00:00Et d'une certaine façon, on passe au crible les promesses de Gabriel Attal.
00:03Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il est le seul des hommes politiques et des candidats à
00:07la présidentielle à être sur le terrain cet été.
00:10Et bien du coup, on parle de lui presque tous les jours.
00:12Alors, je ne sais pas si vous l'avez entendu, mais il a dit qu'il voulait lancer la plus
00:15grande chasse au gâchis jamais mené.
00:18Un litre sur cinq se perd à cause des fuites dans les réseaux de distribution.
00:22On est avec Frédéric Danhais. Bonjour Frédéric.
00:25Bonjour Jacques.
00:26Soyez le bienvenu. Vous êtes journaliste à Marianne, diplômé également.
00:29Je le précise parce que ça met l'église au milieu du village, si je puis dire.
00:34Diplômé en gestion des ressources naturelles renouvelables.
00:37Eh bien oui, mais ça veut dire qu'on parle à quelqu'un qui s'y connaît, donc c'est
00:39plutôt pas mal.
00:42Frédéric Danhais, d'abord, on va évidemment détailler tout ça et j'ai plein de questions à vous poser,
00:46notamment sur l'irrigation, sur l'utilisation des eaux usées, etc.
00:49Mais d'abord, Gabriel Attal, il fait le bon constat ou pas ?
00:53Gabriel Attal fait le bon constat.
00:54C'est un constat qui n'est pas nouveau chez les gens qui connaissent un peu l'eau.
00:58Ce que je prétends savoir un petit peu, c'est un constat qui n'est pas nouveau dans les collectivités
01:03qui connaissent bien leur réseau d'eau.
01:06Je rappelle pour, ou je vous dis, ou j'apprends pour nos auditeurs et nos auditrices,
01:11que l'eau est gérée à une échelle ultra locale en France.
01:14Elle est gérée par les collectivités elles-mêmes.
01:16Et donc, les maires, les responsables de collectivité connaissent en général très bien leur réseau,
01:21savent en général là où ça fuit et savent en général comment résorber les fuites par un argent qu'elles
01:26n'ont pas toujours.
01:27Donc oui, il fait le bon constat.
01:28Le côté positif, c'est qu'on a un candidat autre qu'écolos et LFI,
01:33parce que LFI travaille sur la question depuis longtemps.
01:35On a un candidat autre que les écolos et LFI qui parlent de l'eau
01:40et qui va même jusqu'à envisager un ministère de l'eau, j'allais vous dire, enfin.
01:45Enfin. Certains diront que c'est peut-être de la démagogie, mais c'est une autre question.
01:50Peut-être qu'on pourrait aborder la question de l'eau grise,
01:53parce que je regardais en préparant cet entretien qu'on n'est pas très bon en la matière
01:58et que d'autres pays font mieux que nous.
02:00On ne sait pas bien récupérer l'eau grise,
02:02c'est-à-dire l'eau qui n'est pas bonne à la consommation, je dirais, humaine,
02:10mais qui est suffisamment bonne pour qu'on puisse prendre des douches
02:14et s'en servir pour un certain nombre d'usages.
02:17Oui, c'est ça.
02:18Alors, il ne faut pas imaginer...
02:19En France, on aime bien trouver les 5 grâles, les solutions uniques à tout.
02:23Ce n'est pas parce qu'on autoriserait de manière plus simple et plus rapide
02:29de la réutilisation des eaux usées, qu'on va créer une nouvelle ressource en eau.
02:33Attention, si en France, on l'utilise peu, c'est parce qu'on a un réseau d'eau potable
02:37qui est quasiment unique au monde, qui fonctionne bien, qui amène de l'eau partout.
02:41Et pour le rentabiliser, ce réseau, il alimente même nos douches,
02:46nos toilettes et nos lave-vaisselles.
02:48Alors, il ne reste pas moins qu'on peut réutiliser de l'eau,
02:50on peut en réutiliser plus.
02:52Là, pour l'instant, on est à 1%.
02:53Donc, c'est l'eau, surtout des stations d'épuration,
02:56qui est rejetée après traitement directement dans les rivières.
02:59Et ensuite, ce que vous dites, Jacques, c'est autre chose.
03:01Les eaux grises au sein des immeubles, au sein des quartiers,
03:04les eaux de la douche, c'est encore autre chose.
03:06Alors, on pourrait arriver à 3-4%, c'est facilement.
03:09Le bémol, je vais vite là-dessus.
03:11Le bémol, c'est que si vous voulez réutiliser l'eau, par exemple,
03:14des stations d'épuration, comme le fait la ville de Toulouse,
03:16par exemple, pour nettoyer ses rues,
03:17il faut qu'il y ait un...
03:18En fait, il faut que vous puissiez l'utiliser tout de suite,
03:20vous branchez tout de suite sur la station d'épuration.
03:22Sinon, vous êtes obligés de créer un nouveau réseau.
03:25Et ça, ça coûte très cher.
03:26C'est ça, la principale limitation.
03:27L'autre limitation, c'est une limitation réglementaire.
03:30C'est les agences régionales de santé
03:32qui ont peur d'une chose, c'est qu'on ait la diarrhée
03:34en buvant un tout petit peu de cette eau-là.
03:37Alors, les réglementations ont un peu changé,
03:39mais il y a de plus en plus de collectivités qui le font.
03:42Sur l'île de Ré, par exemple, la plupart des voiries
03:44ou les bouches à incendie, par exemple,
03:46sont alimentées directement par les eaux de rejet
03:48de la station d'épuration.
03:50C'est possible.
03:51Allez-y.
03:51Ça veut dire dans les deux cas que ce sont des eaux de récupération quand même.
03:57Et dans les deux cas, on le fait, compte tenu des chiffres que vous citez,
04:00on le fait très très peu.
04:01Et on pourrait faire beaucoup mieux.
04:04Qu'est-ce qu'il faut qu'on fasse pour qu'on fasse mieux ?
04:06Alors, pour qu'on fasse mieux, déjà, il y a une barrière.
04:09C'est l'effet beurre qu'on dit dans ce métier-là.
04:13Être en capacité de se dire, je vais me doucher finalement
04:16avec la mémo que j'ai utilisée hier.
04:18Simplement, elle a été filtrée et elle me remonte.
04:21Il y a même un programme de recherche qui s'appelle le programme OCAPI.
04:26C'est de l'école Dépont et l'université de Créteil
04:29qui travaille, comme son nom l'indique,
04:30sur la réutilisation des eaux noires, les eaux des toilettes,
04:33qu'on peut réutiliser après filtrage.
04:37Simplement, il faut se dire que oui, on peut le faire sans risque pour la santé.
04:40Donc, à cet effet-là, l'autre effet, comme je vous ai dit,
04:43c'est si vraiment on veut démultiplier cet usage,
04:46il faut créer un nouveau réseau à partir des stations d'épuration
04:51pour réutiliser cette eau de manière, par exemple pour l'irrigation,
04:54de manière plus utile, mais ça coûte cher.
04:56Et dans les immeubles, notamment dans les immeubles neufs,
04:59il faut penser réutilisation en continu, recyclage permanent des eaux grises,
05:05les eaux des lavabos, des douches, des lave-vaisselles, des lavelages.
05:09Il y a des essais qui ont été faits à Grenoble,
05:13il y a un essai qui est fait en ce moment à Paris, sur le quartier Saint-Vincent-de-Paul.
05:16Ça coûte beaucoup plus cher au mètre carré, mais c'est possible.
05:19Oui, mais Frédéric Dané, à vous expliquer, à vous entendre,
05:22ça veut dire quand même que notamment sur ces eaux,
05:24y compris les eaux noires qui pourraient être irriguées,
05:27ça signifie qu'on pourrait quand même solutionner un certain nombre de manques d'eau,
05:32et notamment dans le domaine de l'agriculture.
05:34On pourrait imaginer que ces eaux qui sont usées, qui sont retravaillées,
05:39solutionnent la question de l'irrigation,
05:41là où il y a quand même beaucoup de points de crispation.
05:43Alors peut-être qu'en termes d'infrastructure, ce que je dis est énorme,
05:46mais théoriquement, c'est possible.
05:49Théoriquement, c'est possible, mais ça n'alimentera jamais,
05:52ça ne comblera jamais les besoins totaux de l'agriculture.
05:56Ça, c'est sûr et certain.
05:58On n'est pas du tout sur les mêmes volumes.
06:00Et puis, comme vous l'avez rappelé, il y a cet effet de réseau à créer.
06:04Vous savez, entre une station d'épuration et l'endroit où les agriculteurs ont besoin d'eau,
06:09il peut y avoir 10, 20, 30 kilomètres, et les canalisations, ça coûte très cher.
06:12Donc, il y a d'autres solutions à trouver.
06:14Alors, Gabriel Attel dit pouvoir récupérer 1 000 milliards de litres d'eau,
06:17l'équivalent de 400 000 piscines olympiques d'ici 2035.
06:20Il les a trouvées où, ces chiffres ?
06:21C'est crédible, ça ?
06:23Oui, alors, ces crédits, oui, 1 000 milliards de litres, ça veut dire 1 milliard de mètres cubes.
06:27On perd à l'année à peu près, donc 20%, vous l'avez dit, 1 litre sur 5 d'eau
06:32à cause des petits trous dans les canalisations.
06:35On perd en moyenne 840 millions de mètres cubes.
06:38Bon, donc, il a mis 1 milliard, c'est pas mal.
06:41C'est des chiffres qui sont connus de tout le monde.
06:43Il n'y a rien de nouveau sur lesquels travaillent toutes les collectivités
06:47avec les financements des agences de l'eau.
06:49Et les agences de l'eau trouvent elles-mêmes leur financement sur les redevances que nous payons tous,
06:54vous comme moi, Jacques, et nos auditeurs et nos auditrices sur les factures d'eau.
06:58Donc, il n'y a rien de nouveau.
06:59Ils ne découvrent pas la lune.
07:01C'est déjà une évidence.
07:03Oui, Jacques ?
07:04Une question concrète, Frédéric Danay, journaliste à Marianne.
07:06Et avec vous, évidemment, on parle des mesures de restriction d'eau.
07:09Il faut s'attendre à ce que les prix augmentent dans les années à venir.
07:13Parce que vous dites que, malheureusement, ce qu'on connaît cet été, on va le connaître
07:18et de façon peut-être même encore plus accentuée dans les années à venir.
07:22Oui, le prix de l'eau ne peut qu'exploser.
07:24C'est une évidence, un, pour réparer les réseaux.
07:27Deux, parce que l'eau est de plus en plus polluée par des molécules de plus en plus difficiles
07:31à détruire par les unités de potabilisation.
07:34Trois, parce que pour limiter le risque sécheresse,
07:38le risque justement de pénurie d'eau dans certains territoires,
07:40notamment dans la Creuse, qui est toujours soumise à des arrêtés sécheresses,
07:44il va falloir interconnecter les aires de captage, interconnecter les barrages.
07:48Tout ça va coûter très cher.
07:50Donc, en plus de la sobriété qui sera demandée à chacun,
07:54il faudra mettre la main au panier.
07:56Il faut savoir aujourd'hui, Jacques, je ne sais pas si vous-même vous connaissez le prix de votre mètre
07:59cube.
07:59Je vous pose la question.
08:00Non, je ne le connais pas exactement.
08:01Je sais que la facture n'est pas très élevée.
08:03C'est la seule chose que j'ai en tête.
08:06C'est 0,8% du budget familial.
08:09Du bout d'élèves, les élus qui gèrent l'eau, je le répète,
08:13ce sont les élus locaux qui gèrent l'eau,
08:15on peut arriver à x2, x3 d'ici moins de 10 ans facilement.
08:19Il y a un vrai problème de ressources en eau.
08:21L'eau coûte de plus en plus cher et va coûter de plus en plus cher.
08:24C'est une évidence.
08:25Et il va falloir se pencher aussi sérieusement sur la problématique d'irrigation.
08:29Comment mieux irriguer ?
08:31Merci beaucoup Frédéric Danay, journaliste mariaque,
08:34diplômé en gestion des ressources naturelles renouvelables,
08:37de nous avoir éclairé sur cette question avec vous.
08:39On a parlé des restrictions, des mesures de restriction en eau.
08:42Dans un instant, les...
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