Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
À l’occasion de la 6ème édition du Mois de la Vessie, l’Association Française d'Urologie alerte sur un cancer encore trop méconnu malgré sa fréquence. Dans cet entretien, le Pr Yann Neuzillet, chirurgien urologue et co-président de l’AFU, revient sur l’importance du diagnostic précoce face à un symptôme souvent banalisé, la présence de sang dans les urines.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Vous saigneriez en crachant, en toussant, vous vous inquiéteriez d'avoir un cancer du poumon, je pense.
00:05De la même façon, lorsqu'on a du sang dans les urines, il faut s'inquiéter que ce ne soit
00:08pas un cancer de la vessie.
00:15C'est paradoxal parce que c'est le cinquième cancer en ordre de fréquence en France.
00:20Et donc ça concerne beaucoup de Français, environ 20 000 nouveaux par année.
00:24Et pour autant, peut-être parce qu'il touche à la sphère de l'intime, il est méconnu.
00:28Méconnu du grand public, mais aussi des professionnels de santé.
00:31Et donc il y a vraiment un effort d'éducation médicale à faire au niveau de la population.
00:37On remarque notamment chez les femmes que le délai diagnostique est plus long parce qu'il y a certaines errances.
00:43Errance parce que certains symptômes sont confondus avec des infections urinaires et donc traités à tort par des antibiotérapies,
00:49parfois même pas documentées par un examen d'urine, le CBU, qui permet de voir si oui ou non il
00:54y a infection.
00:54Et on arrive à un délai qui est trois fois plus long chez les femmes que chez les hommes.
00:58Le diagnostic n'est pas systématiquement évoqué, même chez les fumeurs.
01:03Alors qu'environ un homme sur deux atteint de cancer de vessie est fumeur et qu'une femme sur trois
01:07atteinte de cancer de vessie consomme du tabac,
01:10on a trop souvent encore des retards diagnostiques et des excuses trouvées soit par le patient, soit par le médecin,
01:16pour penser à d'autres choses plus fréquentes avant de penser à ce qu'il y a finalement de plus
01:19grave, le cancer de la vessie.
01:23Alors comme c'est une tumeur cancéreuse, plus on attend, plus elle progresse et plus elle va pouvoir aller en
01:29profondeur dans la paroi vésicale.
01:31Lorsque la maladie touche le muscle, parce que l'on a attendu avant d'en faire le diagnostic,
01:34alors le traitement de référence actuellement c'est la cystectomie, éventuellement précédée d'un traitement néoadjuvant,
01:40c'est-à-dire avant l'opération par de la chimiothérapie, plus ou moins dans la limite de l'accès
01:45possible en France à de l'immunothérapie.
01:48Et pour l'instant, donc ce traitement est beaucoup plus conséquent pour les patients.
01:52Il signifie qu'on va leur retirer la vessie et une qualité de vie qui inévitablement va s'en trouver
01:56dégradée.
01:59Lorsque l'on interroge le grand public sur quels sont les symptômes du cancer de la vessie,
02:04l'hématurie est citée dans moins d'un tiers des cas,
02:06et quand bien même les patients ont eu une tumeur de vessie,
02:10ils ne savaient que la sang pouvait en terminer un signe que dans un peu plus de la moitié des
02:15cas.
02:15Ce qui signifie bien que la relation entre cancer de la vessie et sang dans les urines n'est vraiment
02:20pas évidente
02:21et qu'il y a besoin d'insister pour augmenter les chances de diagnostic précoce.
02:24Vous saigneriez en crachant, en toussant, vous vous inquiéteriez d'avoir un cancer du poumon, je pense.
02:29De la même façon, lorsqu'on a du sang dans les urines, il faut s'inquiéter que ce ne soit
02:32pas un cancer de la vessie.
02:36Les médecins généralistes ont assez peu, finalement, de formation sur le cancer de la vessie.
02:41Pour m'en occuper au sein de mon université en tant que professeur,
02:44le temps dédié au cancer de vessie est de peu près 20-30 minutes maximum au cours de l'ensemble
02:50du cursus.
02:51Les médecins généralistes peuvent ne pas avoir beaucoup entendu parler du cancer de la vessie au cours de leurs études,
02:57et ensuite, dans leur pratique, et très légitimement,
02:59ils vont d'abord penser à ce qui est fréquent avant de penser à ce qui est grave.
03:02Il faut donc faire le CBU en premier lieu pour s'assurer que ce n'est pas une infection urinaire.
03:06Mais quand bien même ça peut être une infection urinaire, la fréquence des récidives,
03:10les symptômes associés doivent quand même faire d'autres examens,
03:14et notamment une échographie qui pourra identifier une tumeur
03:17et du coup rectifier le diagnostic et orienter le patient ou la patiente vers l'urologue.
03:25La proportion d'augmentation du risque pour le cancer de la vessie
03:29est aux alentours de 4 à 6 fois par rapport à la population non fumeuse.
03:33Donc clairement, le tabagisme expose au risque de cancer de la vessie.
03:37Les carcinogènes du tabac sont inhalés, éliminés dans les urines,
03:40stagnent dans la vessie, provoquent des cancers dans la muqueuse vésicale.
03:44Et donc, il faut du temps pour que cela se fasse,
03:46et la durée d'incubation, en quelque sorte, d'exposition au tabac
03:50avant que les tumeurs surviennent est d'environ 20 ans.
03:52Et donc, il faut d'abord penser à ça, aussi bien pour le poumon que pour la vessie.
03:57Le premier facteur de risque en commun, c'est le tabac.
04:02La prise en charge s'est beaucoup améliorée.
04:04C'est une maladie qui, en termes de traitement, est restée assez orpheline,
04:08notamment au stade les plus avancé, pendant une vingtaine d'années.
04:10C'est-à-dire que l'on ne disposait que de la chimiothérapie.
04:13Ces traitements par chimiothérapie sont aujourd'hui améliorés par l'immunothérapie,
04:17qui a d'abord vu sa place octroyée en seconde ligne,
04:21puis en première ligne, en entretien de la chimiothérapie,
04:24et maintenant est remplacée par une nouvelle catégorie de traitement,
04:29ce qu'on appelle les ADC, les anticorps drogues conjugués,
04:31qui sont une véritable révolution dans plein de domaines de l'oncologie,
04:35pas uniquement en neurologie.
04:36Et ainsi, on obtient actuellement une réduction du risque de décès
04:39de moitié par rapport aux anciens traitements avec la chimiothérapie.
04:43C'est donc une véritable amélioration,
04:45une véritable amélioration, une vraie progression
04:46pour les chances de survie des patients.
04:50Malheureusement, en France, les choses sont parfois un peu longues
04:52sur le plan réglementaire, on le regrette.
04:54L'accès précoce est encore la règle pour pouvoir disposer
04:57de l'enfantumable Védotin à l'heure où on se parle,
04:59ce mois de mai 2026,
05:02pour le traitement en première ligne
05:05des cancers de vessie métastatique ou localement avancé.
05:11C'est extrêmement frustrant d'aller en congrès international,
05:14où on voit les dernières innovations en matière thérapeutique
05:17qui sont simplement spectaculaires,
05:19ce qu'on appelle des « game changers »,
05:20des traitements qui révolutionnent la façon de prendre en charge les patients
05:24et pour autant de ne pas pouvoir en disposer aussi rapidement
05:27même que nos voisins européens.
05:28En France, les procédures d'accord entre la sécurité sociale,
05:33la HAS et les industriels qui sont porteurs
05:36de ces innovations thérapeutiques sont longues,
05:38et je ne dis pas ça en tant que critique,
05:40mais en tant que praticien et a fortiori au contact des patients
05:44qui vivent dans leur chair cette attente.
05:47Et donc, oui, c'est frustrant parce que l'innovation est là
05:51et que la mise en pratique prend du temps.
05:56L'hématurie, tu ne rigoles pas,
05:58tu n'apprends pas à la légère,
06:00tu consultes ton médecin généraliste en premier lieu,
06:03ton neurologue dès que possible après,
06:06parce qu'il faut penser que ça puisse être un cancer de la vessie
06:08et que même si on la traite mieux aujourd'hui qu'il y a 10 ans,
06:12ça reste un cancer agressif et qu'il faut prendre en charge précocement.
Commentaires

Recommandations