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Juin 1955. Un an après la bataille de Diên Biên Phu et le retrait des troupes françaises du Tonkin, le capitaine Paul Belmont est envoyé seul pour identifier et retrouver l'emplacement des tombes des soldats français tombés sur le champ de bataille. Aux prises avec un terrain hostile et malgré les obstacles à sa mission, Belmont va faire ressurgir la mémoire de ses anciens camarades, ainsi que les traces de la dernière grande bataille de l'armée française. En s'appuyant sur le rapport de cette quête, rédigé par Belmont, et de nombreuses images d'archives, ce documentaire fait ressurgir la mémoire de ceux dont on parle peu, les morts au combat.
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00:00:30La bataille a duré 55 jours, dans une vallée de 16 kilomètres de long sur 8 de large.
00:00:37De jour comme de nuit, sous la pluie comme par une chaleur accablante,
00:00:41le Viet Minh a étouffé mètre par mètre la garnison française de Dien Dien Phu.
00:00:50Du 13 mars au 7 mai 1954, plus de 3 000 tués au combat et 8 000 disparus.
00:00:57Une des pires défaites de l'armée française.
00:01:05Un an plus tard, un homme va être chargé d'identifier les milliers de dépouilles abandonnées sur le champ de
00:01:12bataille.
00:01:14Seul au milieu des morts, il est leur dernier espoir de recevoir une sépulture.
00:01:37Je m'appelle Belmont, capitaine Paul Belmont.
00:01:40J'ai 46 ans.
00:01:42J'étais là à Dien Bien Phu, au plus fort de la bataille.
00:01:48Fait prisonnier, j'ai survécu au camp du Viet Minh pour prendre en charge le bureau des sépultures à Saïgon.
00:01:57C'est moi que l'état-major a choisi pour une mission très singulière.
00:02:03La ferme avait été clairement définie, reconnaître les cimetières sur le champ de bataille et identifier les tombes dans la
00:02:10mesure du possible.
00:02:13En d'autres mots, retrouver la trace des milliers de soldats morts au combat.
00:02:17Une tasse si colossale qu'elle semble impossible à réaliser.
00:02:25L'opération est montée grâce à l'obstination du général Gambiez, le chef d'état-major du commandant en chef
00:02:31à Saïgon.
00:02:33Il a convaincu les autorités françaises de l'urgence à revenir sur les lieux de la bataille pour permettre aux
00:02:39familles de faire leur deuil.
00:02:41Il semble en faire une affaire très personnelle.
00:02:47Les accords de Genève, qui mettent fin à la guerre, autorisent les deux camps à identifier les sépultures de leurs
00:02:53soldats.
00:02:55Après d'âpres discussions avec les Nord-Vietnamiens, une mission est mise sur pied en mai 1955.
00:03:02Seule une poignée d'officiers est dans la confidence, et les archives militaires n'en garderont que peu de traces.
00:03:13À travers cet épisode totalement inconnu, le capitaine Belmont s'apprête à replonger dans ce coin d'enfer et ses
00:03:21souvenirs douloureux.
00:03:33Parti de Saïgon par avion, à destination d'Hanoï.
00:03:37Le 4 juin 1955, j'ai atterri à l'aéroport de Vialam, désormais en territoire vietmine.
00:03:46Ensuite, un appareil plus petit m'a conduit au Laos.
00:03:49D'abord, Vienziane, puis la plaine des Jars.
00:03:56À Saïgon, l'officier en charge de la mission avait attiré mon attention sur plusieurs noms de soldats disparus,
00:04:03à identifier en priorité.
00:04:07Parmi eux, figurait celui du sous-lieutenant Alain Gambiez, tué au combat à Dien Bien Phu.
00:04:14C'était le fils du général qui s'était tant battu pour la mission.
00:04:19Et la mère d'Alain souhaitait donner une sépulture décente à son enfant.
00:04:25J'ai rapidement compris qu'il s'agissait d'un objectif prioritaire.
00:04:31Le 8 juin 1955, à 13h, c'est au tour d'un hélicoptère de me prendre en charge.
00:04:38Le plafond s'est légèrement élevé et nous tentons le vol pour Dien Bien Phu.
00:04:47Un an après, je pose le pied sur le site de la bataille.
00:04:51Un endroit que je ne pensais jamais revoir.
00:05:07Tout à l'heure, en me quittant, le pilote m'a serré la main.
00:05:11Il m'a confirmé qu'il reviendrait 15 jours plus tard, si la météo le permettait.
00:05:19Le temps imparti est court, car il va falloir composer avec la mousson et les mines laissées sur place
00:05:26et qui tuent encore paysans et animaux domestiques.
00:05:33Je suis entouré par des populations Thaï et Méo, descendues des collines
00:05:38et qui donnent un semblant de vie à l'ancien champ de bataille.
00:05:44L'autorité civile locale me reçoit, encadrée de quelques soldats.
00:05:56Je suis logé dans une paillotte au sud de Dien Bien Phu.
00:06:01Mes bagages ont été soumis à une fouille minutieuse
00:06:04et aucun recoin n'a été oublié par les soldats qui cantonnent à proximité.
00:06:11Pas des gardiens, mais presque.
00:06:17Le délégué local m'assure de toute l'aide possible de la population.
00:06:21Il m'informe alors que les recherches ne commenceront que dans deux jours,
00:06:25car demain est un jour férié.
00:06:29Une tradition locale.
00:06:31La fête des fantômes et la célébration des âmes errantes.
00:06:38À cette occasion, on offre aux morts un repas copieux
00:06:42pour l'au-delà, m'explique-t-il.
00:07:01Un jour passe.
00:07:04Deux jours.
00:07:06Deux nuits.
00:07:10Devant moi commencent à se dessiner des silhouettes familières.
00:07:14Dominique, Gabriel, Eliane.
00:07:18Tels sont les prénoms féminins donnés aux collines qui en serrent la vallée.
00:07:28Je n'ai obtenu ni émetteur radio, ni appareil photo, ni arme.
00:07:33Tout juste, ai-je le droit d'avoir un crayon,
00:07:35une carte du site,
00:07:37quelques photos aériennes des emplacements signalés à Saigon,
00:07:41et quelques croquis griffonnés par des survivants de la bataille.
00:07:50La nature a repris ses droits.
00:07:52Et herbes à éléphants, lianes, roseaux,
00:07:56rendent l'identification des lieux de plus en plus difficile.
00:08:04Les points d'appui sont recouverts d'une végétation très haute
00:08:07qui nous masque leurs contours.
00:08:10Et les tranchées disparaissent sous les herbes très denses.
00:08:15Je suis surpris du silence qui règne dans la vallée.
00:08:19Je n'y ai connu que brouillet fureur.
00:08:24Et au lieu de retrouver les senteurs acres de la bataille,
00:08:28je ne respire plus qu'une forte odeur d'herbes mouillées.
00:08:4511 juin 1955.
00:08:47Déjà trois jours que je suis là.
00:08:50Début de ma véritable mission.
00:08:54Je pars à 6h30,
00:08:56accompagné de neuf travailleurs,
00:08:58pour aller reconnaître un cimetière sur Eliane III,
00:09:01en bordure de la rivière,
00:09:04lequel m'a été signalé par un habitant du pays.
00:09:11Après quelques heures de marche,
00:09:13nous y parvenons.
00:09:18À nos pieds,
00:09:20les abris effondrés disparaissent sous un manteau vert.
00:09:24Les tranchées sont ensevelies par le ravinement des eaux,
00:09:27dans lesquelles les ossements d'animaux se confondent avec ceux des hommes.
00:09:32Le cimetière est entièrement recouvert.
00:09:37Le débroussaillage commence aussitôt.
00:09:41Gratté.
00:09:43Biné.
00:09:45Creusé.
00:09:50Au bout d'une heure d'effort,
00:09:52nous mettons à jour quelques tombes,
00:09:54à peine visibles.
00:10:00Aucune indication ne permet l'identification des corps.
00:10:12Deux heures plus tard,
00:10:14nous partons à la découverte du cimetière dit de la pagode.
00:10:19C'est le médecin commandant Grevin,
00:10:21un des chirurgiens du camp,
00:10:22qui me l'a indiqué.
00:10:25Deux mille hommes devraient y être enterrés.
00:10:35Nous trouvons rapidement ce qui n'est qu'un immense charnier.
00:10:39Des monticules se font jour,
00:10:42voisinant, là encore,
00:10:44avec des excavations remplies d'ossements.
00:10:48Les tirs d'artillerie ont labouré la terre,
00:10:51révélant des corps inhumés quasiment en ras du sol,
00:10:54au cours de combats toujours plus violents.
00:10:59Les pillards ont détroussé les cadavres
00:11:01de leurs derniers objets précieux.
00:11:04Montres,
00:11:06médaillons ou bagues,
00:11:08tandis que les bêtes sauvages
00:11:09dépassaient les malheureux,
00:11:11finissant de leur ôter toute humanité.
00:11:16Rien
00:11:17ne permet d'identifier qui que ce soit.
00:11:20Il faut encore débroussailler.
00:11:26Quel sera le premier mort
00:11:28qui bellement redonnera un nom,
00:11:30un parcours,
00:11:32une vie ?
00:11:40Tôt,
00:11:41le matin du dimanche 12 juin,
00:11:43nous repartons pour notre sentier
00:11:45sur Eliane 3.
00:11:55En fin de matinée,
00:11:57nous mettons à Azor une tombe,
00:11:59munie à sa tête d'une croix.
00:12:03Sur la partie verticale de la croix
00:12:05est accrochée la plaque d'identité du mort
00:12:08sur laquelle nous pouvons lire
00:12:10Millet-Maurice,
00:12:12première classe,
00:12:14matricule 10.979-6ème BPC.
00:12:22Enfin.
00:12:26La plaque en ferraille entre mes doigts.
00:12:29Je ressens une vive émotion
00:12:30à identifier ce premier soldat,
00:12:33mon frère d'armes.
00:12:35Le simple fait de lui redonner son nom
00:12:37rend à l'homme qu'il était
00:12:39un peu de cette vie prématurément enlevée.
00:12:51Son livret militaire n'affiche pas
00:12:53de photographie d'identité,
00:12:55mais il renseigne le parcours
00:12:57du première classe Maurice Millet.
00:13:01Il était brun,
00:13:03aux yeux gris,
00:13:05un nez rectiligne,
00:13:07un visage ovale.
00:13:09Il mesurait 1,65 m
00:13:11pour 59 kg.
00:13:13Il était catholique.
00:13:16Et c'est le 14 octobre 1931
00:13:18qu'il était né à Comenay,
00:13:21dans le Jura.
00:13:27Était-ce lui ?
00:13:29Lui ?
00:13:30Ou le suivant ?
00:13:33Cet homme sans visage
00:13:34n'a pas eu le temps de vieillir.
00:13:36Il est mort à 22 ans.
00:13:47Il débarque à Eiffong
00:13:49le 28 juillet 1952,
00:13:52pour rejoindre le bataillon
00:13:53des Paras du commandant Bijar,
00:13:55le plus célèbre d'Indochine.
00:14:02À Lons le Saunier,
00:14:04il occupait un emploi de cuisinier.
00:14:06Il n'avait pas connu son père,
00:14:07Claude Millet, maçon,
00:14:09déchu de ses droits
00:14:10après un abandon de domicile
00:14:11lorsque l'enfant avait 4 ans.
00:14:17Sa mère avait alors élevé son fils unique
00:14:19dans un débordement de tendresse.
00:14:22Et comme Maurice était mineur,
00:14:24c'est elle,
00:14:25Marie-Louise Né Grappin,
00:14:26qui avait donné l'autorisation
00:14:28à son engagement
00:14:29dans les paracoloniaux,
00:14:30à Vannes.
00:14:42Écrit en lettres minuscules,
00:14:44appliquées,
00:14:45on apprend qu'il était tireur d'élite.
00:14:51Il entame sa 21e année
00:14:52en étant cité à l'ordre de l'armée
00:14:54et il reçoit la croix de guerre
00:14:56avec palme.
00:14:58Jeune soldat tireur d'élite,
00:15:00calme et courageux,
00:15:02parachuté au Tonquin
00:15:03où il s'est brillamment conduit
00:15:04au cours des combats de Tullé.
00:15:14Il est mort à Dian Bienfou,
00:15:16le 18 mars,
00:15:18à 18 heures.
00:15:19Le corps criblé
00:15:21de multiples éclats d'obus,
00:15:22selon le rapport de son lieutenant.
00:15:31On l'a entouré
00:15:32dans un parachute blanc.
00:15:33Il n'était là que depuis deux jours.
00:15:37Il est rayé
00:15:38des contrôles administratifs
00:15:39dès le lendemain.
00:15:41Une mort
00:15:42imputable au service,
00:15:44dit un télégramme.
00:15:49Marie-Louise Grappin
00:15:50ne reçoit l'avis
00:15:51de décès de son fils
00:15:52qu'un mois et demi plus tard,
00:15:53au 45 rue Jean Jaurès
00:15:56à Lonce-le-Saunier.
00:15:59Elle recevra une somme
00:16:01de 5 000 francs
00:16:02plus un reliquat
00:16:03de 3 450 francs
00:16:04de prime.
00:16:07Mort pour la France.
00:16:13Maurice Millet
00:16:14est le premier corps
00:16:15que j'identifie.
00:16:18Pour lui rendre hommage,
00:16:19j'ai fait inscrire
00:16:20sur une nouvelle croix
00:16:21son nom à la peinture.
00:16:23pour que la famille
00:16:24puisse un jour peut-être
00:16:26lui redonner une sépulture.
00:16:32La nuit est tombée.
00:16:35Je ne trouve pas le sommeil.
00:16:38Chaque colline
00:16:39dont l'ombre menaçante
00:16:40se profile autour de moi
00:16:42recèle le corps
00:16:43de mes camarades
00:16:45six ans là.
00:16:50Je mettrai du temps
00:16:51à m'endormir
00:16:51cette nuit-là
00:16:53car je pensais
00:16:54aux centaines de milliers
00:16:55qui m'attendaient.
00:17:21l'aube du très loin se découvre
00:17:23et ce n'est pas fermé
00:17:24l'œil de la nuit.
00:17:28Départ à 6h30.
00:17:31Les hommes mis à ma disposition
00:17:33sont au nombre de 17.
00:17:35Ils vont continuer
00:17:36à nettoyer
00:17:37la zone du cimetière
00:17:38numéro 2
00:17:38dit de la pagode.
00:17:45Ils montent sur Alien 1
00:17:47où les affrontements
00:17:49ont été parmi
00:17:50les plus meurtriers.
00:17:56Les herbes hautes
00:17:57nous cachent
00:17:58l'emplacement
00:17:58des fosses communes
00:17:59qui m'ont été signalées.
00:18:02Un véritable linceul vert.
00:18:07Sur Isabelle,
00:18:09la première visite
00:18:10entreprise
00:18:11la veille par les éclaireurs
00:18:12s'est révélée veine.
00:18:15Là-bas aussi,
00:18:16un rideau de branches cassées
00:18:18et d'herbes folles
00:18:18rend le site impraticable.
00:18:22Un dépotoir à obus.
00:18:26Des véhicules rouillés
00:18:28et des chars désaussés.
00:18:29Des munitions
00:18:30de tout calibre traînes.
00:18:32Obus de 105.
00:18:34Grenades.
00:18:35Bantes de mitrailleuses.
00:18:37Et quelques croix.
00:18:39Celles que la population
00:18:40n'a pas ramassées
00:18:41pour se réchauffer
00:18:42lors des nuits fraîches.
00:18:46C'est sur ce site
00:18:47que la tombe
00:18:48du sous-lieutenant Gambiez
00:18:49se trouve.
00:18:50Les recherches
00:18:51sont en cours.
00:18:52Des paysans Thaï
00:18:53s'y emplotent avec zèle.
00:18:56Nous repasserons plus tard,
00:18:58une fois
00:18:59les cimetières déblayés.
00:19:05entre les pages
00:19:06de son dossier,
00:19:07Belmont conserve
00:19:08la photo d'Alain Gambiez
00:19:10confiée par son père.
00:19:13Ce visage veille
00:19:14sur la mission
00:19:15de son regard bienveillant
00:19:17et il n'a que quelques jours
00:19:19pour le retrouver.
00:19:25D'Alain 1,
00:19:27nous étions ce matin,
00:19:28nous nous dirisons
00:19:29vers l'autre colline,
00:19:30Alain 2,
00:19:31où se trouverait
00:19:32un cimetière
00:19:33para.
00:19:48Près d'une maison détruite,
00:19:50nous trouvons
00:19:51une tombe isolée
00:19:52sur laquelle
00:19:53un obus a éclaté.
00:19:56Des restes
00:19:57sont dispersés
00:19:58tout autour.
00:20:00Des touffes de cheveux,
00:20:03un immonde mélange
00:20:04de boue
00:20:05et d'ossements
00:20:05blanchis par la pluie,
00:20:07des corps sacrifiés,
00:20:09à moitié désarticulés,
00:20:12pris dans une posture grotesque,
00:20:14celle où la mort
00:20:15les a saisis.
00:20:22D'après mon croquis,
00:20:23je suis persuadé
00:20:24qu'il s'agit des restes
00:20:26de Gilles de Fromont,
00:20:28chef de section
00:20:28au 6e BPC,
00:20:30le même bataillon
00:20:31que Maurice Millet.
00:20:40Je connais bien
00:20:41de Fromont.
00:20:42Il fait partie
00:20:43des personnes
00:20:44qui m'ont été signalés
00:20:45à Saigon.
00:20:46Un para
00:20:47cité à plusieurs reprises
00:20:48à l'ordre
00:20:49de la division
00:20:50et de l'armée.
00:20:53Cet officier
00:20:55a été tué
00:20:55le 11 avril 1954.
00:20:57Il avait 25 ans.
00:21:00Gilles de Fromont
00:21:01s'était fait remarquer
00:21:02par son dynamisme
00:21:03et sa foi.
00:21:04Il rêvait de combat,
00:21:05de gloire,
00:21:06de victoire.
00:21:09C'était le dernier
00:21:10arrivé au bataillon,
00:21:12en novembre 1953,
00:21:14la veille de l'opération
00:21:15Castor sur Dien Bien Phu,
00:21:16qui n'était alors
00:21:17qu'un village du Péi Thaï,
00:21:19occupé par les forces
00:21:20de Viet Minh.
00:21:27A Dien Bien Phu,
00:21:28il est parachuté
00:21:29le 16 mars
00:21:29avec ses camarades
00:21:30du 6e BPC,
00:21:32dont Maurice Millet.
00:21:35Deux semaines plus tard,
00:21:37Fromont est touché
00:21:38au visage et au torse,
00:21:39mais se remet rapidement.
00:21:44Le 11 avril,
00:21:45jour des rameaux,
00:21:46lors de la contre-attaque
00:21:47pour la reprise
00:21:48d'Eliane 1,
00:21:48il est mortellement blessé.
00:21:52Il est 1h10,
00:21:54une balle dans la poitrine
00:21:55l'atteint au moment même
00:21:56où il rend compte
00:21:57du succès de sa mission
00:21:58à son chef,
00:21:59le commandant Bijar.
00:22:08Ses camarades ont porté
00:22:09le corps sans vie de Gilles
00:22:11et le lieutenant a rassemblé
00:22:13ses affaires personnelles
00:22:14pour les remettre à sa famille.
00:22:19D'après ce qu'on m'a dit,
00:22:21il est inhumé
00:22:21sur la position du bataillon.
00:22:27Son père est prévenu
00:22:28quelques jours plus tard
00:22:29au château de la Beneche,
00:22:31près de Fillet,
00:22:32dans la Sarthe.
00:22:34C'est là,
00:22:34dans les environs du Mans
00:22:35que Gilles était né,
00:22:37le 14 mars 1929.
00:22:45Il était Saint-Syrien,
00:22:46fils de Maurice de Fromont
00:22:48de Bouaille
00:22:49et de Madame Né
00:22:50Eliane de Lamotte
00:22:51de Motte Rouge,
00:22:53fier sans doute
00:22:54d'avoir donné un fils
00:22:55à la France.
00:23:02C'était son premier séjour
00:23:03en Indochine.
00:23:05Croix de guerre
00:23:05avec quatre citations.
00:23:07Une légion d'honneur
00:23:08à titre posthume,
00:23:09je comprenais la priorité
00:23:11qui m'avait été donnée
00:23:12de retrouver sa sépulture.
00:23:14À son père,
00:23:16le commandant Bijar
00:23:17écrira
00:23:18« Je l'aimais pour sa belle gueule,
00:23:20son cran
00:23:21et son caractère.
00:23:22Gilles était un peu
00:23:24mon fils. »
00:23:28Une mort
00:23:28imputable au service
00:23:30dit l'administration
00:23:32dans sa rédaction
00:23:33sèche
00:23:33et factuelle.
00:23:39Les collines
00:23:40nommées Eliane
00:23:41constituent
00:23:42un étrange cimetière
00:23:43où les soldats
00:23:44déterraient les cadavres
00:23:45pour s'en servir
00:23:45de parapets de protection,
00:23:47harcelés par les mouches
00:23:49et les tiers d'artillerie.
00:23:53Entre les sacs de terre
00:23:54et les couches de rondins,
00:23:56on exhume le corps.
00:24:00L'homme
00:24:00que je découvre
00:24:01n'est pas
00:24:01ville de Frmont-de-Pouaille.
00:24:05Le rapport Belmont
00:24:06indique
00:24:07« Cette opération
00:24:08nous met en présence
00:24:09du corps
00:24:09d'un nord-africain
00:24:10qui porte au poignet droit
00:24:12une plaque d'identité
00:24:13sur laquelle
00:24:14nous pouvons lire
00:24:16matricule 2737-905
00:24:19Leblalta Brahim
00:24:20du 3e régiment
00:24:22de tirailleurs algériens. »
00:24:26C'est le 2e combattant
00:24:27identifié.
00:24:29À l'heure où Belmont
00:24:30trouve sa dépouille,
00:24:31personne ne sait
00:24:32ce qu'est devenu
00:24:32Leblalta.
00:24:34Il ne figure
00:24:34ni parmi les prisonniers
00:24:36ni les disparus
00:24:37ou les morts.
00:24:41Brahim Leblalta
00:24:42n'avait pas encore 20 ans.
00:24:44Son livret révèle
00:24:45qu'il est né
00:24:45le 16 juin 1934
00:24:47au Douar Ishmoul,
00:24:49journalier agricole
00:24:50de père en fils
00:24:51dans une région
00:24:52pauvre des Ores.
00:24:54A-t-il voulu
00:24:55voir du pays ?
00:24:57A-t-il été attiré
00:24:58par la solde
00:24:59qu'il sortirait
00:25:00de la misère
00:25:00ou a-t-il été
00:25:01contraint ?
00:25:03Le fait est
00:25:04que le tirailleur
00:25:05Leblalta
00:25:05s'engage à Constantine
00:25:07le 18 août 1953
00:25:09au 3e régiment
00:25:10de tirailleurs algériens
00:25:12pour 4 ans.
00:25:18Selon son dossier militaire,
00:25:19Brahim est plutôt grand.
00:25:21Il a les cheveux noirs,
00:25:22les yeux marrons.
00:25:23Il ne sait ni lire
00:25:24ni écrire.
00:25:25Il est noté
00:25:26par ses supérieurs
00:25:27comme un élément moyen
00:25:28mais qui s'applique
00:25:29de plus en plus.
00:25:32À cette époque,
00:25:33les vieux tirailleurs
00:25:34qui ont combattu
00:25:35en Italie,
00:25:36en France
00:25:36et en Allemagne
00:25:37se font rares
00:25:38en Indochine.
00:25:40On les remplace
00:25:41par de jeunes
00:25:42maghrébins
00:25:42récemment engagés
00:25:43et qui n'ont
00:25:44aucune expérience
00:25:45de la guerre.
00:25:47Brahim en fait partie.
00:25:57Une semaine plus tard,
00:25:58il atterrit
00:25:59à Dien Bien Phu
00:25:59à la veille
00:26:00de la grande bagarre.
00:26:03Le même avion
00:26:04transporte les pensionnaires
00:26:05d'un bordel militaire
00:26:06originaire du Maghreb.
00:26:11Pendant la bataille,
00:26:13ces femmes prises
00:26:13au piège des combats
00:26:14vont se faire infirmières.
00:26:16Et selon le témoignage
00:26:18des survivants,
00:26:19par leur présence
00:26:20et leur féminité,
00:26:21elles leur ont été
00:26:22d'un immense réconfort.
00:26:28Aucune d'elles
00:26:28n'en sortira vivante.
00:26:31Les quelques bijoux berbères
00:26:33que Belmont aurait pu retrouver
00:26:34ne figurent pas
00:26:35dans son rapport.
00:26:37Mais ce serait trahir
00:26:38leur mémoire
00:26:39que de ne pas reconnaître
00:26:40qu'elles aussi
00:26:41sont mortes au service
00:26:42de la France.
00:26:48Le 13 mars,
00:26:50premier jour de l'offensive,
00:26:51les explosions nourris
00:26:52paralysent d'effroi
00:26:53les jeunes recrues.
00:26:57Ils croulent
00:26:58sous les tirs
00:26:59de l'artillerie.
00:27:00Le centre de résistance
00:27:01Gabriel est dévasté.
00:27:04Ce jour-là,
00:27:05le tirailleur
00:27:06les blaltas
00:27:06ne figurent pas
00:27:07parmi les victimes,
00:27:08mais plus personne
00:27:10ne le reverra vivant.
00:27:13Comment expliquer
00:27:14sa disparition ?
00:27:15sa disparition ?
00:27:24Pendant tout le mois de mars,
00:27:26sur le point d'appui
00:27:27dominique,
00:27:27des tracts en arabe
00:27:28et des harangues
00:27:29au mégaphone
00:27:30ont appelé
00:27:30les tirailleurs
00:27:31à rejoindre
00:27:31le Viet Minh.
00:27:36Brahim a-t-il déserté ?
00:27:38En se disant,
00:27:39comme l'ont fait
00:27:40tant d'autres,
00:27:41ce n'est pas ma guerre ?
00:27:53Le 29 mars,
00:27:55la veille de la bataille
00:27:56des cinq collines,
00:27:57les tirailleurs
00:27:58attendent,
00:27:58le regard sombre,
00:28:00vide
00:28:00et impassible.
00:28:05L'ennemi nous regarde,
00:28:07on le regarde.
00:28:08Ils sont à moins
00:28:09de 200 mètres.
00:28:13Ils sont assommés
00:28:14par le manque
00:28:14de sommeil
00:28:15et les privations.
00:28:16Plus d'huile
00:28:17pour le couscous,
00:28:18plus de thé,
00:28:19on mange froid,
00:28:21riz,
00:28:22petits pois
00:28:22et sardines en boîte.
00:28:28Le 30 mars au soir,
00:28:30sous les tirs
00:28:30de 105
00:28:30et de mortiers lourds,
00:28:32le troisième bataillon
00:28:33du troisième régiment
00:28:34de tirailleurs algériens
00:28:35est décimé.
00:28:39Pris de panique,
00:28:40beaucoup tentent de fuir,
00:28:42assommés par les tirs
00:28:43d'artillerie
00:28:43vietmines d'un côté
00:28:44et ceux des batteries
00:28:46françaises de l'autre.
00:28:48On n'enterre plus
00:28:49les cadavres,
00:28:49on les tire sur les bas-côtés
00:28:51où ils pourrissent
00:28:52de soleil.
00:28:57Les derniers tirailleurs
00:28:58algériens,
00:28:59regroupés autour
00:28:59de leur chef,
00:29:00bousculent l'ennemi.
00:29:02Couteaux et baïonnettes
00:29:03tranchées par tranchées,
00:29:06les Algériens
00:29:07enlèvent le PC de Dominique
00:29:08au milieu
00:29:08des hurlements de rage.
00:29:12Assurément,
00:29:13Brahim est cela,
00:29:14combattant à 1 contre 15
00:29:16jusqu'à la mort,
00:29:17englouti par la marée ennemie.
00:29:25Six mois après la bataille,
00:29:27le président des Amitiés africaines
00:29:29de la commune mixte
00:29:30de Lorès
00:29:31écrit au ministère
00:29:32des anciens combattants
00:29:33pour demander des nouvelles
00:29:34du soldat Leblalta
00:29:35qui n'a pas écrit
00:29:37à son père
00:29:37depuis 18 mois.
00:29:39A-t-il survécu ?
00:29:46Le 30 janvier 1956,
00:29:48l'acte de décès officiel
00:29:50parvient enfin
00:29:50à Mohamed Ben Abdallah,
00:29:52le père de Brahim,
00:29:54soit presque un an
00:29:55après la découverte
00:29:56du corps de son fils
00:29:57par Belmont.
00:30:02Les parents de Brahim
00:30:03n'auront pas droit
00:30:04au capital décès
00:30:05réservé aux seuls
00:30:06français métropolitains.
00:30:11J'ai fait re-inhumer
00:30:13son corps.
00:30:14Ses restes sont enterrés
00:30:16dans deux containers
00:30:16d'obus de 155
00:30:18et dans une caisse
00:30:19à grenades.
00:30:21Brahim était des nôtres,
00:30:23morts pour la France
00:30:24en Indochine,
00:30:28loin des Orès.
00:30:31Le corps de Gilles de Fromont,
00:30:33lui,
00:30:34ne sera jamais retrouvé.
00:30:44Tôt ce matin,
00:30:46après une nuit profonde
00:30:47percée par les bruits
00:30:48poivrés de la vie,
00:30:51la mousson a éclaté.
00:30:55Vers 15h,
00:30:57la pluie se calme.
00:30:59J'apprends que
00:31:00deux nouveaux cimetières
00:31:00ont été découverts.
00:31:02Nous partons aussitôt
00:31:04pour nous rendre compte.
00:31:09Au cours de ce long chemin
00:31:11de douleur,
00:31:12qu'espère inconsciemment
00:31:13le capitaine Belmont ?
00:31:16Remplit-il simplement
00:31:17sa mission en obéissant
00:31:18aux ordres ?
00:31:20Ou bien redonne-t-il
00:31:21vie à des fantômes
00:31:22pour chasser sa culpabilité
00:31:24d'être resté en vie ?
00:31:30Nous nous dirisons alors
00:31:31vers les points d'appui
00:31:32de Dominique,
00:31:33en bordure de la Namjoun.
00:31:36Les autorités locales
00:31:38me rappellent que le terrain
00:31:39est truffé de mines
00:31:40et que les paysans
00:31:41sont les seuls
00:31:42à connaître leur emplacement.
00:31:45Je leur explique
00:31:46que j'ai passé
00:31:47les 55 jours
00:31:48de la bataille
00:31:48sur cette position
00:31:50et qu'il n'y a aucune mine
00:31:51dans ce secteur-là.
00:31:54Je connais parfaitement
00:31:55les lieux
00:31:56et nous nous engageons
00:31:58sur le terrain
00:31:58en toute liberté.
00:32:02Je marche en tête
00:32:03de la colonne
00:32:04mais très vite,
00:32:06nous nous heurtons
00:32:07à une véritable forêt vierge.
00:32:10Une surprise désagréable
00:32:12nous attend.
00:32:15En sortant de son lit,
00:32:16la rivière a envahi
00:32:18les cimetières
00:32:18sur lesquelles
00:32:19nous devions travailler.
00:32:22Force m'est donnée
00:32:24d'abandonner notre projet.
00:32:26Il faudra revenir plus tard,
00:32:27en octobre,
00:32:28à la saison sèche.
00:32:32Pour le capitaine,
00:32:34chaque échec
00:32:35est une désillusion
00:32:36et une souffrance.
00:32:38De cette terre,
00:32:40il ressuscite
00:32:41la mémoire
00:32:41des acteurs
00:32:42de la bataille.
00:32:44Des hommes
00:32:44qui tous charrient
00:32:45avec eux
00:32:46les secrets
00:32:47de leur vie
00:32:47et de leur disparition.
00:32:52Le premier cimetière
00:32:53que nous atteignons
00:32:54semble être celui
00:32:56de l'antenne
00:32:56chirurgicale
00:32:57parachutiste
00:32:58du médecin
00:32:59capitaine Hans
00:33:00qui vient d'être
00:33:01débroussaillé
00:33:01près de la piste
00:33:03d'aviation.
00:33:05Nous trouvons
00:33:0550 tombes.
00:33:08Cinq
00:33:09semblent être
00:33:10des fosses communes.
00:33:1212 d'entre elles
00:33:13peuvent être identifiées.
00:33:18Sur l'une d'elles,
00:33:20une pauvre croix
00:33:21identifie
00:33:22le première classe
00:33:23Zantilini-Roland,
00:33:258e choc.
00:33:28Ses papiers militaires
00:33:29dans une bouteille
00:33:31à ses côtés.
00:33:44Rien ne destinait
00:33:45le première classe
00:33:46Roland Gentilini
00:33:47à recevoir
00:33:48les honneurs militaires
00:33:49et une distinction
00:33:50particulière.
00:33:54Tour à tour
00:33:54déclaré blessé,
00:33:56porté disparu
00:33:57puis prisonnier,
00:33:58il est déclaré
00:33:59officiellement mort
00:34:00à la date
00:34:01du 5 avril 1954,
00:34:03à l'âge de 22 ans.
00:34:08Gentilini était né
00:34:09le 3 décembre 1932
00:34:11à Paris.
00:34:16Il s'était engagé
00:34:17dans les parachutistes
00:34:18coloniaux
00:34:18le lendemain
00:34:19de Noël 1950.
00:34:21À cet effet,
00:34:22il avait menti
00:34:23sur son âge
00:34:24et s'était vieilli
00:34:25de deux ans.
00:34:27Il avait déclaré
00:34:28alors qu'il était
00:34:29un torticulteur.
00:34:36Avait-il regretté
00:34:38une décision prise
00:34:38à la hâte ?
00:34:40Il a déserté
00:34:41une première fois
00:34:42au bout de quelques mois,
00:34:43puis une seconde,
00:34:44à peine libéré de prison.
00:34:49Ses condamnations
00:34:50retardent son départ
00:34:51en Indochine
00:34:52et prolongent ainsi
00:34:54la durée
00:34:54de son engagement
00:34:54de 14 mois,
00:34:56de telle sorte
00:34:57qu'il sera encore
00:34:57mobilisé à Dien Bienfou.
00:35:09Malgré tous les renseignements
00:35:10inscrits
00:35:10sur son livret militaire,
00:35:12le parcours
00:35:13de ce troisième soldat
00:35:14reste un mystère.
00:35:19Le 4 juin 1952,
00:35:21sa peine purgée,
00:35:23il nous rejoint
00:35:24en Indochine.
00:35:30Il laisse en France
00:35:31sa compagne,
00:35:32Mademoiselle Blancard-Louise
00:35:33et les deux enfants
00:35:34qu'il a reconnus,
00:35:36Marc et Pierre,
00:35:37âgés de 9 et 2 ans.
00:35:42Ses supérieurs
00:35:43le décrivent
00:35:43comme une personnalité
00:35:45indécise,
00:35:46au caractère entier
00:35:47et difficile,
00:35:48à surveiller
00:35:49de très près.
00:35:51Les archives
00:35:51sont parfois cruelles.
00:35:56Il traîne souvent
00:35:57à l'infirmerie,
00:35:58le 27 janvier 1954
00:36:00pour une dysenterie
00:36:01ou une dent de sagesse.
00:36:03Puis il est à l'hôpital
00:36:04en février
00:36:05pour un furoncle.
00:36:10Malgré ça,
00:36:11il participe
00:36:12à toutes les affaires
00:36:13du 8e choc.
00:36:15un bataillon
00:36:15d'élite
00:36:16déparera.
00:36:17Le 21 novembre 1953,
00:36:21il saute sur
00:36:21Dien Bien Phu.
00:36:24Peut-être a-t-il croisé
00:36:25Millet et De Fremont,
00:36:27les deux du 6e BPC,
00:36:29largués la veille.
00:36:40Le 21 décembre,
00:36:41il participe à l'opération
00:36:42Pollux
00:36:43sur le Sopnau.
00:36:45La nuit de Noël
00:36:46passée dans les montagnes
00:36:47aurait dû marquer
00:36:48la fin de ces trois ans
00:36:49d'engagement.
00:36:56au lieu de cela,
00:36:57le 31 mars 1954,
00:37:00alors que la grande bagarre
00:37:01est déclenchée
00:37:01depuis plus de 15 jours,
00:37:03la deuxième compagnie
00:37:04du 8e choc
00:37:05à laquelle appartient Roland
00:37:06est engagée
00:37:07dans une contre-attaque
00:37:08désespérée
00:37:09sur les Dominiques.
00:37:18Le journal de marche
00:37:19de son régiment
00:37:20indique que lors
00:37:21de corps à corps acharné,
00:37:22le 1re classe
00:37:23Santillini
00:37:23a été touché.
00:37:34Il a boulé
00:37:35comme un lièvre
00:37:36abattu
00:37:36sur la pente de Claise.
00:37:38Un éclat d'obus
00:37:39dans la poitrine.
00:37:45Ses camarades
00:37:46l'évacuent
00:37:46vers le premier poste
00:37:47de soins
00:37:47dans un état critique.
00:37:56Le corps de Santillini
00:37:57est identifié
00:37:58par l'adjudant Papalia,
00:38:00puis déclaré mort
00:38:01à la date
00:38:02du 5 avril 1954
00:38:03des suites
00:38:05de ses blessures.
00:38:08Ce n'est que
00:38:09deux ans plus tard
00:38:10que Louise Blancard,
00:38:11sa compagne
00:38:11et ses deux enfants
00:38:12seront prévenus
00:38:13de sa mort
00:38:14au 42 rue Geoffroy-Caveniac
00:38:17dans le 11e arrondissement
00:38:18de Paris
00:38:18avec ménagement,
00:38:20selon la formule employée.
00:38:27Louise recevra
00:38:28sa médaille militaire
00:38:29à titre posthume
00:38:30ainsi que sa croix
00:38:31de guerre avec palme.
00:38:32Il s'est mis en train de se faire
00:38:32et 8000 francs
00:38:33de dédommagement
00:38:34seront alloués
00:38:34aux orphelins
00:38:35d'un soldat
00:38:36mort pour la France.
00:38:45De jour comme de nuit,
00:38:47l'aviation a payé
00:38:48un lourd tribut
00:38:49pendant la bataille.
00:38:52Avions ravitailleurs,
00:38:54avions Lucien,
00:38:55Dakota,
00:38:56chasseurs
00:38:57et bombardiers.
00:38:59Les carcasses
00:39:00joncent notre route.
00:39:07L'après-midi du 16,
00:39:08sous un ciel dégagé,
00:39:10nous partons
00:39:10à la recherche
00:39:11du privatire indicatif
00:39:13Radio César 4,
00:39:14un bombardier
00:39:15de la flottille 28F
00:39:17de l'aéronaval
00:39:17qui a été abattu
00:39:19sur les collines
00:39:19de Dien Bienfou
00:39:21avec 9 hommes à bord.
00:39:29Ce sont ces hommes
00:39:30que je recherche.
00:39:37L'avion,
00:39:39avec comme chef de bord
00:39:40l'enseigne de vaisseau
00:39:41Manfanowski,
00:39:43avait quitté Hanoï
00:39:44le matin du 12 avril 1954
00:39:46pour une mission
00:39:48annoncée sans risque
00:39:49sur un front
00:39:49qui s'avérait calme.
00:39:56À 11h40,
00:39:58au nord-ouest d'Anne-Marie,
00:39:59au moment où il largue
00:40:00ses bombes
00:40:01à 10 000 pieds d'altitude,
00:40:03l'avion est atteint
00:40:04par la DCA ennemie.
00:40:08Sa carcasse est dispersée
00:40:10sur des centaines
00:40:11de mètres carrés.
00:40:15J'ai étudié les brises
00:40:16de vues aériennes
00:40:17et les ai croisées
00:40:18avec les informations
00:40:19du terrain.
00:40:22Elles montrent que l'appareil
00:40:23n'était pas entièrement détruit
00:40:24et que le Viet Minh
00:40:26s'est précipité
00:40:27pour en retirer
00:40:27les éléments
00:40:28encore utilisables.
00:40:36au bout de deux heures
00:40:37et demie de marche,
00:40:38nous atteignions
00:40:38enfin notre but.
00:40:43nous ne trouvons rien d'autre
00:40:44que des débris calcinés
00:40:45à 1 600 mètres
00:40:47au nord-ouest d'Anne-Marie.
00:40:50D'après les habitants
00:40:51du village,
00:40:52cinq corps ont été retrouvés
00:40:53enterrés dans une fosse commune
00:40:55à 30 mètres de l'appareil.
00:40:58Que sont devenus
00:40:59les quatre autres disparus ?
00:41:03Belmont est pris
00:41:04d'un terrible pressentiment.
00:41:06Il faut savoir
00:41:07que le Viet Minh
00:41:08n'accordait pas
00:41:08le statut de prisonnier
00:41:09de guerre aux aviateurs.
00:41:12Alors ?
00:41:14L'équipage manquant
00:41:15aurait-il été abattu sur place
00:41:18sans autre forme de procès ?
00:41:21Un crime de guerre
00:41:22parmi d'autres.
00:41:28Nous rentrons à 18h30.
00:41:31Je suis trempé
00:41:32et couvert de sangsueux.
00:41:37Cette marche m'a épuisé.
00:41:45Vendredi 17 juin 1955.
00:41:48Plus d'une semaine
00:41:49que je suis là.
00:41:51La mission se poursuit
00:41:52avec une sorte
00:41:53de ferveur lugubre.
00:41:57de la terre mouillée
00:41:57monte des parfums forts.
00:42:01Sur des bicyclettes
00:42:03réquisitionnées,
00:42:04nous retournons
00:42:05vers Isabelle
00:42:06en empruntant
00:42:07la piste sur laquelle
00:42:09Alain Gambiez
00:42:10a été abattu.
00:42:20La pluie a transformé
00:42:21la zone
00:42:22en un marigot beau
00:42:23au cours des poules
00:42:24et des porcelets noirs.
00:42:27Et c'est à la nage
00:42:28que nous traversons la rivière.
00:42:34Le point d'appui
00:42:35a été entièrement nettoyé
00:42:36par les populations locales.
00:42:39L'ensemble
00:42:40composte 58 tombes.
00:42:43Nous tentons
00:42:45de déchiffrer
00:42:45les inscriptions
00:42:46dont beaucoup
00:42:47sont illisibles.
00:42:49La 1,
00:42:51la 2,
00:42:52la 4,
00:42:53la 9,
00:42:54la 15.
00:42:59Quand apparaît
00:43:00la tombe
00:43:00numéro 41
00:43:02du sous-lieutenant Gambiez,
00:43:04un rayon de soleil
00:43:05éclaire le visage
00:43:06de Belmont.
00:43:17Il s'agenouille devant
00:43:19pour en nettoyer la plaque
00:43:20et découvre
00:43:22dans la terre tombale
00:43:23un éclat en métal
00:43:24d'hélicoptère
00:43:25laissé là
00:43:26à des fins d'identification.
00:43:40Alain Gambiez,
00:43:41fils du général,
00:43:43est officier de réserve
00:43:44en 1950.
00:43:50Ancien élève
00:43:51du pritanné militaire,
00:43:52il se porte volontaire
00:43:53pour l'Indochine
00:43:54où son père
00:43:54effectue son deuxième séjour.
00:43:59Il débarque
00:44:00à Dien Bien Phu,
00:44:01sous-lieutenant
00:44:02affecté au 3e régiment
00:44:03étranger d'infanterie
00:44:04deux mois avant sa mort.
00:44:09Il était né
00:44:10à Rabat,
00:44:10au Maroc,
00:44:11en 1931.
00:44:12Il aurait eu
00:44:1323 ans en juillet.
00:44:20Dans ses lettres
00:44:21à Jeannine,
00:44:21la jeune femme
00:44:22qui l'a épousée
00:44:22avant de quitter la France,
00:44:24il exprime sa ferveur
00:44:25pour le combat en cours
00:44:27et la rassure
00:44:28sur l'issue
00:44:28de la bataille.
00:44:32Le 16 mars,
00:44:33Jeannine,
00:44:33secrétaire médicale
00:44:35à l'hôpital
00:44:35La Nessant d'Hanoï,
00:44:36reçoit son dernier mot.
00:44:40Je n'ai pas le temps
00:44:41de t'écrire.
00:44:42Je tâcherai
00:44:43de le faire
00:44:43dans la journée.
00:44:44des tonnes
00:44:45de baisers
00:44:46pour t'aider
00:44:46à passer la nuit.
00:44:47Je t'embrasse.
00:44:50Le samedi 20 mars,
00:44:52il est blessé
00:44:53lors d'une ouverture
00:44:54de route
00:44:54au village
00:44:55de Bancolai.
00:45:03Doit-on évacuer
00:45:04le fils
00:45:05du général Gambiez ?
00:45:07C'est la question
00:45:07que se pose
00:45:08c'est supérieur.
00:45:12Sa blessure
00:45:13n'est pas vitale
00:45:14mais le cas d'Alain
00:45:15sème la panique
00:45:16à l'état majeur.
00:45:19Le jeune homme
00:45:19répond avec force
00:45:21Je ne veux
00:45:22aucun passe-droit.
00:45:26Le matin du 23 mars,
00:45:28un hélicoptère force
00:45:29le rideau de feu
00:45:30de l'artillerie ennemie.
00:45:32On charge la civière
00:45:33du fils du général
00:45:34en premier
00:45:34dans la soute.
00:45:45Alors qu'il décolle,
00:45:46un obus de 105
00:45:47touche la queue
00:45:48de l'appareil.
00:45:48Il s'écrase
00:45:49puis explose
00:45:50au milieu des barbelés.
00:45:52Il est 12h30.
00:45:57Alain meurt brûlé vif.
00:46:00Aussitôt,
00:46:01il est enterré
00:46:01par ses camarades
00:46:02dans le petit cimetière
00:46:03d'Isabelle.
00:46:06C'est par la voie hiérarchique
00:46:08que Jeannine,
00:46:08son épouse
00:46:09et son père,
00:46:10le général Gambiez,
00:46:11apprennent la mort d'Alain.
00:46:16Le pilote
00:46:17qui, lui,
00:46:17a survécu
00:46:18a déclaré
00:46:19à la veuve d'Alain
00:46:21je l'ai regardé.
00:46:22Il m'a souri
00:46:24et j'ai décollé.
00:46:28Fou de douleur,
00:46:29Gambiez met en cause
00:46:30le Vietmine
00:46:31pour avoir pris pour cible
00:46:32un hélicoptère
00:46:33de la Croix-Rouge.
00:46:35Depuis Paris,
00:46:36le gouvernement
00:46:36interpelle
00:46:37le général Diap.
00:46:38L'affaire ravive
00:46:39les polémiques
00:46:40sur l'usage
00:46:41des avions sanitaires
00:46:41au combat.
00:46:45Belmont,
00:46:45qui examine
00:46:46les débris
00:46:47de l'appareil,
00:46:47constate qu'aucune
00:46:49Croix-Rouge
00:46:49n'est visible sur son flanc
00:46:51et qu'il constituait
00:46:52bien une cible
00:46:53pour l'ennemi.
00:46:57Comment dire
00:46:58au général Gambiez
00:46:59qu'il s'est trompé ?
00:47:00Que l'hélicoptère
00:47:01abattu
00:47:02n'arborait pas
00:47:02de Croix-Rouge
00:47:04et que si la mort
00:47:05d'Alain est injuste,
00:47:06elle n'en est pas moins
00:47:07un fait de guerre.
00:47:14à quelques mètres
00:47:15de là,
00:47:17la tombe numéro 24
00:47:18désigne celle
00:47:19du lieutenant
00:47:19Guy Rossini
00:47:21du 3ème régiment
00:47:22d'infanterie
00:47:23de Légion.
00:47:25C'est le cinquième homme
00:47:26que j'identifie
00:47:27depuis mon arrivée.
00:47:31Un soldat originaire
00:47:32de la Rochelle,
00:47:33très apprécié
00:47:34par ses supérieurs
00:47:35tout au long
00:47:35de sa carrière.
00:47:39Sur son livret
00:47:40figure la mention
00:47:41« Tué par balle
00:47:42au cours
00:47:42de l'attaque rebelle
00:47:43le 26 mars 1954
00:47:45lors d'une reconnaissance
00:47:47autour d'Isabelle. »
00:47:50Une balle
00:47:50de 12 sept
00:47:51de la DCA
00:47:51dans le bas-ventre.
00:47:58Sa vie est un destin
00:47:59lourd d'histoire.
00:48:01Il avait consacré
00:48:02toute son existence
00:48:03à la guerre.
00:48:10Le 24 mai 1954,
00:48:13son père,
00:48:13M. Rossini-Henri,
00:48:15reçoit au 33 avenue
00:48:16du commandant Lysiac
00:48:18à Etré
00:48:18la vie de décès
00:48:20de son fils Guy.
00:48:23Ses citations,
00:48:25ses décorations
00:48:25et sa Légion d'honneur
00:48:27à titre posthume.
00:48:39Le soleil se couche
00:48:40tôt à Dien Bien Phu.
00:48:43Muré dans sa chambre,
00:48:45le capitaine Belmont
00:48:46rédige son rapport.
00:48:50Il lui reste encore
00:48:51quelques jours
00:48:52à patienter
00:48:53avant de repartir.
00:48:54si toutefois
00:48:55l'hélicoptère
00:48:56arrive à franchir
00:48:57le rideau de pluie
00:48:58du Tonkin.
00:48:59Car la pluie
00:49:00tombe toujours.
00:49:08Mais vers 9h du matin,
00:49:10c'est la calmie.
00:49:12Nous nous dirigeons
00:49:13au sud de Claudine
00:49:14pour nous rendre compte
00:49:15de l'importance
00:49:16du cimetière découvert
00:49:17cinq jours plus tôt.
00:49:20Je ne puis encore
00:49:21affirmer s'il s'agit
00:49:22du cimetière
00:49:23dit de l'arbre mort.
00:49:26Nous voyons
00:49:27très nettement
00:49:28dix tombes
00:49:29dont deux seules
00:49:30peuvent être identifiées.
00:49:34Il s'agit de celle
00:49:35de Seth Paul,
00:49:37du 1er régiment
00:49:38d'infanterie coloniale
00:49:39du Maroc,
00:49:40tué le 5 avril 1954.
00:49:42Et celle de
00:49:44Le Goff Louis,
00:49:45du 1er régiment
00:49:46de chasseurs à cheval,
00:49:47tué le même jour.
00:49:50Les deux autres
00:49:51tomberont bien une croix,
00:49:53mais les inscriptions
00:49:55sont indéchiffrables.
00:50:01Le 5 avril,
00:50:03trois chars sont engagés
00:50:04dans de violents combats
00:50:05sur le point d'appui
00:50:06Huguette 6.
00:50:08Louis Le Goff
00:50:09sur le Conti,
00:50:10Paul Seth
00:50:11sur le Douaumont.
00:50:12Des tireurs au canon
00:50:13appréciés de leur chef.
00:50:15L'un parisien,
00:50:17l'autre d'Aifong.
00:50:21Ils sont morts
00:50:22le même jour
00:50:23à quelques minutes
00:50:24d'intervalle.
00:50:39Le Goff est né le 16 mai 1929
00:50:42dans le 18e arrondissement
00:50:43de Paris.
00:50:47Il s'est marié
00:50:48à 20 ans
00:50:48avec Antoinette Paglia,
00:50:49habitant Bondy
00:50:50en banlieue parisienne.
00:50:54Nicole,
00:50:54leur fille,
00:50:55naît l'année suivante.
00:50:57L'enfant habite
00:50:58chez sa grand-mère,
00:50:59Madame Fauconnet.
00:51:04Au moment de son engagement,
00:51:05Le Goff se déclare
00:51:06à leur manœuvre de profession.
00:51:12Voici la seule photo
00:51:13de Louis Le Goff,
00:51:15prise dans l'abri
00:51:16de l'escadron
00:51:17peu avant sa mort.
00:51:25Le 21 mai 53,
00:51:27il quitte Marseille
00:51:28pour l'Indochine
00:51:28où il rencontre
00:51:29son compère,
00:51:30le marsouin Paul VII,
00:51:33né, lui,
00:51:33à Haïfong,
00:51:34le 23 avril 1931
00:51:36de parents inconnus.
00:51:38Un père présumé français.
00:51:46Naturalisé français
00:51:47par un jugement
00:51:48d'avril 1950,
00:51:49il s'engage aussitôt
00:51:50à l'âge de 20 ans.
00:51:59Après cinq jours
00:52:00de combat,
00:52:01les chars avaient besoin
00:52:02de penser leur plaie.
00:52:05Alors que les tirs
00:52:06ennemis faiblissent,
00:52:08Paul VII
00:52:08achève la réparation
00:52:10de son char
00:52:11le Douaumont
00:52:11lorsqu'un obule
00:52:13le terrasse.
00:52:14Il est 14h45.
00:52:23Dans la minute,
00:52:24son camarade Le Goff
00:52:25est désigné
00:52:26pour prendre sa place
00:52:26sur le char en panique.
00:52:30Son supérieur,
00:52:31le lieutenant Mangèle,
00:52:33se rappelle
00:52:33ses derniers mots.
00:52:35Vous comprenez,
00:52:36mon lieutenant,
00:52:37je suis marié,
00:52:38j'ai une fillette
00:52:39de 4 ans.
00:52:40Il faut que je m'en sorte.
00:52:49À peine le lieutenant
00:52:50l'a-t-il rassuré,
00:52:51qu'un nouvel obu éclate.
00:52:52Le Goff
00:52:53est frappé
00:52:54de plein fouet.
00:52:55« Je suis mort »,
00:52:56dit-il,
00:52:56en expirant longuement.
00:52:59Il est 15h.
00:53:02Son agonie est rapide,
00:53:04la tête posée
00:53:05sur la poitrine
00:53:05de l'officier.
00:53:11Le lendemain matin,
00:53:13à l'aube,
00:53:14le lieutenant
00:53:15cherche le Goff.
00:53:16Il le retrouve
00:53:17dans la tranchée
00:53:18où son corps
00:53:19avait été jeté la veille.
00:53:21roc-roquevillé,
00:53:22la tête entre les bras,
00:53:23les genoux sous la poitrine,
00:53:26dans la position
00:53:27qui était la sienne
00:53:28avant de naître.
00:53:31Il paraissait dormir.
00:53:34Paul VII et lui
00:53:35furent inhumés
00:53:35sous le vieux terrain
00:53:36de volleyball
00:53:37d'un bataillon.
00:53:40Nous enveloppâmes
00:53:41les corps
00:53:41dans une voilure
00:53:42de parachute
00:53:42et nous les glissâmes
00:53:44avec d'infinies précautions
00:53:45au fond du trou.
00:53:53Le lieutenant déposa
00:53:54les bouteilles
00:53:55qui contenaient
00:53:55leurs papiers.
00:53:57On creusa profond
00:53:58pour éviter
00:54:00qu'un obu
00:54:00les déterre.
00:54:06Lors d'un décès,
00:54:07la famille reçoit
00:54:08la visite du maire.
00:54:10D'autres sont prévenus
00:54:11par courrier.
00:54:15Antoinette Paglia,
00:54:16rue La Fontaine,
00:54:17a bondi pour le Goff.
00:54:20Et M. Doport,
00:54:22l'oncle adoptif
00:54:23de Paul VII,
00:54:24sa seule famille,
00:54:25aux quatre ruages
00:54:26en Guinée à Aïfon.
00:54:31La fille de Le Goff,
00:54:32Nicole,
00:54:33ne reverra jamais
00:54:33son père.
00:54:35En contrepartie,
00:54:36elle reçoit
00:54:369000 francs
00:54:37chez sa grand-mère,
00:54:38Mme Fauconnet,
00:54:3913 rue Fontaine,
00:54:40a bondi.
00:54:44Ainsi que la médaille militaire
00:54:45pour une mort
00:54:46imputable au service.
00:54:50Une médaille militaire
00:54:52pour l'un,
00:54:52une croix de guerre
00:54:53pour l'autre,
00:54:54deux soldats
00:54:55morts pour la France,
00:54:56des sixièmes
00:54:57et septièmes corps
00:54:57exhumés par Paul Belmont
00:54:59à Dien Bien Phu,
00:55:00un an plus tard.
00:55:09Les sépultures
00:55:10Le Goff et Sept nettoyées,
00:55:12nous quittons le sud
00:55:13et nous remontons
00:55:15vers le centre de Claudine
00:55:16pour visiter
00:55:17le cimetière
00:55:18signalé avant-hier.
00:55:24Nous sommes en présence
00:55:25de neuf tombes,
00:55:26dont une seule porte
00:55:28des indications
00:55:29contenue dans une bouteille.
00:55:32Nous pouvons lire
00:55:33avec peine
00:55:34Wang Konglang,
00:55:36sergent,
00:55:37matricule 96.112.
00:55:43Il était né en 1928
00:55:45à Trangsa,
00:55:46dans le delta
00:55:46du fleuve rouge.
00:55:48Il était bouddhiste.
00:55:51C'est tout ce que l'on sait
00:55:53du sergent Wong.
00:55:54Matricule 396.712,
00:55:57tué le 24 avril 54.
00:56:02C'est lui,
00:56:03notre soldat inconnu.
00:56:06Dossier militaire vide.
00:56:08Carnet de santé,
00:56:10vide.
00:56:11Service des sépultures,
00:56:12vide.
00:56:14Seul le corps exhumé
00:56:15par Bellement
00:56:15témoigne de son existence.
00:56:21Une archive révèle seulement
00:56:23qu'il était chef
00:56:24de pièce de mortier
00:56:25de 120
00:56:25à la première compagnie
00:56:26étrangère de parachutistes
00:56:28de mortier lourd.
00:56:30Ce samedi 24 avril,
00:56:32les tirs vietmines
00:56:33portent du juste.
00:56:34Et les mortiers
00:56:35du sergent Wong
00:56:36ne sont pas épargnés.
00:56:40Il est tué
00:56:41d'un tir de riposte.
00:56:46Dans le feu de l'action,
00:56:47aucun témoin
00:56:48n'est en mesure
00:56:49de contresigner
00:56:49l'acte de décès.
00:56:54Aucune personne
00:56:55à prévenir
00:56:56n'est mentionnée.
00:56:57Aucune somme
00:56:58ne lui est allouée,
00:57:00car le soldat,
00:57:01bien que mort
00:57:01pour la France,
00:57:02n'a pas
00:57:03la nationalité française.
00:57:10Après la défaite,
00:57:12sa famille a sans doute
00:57:13été évacuée
00:57:13vers le sud.
00:57:16Et peut-être,
00:57:17grâce à un petit
00:57:18génie vietnamien,
00:57:19a-t-elle récupéré
00:57:20le corps du sergent Wong
00:57:22et l'a emporté
00:57:23dans ses bagages
00:57:24pour le soustraire
00:57:25à l'ingratitude
00:57:26de la France.
00:57:36C'était le huitième
00:57:37et dernier soldat
00:57:38identifié
00:57:39par le capitaine
00:57:40Belmont
00:57:40dans son rapport.
00:57:57Cette nuit,
00:57:58Belmont ne parvient
00:57:58toujours pas
00:57:59à trouver le sommeil.
00:58:02Dès l'aurore,
00:58:03il observe
00:58:04depuis sa paillote
00:58:05les premiers
00:58:05soubresauts du jour.
00:58:10Cet après-midi
00:58:12est réservé
00:58:12à mes préparatifs
00:58:13car demain,
00:58:15si le temps le permet,
00:58:16l'hélicoptère
00:58:17doit venir me chercher.
00:58:20Nous sommes le 22 juin 1955.
00:58:23Le capitaine
00:58:24rédige encore
00:58:25quelques lignes,
00:58:26un dernier trait d'encre
00:58:27qui viendra
00:58:28alimenter son rapport.
00:58:31En conclusion,
00:58:33de nombreux cimetières
00:58:34n'ont pu être prospectés,
00:58:37soit par manque
00:58:37de renseignements,
00:58:38soit par le danger
00:58:40que présente
00:58:41le minage du terrain.
00:58:46L'étrange mission
00:58:48du capitaine Belmont
00:58:49a ressuscité
00:58:50la mémoire
00:58:50de quelques acteurs
00:58:51de cette bataille.
00:58:53Il a déplié
00:58:54une partie
00:58:55des secrets
00:58:55de leur vie,
00:58:57mais il est conscient
00:58:58que la plus grande partie
00:58:59de ses questions
00:59:00resteront sans réponse.
00:59:02Il relève la tête
00:59:03et arrête son stylo.
00:59:06Il lui vient
00:59:07une terrible pensée
00:59:08qui le traverse
00:59:09comme un vent glacé.
00:59:12Les officiers
00:59:13à qui il s'adresse
00:59:14vont-ils déployer
00:59:15les moyens nécessaires
00:59:16pour retrouver
00:59:17tous ces soldats
00:59:18tombés au combat ?
00:59:20Cette mission
00:59:21pourrait-elle
00:59:22n'avoir servi à rien ?
00:59:25Les morts
00:59:25de Dien Bien Phu
00:59:26vont-ils rester là
00:59:27pour l'éternité ?
00:59:30Ses deux mains
00:59:31se joignent,
00:59:31ils pensent prier
00:59:33et puis,
00:59:35absorbés
00:59:36par la moiteur
00:59:36de la nuit,
00:59:39ils oublient.
00:59:44en raison du mauvais temps,
00:59:47ils attendraient
00:59:47deux semaines supplémentaires
00:59:48avant l'arrivée
00:59:49de l'hélicoptère
00:59:51pour quitter
00:59:52ce qui fut autrefois
00:59:54le Tonkin.
00:59:55de l'hélicoptère
01:00:35Sous-titrage MFP.
01:00:38...
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