son collège
35:43normal,
35:44il allait au collège,
35:45une vie normale,
35:47mais par contre,
35:48quand il sort
35:48du collège,
35:50au lieu qu'il rentre
35:51directement à la maison,
35:52il va aussi vers,
35:53bon,
35:54pas tous les jours,
35:55mais il allait quand même
35:55souvent vers Frévalon.
35:58Pour lui,
35:59Frévalon,
35:59c'est sa vie,
36:00c'est son quartier,
36:01c'est ses amis,
36:03pour lui,
36:04tous les gens
36:05qui sont à Frévalon,
36:06c'est ses cousins,
36:07c'est le sang,
36:08comme ils disent à Marseille,
36:09c'est, voilà,
36:10ses frères,
36:10soeurs,
36:11voilà.
36:11Et finalement,
36:12il faut qu'on comprenne une chose,
36:13ces jeunes,
36:13quand ils tombent dans la drogue,
36:14c'est pas pour tout le monde
36:15une raison économique.
36:16Nous,
36:17on avait une mère
36:17qui se levait,
36:18qui allait travailler,
36:19qui a travaillé dans la restauration,
36:20dans le ménage,
36:21qui a fait un tas de choses
36:22pour éviter qu'il nous manque
36:24quoi que ce soit.
36:25Et en fait,
36:26parfois,
36:26c'est aussi des jeunes
36:28qui se sentent isolés,
36:30qui se sentent marginalisés,
36:31qui ne se sentent pas à leur place,
36:33que ce soit,
36:33un,
36:33dans la fratrie,
36:35et deux,
36:35dans la société.
36:36Et c'était beaucoup
36:37le cas d'Obrahim.
36:43Et c'est ce qui,
36:44d'ailleurs,
36:45explique que dans les cités,
36:46et heureusement,
36:47pas tout le monde
36:48ne tombe dans la drogue.
36:49Ça se peut que ce soit
36:50un frère dans une fratrie,
36:52un frère dans une maison,
36:54enfin,
36:54une personne,
36:55et pas toute une famille.
36:57Et ça,
36:57ça déconstruit clairement
36:59cette obsession de la société
37:00de nous expliquer
37:01que ça serait
37:02une responsabilité des parents,
37:03une responsabilité des mamans.
37:07Il disait toujours
37:08« Oui, moi, maman,
37:11je regrette,
37:12pourquoi tu es partie
37:13de Frévalon ?
37:14J'aurais aimé rester. »
37:16Donc, pour lui,
37:17c'était vraiment
37:19Frévalon,
37:19c'était sa vie.
37:29On fait croire
37:30à ces gens
37:31qu'ils n'ont plus de famille,
37:32que tout le monde
37:33est contre eux,
37:34que la société
37:34ne leur veut pas du bien,
37:35que la police est contre eux,
37:37que l'État est contre eux,
37:38que l'école,
37:38ce n'est pas notre place.
37:40Le réseau travaille
37:42tout ça dans un inconscient
37:44pour finalement expliquer
37:45aux jeunes
37:45que la seule possible
37:46qu'ils aient
37:47c'est le trafic de drogue,
37:48les seuls à pouvoir,
37:49et parfois c'est peut-être vrai,
37:51les seuls à pouvoir
37:51les payer en fin de journée
37:53comptant cash,
37:54c'est le trafic de drogue.
37:56Dans les quartiers,
37:56ce n'est pas Pôle emploi
37:57qui vient sauver les jeunes,
37:58c'est Pôle réseau.
37:59C'est le trafic de drogue
38:00qui peut garantir
38:02d'être payé
38:03à la fin de la journée.
38:06Et donc tout ça,
38:07ça crée dans l'inconscient
38:09de ces jeunes
38:10en quelque sorte
38:11un sentiment d'appartenance,
38:13d'appartenir à cette communauté-là,
38:15d'appartenir à ce groupe-là,
38:16c'est mes amis,
38:17c'est ma famille,
38:17c'est eux qui m'ont dépanné
38:18quand j'avais besoin.
38:21Il y a vraiment tout un travail
38:23qui est fait
38:23pour avoir une emprise totale
38:25et morale surtout
38:26sur ces enfants.
38:37Le 29 décembre,
38:39je dormais.
38:41Le 30,
38:42j'étais travaillée,
38:44comme d'habitude.
38:47Vers les coups
38:48de 15h, 15h30,
38:51j'ai reçu un coup de fil
38:53de son ex.
38:55Elle m'appelle,
38:56elle me dit
38:56« Tata, Tata,
38:57Reda est morte. »
38:58Je dis
38:59« Il y a une deuxième personne
39:00avec lui ? »
39:01Je dis « Oui. »
39:02Et je dis
39:04« Pour toi,
39:04c'est Brahim ? »
39:06Elle me dit
39:06« Je ne sais pas,
39:07je ne sais pas. »
39:08Et ils ont trouvé
39:09trois traces de son.
39:11Elle m'a dit comme ça.
39:13Donc, pour moi,
39:14c'était mon fils.
39:16J'ai compris
39:16parce qu'il était avec lui.
39:18Il est sorti vers
39:1921h30
39:19et il était avec lui.
39:21Donc, pour moi,
39:22c'était Brahim.
39:27Donc, quand même,
39:28j'avais un espoir.
39:29Je me suis dit
39:30« Peut-être,
39:30c'est pas Brahim.
39:31Pourquoi Brahim ? »
39:39Donc, j'ai passé
39:40une nuit horrible.
39:42Bon, une nuit,
39:43je n'ai pas dormi.
39:44Pour moi,
39:45dès que j'entends
39:45un petit bruit
39:46ou à l'extérieur
39:47ou à l'intérieur,
39:48« Ah, c'est Brahim qui arrive.
39:49C'est Brahim qui est là. »
39:51Et ce n'était pas le cas.
39:52Donc,
39:54j'ai compris
39:54que j'ai perdu mon fils.
40:02Ça a duré près de neuf jours
40:05entre le temps
40:06où on a appris
40:07ce décès
40:08et le temps
40:09où les corps
40:09étaient réellement identifiés
40:11puisqu'ils ont été
40:12retrouvés calcinés
40:13dans ce véhicule
40:14qui a brûlé
40:15toute la nuit.
40:15Ces huit jours
40:16d'identification du corps,
40:18c'était huit jours
40:18où je ne dormais pas
40:21et huit jours
40:21où mon téléphone
40:23était devenu
40:23ma seule obsession.
40:24« Mon frère va m'appeler »
40:26et c'était l'immortel.
40:27« J'avais une belle vie,
40:35j'avais une vie
40:36pleine d'amour,
40:37pleine de belles choses.
40:39Dommage, malheureusement,
40:41ils m'ont tout, tout, tout, tout gâché.
40:45Ils ont ôté
40:46la vie de mon fils.
40:47C'est comme
40:48ils ont arraché
40:51mon cœur
40:52de sa balance.
40:53Voilà.
40:59Ça ne se surmonte pas
41:00à 17 ans
41:01de perdre
41:03de cette façon
41:04la figure paternelle
41:05de la maison.
41:06C'était Braille
41:07et ça,
41:08ça ne se surmonte pas.
41:09Ça ne se surmonte pas
41:11et à la fois,
41:13il nous a accompagnés
41:15vers ça.
41:16Il nous a accompagnés
41:17vers ça.
41:19Il y a eu
41:20ce premier accident
41:22où il se fait tirer-tu
41:23ou c'est compliqué
41:24ou c'est assez grave.
41:26il se fait opérer.
41:27Il a quand même
41:28reçu huit balles.
41:29Il a survécu
41:30à ces huit balles,
41:31des opérations,
41:32des greffes.
41:33Par la suite,
41:35il a commencé
41:36parfois à me donner
41:37une de ses vestes,
41:38parfois à me donner
41:40une de ses paires
41:40de chaussures,
41:41à donner la même chose
41:42à mon petit frère,
41:43parfois une veste,
41:43parfois un pantalon.
41:45Et en fait,
41:45il avait commencé
41:46en quelque sorte
41:46à nous préparer
41:48à ce départ.
41:51La complexité,
41:52c'est que quand
41:53tu es Marseillais,
41:54que tu connais les gens,
41:55que tu connais les noms,
41:56que tu as vu des choses,
41:57que tu as été témoin
41:58de scènes,
41:59que tu deviens
41:59en quelque sorte
42:03une trace,
42:04une preuve,
42:06un point
42:07de l'histoire
42:07des réseaux.
42:09Et comme à chaque fois,
42:10comme dans toutes les guerres
42:11d'ailleurs,
42:12parfois il faut éliminer
42:13des preuves,
42:14il faut éliminer
42:14des moments
42:16de l'histoire
42:16pour reprendre
42:18de la force.
42:19Et puis ces réseaux,
42:21c'est uniquement
42:22la loi du plus fort.
42:27Et je pense
42:27qu'ils le savaient
42:28dès le début.
42:29Dès le début,
42:30ils savaient que
42:35la drogue,
42:36ça te bousille ta vie.
42:37Tu y touches une fois,
42:39tu touches une fois
42:40au réseau
42:41et jamais
42:41ils te laissent partir.
42:49La première année
42:50qu'il s'est fait
42:51de mon fils,
42:51j'attendais ce procès
42:53avec impatience.
42:55Et là,
42:55plus ils s'approchent,
42:57plus j'ai peur.
42:58Pourquoi j'ai peur,
42:59je ne sais pas,
42:59en fait,
43:00d'affronter peut-être
43:02les tueurs
43:03de mon fils.
43:04Je sais qu'ils sont
43:04de Marseille,
43:05c'est tout ce que je sais.
43:08Donc aussi,
43:08j'aimerais bien savoir
43:09pourquoi ils sont
43:10devenus comme ça.
43:12C'est pour ça
43:13que j'ai peur.
43:14J'ai peur
43:15parce que de les juger
43:16comme ça,
43:17c'est vrai,
43:17ils ont tué mon fils,
43:19mais quand même,
43:20c'est un acte
43:24violent,
43:25même pour eux,
43:26parce que,
43:27pour moi,
43:28un jeune
43:29qui arrive à tuer,
43:31à brûler un corps,
43:32c'est que vraiment,
43:33il n'est pas normal
43:33ou lui aussi,
43:35il est maltraité.
43:37Pourquoi ils sont
43:37devenus comme ça ?
43:40Et si je vois vraiment
43:41je vois vraiment
43:43que c'est des jeunes
43:44victimes des quartiers
43:46ou victimes de la société,
43:49je peux leur pardonner.
43:53Ouais.
43:54Je peux leur pardonner.
43:55Ça me fait mal,
43:57mais je peux pardonner.
44:08je peux leur pardonner.
44:11Je peux leur pardonner.
44:12Je peux leur pardonner.
44:28Tchau, tchau.
45:03Tchau, tchau.
45:33Tchau, tchau.
45:58Tchau.
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