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Avant de devenir synonyme de catastrophe, la centrale nucléaire de Tchernobyl, ville de l'oblast de Kiev, en Ukraine, incarnait une promesse : celle d'un atome triomphant et d'une ville idéale, Pripiat, construite pour ses travailleurs et leurs familles. Un projet pharaonique, la vitrine de la puissance soviétique. Mais derrière les murs de béton, mensonges et compromis fragilisent déjà ses fondations. Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, un test de routine vire au chaos. Le réacteur numéro 4 de la centrale s'emballe. Des morts, des blessés, des radiations : en quelques secondes, l'histoire bascule dans l'irréversible.
Réalisé par : David Korn-Brzoza
Réalisé par : David Korn-Brzoza
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AprendizadoTranscrição
00:10A Tchernobyl, os sistemas de segurança do réacto eram fiáveis.
00:18Pode-se avançar as eléctro-estas?
00:21Isso é absolutamente excluído.
00:25Nós estávamos assis e tudo à coupa.
00:30Uma explosão sourde, um choc.
00:37A 50 mètres, eu vi o reacto-4 brilhar como uma torcida.
00:43Peguei! Onde está o fogo, idiota? Onde está o fogo?
00:54Obrigado pelos medidas de objetivo, hoje, podemos dizer que os pésos foram pésados.
01:00O que era um novo mensagem, pois o pior era o futuro.
01:06C'était a mais grande estrutura terrestre mobile jamais construída.
01:19L'arche de l'ancienne centrale de Tchernobyl
01:22vem de ser touchada.
01:24Il parecer que l'humanidade continua de se destruir.
01:28O plutonium se desintegre en 24 000 anos.
01:32Tchernobyl é eterno.
01:55Au nord de l'Ukraine se dresse une ville fantôme.
02:02Cette cité abandonnée s'appelle Pripyat.
02:08Quand je suis arrivé, j'ai tout de suite aimé cette ville.
02:15C'est là que mes enfants sont nés et ont grandi.
02:24C'était une ville où il faisait bon vivre.
02:27Une ville pour les enfants, où les magasins étaient bien approvisionnés.
02:35Les infrastructures étaient très développées.
02:38Il y avait des hôpitaux, des centres médicaux, des écoles, des complexes sportifs, des piscines, des stades.
02:50Il y avait beaucoup de fleurs aussi.
02:53On était en Ukraine, sous le soleil ukrainien.
03:01C'était une des villes les plus agréables d'Union soviétique.
03:07On peut dire que c'était une sorte de paradis.
03:11Cette cité est sortie de terre pour loger les employés de la centrale nucléaire de Tchernobyl, située à 3 kilomètres.
03:20Mais si cette ville ukrainienne est aujourd'hui désertée, ce n'est pas à cause de la guerre menée par
03:26la Russie, mais à cause d'une autre guerre.
03:29Une guerre contre un ennemi invisible.
03:42A 130 kilomètres au nord de Kiev, débute en 1970 la construction de la plus grande centrale nucléaire d'Ukraine,
03:51Tchernobyl.
03:54Elle devrait être la vitrine de la supériorité technologique du bloc de l'Est.
04:02Pour mener ce chantier à bien, le parti communiste nomme un ingénieur.
04:08Victor Brioukanov, directeur en charge de la construction de la centrale.
04:14Les consignes qu'il reçoit sont claires.
04:17Il faut avancer vite.
04:20Je m'appelle Alex Aibreus.
04:23J'étais opérateur sur le réacteur 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl.
04:28Le directeur de la centrale, Victor Brioukanov, avait dirigé, et bien dirigé, la construction des 4 premiers réacteurs.
04:38En URSS, tout devait être terminé dans les délais impartis.
04:43La livraison et la mise en service des réacteurs se faisaient généralement à l'occasion d'une fête.
04:48Ça pouvait être le nouvel an ou le jour anniversaire de la révolution d'octobre.
04:55En 1984, après 14 années de travaux, Tchernobyl devient officiellement la plus grande centrale d'Ukraine.
05:05Ces 4 réacteurs alimentent l'Empire en énergie.
05:16J'étais jeune ingénieur quand j'ai participé à la construction de la centrale, dès le départ.
05:22La première mise en route du bloc a eu lieu pendant mon service.
05:26Et ça a été, disons, un moment d'intenses émotions.
05:30Vraiment intense.
05:53Si le régime met en avance ses réussites, il passe sous silence les défaillances du système.
06:00En 1982, des particules radioactives s'échappent du réacteur numéro 1 et contaminent les alentours.
06:10Le secret est bien gardé.
06:14Quant aux scientifiques qui souhaiteraient se faire lanceurs d'alerte, le KGB use d'un argument convaincant.
06:22Si vous parlez, vos familles en payeront le prix.
06:29J'étais le chef du service chargé des réacteurs 3 et 4, et pourtant je ne savais rien.
06:35Officiellement, je ne savais pas ce qui s'était passé sur le premier réacteur.
06:38Je l'ai appris par mes collègues, qui étaient eux aussi des spécialistes des réacteurs.
06:43Tout était classifié.
06:48Les défaillances sont étouffées.
06:51Car en pleine guerre froide, le bloc soviétique souffre de la comparaison avec les Etats-Unis.
06:57Productivité en berne.
06:59Pénurie.
07:00Bureaucratie.
07:03Dans le meilleur des mondes soviétiques, les échecs n'existent pas.
07:07Et la technologie made in Moscou n'a pas d'égal.
07:16Pour de nombreux soviétiques, les chantiers nucléaires titanesques, les records de production énergétique,
07:23et l'arrivée en 1985 d'un dirigeant au style résolument novateur, Mikhail Gorbachev, nourrit sa véritable élan d'espoir.
07:34Gorbachev lance la perestroïka, le changement.
07:39Une véritable restructuration économique à la mode socialiste.
07:44Les soviétiques veulent y croire.
08:11Mais derrière les beaux discours et la vitrine triomphale des centrales soviétiques,
08:15le régime dissimule une réalité moins glorieuse.
08:19Le ministère de l'énergie a imposé un type de réacteur, les RBMK.
08:26Atout majeur, ils produisent à la fois de l'électricité à grande échelle et, en cas de besoin, du plutonium
08:33militaire.
08:36Problème.
08:37Ils sont moins fiables que les réacteurs adoptés en Occident.
08:42Pourtant, le président de l'Académie des sciences soviétiques l'affirme.
08:47Le réacteur RBMK est si sûr qu'on pourrait même l'installer sur la place Rouge.
08:55On nous répétait toujours que la centrale nucléaire était conçue de façon sûre
09:01et qu'aucun incident grave ne pouvait théoriquement se produire.
09:26Depuis bientôt deux ans, les quatre réacteurs de la centrale de Tchernobyl tournent.
09:31Mais un test crucial n'a jamais été mené à terme sur ce type de réacteur.
09:37Vérifiez la turbine du réacteur numéro 4 en cas de défaillance.
09:43Il est prévu ce 25 avril 1986.
09:48À 13h05, dans la salle de contrôle, les préparatifs commencent.
09:56La puissance de la centrale est progressivement réduite.
10:02Soudain, le contrôleur du réseau électrique de Kiev demande que le test ait lieu la nuit,
10:08car le courant doit être maintenu pendant la journée.
10:16Conséquence, l'équipe de jour formée à la procédure cède sa place à l'équipe de nuit,
10:20qui n'a pas été avertie du test à venir.
10:30À 23h10, dix heures après l'horaire initialement prévu,
10:35les opérateurs entament les nouveaux préparatifs.
10:43Anatoly Dyatlov, l'ingénieur en chef adjoint, est chargé de superviser l'essai.
10:51Dès le départ, les opérateurs peinent à maintenir la puissance du réacteur,
10:55qui est instable à bas régime.
10:59Rien ne se déroule comme prévu.
11:04À 1h22 minutes et 30 secondes, la puissance du réacteur chute dangereusement.
11:12Malgré les risques, Anatoly Dyatlov refuse d'interrompre ce test.
11:19Il y voit l'occasion de se démarquer et de faire ses preuves.
11:27Pour relancer la puissance, les opérateurs remontent les barres de contrôle,
11:31destinées à freiner la réaction en chaîne.
11:35Mais ils en retirent beaucoup trop.
11:39En quelques secondes, la puissance remonte en flèche.
11:45Sur ordre de Dyatlov, les opérateurs pressent le bouton d'arrêt d'urgence AZ-5.
11:54Les barres de contrôle amorcent leur descente dans le réacteur.
11:59Mais la chaleur extrême de la première phase a déformé les tubes.
12:04Les barres ne peuvent plus s'enfoncer pour ralentir la réaction nucléaire.
12:14Le cœur du réacteur s'emballe.
12:18La centrale devient incontrôlable.
12:23À ce moment précis, et pour la dernière fois,
12:27Tchernobyl est encore une prouesse technologique,
12:30symbole de la réussite du régime soviétique.
12:34Une heure, vingt-trois minutes et quarante-cinq secondes.
12:38On était assis.
12:41Et là, tout d'un coup...
12:56Un choc.
12:58Toute la station s'est inclinée.
13:02Il y a eu une explosion sourde.
13:06La lumière s'est éteinte.
13:09On était tous déconcertés.
13:12Qu'est-ce qui se passe ?
13:13C'est quoi cette histoire ?
13:20La terre a tremblé une fois, et puis une deuxième.
13:25Alors évidemment, j'ai tout laissé tomber,
13:27et je suis allée dans ma salle de garde,
13:29où il y avait une ligne téléphonique directe.
13:32J'ai appelé.
13:33Qu'est-ce qui s'est passé chez vous ?
13:35Je redemande, qu'est-ce qui s'est passé ?
13:39On ne sait rien.
13:41Dans notre bloc, on n'avait aucune information à ce moment-là.
13:46Ils m'ont répondu qu'ils ne savaient pas non plus.
13:50Qu'ils ne pouvaient rien dire.
13:55Où aller ?
13:56Que faire ?
13:59Tout était en train de trembler.
14:03Les plafonds étaient hauts d'une vingtaine de mètres.
14:05Et du plâtre s'est mis à tomber.
14:08Alors évidemment, on a eu peur.
14:19Personne ne comprend ce qui se passe.
14:22Les ingénieurs ne le savent pas encore.
14:24Mais le couvercle de 1200 tonnes qui scellaient le réacteur
14:27vient d'exploser.
14:30Le cœur du réacteur RBMK brûle désormais à ciel ouvert.
14:34Il relâche sa radioactivité directement dans l'atmosphère.
14:40Une colonne de lumière jaillit à plus d'un kilomètre de hauteur.
14:45Une lueur jamais aperçue auparavant.
15:08La caserne des pompiers de Tchernobyl est en alerte.
15:13Les hommes ignorent qu'ils se dirigent vers l'épicentre
15:15du plus grand accident nucléaire de l'histoire.
15:21Je me suis habillé en vitesse.
15:24Il y avait une tablette de chocolat sur le table.
15:26Et une bouteille de champagne aussi.
15:29J'ai tout pris avec moi.
15:30Et pourquoi pas ?
15:32Dans le camion, on a mangé le chocolat
15:34et bu un peu de champagne.
15:36On était jeunes.
15:37On n'avait rien à perdre.
15:43À 50 mètres, j'ai vu le réacteur 4 brûler comme une torche.
15:49Je me doutais que c'était sérieux.
15:50Mais je n'imaginais pas qu'il y aurait autant de radioactivité.
15:57On avait des masques à gaz.
15:59On a commencé à monter
16:00et puis on est arrivés en haut.
16:03J'ai regardé.
16:04C'était terrifiant.
16:06Alors j'ai dit aux gars d'être prudents.
16:24En 1986, je travaillais dans la police.
16:28J'étais l'adjoint du chef de la police de la ville de Pripyat.
16:37Quand l'alerte a été donnée,
16:39tout le monde a été mobilisé d'urgence.
16:43On était tous inquiets.
16:45On ne savait rien, mais on avait entendu l'explosion.
16:49Et puis, le chef est arrivé.
16:52Son visage avait complètement changé.
16:54On a tous senti que l'heure était grave.
16:56Il nous a dit, les gars, il va falloir tenir le coup.
16:59Il y a eu un accident sérieux à la centrale.
17:01Il y a eu un accident sérieux à la centrale.
17:05Réveillé en pleine nuit,
17:07le directeur de la centrale,
17:09Viktor Bryoukanov,
17:10quitte son appartement de Pripyat,
17:13situé à 3 km,
17:14et atteint la centrale vers 2h du matin.
17:18Il s'installe dans le bunker d'urgence,
17:21situé près du réacteur numéro 1,
17:23éloigné de plus de 800 mètres
17:25du réacteur en flamme.
17:28Bryoukanov n'a donc aucune vision directe
17:31sur l'événement.
17:34Il contacte l'ingénieur adjoint,
17:37Anatoly Dyatlov,
17:38qui se trouve dans la salle de contrôle,
17:40pour en savoir plus.
17:44Pendant ce temps,
17:45les techniciens
17:46tentent d'identifier la source du problème.
17:51Les radiations, elles,
17:54commencent à envahir les couloirs de la centrale.
17:58Les capteurs se sont mis à indiquer
18:00une hausse de la radioactivité.
18:03Quand le niveau augmente,
18:05il clignote en rouge.
18:08On a vu que ça concernait le réacteur 4.
18:11Puis ceux du réacteur 3
18:12se sont mis aussi à clignoter.
18:14Puis ceux du réacteur 2.
18:16Et au bout d'un moment,
18:17c'est arrivé à notre bloc.
18:18On s'est retrouvés face à des nuages de vapeur
18:27ou de poussière.
18:29Je ne me souviens plus exactement.
18:31Ils avançaient lentement vers nous,
18:33comme dans un plan au ralenti.
18:39On n'avait même pas de vêtements de protection.
18:42Juste, notre tenue de travail
18:44et des sandales,
18:45parce qu'il faisait très chaud à ce moment-là.
18:52Dans la salle de contrôle,
18:54Dyatlov et ses opérateurs
18:56se refusent à admettre l'impensable.
18:59Le réacteur RBMK,
19:01fleuron de la technologie soviétique,
19:03ne peut pas être endommagé.
19:07Il donne l'ordre à plusieurs techniciens
19:09de se rendre dans la salle du réacteur
19:12pour juger de son état.
19:14Un ordre fatal.
19:20Il y avait un opérateur
19:21qui travaillait dans la salle des turbines numéro 7.
19:25Selon lui, ça ne servait à rien
19:26de m'y envoyer parce que je ne connaissais pas ce bloc.
19:29Par où prendre l'escalier ?
19:30Est-ce qu'il fallait tourner à gauche ou à droite ?
19:34Je considère que ça m'a sauvé la vie.
19:36Parce que tous ceux qui y sont descendus
19:38ont reçu une dose de 500 Rengen.
19:41Si j'y étais allé,
19:42je ne sais pas où je serai aujourd'hui.
19:44Sans doute au cimetière de Moscou.
19:48On a sauté par-dessus
19:49les blocs de graphite du réacteur détruit.
19:52Mais ils émettaient des doses,
19:54on me l'a dit plus tard,
19:56de 20 000 à 25 000 Rengen.
20:00On a couru à toute vitesse.
20:02Et quand j'ai levé les yeux,
20:03j'ai vu que l'extrémité du réacteur
20:06n'existait plus.
20:10Sur le toit de la centrale,
20:12sans protection contre les radiations
20:14et sans information fiable,
20:17les pompiers et des renforts
20:18venus de toute la région
20:19luttent pour que l'incendie
20:21ne se propage pas au réacteur numéro 3.
20:29Je me suis rendu compte
20:30que le bloc était détruit.
20:32Il y avait des morceaux de graphite par terre.
20:35Mais je ne savais pas ce que c'était.
20:38J'avais une combinaison
20:39qui m'arrivait aux genoux,
20:40si bien que j'ai été irradié
20:41au niveau des jambes.
20:45À ce stade-là,
20:46on ne pouvait plus rien sauver.
20:48Il fallait se concentrer
20:50sur sa propre survie.
20:59Depuis la salle de contrôle
21:00où il est toujours confiné,
21:02Anatoly Dyatlov
21:04informe le directeur
21:05Victor Briokanov.
21:07de l'état de la centrale.
21:09Dyatlov est dans le déni.
21:11Il annonce un accident grave,
21:13mais il affirme
21:14que le réacteur est intact.
21:18Briokanov a confiance.
21:20Il rédige alors
21:21son rapport officiel
21:22pour Moscou.
21:23Il y écrit
21:24qu'une explosion s'est produite,
21:26qu'il y a des victimes,
21:28mais sans alarmes excessives.
21:31un rapport capital,
21:34mais erroné.
21:38Dans la centrale,
21:40les radiations
21:41commencent à faire leurs effets.
21:48On a commencé à voir des collègues
21:50qui n'arrivaient plus
21:51à marcher.
21:53Un des pompiers
21:54de notre unité
21:55s'est approché de moi.
21:57Il m'a dit
21:58qu'il n'allait pas bien.
22:00Je me sens très mal.
22:04Je lui ai dit
22:05de redescendre,
22:06d'y aller doucement.
22:07C'est ce qu'il a fait.
22:10Et là,
22:11un deuxième pompier
22:12s'est approché de moi.
22:13J'ai mal à la tête,
22:15j'ai des nausées.
22:18Je lui ai dit
22:19romper.
22:21On était exposés
22:22aux radiations.
22:24C'est ça
22:24qui nous rendait malades.
22:34Beaucoup d'ambulances
22:35emportaient des personnes
22:36qui ne pouvaient plus marcher.
22:38Elles évacuaient
22:39des collègues,
22:40des pompiers.
22:43On avait un travail
22:44difficile à accomplir.
22:52Les blessés
22:53sont d'abord acheminer
22:54vers l'hôpital de Pripyat.
22:56Leur état
22:57se dégrade rapidement.
23:00Une décision est prise.
23:02Évacuer les cas
23:03les plus graves.
23:04En tout,
23:06près de 200 pompiers
23:07techniciens
23:07vers l'hôpital numéro 6
23:09de Moscou.
23:13Tous présentent des signes
23:15d'irradiation sévère.
23:18Un ennemi invisible
23:20à frapper.
23:21La radioactivité.
23:33Le pompier
23:34Piotr Kmel
23:35fait partie
23:36des évacués.
23:39Je me suis assis
23:40un moment
23:40et j'ai senti
23:41que ça n'allait pas.
23:43Alors je suis allé
23:44au poste médical.
23:47L'infirmière
23:48m'a regardé
23:49et elle m'a dit
23:51« Allez prendre l'air. »
23:57Alors je suis sorti.
24:01Là,
24:02mes jambes ont lâché.
24:04J'ai perdu connaissance.
24:07Mon ami Pravik
24:08est venu me voir.
24:10Je regardais
24:10autour de moi.
24:11Où est-ce que je suis ?
24:13Il m'a dit
24:14« Tu es là
24:14où tu dois être,
24:15à l'hôpital. »
24:16J'ai demandé
24:17« C'est quoi ces perfusions ? »
24:19« C'est rien de spécial,
24:19juste deux perfusions. »
24:23Les infirmières
24:23couraient partout.
24:24Ça s'agitait
24:25dans tous les sens.
24:26Et devant nous,
24:27il y avait
24:27deux grosses cuvées maillées.
24:30Elles contenaient
24:30une solution
24:33de permanganate
24:34de potassium.
24:35Et juste à côté,
24:36deux autres cuves
24:37vides,
24:37celles-là.
24:38Et elles nous disaient
24:39« Buvez le permanganate.
24:42Vomissez.
24:43Buvez,
24:44vomissez. »
24:45Alors on a bu.
24:46C'était pour nettoyer
24:47l'estomac,
24:47pour le vider.
24:48On avait inhalé
24:49pas mal de poussière aussi.
24:55Mon organisme
24:56était faible.
24:57Ma température
24:58est montée
24:59jusqu'à 40.
25:00Le médecin
25:01m'a demandé
25:01« Pourquoi tu es aussi bronzé ?
25:03Tu as dû boire
25:04un petit verre
25:04de quelque chose ? »
25:09Il a ajouté
25:10« Réponds-moi sincèrement
25:11que je sache
25:12comment te soigner. »
25:15Je lui ai dit
25:15que j'étais allé
25:16au restaurant
25:17avec des amis
25:18et que j'avais bu
25:19un petit verre de vodka.
25:21Alors il m'a mis
25:22la main sur l'épaule
25:23et il m'a dit
25:24« Maintenant,
25:25je peux commencer
25:25à te soigner.
25:27Si tu tiens
25:27trois jours,
25:28tu survivras.
25:30Et heureusement
25:30que tu as bu
25:31de l'alcool
25:32parce que ça
25:33a permis
25:33à ton sang
25:34de mieux circuler. »
25:41Après une nuit acharnée,
25:43les pompiers
25:43sont venus
25:44à bout
25:44de l'incendie
25:45principal.
25:47Comme si
25:47de rien n'était,
25:49l'équipe de jour
25:49se présente
25:50à son poste.
25:51« Quand j'ai vu
25:54l'état du réacteur,
25:56j'ai d'abord pensé
25:57que c'était impossible.
25:59Que si ça s'était effondré
26:01sur l'équipe de nuit,
26:02ça aurait été
26:03une fausse commune.
26:05Pourquoi on nous amenait là ?
26:07C'était absurde
26:08et incompréhensible.
26:12Je me suis ensuite
26:13rendu à mon poste
26:14de travail.
26:15Il n'y avait plus
26:16de réacteur,
26:17donc ça n'avait plus
26:18de sens
26:18de le réalimenter
26:19en eau.
26:20Mais j'ai quand même
26:21reçu l'ordre
26:22de relancer
26:23l'arrivée d'eau
26:23dans le réacteur.
26:25C'était un ordre
26:26qui venait de Moscou.
26:31Mon cerveau d'ingénieur
26:32me disait
26:32qu'il ne fallait pas
26:33le faire
26:34parce que même
26:34si le réacteur
26:35était détruit,
26:36on ne savait pas
26:36dans quel état
26:37était le combustible.
26:40J'ai allumé la pompe.
26:43J'ai vu sur un appareil
26:44que le moteur électrique
26:46s'était enclenché
26:47mais qu'il s'était
26:48aussitôt arrêté.
26:51Ça a été
26:52un instant de joie
26:54pour moi.
26:54La pompe
26:55n'avait pas fonctionné.
26:56Ça nous a évité
26:58des dégâts supplémentaires.
27:03Au matin du 26 avril,
27:05un premier bilan
27:06est possible.
27:08Deux hommes
27:09sont morts.
27:11Un technicien,
27:12Valéry Kodomchuk,
27:14présent dans la salle
27:15des machines,
27:16a été tué
27:17sur le coup
27:17par l'explosion
27:18du réacteur.
27:20Son corps
27:20ne sera jamais retrouvé.
27:24Volodymyr
27:25Shachnok,
27:25un ingénieur,
27:27a été foudroyé
27:28par les radiations.
27:30Beaucoup d'autres
27:31sont gravement blessés
27:32par brûlure
27:33ou irradiation,
27:35comme Anatoly Kourghuz.
27:38C'était horrible
27:39à voir.
27:40Kourghuz
27:41avait complètement
27:42brûlé.
27:44Quand on l'a retrouvé,
27:45il était brûlé
27:46au cou,
27:47au visage
27:47et aux mains.
27:50Toute sa peau,
27:51c'était plus
27:51que des lambeaux
27:52qui pendaient.
27:55On a décidé
27:56de le transporter
27:57dehors
27:57où on lui a fait
27:58directement une piqûre
27:59d'antidouleur
28:00à travers les vêtements.
28:02On ne mesurait pas encore,
28:04disons,
28:05l'ampleur
28:06de la tragédie.
28:09Ce premier des contes
28:11n'est que le début
28:12d'une longue hécatombe.
28:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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