00:00Il y a une chanson qui dit « Je peux rien faire sans ma maman ».
00:02Et on voit maintenant des gens qui disent « Sans mon nia, je suis perdu ».
00:13J'interviens dans des écoles, dans des collèges, dans des lycées,
00:16et très vite, il y a une question qui est venue dans la bouche des jeunes que j'avais devant
00:20moi.
00:21Cette question, c'est « Est-ce que c'est la même chose d'avoir une relation avec une vraie
00:26personne
00:26et avec une intelligence artificielle ? »
00:28Et là, j'ai compris que beaucoup de jeunes aujourd'hui se confient à leur IA,
00:33demandent des conseils de vie à leur IA,
00:35prennent leur IA comme un compagnon, une compagne privilégiée.
00:38Et là, j'ai compris que l'IA, c'était peut-être pour travailler,
00:41mais ça allait bouleverser notre vie personnelle et même notre vie intime.
00:47Quand j'ai fait mes études de psychiatrie, mes études de psychologie,
00:50nous apprenions évidemment tout ce qui concernait la relation d'un humain avec un autre humain.
00:56Et puis, je me suis aperçu que, en fait, des gens parlent à leurs plantes vertes,
01:01des gens parlent à leurs animaux domestiques,
01:03et donc je me suis dit « Mais il faut vraiment travailler sur cette relation que nous avons
01:07avec les objets de notre environnement. »
01:09Et chacun voit bien qu'avec l'intelligence artificielle,
01:12il y a quelque chose de complètement nouveau,
01:13c'est qu'un objet, une technologie, arrive à se faire passer pour un humain.
01:18Elle nous parle, elle utilise des pronoms personnels,
01:21elle peut même dire qu'elle a des pensées, qu'elle a une vie autonome.
01:24Ça donne à la psychologie, à la psychiatrie un nouvel objectif,
01:28c'est de comprendre les relations que nous avons avec ces objets
01:31qui, de plus en plus, vont tendre à se substituer à des humains.
01:37On demande quoi faire si le chien a un problème,
01:42comment faire les couches du bébé,
01:44les problèmes émotionnels avec le couple,
01:46les problèmes professionnels,
01:47donc vraiment la machine à tout faire.
01:49Et vous savez, il y a une chanson qui dit
01:51« Je ne peux rien faire sans ma maman ».
01:52Et on voit maintenant des gens qui disent
01:54« Sans mon IA, je suis perdu ».
01:57Et il y a un concepteur d'intelligence artificielle,
01:59c'est le patron d'une IA qui s'appelle Caractera
02:01et qui a très bien formulé les choses.
02:03Il a dit « Nous ne cherchons pas à remplacer un moteur de recherche,
02:07comme Google, c'est déjà fait d'ailleurs avec l'IA,
02:09nous cherchons à remplacer votre maman ».
02:12Et ça, ça a vraiment été un déclic pour moi.
02:14Je me suis dit « Ils y ont pensé, ils y travaillent,
02:17et bien il faut prendre ça au sérieux, il faut y réfléchir ».
02:22Il y a des éléments liés à leur technologie,
02:25mais il y a aussi beaucoup d'éléments liés à leur modèle économique,
02:28parce qu'après tout, elles ne sont pas obligées
02:29d'utiliser des pronoms personnels comme des humains.
02:32Et puis, quand elles ne connaissent pas une réponse,
02:34elles ne nous disent jamais qu'elles ne savent pas.
02:36Elles nous flattent sans arrêt la moindre de nos questions.
02:38L'IA nous répond « Génial, c'est très intelligent,
02:41très bonne question, etc. »
02:43On a tendance à être prisonnier de ces machines,
02:45mais pas parce qu'elles nous sont indispensables,
02:47parce que les concepteurs ont tout fait
02:49pour qu'elles nous paraissent indispensables.
02:52Et la grande difficulté que nous avons,
02:54c'est d'arriver à comprendre en quoi elles nous sont utiles
02:56et en quoi elles nous trompent sur leur utilité.
03:02À l'association 3-6-9-2, que j'ai fondée,
03:05c'est une association pour inviter les parents
03:07à introduire les écrans progressivement.
03:09On a conçu des balises nouvelles 3-6-12-18.
03:12Ça veut dire quoi ?
03:13Pas d'outils numériques avant 3 ans,
03:14pas de jouets connectés avant 6 ans,
03:17pas d'IA généralistes avant 12 ans révolus, avant 13 ans,
03:21mais ça veut dire éduquer les enfants à l'IA
03:23dès l'école élémentaire.
03:25Et puis, pas d'IA qui implique une relation émotionnelle,
03:28une relation affective avant 18 ans.
03:33Tout le monde utilise beaucoup les IA maintenant,
03:35mais tout le monde ressent une certaine gêne à en parler.
03:38Et il ne faut pas s'étonner que nos patients
03:39ne nous en parlent pas spontanément.
03:41En revanche, il faut leur poser la question.
03:42Et notamment, essayer de comprendre
03:44quel type de relation ils ont avec leur IA.
03:47C'est normal de correspondre avec une IA
03:49comme avec un être humain.
03:50Elle est programmée pour nous faire croire qu'elle en est IA.
03:52En revanche, si on pense qu'elle comprend nos émotions,
03:55déjà, c'est un peu plus problématique.
03:57Si on pense qu'elle a des émotions,
03:59ça devient quand même vraiment problématique
04:00parce qu'elle n'en a pas,
04:01donc il y a vraiment une confusion.
04:03Et puis, si on pense qu'elle a une vie intérieure
04:04indépendamment de nous,
04:06alors là, il y a vraiment un cap qui est franchi.
04:10Comme toute technologie,
04:12son utilisation n'est pas indépendante
04:13de l'état général de la société.
04:15Tellement de gens se précipitent sur les IA,
04:17c'est parce qu'ils se sentent seuls.
04:19Ils ont l'impression d'avoir personne à qui parler.
04:21Des gens, d'ailleurs, disent qu'ils ont recours
04:23à une IA comme psychothérapeute
04:24parce qu'ils ne peuvent pas se payer à un psychothérapeute.
04:27Les thérapeutes disponibles sont trop loin.
04:29On sait combien il y a des déserts médicaux en France.
04:32Et ce n'est pas seulement comment chacun,
04:33dans notre coin, on va utiliser l'IA,
04:35c'est aussi comment on va créer une société
04:38dans laquelle moins de gens
04:39se sentent marginalisés, isolés.
04:44Il faut les inviter toujours à utiliser plusieurs IA.
04:47Jamais une seule, au moins deux, idéalement trois.
04:49Et puis, adopter une attitude un peu offensive,
04:52vous savez, comme les adolescents,
04:54contester ce qu'elle nous dit
04:55et surtout lui demander de nous donner des preuves
04:57de ce qu'elle nous dit.
04:58Et puis, briefer un peu notre IA,
04:59vous savez, lui dire par exemple,
05:01écoute, ne me donne plus de superlatifs,
05:04génial, formidable, extraordinaire, fantastique,
05:06donne-moi des références de tout ce que tu affirmes.
05:09Et puis, quand je te pose une question,
05:10ne termine pas la question en m'invitant
05:13à cinq ou six pistes.
05:15Qui c'est nous qui commandons aux IA ?
05:16Ce n'est pas les IA qui nous commandent.
05:21Par rapport au choc, au risque, au danger de l'IA,
05:24mon meilleur airbag, c'est mon cerveau.
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