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Pour contrôler la situation, l'URSS mobilise des centaines de milliers d'hommes : les liquidateurs. Pilotes d'hélicoptères, mineurs, soldats ou ingénieurs : tous sont envoyés au contact des radiations pour circonscrire le désastre. Sur la scène internationale, Moscou n'a plus le choix. Il faut s'expliquer. A Vienne, l'expert nucléaire Valery Legassov tente de restaurer la confiance dans l'atome soviétique. Mais la vérité reste enfouie. Les failles des réacteurs RBMK doivent être tues. Au terme d'une course contre la montre et la radioactivité, un sarcophage de plomb et de béton surgit de terre en moins de cinq mois et recouvre le réacteur numéro 4. Mais sous cette chape, le problème est-il vraiment réglé ?
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00:08En mai 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl n'est plus qu'un immense gouffre ravagé.
00:17Pourtant, sous ces monceaux de béton et d'acier, la réaction nucléaire est toujours en cours.
00:26La sécurité du continent repose alors sur trois personnes.
00:31Trois ingénieurs, réquisitionnés pour sauver le monde.
00:36Eux seuls connaissent suffisamment la centrale pour s'aventurer dans ces boyaux et actionner les valves de secours.
00:50Leur mission, empêcher le magma radioactif de traverser les structures du réacteur et d'atteindre le réservoir d'eau situé
00:58sous la centrale.
01:00Si cela arrivait, une explosion d'une puissance inimaginable pourrait ravager un territoire de plus de 300 km à la
01:08ronde.
01:14Équipés d'une tenue de protection dérisoire, les trois hommes pénètrent dans le sous-sol de la centrale.
01:24Ils ont réussi à ouvrir la vanne pour évacuer l'eau qui se trouvait sous le réacteur.
01:35Ces 40 tonnes d'eau ont été déversées dans un bassin de refroidissement.
01:39C'est comme ça qu'on a évité le risque qu'on courait en cas d'accident.
01:43L'expert nucléaire Valéry Légassov souffle.
01:49La catastrophe continentale a été évitée.
01:53Mais rien n'est réglé, car le magma nucléaire creuse toujours son sillon.
02:12La guerre mondiale a été déversée dans le sous-sol de la mort.
02:41Face aux pressions internationales et pour éviter l'isolement diplomatique,
02:46les soviétiques se décident enfin à un geste d'ouverture.
02:51Ils invitent sur place le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique,
02:57le suédois Hans Blix, pour une visite radioactive.
03:18On a aussi vu qu'il y a beaucoup d'activités pour contenir le réacteur et pour le maintenir sous
03:33contrôle.
03:35Diplomatie oblige. Hans Blix déclare qu'il a confiance en ses interlocuteurs soviétiques.
03:40En réalité, Blix sait que Moscou minimise encore l'ampleur de l'accident.
03:58Le pays a son image à défendre.
04:02D'ailleurs, le régime n'est pas le seul à choisir le silence ou l'arrangement avec la vérité.
04:09Le plus inquiétant ce soir reste le nuage de particules radioactives.
04:14Alors, comment peut-on prévoir son déplacement ?
04:16Les explications de Brigitte Simonetta.
04:18En France, l'anticyclone des Açores est développé.
04:21La météo affirme qu'il restera jusqu'à vendredi prochain suffisamment puissant
04:26pour offrir une véritable barrière de protection.
04:29Il bloque en effet toutes les perturbations venant de l'Est.
04:33En vérité, le nuage traverse l'Est et le Nord de l'Europe, mais aussi la France, l'Italie, la
04:40Grèce et même la Grande-Bretagne.
04:49Autour de la centrale, le niveau de radiation est si élevé que les autorités instaurent une zone interdite de 30
04:56kilomètres.
04:58En seulement quelques jours, plus de 100 000 villageois supplémentaires sont contraints de quitter leur campagne.
05:14L'évacuation du village là-bas, ça a été terrible.
05:20Les habitants ont dû emmener les vaches, trouver où mettre les cochons.
05:24Les gens pleuraient.
05:27Ce n'était pas comme à Pripyat où on parlait d'une évacuation de trois jours.
05:32Là, les gens sentaient bien que c'était pour toujours.
05:35C'était pour toujours.
06:00À Tchernobyl, la menace persiste.
06:04Le cœur fondu du réacteur continue de dévorer le béton.
06:10Il s'enfonce dans les profondeurs du sol.
06:15Si le réservoir d'eau a été vidé, plus bas, c'est la nappe phréatique qui pourrait être atteinte.
06:22En un instant, la région entière pourrait alors être irrémédiablement contaminée.
06:33Dos au mur, Valéry Légassoff et ses hommes lancent alors un chantier désespéré.
06:48Dans l'urgence, ils mobilisent des centaines de mineurs.
06:55L'objectif, creuser une galerie de 170 mètres sous le réacteur pour refroidir le cœur en fusion et bétonner les
07:03fondations.
07:05Une course contre la montre.
07:08Les hommes se relaient dans des tunnels où la température monte jusqu'à 50 degrés.
07:14Des bataillons de mineurs se succèdent 24 heures sur 24, au plus proche des rayonnements mortels.
07:20Un enfant est une Chor City de Vendressa.
07:23Donc, le gars, vous allez bien aimer.
07:25Vous où vous êtes ?
07:27Dans l'oxe, vous vous avez Observez.
07:29As pourcent, on vous va asseoir, un second !
07:31Porteillez cela.
07:32Dans l'oxe, vous avez, le voire, vous avez ?
07:34Je me suis Víctor.
07:36Je vous travaillez.
07:38J'ai commencé, à palier de défol.
07:42Nous sommes déjà 15 minutes.
07:44Ne pas tant, nous avons beaucoup de temps.
07:46Nous on doit se Studir.
07:47L'oxe, vous avez réussi.
07:49Un moment de temps.
08:08Ces hommes, sacrifiés, comme les pompiers et les pilotes avant eux,
08:12viennent grossir les rangs de l'armée des liquidateurs.
08:16Bientôt, ils seront plusieurs centaines de milliers.
08:19Des soldats, des ouvriers, des ingénieurs, des civils ordinaires,
08:25payés quelques dizaines de roubles pour sauver la région de la catastrophe.
08:3518 jours après l'accident, le régime décide enfin de rompre le silence.
09:05Quand Gorbatchev a prononcé son discours du 14 mai,
09:09il a dit « D'ici la fin de l'année, on relancera le réacteur qui a été détruit ».
09:19S'il était venu sur place, ne serait-ce qu'une seule fois pour voir le réacteur en question,
09:25il aurait sûrement tenu un tout autre discours.
09:42Quand j'ai commencé à me sentir vraiment mal, je suis allé voir les médecins.
09:46Ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas poser de diagnostic en rapport avec les radiations.
09:53« Ton état correspond à la maladie des rayons, mais on n'a pas le droit de le dire ».
09:58C'était après le discours de Gorbatchev qui avait déclaré
10:01« On a 200 personnes atteintes de la maladie des rayons, et il n'y en aura pas plus. »
10:07Il n'y en a donc pas eu plus.
10:12Gorbatchev a dit « Tout est désormais sous contrôle et le pire est derrière nous ».
10:18Ce qui était encore un nouveau mensonge, puisque le pire était à venir.
10:22« En juin, au prix de leur sueur et de leur santé, les mineurs réussissent un exploit.
10:39Le tunnel est terminé.
10:43Ironie tragique, il ne sera finalement jamais utilisé.
10:48Le magma s'est figé, à quelques mètres de la nappe phréatique.
10:52La catastrophe ultime est évitée.
11:09Zone interdite de Tchernobyl.
11:12Des centaines de milliers de liquidateurs,
11:14venus des quatre coins de l'Union soviétique,
11:17continuent leur lent travail de décontamination.
11:21Dans les villages fantômes,
11:23les murs sont raclés,
11:25les champs retournés,
11:27les arbres abattus.
11:31Ordre est donné d'exécuter tous les animaux,
11:34métaille inclus,
11:35car leur pelage est parfois radioactif.
11:41Aucun événement depuis la Seconde Guerre mondiale n'avait mobilisé autant de soviétiques.
11:48Au total, qu'ils soient ouvriers, médecins, scientifiques ou militaires,
11:54ils sont plus d'un demi-million à être passés par la région de Tchernobyl
11:57pour tenter de nettoyer la zone.
12:02Les liquidateurs sont exténués.
12:05Pour leur remonter le moral,
12:07les initiatives se multiplient.
12:11Accompagnés de sa troupe,
12:13Alexander Demitov,
12:15le DJ de Pripyat,
12:17innovent pour leur redonner du courage.
12:22On leur mettait de la musique
12:23et on projetait des diapos de Pripyat.
12:26Ça évoquait des souvenirs à beaucoup.
12:35Avec le recul,
12:36on mesure mieux à quel point cette mission était importante.
12:40Non seulement on faisait danser les gens,
12:43mais on mettait en place un véritable programme culturel
12:47destiné à des personnes
12:48qui le lendemain
12:48allaient repartir combattre les radiations.
12:54On savait que ça influait sur leur état d'esprit
12:56et qu'ils se coucheraient avec un meilleur moral.
12:59Ils voyaient que des gens travaillaient pour eux
13:01et également pour tout le pays.
13:27Nos concerts pour eux,
13:29c'était un petit morceau de normalité.
13:32C'était juste quelques chansons,
13:35mais c'était un retour, même fugace,
13:37à la vie d'avant le 26 avril.
13:42Il suffisait de presque rien
13:44pour qu'ils repensent à ce jour-là
13:46et qu'ils se mettent à pleurer.
13:50Ils nous apportaient des poignées entières de bonbons.
13:54Ils nous les tendaient en disant
13:56« Merci à vous, les filles. »
14:09Je ne leur ai presque jamais parlé directement.
14:13J'ai surtout vu leurs yeux.
14:17Ils étaient complètement épuisés,
14:19ils étaient épuisés, vidés.
14:21Ils avaient les yeux vitreux et infiniment tristes.
14:26Ils savaient qu'ils partaient peut-être pour ne jamais revenir.
14:39Malgré les sacrifices,
14:41la radioactivité s'échappe toujours.
14:52Après les pilotes qui ont combattu depuis les airs,
14:55les pompiers à la surface
14:56et les mineurs sous terre,
14:59l'heure est aux ingénieurs.
15:02La survie du continent repose désormais
15:04sur l'édification d'un sarcophage.
15:14Il a tout de suite été clair
15:16que d'une manière ou d'une autre,
15:17il fallait couvrir le réacteur détruit
15:19pour l'isoler de tout contact avec l'extérieur.
15:26Ça aurait pris des années
15:27de construire un nouveau bâtiment.
15:28Les ouvriers auraient été irradiés
15:30et l'environnement contaminé,
15:32ce qui aurait posé un énorme problème.
15:35C'est pour ça que, dès le début,
15:36il a été décidé de construire
15:38par-dessus la structure existante,
15:40par-dessus le réacteur détruit.
15:42On a donc cherché à quoi s'accrocher.
15:52On a couvert la structure
15:53avec des sacs de ciment,
15:55comme si on couvrait une dent abîmée
15:57avec une couronne.
15:59Par-dessus, on a posé des poutres.
16:02Et ensuite, on a versé de l'eau
16:03pour que le tout tienne bien.
16:06C'est incroyable quand on y pense.
16:12Progressivement,
16:13le colosse de 66 mètres de haut
16:15et 170 mètres de long
16:17prend forme.
16:19Dans cette zone de mort,
16:21chaque minute compte.
16:23Les ouvriers,
16:25attirés par déprime
16:26ou par patriotisme,
16:28acceptent de mettre en péril
16:29leur santé,
16:30au plus près des radiations.
16:38Tandis que la course
16:39contre la montre
16:39s'engage pour bâtir
16:40le sarcophage,
16:42celle pour dire la vérité
16:43reste à la traîne.
16:54En août 1986,
16:57à Vienne,
16:58l'Agence internationale
16:59de l'énergie atomique
17:00se réunit
17:01pour entendre
17:01une délégation soviétique
17:03sur l'accident de Tchernobyl.
17:05La pression est maximale.
17:09L'expert nucléaire,
17:11Valéry Légassov,
17:12a une mission.
17:13Il doit expliquer
17:15les causes de l'explosion
17:16et rétablir la confiance
17:18dans le nucléaire soviétique.
17:39pendant plusieurs heures,
17:41le savant va éviter
17:42de révéler les défauts structurels
17:44du réacteur RBMK
17:46et rejeter la responsabilité
17:48sur des erreurs humaines.
17:52L'exposé est bien accueilli.
17:55L'URSS sauve la face.
17:57Mais Légassov est conscient
17:59qu'il n'a pas dit toute la vérité.
18:02Les réacteurs RBMK
18:03sont toujours en service
18:05et représentent toujours un danger.
18:09Mais s'il parle,
18:11il trahit le système
18:12et met en péril sa carrière,
18:14voire sa vie.
18:26Depuis le mois de mai,
18:28le chantier du sarcophage progresse.
18:31Mais un dernier obstacle
18:33bloque l'achèvement
18:34de la structure.
18:35Le toit du réacteur numéro 3
18:38est jonché de fragments de graphite
18:40projetés lors de l'explosion.
18:43Ces débris,
18:44très contaminés,
18:46doivent être retirés
18:47avant toute poursuite des travaux.
18:50Une opération indispensable
18:52est terriblement dangereuse.
18:59Pour évacuer ces déchets
19:00hautement radioactifs,
19:02les ingénieurs décident
19:03de recourir à des robots
19:04importés d'Allemagne de l'Ouest
19:06ou du Japon.
19:09Mais très vite,
19:11le plan échoue.
19:13Certains robots ne peuvent avancer
19:15à cause des débris
19:16à cause des débris.
19:17D'autres voient
19:18leur circuit électronique
19:19surchauffé,
19:20puis lâchent un à un,
19:22foudroyés par la radiation.
19:36Pourtant, il faut continuer.
19:40Une seule solution,
19:42envoyer des hommes.
19:45Pour les motiver,
19:47le régime fait appel alors
19:49à l'esprit de sacrifice
19:50et à la paix du gain.
19:54Ces jeunes soldats
19:55seront appelés
19:56les biorobots.
20:02Le général Tarakanov
20:04est à la manœuvre.
20:05Il envoie chaque demi-heure
20:07une nouvelle équipe
20:08sur le toit.
20:23En tant que chef de compagnie,
20:25j'étais responsable
20:27des 100 personnes
20:27qui la constituaient,
20:29parmi lesquelles
20:30des jeunes gars
20:30qui n'avaient pas d'enfants.
20:34j'avais besoin
20:35de connaître
20:36le niveau de radiation.
20:38Alors, je me suis mis
20:39à chercher un dosimétriste.
20:42Je lui ai demandé
20:42« Il y a combien là-bas ? »
20:45Il m'a répondu
20:46« C'est astronomique. »
20:48« Oui, mais combien ? »
20:49« Tu peux me donner un chiffre ? »
20:51Et lui m'a répondu
20:51« Ça t'intéresse ? »
20:52« Eh bien, va mesurer toi-même. »
20:54Il m'a donné son appareil.
21:01Tout en marchant,
21:02j'ai regardé l'aiguille
21:03du dosimètre.
21:06Elle est allée vers la droite
21:07et puis elle s'est bloquée.
21:10L'appareil était mort.
21:16Je suis allé voir
21:17le général Tarakanov.
21:20Camarade général,
21:21j'ai des soldats
21:22qui sont jeunes.
21:23Est-ce que je peux
21:23y aller sans eux ?
21:25Là-bas, sur le toit,
21:26en enfer.
21:29Il s'est figé
21:30et il m'a regardé
21:32en ouvrant des yeux grands
21:33comme ça.
21:37Il m'a dit
21:37« Camarade, vous êtes officier ?
21:39Vous êtes communiste ? »
21:43Et là, j'ai compris
21:44que ça servait à rien de discuter.
21:57Il m'a dit
22:49environ 3500 soldats réservistes et volontaires se relaient pour ce nettoyage mortel
23:05équipés d'une armure de plomb dérisoire ils ne peuvent travailler qu'une minute dans cet
23:10environnement toxique au delà les radiations seraient fatales
23:37à chaque sortie ces hommes ne rejettent pas seulement la radioactivité par-dessus bord mais
23:44aussi une part de leur santé
23:58alors que je vous remercie de votre travail
24:03bon salut
24:05tous nous vous remercie de la prémie de 50
24:20Ces paroles réconfortantes résonnent moins comme une reconnaissance que comme un adieu, presque une horizon funèbre.
24:31Quelques jours plus tard, certains d'entre eux ne peuvent même plus se lever, tant leur corps a absorbé de
24:37radiation.
24:43Quelles que soient leurs unités, qu'ils soient militaires, pompiers, pilotes ou mineurs, aucun liquidateur n'en sortira indemne.
24:56J'ai dîné, et puis je suis sorti. J'ai commencé à avoir mal au cœur et... Pardon, mais j
25:04'ai tout vomi. Et après, le trou noir.
25:09J'ai tellement vomi que j'en ai perdu connaissance.
25:13Quand j'ai rouvert les yeux, j'étais allongé, avec les mains attachées.
25:22On m'a fait une transfusion sanguine complète.
25:27Une transfusion intégrale.
25:46Je me suis regardé dans un miroir.
25:49Je voulais m'arranger un peu la moustache.
25:51Je l'ai touchée, comme ça, et les poils sont tombés.
25:55J'ai touché mes sourcils, ils sont tombés.
25:58Mes cheveux, j'en ai pris une mèche.
26:00Et voilà.
26:03On m'a dit, tu vas vivre.
26:05Mais tu n'auras pas d'enfant.
26:14Un jour, un médecin nous a rendu visite.
26:18Il est entré dans notre chambre, et il nous a proposé d'être ses cobayes.
26:25À vous de décider.
26:27Soit vous acceptez, soit vous refusez.
26:31J'ai besoin de volontaires.
26:34Je vous le propose à vous, parce que vous constituez un support d'expérience
26:38que je ne trouverai nulle part ailleurs.
26:46On a fumé, et on s'est dit qu'on n'avait rien à perdre.
26:54Dans les chambres voisines, il y avait un mort tous les jours.
27:13On n'avait droit à aucune information, ni à aucun journal.
27:18Et puis un jour, une médecin est venue me voir.
27:21Elle m'a dit, je ne vous ai rien dit, rien montré.
27:25Mais vos camarades sont morts.
27:29Je lui ai demandé, comment ça ?
27:33Elle a ouvert un journal, la Pravda, ou Isvestia.
27:37Et elle m'a montré les photos des pompiers.
27:42Alors évidemment, mon moral s'est effondré.
27:47Je ne suis cramponné au journal qu'elle m'avait montré.
27:50Je voulais le garder, mais elle m'a dit, non, non, non.
27:53Elle l'a repris, et elle est partie.
28:03Il y avait des gens dans un état bien plus grave que le nôtre.
28:08Anatoly Kourgouz, par exemple.
28:14Je lui ai rendu visite dans sa chambre.
28:16Il était là, allongé.
28:20C'était terrible.
28:22Il était tout noir.
28:23On aurait dit, une croûte géante et dure.
28:26Il était là, complètement figé.
28:29Ce n'était plus un homme, c'était comme un tison.
28:31Comme un morceau de bois calciné.
28:35Je lui ai dit, Anatoly, comment tu vas ?
28:38Et il m'a répondu,
28:40aujourd'hui, Vladimir, ça va.
28:43Je me sens bien.
28:44J'ai l'impression que je vais peut-être m'en sortir, finalement.
28:50Il est mort le lendemain matin.
28:54Les infirmières disaient,
28:56juste avant de mourir, ils se sentent bien.
28:59Ils avaient comme un sursaut.
29:02Comme si tout allait mieux.
29:03Et puis, c'était la fin.
29:06Et à chaque fois, après ça,
29:07on avait peur, bien sûr.
29:10Je ne vais pas mentir, on avait peur.
29:12On se disait,
29:13quand est-ce que ce sera mon tour ?
29:22En octobre,
29:23le toit du réacteur numéro 3
29:24est enfin nettoyé.
29:29Plusieurs hélicoptères aspergent
29:30la structure d'un mélange chimique
29:32pour le rendre étanche
29:33et piéger la poussière radioactive.
29:45Quand, soudain,
29:46un hélicoptère se prend les pales
29:48dans une grue
29:49et sombre
29:50dans la gueule du monstre.
29:55Les quatre membres de l'équipage
29:57disparaissent.
30:01Quand j'y repense,
30:02j'en tremble encore.
30:06Je m'en souviens,
30:07parce que jamais je n'aurais pu imaginer
30:09que j'allais un jour
30:10devoir écrire une lettre aux familles
30:12comme on le fait en temps de guerre
30:15pour leur annoncer la mort d'un fils,
30:16d'un frère ou d'un père
30:18tombés en héros.
30:22C'est une tâche difficile.
30:43En décembre,
30:44après une folle course
30:45contre les radiations,
30:47400 000 m3 de béton
30:49et 7 000 tonnes de construction métallique
30:52recouvrent le réacteur numéro 4.
30:56Le sarcophage
30:57est enfin achevé.
31:02C'est un ouvrage unique.
31:04Il a été construit en cinq mois.
31:06Ça a été un soulagement
31:08pour tout le monde
31:08quand on a signé
31:09l'attestation d'achèvement
31:10des travaux, bien sûr.
31:13La construction de ce sarcophage,
31:15c'est la chose la plus importante
31:17qui ait été faite
31:18après l'accident de Tchernobyl
31:19pour en surmonter les conséquences.
31:23C'était un signe de victoire
31:24sur cette catastrophe nucléaire.
31:34Ce sarcophage,
31:35je l'ai perçu
31:36comme une sorte de rideau.
31:39Tout va bien
31:40et il n'y a plus rien.
31:41On a construit ce qu'il fallait.
31:44Tout est rentré dans l'ordre.
31:46Mais c'était des mensonges.
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