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  • il y a 3 jours
Président de Médecins du Monde, le Dr Jean-François Corty porte depuis plusieurs années la voix d’une médecine engagée au service des plus vulnérables. Dans un contexte marqué par la multiplication des crises, les tensions géopolitiques et la remise en question croissante de la solidarité, il défend un accès universel aux soins et alerte sur les obstacles auxquels sont confrontés les acteurs humanitaires. Rencontre avec un médecin pour qui l’engagement est indissociable de la pratique soignante.

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Transcription
00:00Aujourd'hui, quand en France, vous êtes une organisation comme Médecins du Monde
00:02et que vous aidez les migrants à survivre et à pouvoir accéder aux soins,
00:07on vous renvoie le fait que vous êtes des complices de passeurs
00:09et que potentiellement vous êtes des criminels.
00:17C'est une organisation médicale, une organisation non gouvernementale, humanitaire,
00:23qui intervient dans une trentaine de pays, mais aussi en France.
00:27On est une organisation avec des bénévoles, avec des salariés,
00:31c'est environ près de 4 000 personnes qui travaillent pour faciliter l'accès aux droits et aux soins
00:38des populations en situation difficile.
00:40On s'appuie sur les principes des organisations non gouvernementales
00:44que sont l'impartialité, l'indépendance, le désintéressement.
00:48Et nous, nous ne sommes ni de droite, ni de gauche, ni en même temps.
00:51On est engagés dans la lutte contre les inégalités sanitaires, sociales, environnementales.
00:56Évidemment, on est à la fois dans l'action, avec une facilitation de l'accès aux soins notamment,
01:04mais aussi nous sommes dans le plaidoyer, c'est-à-dire que sur la base de notre expertise de terrain,
01:10on va solliciter les politiques publiques pour du changement.
01:16Nous travaillons notamment dans des zones de conflit,
01:19nous travaillons sur des territoires où l'accès aux soins est rendu difficile
01:23pour différents types de personnes.
01:26On travaille sur le droit en santé sexuelle et reproductif notamment,
01:30sur les questions de santé environnementale, sur les enjeux migratoires,
01:34sur la question de l'accès aux soins universel,
01:37et sur aussi la réduction des risques,
01:40notamment pour les usagers de drogue,
01:43mais aussi pour les travailleurs et travailleuses du sexe.
01:48Différents profils, la plupart sont des médecins généralistes.
01:52Ça peut être des infectiologues, ça peut être aussi des psychiatres,
01:56parce qu'il y a un volet santé mental qui est important,
01:58des gynécologues obstétriciens aussi,
02:00qui viennent compléter la panoplie des sages-femmes,
02:04des IDE et autres corps de soignants.
02:07Dans certains contextes, on travaille aussi,
02:08il peut y avoir des pédiatres,
02:10pour tout ce qui relève des séquences de vaccination,
02:13de prise en charge d'enfants concernés par la malnutrition.
02:20La médecine, pour moi, ça a été un passeport d'engagement,
02:22ça m'a permis de pouvoir aller rencontrer d'autres cultures,
02:26visiter certains pays en ayant dans le même temps
02:29une pratique qui puisse me rendre utile.
02:32Et je voulais aussi m'engager, dès le départ,
02:35dans des organisations comme Médecins du Monde
02:36ou Médecins sans frontières,
02:38parce que ce sont des organisations qui, à la fois,
02:41ont des moyens de faire la médecine de qualité,
02:43et puis, pour moi, c'était le moyen dans ces organisations,
02:46comme je vous l'évoquais, de faire du plaidoyer,
02:48d'être engagé, sans être forcément
02:50ni dans un cadre de partis politiques,
02:53ni dans un cadre de syndicats.
02:57Quand on fait de l'action humanitaire,
02:59aujourd'hui, on doit être modeste
03:02sur la capacité de pouvoir répondre à des besoins
03:05qui sont importants à l'échelle de la planète.
03:07On voit bien qu'il y a un empilement de conflits.
03:10Il y a des crises politiques, sociales et économiques
03:13qui sont majeures aussi.
03:15Et puis, ces tensions sont accentuées
03:17par le péril environnemental.
03:18En tant que président de Médecins du Monde,
03:20aujourd'hui, je porte la voix de notre association
03:22qui a focalisé ses combats sur plusieurs niveaux.
03:25Continuer à entretenir cet espace humanitaire
03:28où notre organisation, qui est indépendante,
03:30souhaite le rester,
03:31alors même qu'il y a des pressions
03:33excessivement fortes sur la solidarité internationale,
03:37notamment, y compris sur la solidarité en France,
03:39et qui se traduit par des baisses de financements majeures,
03:42mais qui se traduit aussi par des attaques
03:44en règle politique sur nos organisations.
03:46Aujourd'hui, quand en France,
03:48vous êtes une organisation comme Médecins du Monde
03:49et que vous aidez les migrants à survivre
03:52et à pouvoir accéder aux soins,
03:54on vous renvoie le fait que vous êtes des complices de passeurs
03:56et que, potentiellement, vous êtes des criminels.
03:58Donc, on est dans un contexte où il faut défendre
04:01l'indépendance de nos organisations.
04:03Et puis, c'est faire respecter le droit international humanitaire
04:06à l'international,
04:08lutter contre l'impunité aujourd'hui
04:10où il y a des centaines de soignants
04:12qui sont tués chaque année,
04:14y compris des humanitaires,
04:15sur de nombreux conflits dans le monde.
04:17Et puis, en France, c'est accentuer, je dirais,
04:21le combat dans la lutte contre les inégalités.
04:26Moi, mon mantra, c'est décomplexer la solidarité.
04:29Tout le monde doit avoir accès aux droits et aux soins.
04:31C'est bon pour les enjeux de santé publique
04:33et c'est bon pour faire société entre nous.
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