00:00Vous saigneriez en crachant, en toussant, vous vous inquiéteriez d'avoir un cancer du poumon, je pense.
00:05De la même façon, lorsqu'on a du sang dans les urines, il faut s'inquiéter que ce ne soit
00:08pas un cancer de la vessie.
00:15C'est paradoxal parce que c'est le cinquième cancer en ordre de fréquence en France.
00:20Et donc ça concerne beaucoup de Français, environ 20 000 nouveaux par année.
00:24Et pour autant, peut-être parce qu'il touche à la sphère de l'intime, il est méconnu.
00:28Méconnu du grand public, mais aussi des professionnels de santé.
00:31Et donc il y a vraiment un effort d'éducation médicale à faire au niveau de la population.
00:37On remarque notamment chez les femmes que le délai diagnostique est plus long parce qu'il y a certaines errances.
00:43Errance parce que certains symptômes sont confondus avec des infections urinaires et donc traités à tort par des antibiotérapies,
00:49parfois même pas documentées par un examen d'urine, le CBU, qui permet de voir si oui ou non il
00:54y a infection.
00:54Et on arrive à un délai qui est trois fois plus long chez les femmes que chez les hommes.
00:58Le diagnostic n'est pas systématiquement évoqué, même chez les fumeurs.
01:03Alors qu'environ un homme sur deux atteint de cancer de vessie est fumeur et qu'une femme sur trois
01:07atteinte de cancer de vessie consomme du tabac,
01:10on a trop souvent encore des retards diagnostiques et des excuses trouvées soit par le patient, soit par le médecin,
01:16pour penser à d'autres choses plus fréquentes avant de penser à ce qu'il y a finalement de plus
01:19grave, le cancer de la vessie.
01:23Alors comme c'est une tumeur cancéreuse, plus on attend, plus elle progresse et plus elle va pouvoir aller en
01:29profondeur dans la paroi vésicale.
01:31Lorsque la maladie touche le muscle, parce que l'on a attendu avant d'en faire le diagnostic,
01:34alors le traitement de référence actuellement c'est la cystectomie, éventuellement précédée d'un traitement néoadjuvant,
01:40c'est-à-dire avant l'opération par de la chimiothérapie, plus ou moins dans la limite de l'accès
01:45possible en France à de l'immunothérapie.
01:48Et pour l'instant, donc ce traitement est beaucoup plus conséquent pour les patients.
01:52Il signifie qu'on va leur retirer la vessie et une qualité de vie qui inévitablement va s'en trouver
01:56dégradée.
01:59Lorsque l'on interroge le grand public sur quels sont les symptômes du cancer de la vessie,
02:04l'hématurie est citée dans moins d'un tiers des cas,
02:06et quand bien même les patients ont eu une tumeur de vessie,
02:10ils ne savaient que la sang pouvait en terminer un signe que dans un peu plus de la moitié des
02:15cas.
02:15Ce qui signifie bien que la relation entre cancer de la vessie et sang dans les urines n'est vraiment
02:20pas évidente
02:21et qu'il y a besoin d'insister pour augmenter les chances de diagnostic précoce.
02:24Vous saigneriez en crachant, en toussant, vous vous inquiéteriez d'avoir un cancer du poumon, je pense.
02:29De la même façon, lorsqu'on a du sang dans les urines, il faut s'inquiéter que ce ne soit
02:32pas un cancer de la vessie.
02:36Les médecins généralistes ont assez peu, finalement, de formation sur le cancer de la vessie.
02:41Pour m'en occuper au sein de mon université en tant que professeur,
02:44le temps dédié au cancer de vessie est de peu près 20-30 minutes maximum au cours de l'ensemble
02:50du cursus.
02:51Les médecins généralistes peuvent ne pas avoir beaucoup entendu parler du cancer de la vessie au cours de leurs études,
02:57et ensuite, dans leur pratique, et très légitimement,
02:59ils vont d'abord penser à ce qui est fréquent avant de penser à ce qui est grave.
03:02Il faut donc faire le CBU en premier lieu pour s'assurer que ce n'est pas une infection urinaire.
03:06Mais quand bien même ça peut être une infection urinaire, la fréquence des récidives,
03:10les symptômes associés doivent quand même faire d'autres examens,
03:14et notamment une échographie qui pourra identifier une tumeur
03:17et du coup rectifier le diagnostic et orienter le patient ou la patiente vers l'urologue.
03:25La proportion d'augmentation du risque pour le cancer de la vessie
03:29est aux alentours de 4 à 6 fois par rapport à la population non fumeuse.
03:33Donc clairement, le tabagisme expose au risque de cancer de la vessie.
03:37Les carcinogènes du tabac sont inhalés, éliminés dans les urines,
03:40stagnent dans la vessie, provoquent des cancers dans la muqueuse vésicale.
03:44Et donc, il faut du temps pour que cela se fasse,
03:46et la durée d'incubation, en quelque sorte, d'exposition au tabac
03:50avant que les tumeurs surviennent est d'environ 20 ans.
03:52Et donc, il faut d'abord penser à ça, aussi bien pour le poumon que pour la vessie.
03:57Le premier facteur de risque en commun, c'est le tabac.
04:02La prise en charge s'est beaucoup améliorée.
04:04C'est une maladie qui, en termes de traitement, est restée assez orpheline,
04:08notamment au stade les plus avancé, pendant une vingtaine d'années.
04:10C'est-à-dire que l'on ne disposait que de la chimiothérapie.
04:13Ces traitements par chimiothérapie sont aujourd'hui améliorés par l'immunothérapie,
04:17qui a d'abord vu sa place octroyée en seconde ligne,
04:21puis en première ligne, en entretien de la chimiothérapie,
04:24et maintenant est remplacée par une nouvelle catégorie de traitement,
04:29ce qu'on appelle les ADC, les anticorps drogues conjugués,
04:31qui sont une véritable révolution dans plein de domaines de l'oncologie,
04:35pas uniquement en neurologie.
04:36Et ainsi, on obtient actuellement une réduction du risque de décès
04:39de moitié par rapport aux anciens traitements avec la chimiothérapie.
04:43C'est donc une véritable amélioration,
04:45une véritable amélioration, une vraie progression
04:46pour les chances de survie des patients.
04:50Malheureusement, en France, les choses sont parfois un peu longues
04:52sur le plan réglementaire, on le regrette.
04:54L'accès précoce est encore la règle pour pouvoir disposer
04:57de l'enfantumable Védotin à l'heure où on se parle,
04:59ce mois de mai 2026,
05:02pour le traitement en première ligne
05:05des cancers de vessie métastatique ou localement avancé.
05:11C'est extrêmement frustrant d'aller en congrès international,
05:14où on voit les dernières innovations en matière thérapeutique
05:17qui sont simplement spectaculaires,
05:19ce qu'on appelle des « game changers »,
05:20des traitements qui révolutionnent la façon de prendre en charge les patients
05:24et pour autant de ne pas pouvoir en disposer aussi rapidement
05:27même que nos voisins européens.
05:28En France, les procédures d'accord entre la sécurité sociale,
05:33la HAS et les industriels qui sont porteurs
05:36de ces innovations thérapeutiques sont longues,
05:38et je ne dis pas ça en tant que critique,
05:40mais en tant que praticien et a fortiori au contact des patients
05:44qui vivent dans leur chair cette attente.
05:47Et donc, oui, c'est frustrant parce que l'innovation est là
05:51et que la mise en pratique prend du temps.
05:56L'hématurie, tu ne rigoles pas,
05:58tu n'apprends pas à la légère,
06:00tu consultes ton médecin généraliste en premier lieu,
06:03ton neurologue dès que possible après,
06:06parce qu'il faut penser que ça puisse être un cancer de la vessie
06:08et que même si on la traite mieux aujourd'hui qu'il y a 10 ans,
06:12ça reste un cancer agressif et qu'il faut prendre en charge précocement.
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